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BFM Radio, lundi 4 octobre à 10h46 – Une boucle de rétroaction « Skynet »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Jeudi dernier, dans un rapport conjoint, la SEC (Securities & Exchange Commission) et la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), ont publié leur verdict sur l’enchaînement des événements qui ont conduit au « krach éclair » (flash crash) du 6 mai dont furent victimes les marchés boursiers américains au comptant et à terme (1).

Le rapport préalable et l’audition du 11 mai devant le sous-comité du Congrès américain pour les services financiers, avaient émis une multitude d’hypothèses, allant de l’erreur humaine à l’attentat terroriste, alors qu’ici, une cause unique a été retenue : un ordre de vente portant sur un grand nombre de contrats sur un marché à terme, dont les ramifications expliqueraient l’ampleur que devait prendre la crise : une baisse des cours de près de 10 %, dont 5 % sur un espace de quatre minutes seulement, suivie d’un rebond. Les marchés s’en étaient tirés à bon compte en n’essuyant, en clôture qu’une perte d’environ 3 %.

Mettre en évidence un facteur unique participe bien entendu d’un effort de la part de ces deux régulateurs de rassurer les intervenants sur ces marchés que la cause a été déterminée sans équivoque et que des mesures seront prises visant à prévenir le retour du même type d’accident. La rentabilité de ces marchés en dépend car ils subissent depuis le 6 mai une désaffection qui va en s’accélérant, un grand nombre d’intervenants étant convaincus, non seulement que le risque que le même genre de krach éclair se reproduise n’est pas écarté, mais aussi, et de manière plus générale, que ces marchés sont désormais corrompus par la manipulation et que le krach éclair a joué de ce point de vue un rôle de révélateur. Le feu est en la demeure puisqu’on compte qu’entre le deuxième et le troisième trimestre de cette année, le volume des transactions sur les bourses américaines a baissé de 25 %.

Ceci dit, l’explication du krach éclair en termes de cause unique fait long feu dans la mesure où cette cause unique ne fait sens que dans un contexte où un grand nombre des autres facteurs qui avaient immédiatement été mentionnés comme d’éventuels coupables doivent également être mobilisés dans l’explication.

La version officielle est la suivante : dans un contexte de marché baissier (l’inquiétude relative à un défaut éventuel de la Grèce sur sa dette publique étant grande) une firme dont le nom n’est pas mentionné mais en laquelle chacun reconnaît Waddell & Reed Financial Inc. un fonds de type Sicav, cherchant à se couvrir contre cette baisse, a lancé un ordre de vente de 75.000 contrats sur le marché à terme du E-Mini, l’un des marchés du CME (Chicago Mercantile Exchange), reproduisant le panier de titres composant l’indice boursier S&P 500 (intégrant les résultats de 75 % du marché boursier américain). Il s’agissait d’un ordre énorme à l’échelle de ce marché et qui n’était associé à aucune instruction relative au prix exigé. Les ventes des premiers paquets de contrats ont rapidement épuisé les ordres d’achat présents sur l’autre versant du marché à des niveaux proches du cours initial. Les ventes portant sur de nouveaux paquets de contrats n’ont pu se satisfaire qu’en trouvant en face des ordres d’achat de plus en plus rares et à des niveaux de prix de plus en plus bas.

Le premier diagramme, extrait du rapport, montre la divergence qui naît à partir de 10:00 h entre ordres de ventes (en hausse constante) et ordres d’achat (dont le nombre baisse) qui, épuisés par les ordres de ventes plus nombreux et n’étant pas renouvelés (sur un marché pessimiste), tombent à près de zéro à 14:45 h avant de rebondir.

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BFM Radio, lundi 17 mai à 10h46 – Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?

