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L’explication du prix par le rapport de force (IV) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie)

(I) Quand plusieurs mécanismes se greffent les uns sur les autres
(II) Keynes et le double mécanisme de détermination du prix
(III) L’intervention du temps dans la détermination du prix

Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation au moment de son émission, c’est son taux d’intérêt. Le montant du « principal », la somme prêtée, n’est pas un prix, c’est précisément une somme d’un montant donné sur la base duquel le montant des versements d’intérêts sera calculé au prorata du taux d’intérêt sur lequel prêteur et emprunteur se sont mis d’accord.

Le prêteur éventuel compare en termes de rendement, c’est-à-dire de taux d’intérêt, des placements de même durée. S’il est quelque peu familier de l’investissement, il décomposera le taux en ses deux composantes majeures que sont le rendement marginal du capital et la prime de crédit (j’ignore pour la facilité d’autres primes qui devraient être prises en compte dans certaines circonstances, comme la prime de change ou la prime de conversion) et évaluera chacune des deux en tant que telle. Le montant du rendement marginal du capital propre à tel emprunt est-il celui qu’offre le marché, toutes autres conditions étant par ailleurs égales ? La part prime de crédit évalue-t-elle correctement le risque de contrepartie, le risque de non-remboursement, de non-versement des intérêts promis ?

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… SE CONTENTER DES RESTES, par Alain Monod-Broca

Billet invité

Frédéric Lordon souligne l’incroyable discours adressé simultanément aux financiers internationaux et à la population française.

En fait, tout se résume à un partage du gâteau : notre pays (comme bien d’autres) ne pourra pas payer les retraites et ses emprunts ; il faudra choisir.

J’avais trouvé sur le web – j’ai perdu la référence, merci à celui qui me la retrouvera – un rapport issu d’un « Think Tank » qui le disait tout ingénument : puisque dans bien des pays occidentaux la charge des retraites ajoutée à celle des emprunts publics dépasse la capacité de paiement des gouvernements, il faut réduire ces retraites. Puis pays par pays, il calculait le montant de la diminution nécessaire pour sauvegarder le service de l’emprunt. L’Allemagne, dont la population vieillit à toute vitesse, y était particulièrement visée. En bref, un État qui a deux lots de créanciers (obligataires d’une part et pensionnés présents ou à venir d’autre part) se doit de servir en priorité les premiers et de demander aux seconds de se contenter des restes.

Légalement, c’est logique : les contrats d’émission d’emprunts précisent en détail les conditions de paiement des intérêts et du capital. Les régimes de pension, fréquemment révisés, n’ont pas pris formellement d’engagement sur le montant des pensions promises. On peut donc minorer celles-ci sans enfreindre la loi.

Moralement, c’est différent : les salariés ont été contraints de contribuer au système qu’on leur imposait sans en connaître ni le mécanisme ni le risque. Ils avaient la promesse d’une retraite décente et l’exemple du niveau de vie des retraités qui vivaient de leurs cotisations. Les investisseurs, eux, ont acheté récemment des titres de l’État en étant conscients de sa situation financière et en incluant une prime de risque dans le taux offert. Ils devaient connaître l’endettement excessif de leur emprunteur et évaluer le risque de non remboursement. Ils n’auraient pas à se plaindre si on leur annonçait demain une « restructuration de la dette ». D’ailleurs, nolens volens, cette restructuration finira par avoir lieu.

Clairement, le choix entre le paiement des engagement de retraite et celui de la dette résulte uniquement d’un rapport de force. Tant que le gouvernement craindra plus « les marchés » que son peuple il maintiendra sa ligne. Les grèves de ces dernières semaines ont du le faire sérieusement réfléchir. Les prochaines pourront le faire basculer. Encore un effort !

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