Archives par mot-clé : falaise fiscale

COMMENT EXPLIQUER LA DISTRACTION DES COMMENTATEURS FINANCIERS ?

Tiens, une fois de plus, Nouriel Roubini et moi sommes pratiquement seuls à avoir noté une chose qui a échappé aux autres. La première fois c’était la crise des subprimes qui se profilait à l’horizon, cette fois-ci, c’est que le vote hier au Congrès et au Sénat américains n’a fait que déplacer le problème qu’il s’agissait de résoudre, du 1er janvier au 1er mars :

The deal reached in Washington on New Year’s day prevented the US economy from falling off the so-called fiscal cliff. However, given the dysfunctional nature of the American political system, it won’t be long before there is another crisis. Two months, in fact. If no action is taken by March 1, $110bn of spending cuts will commence.

Comment expliquer cette distraction chez tous les autres ? Ah ! leur souci du moral des troupes ! C’est certainement cela !

P.S. : Roubini rappelle que l’électeur républicain moyen est plus âgé et… moins riche, que l’électeur moyen démocrate, pourquoi alors cet enthousiasme chez les représentants du peuple républicains contre l’imposition des plus riches, et pour la destruction de leur État-providence minimaliste ? Parce que les électeurs républicains ne savent pas lire ? Sont tous achetés (et donc vendus) ? Sont lecteurs de La servitude volontaire, et ont décidé d’être pour ?

Tant de questions à résoudre ! Et si peu de temps pour le faire !

 

Partager :

LA CLAIRVOYANCE DES MARCHÉS

La clairvoyance des marchés est sans cesse louée : si personne ne sait, eux au moins savent. C’est là d’ailleurs l’un des postulats de la science économique dominante : les acteurs financiers individuels ne savent pas nécessairement, mais le « marché », c’est-à-dire eux tous ensemble, lui, « sait », et avec certitude !

Rien de cela n’a jamais été vérifié mais qu’importe, cela le sera un jour : le jour où nous serons tous devenus des homines oeconomici, le jour où nous réagirons tous aux événements qui nous entourent comme le bourgeois satisfait second empire, assis sur son tas d’or.

Qu’en penser à la lumière des cours boursiers aujourd’hui ? CAC40 : + 2,55%, Footsie : + 3,81%,
NASDAQ : + 2,25% à l’heure où j’écris. Et tout cela en raison… 1) d’un sursis de deux mois dans le réglement de la crise américaine de la « falaise fiscale », 2) d’un accord permettant de collecter 20% de la somme qu’il faudrait en réalité réunir, 3) d’un vote qui ne permet ni de protéger le système de protection sociale – pourtant minimaliste – américain, ni de réduire la dette publique au montant faramineux de 17 mille milliards de dollars.

Le système est-il à ce point aux abois que de telles informations soient assimilées par les marchés à… de « bonnes nouvelles » ? Ou bien est-ce la clairvoyance des marchés qui est ici sérieusement en cause ?

 

Partager :

RTS – Le forum, « La falaise fiscale aux États-Unis », mardi 1er janvier 2013 à 12h30

Mise à jour (2 janvier 5h00) : le compromis sur lequel les partis démocrate et républicain s’étaient mis d’accord dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier a été voté par le Congrès, avec 257 voix pour et 167 contre. Les mesures votées lèvent l’application automatique de la « falaise fiscale » décidée en août 2011 comme élément dissuasif d’une absence de compromis au 1er janvier 2013 ; elles ne sont cependant que très partielles puisque les sommes dégagées ne représentent encore que 20% de celles qu’il aurait fallu trouver. Du coup, la « falaise » se représentera, identique, au mois de mars.

L’émission peut être écoutée ici. (J’étais en plein vent à Saint-Philibert – et ça s’entend !)

Vous entendrez que la présentatrice à laquelle je succède considère que l’affaire est dans le sac et passe aussitôt à la question suivante : le relèvement du plafond de la dette publique des États-Unis, c’est moi qui doit lui rappeler que rien n’est réglé.

La radio suisse n’était pas seule dans ce cas : à l’heure où j’écris (23h42, le 1er janvier), Le Monde affiche toujours pour titre : Aux États-Unis, la menace de « falaise budgétaire » s’éloigne. Comment interpréter
cela ? Mauvaises sources d’information ? Mauvaise compréhension de l’anglais ? Connaissance insuffisante de la situation politique aux États-Unis ? J’ai du mal à comprendre.

* * *

Lorsqu’un accord de dernière heure était intervenu en août 2011 sur le relèvement du plafond de la dette souveraine américaine, la solution de toutes les questions épineuses avait été remise à plus tard : congressistes et sénateurs se voyaient accorder dix-huit mois supplémentaires pour la trouver (prolongation s’achevant aujourd’hui à minuit).

Le moyen trouvé pour encourager les élus du peuple à s’entendre était une série de mesures « inadmissibles » pour les uns et les autres, qui entreraient automatiquement en vigueur tout à l’heure s’ils s’évertuaient à faire la mauvaise tête : élimination des cadeaux fiscaux aux nantis que leur avait consentis le Président Bush fils, coupes drastiques (10%) de certains budgets militaires, de certains paiements à l’industrie hospitalière et pharmaceutique, etc.

Si vous avez visionné les vidéos que je consacrais à l’affaire au début du mois d’août de l’année dernière, vous vous souviendrez que – fidèle à mon pronostic sombre quant à la polarisation politique aux États-Unis depuis le début de la crise – j’émettais des doutes quant à la facilité de trouver un accord. Je suis peut-être un pessimiste invétéré : il reste au moment où j’écris 13 heures avant que tout le monde s’embrasse et que l’économie américaine reparte sur les chapeaux de roues dans l’enthousiasme (et le soulagement) général.

Mise à jour (1er janvier 9h00) : un accord de dernière minute a été conclu lundi 31 décembre au niveau du Sénat, à majorité démocrate. Pour être valide, cet accord doit encore être ratifié mardi 1er janvier au niveau du Congrès, à majorité républicaine. Une décision ne tombera pas avant 18h (heure de Paris). Tout dépendra de la discipline au sein des congressistes du parti républicain.

Partager :