Dans un autre moment fort de la crise, en septembre 2008, la question s’est posée : que vaut une reconnaissance de dette ? En principe, bien sûr, elle vaut le montant qu’elle mentionne, mais quand les choses tournent mal, ceux qui ont promis de rembourser cessent de disposer nécessairement des sommes promises. S’ils ne remboursent pas, la reconnaissance de dette se révèle a posteriori valoir tout simplement zéro franc, zéro centime. Ou bien, on « restructure » – c’est l’option qui a souvent été évoquée récemment à propos de la Grèce – le débiteur se retrouve devant ses créanciers et leur dit : « Je vous dois autant, mais la somme dont je dispose est beaucoup plus faible. Je vous propose de vous rembourser au prorata de ce que j’ai ». Une reconnaissance de dette se renégocie alors comme une fraction de la somme due, « soixante-sept centimes de l’euro », par exemple. La valeur d’une reconnaissance de dette, c’est donc un montant qui se situe entre celui de la somme prêtée et zéro. Et ce qu’elle valait effectivement ne sera connu qu’a posteriori.

On se souvient que quand AIG, la compagnie d’assurance américaine, remboursa rubis sur l’ongle les banques qui avaient contracté auprès d’elle des CDS, des Credit-Default Swaps, cela suscita un beau scandale. C’est que c’était maintenant le contribuable américain qui réglait l’ardoise, et qu’il lui semblait logique que les banques créditrices doivent se contenter seulement d’une fraction des sommes promises. C’est à la même époque d’ailleurs que certains déposants fortunés découvrirent avec horreur que leur banque ne leur avait offert en échange de leur dépôt qu’une reconnaissance de dette et qu’en cas de pépin le montant qui leur serait remboursé était plafonné à 70.000 et ensuite à 100.000 euros.

Demandons-nous alors – dans la même optique – ce que vaut une action. La question n’est pas sans intérêt : on pouvait la lire en filigrane dans les auditions qui ont eu lieu au Congrès américain la semaine dernière à propos du « flash crash », le krach-éclair du 6 mai à la Bourse de New York. Une action est une reconnaissance de dette d’un type particulier. Je rappelle en deux mots que l’indice Dow Jones perdit en quelques minutes près de 1.000 points, avant de rebondir de près de 700. Aucune anomalie n’a pu être décelée dans le fonctionnement du marché : la baisse était simplement la conséquence des mauvaises nouvelles de la journée. Le NASDAQ, le marché des sociétés technologiques, a quand même décidé d’annuler les transactions portant sur 286 compagnies dont le cours, après 14h40, avait baissé de plus de 60 %. Eric Noll, « executive vice-president » du NASDAQ, expliquait devant la Commission du Congrès qu’il était de leur devoir d’annuler les transactions quand, je le cite : « le prix d’exécution cesse de refléter un marché authentique ». On peut en déduire que le seuil entre un marché authentique et un marché de contrefaçon se situe sur cette barre des 60 %. On ne sait pas ce qu’en penseront ceux dont la vente à – 59 % a été confirmée ou ceux dont l’achat à – 61 % a été invalidé – enfin eux, ou leurs avocats

Quand le cours grimpe, les nouveaux acheteurs drainent l’argent de l’économie pour le placer là. Quand il baisse, ceux qui ont vendu cher comptent leurs sous avec délectation et ceux qui ont acheté cher, eux, se mordent les doigts. Le prototype de toutes les bulles financières, c’est donc bien la Bourse. Quand le cours des actions est élevé, tous ceux qui en possèdent sont contents : leur fortune, c’est la cote la plus récente multipliée par le nombre de titres qu’ils détiennent. Est-ce que ce calcul est valide ? Non : la vraie valeur de leurs actions, c’est le cours auquel ils revendront chacune d’elle (et pas nécessairement au même prix) et ceci, c’est beaucoup plus vague : cela se situe quelque part entre zéro et l’infini. Quand les marchés sont nerveux et comme les événements du 6 mai l’ont bien mis en lumière, la valeur réelle d’un portefeuille boursier est très difficile à déterminer.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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