Archives par mot-clé : fonds propres

L’actualité de demain : LA GROSSE PILULE DU DÉSENDETTEMENT À AVALER, par François Leclerc

Billet invité.

La solvabilité des États développés ne souffre pas d’être discutée, leur signature ne doit pas être mise en défaut. Où faut-il chercher la raison de cet interdit, dans le puissant rôle de consolidation que la dette souveraine joue dans le système financier, ou parce que la solvabilité des banques est globalement en question et qu’il faut bien se raccrocher à quelque chose ? Une nouvelle analyse de Royal Bank of Scotland (RBS) confirme que, s’il n’en est pas fait des choux gras, la taille de la bulle de la dette privée dépasse de loin celle de la dette publique.

Que l’on en juge : les banques européennes devraient diminuer la taille de leurs bilans de 3.200 milliards d’euros d’ici 2018, afin de respecter la réglementation Bâle III, en particulier son ratio exprimant l’effet de levier. Le chiffre est faramineux mais l’objectif reste modeste, puisqu’il leur permettra, une fois réalisé, de supporter 3% de pertes sur la totalité de leurs actifs, pas davantage ! Selon la BCE, les banques auraient déjà réduit la taille de leurs bilans de 2.900 milliards d’euros depuis mai 2012, mais elles ne sont pas encore arrivées à mi-parcours de l’effort de désendettement qu’elles doivent accomplir, et la suite pourrait être plus difficile.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : LA GROSSE PILULE DU DÉSENDETTEMENT À AVALER, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LES FONDS PROPRES BANCAIRES : DÉFINITION, FINALITÉ ET CONTRADICTIONS, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Concrètement, les fonds propres d’une banque sont la fraction de ses actifs dont le prix n’est pas dû aux créanciers, c’est à dire aux déposants ou à tout acteur économique prêtant ses fonds par la banque. Le prix de l’ensemble des investissements, des crédits prêteurs et des biens détenus par une banque doit être supérieur aux dettes. Les fonds propres sont calculés par différence entre les actifs et les crédits emprunteurs ; s’ils sont insuffisants, une baisse ponctuelle trop forte du prix des actifs ou la défaillance d’un débiteur important peut mettre la banque en défaut de paiement.

Pour qu’une banque soit liquide, il faut qu’elle puisse emprunter sans délai à une autre banque ou à la banque centrale. Une banque peut emprunter par la qualité de ses comptes et le montant des fonds propres affichés. Si une banque n’inspire pas suffisamment confiance, elle doit pouvoir vendre des actifs à hauteur des dettes exigibles.

Continuer la lecture de LES FONDS PROPRES BANCAIRES : DÉFINITION, FINALITÉ ET CONTRADICTIONS, par Pierre Sarton du Jonchay

3Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualite de la crise : DES TABOUS VACILLENT, par François Leclerc

Billet invité.

Dans un désordre qui traverse toute l’Europe et ne va pas s’améliorant, chaque jour amène son lot d’informations et de démentis. Hier, c’était à propos du fonds de stabilité européen et de l’augmentation de ses moyens, ou bien de son champ d’action, aujourd’hui c’est à propos de la Grèce, en attendant la suite.

En annonçant qu’un plan de restructuration de la dette grecque était étudié au sein des instances gouvernementales allemandes, Die Zeit et la Sueddeutsche Zeitung ont mis le feu aux poudres. Selon eux, ce plan prévoit que le gouvernement grec puisse acheter après rabais sa propre dette sur le marché secondaire, grâce à un financement du fonds de stabilité européen (EFSF). A un taux plus avantageux que celui de son emprunt de 110 milliards d’euros, dont il est reconnu qu’il ne pourra pas être remboursé dans les temps.

Les Allemands et la Commission ont catégoriquement démenti l’existence d’un tel projet – qualifié « d’absurde » – les Grecs en ont ensuite fait de même, en marchant sur les oeufs, tout en admettant mener des négociations afin de réduire le taux de leurs emprunts et en allonger la durée. De son côté, le FMI s’est déclaré d’accord avec le gouvernement grec, non sans faire preuve d’un certain jésuitisme.

Continuer la lecture de L’actualite de la crise : DES TABOUS VACILLENT, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La phrase suivante a été prononcée par François Pérol président de la Fédération des Banques Françaises (FBF), dans une entretien accordé hier au Figaro. à propos des nouvelles règles de provisionnement proposées par le Comité de Bâle, règles qui devraient être approuvées en novembre lors de la réunion du G20 à Séoul.

Toutes choses égales par ailleurs, avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités, cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons, donc sur le crédit, et sur la rentabilité de ces risques, donc sur les taux d’intérêt.

Dans un billet invité, sur ce blog, François Leclerc commente ce passage en écrivant :

Admirons la « pression plus forte sur les risques », c’est à dire sa diminution, qui par un étrange renversement de l’argumentation permet de justifier celle des taux d’intérêt, qui devraient au contraire baisser si l’on se considère en bonne orthodoxie que c’est le risque qui est rémunéré dans l’activité de prêt et qu’un risque réduit devrait logiquement impliquer un taux d’intérêt moins élevé. Relevons qu’il est discrètement fait référence à « la rentabilité de ces risques », pour ne pas dire celle du capital.

Il s’agit là d’un bon résumé mais la phrase me semble mériter une analyse plus approfondie sur un plan différent : celui de l’éthique. Traduisons-la d’abord en français avant d’essayer de la comprendre :

* Laissons tomber d’abord le « toutes choses égales par ailleurs » puisqu’on pourrait faire précéder n’importe quelle phrase par cet intéressant préambule.

* « Avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités », signifie « devoir provisionner davantage les mêmes activités, devoir faire davantage de réserves en cas de pépin ».

* Proposition suivante : « cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons », il ne s’agit pas des risques, mais des crédits accordés. Pourquoi dire « risque » au lieu de « crédit » ou de « prêt » ? Pour tirer parti d’une considération secondaire : le fait qu’accorder un prêt pour une banque, cela représente un « risque de crédit » : le risque de ne pas être remboursée. Mais ce n’est en réalité pas du tout du risque qu’il est question dans ce bout de phrase, c’est de rentabilité : augmenter les provisions n’augmente pas le risque (cela le réduit bien entendu !), mais faire davantage de réserves impacte la rentabilité, c’est donc la rentabilité, le profit des banques, qui subit « une pression plus forte », pas le risque qu’elles courent !

* Proposition suivante : « donc sur le crédit » = « donc sur l’activité d’accorder du crédit en général ».

* « … et [une pression plus forte] sur la rentabilité de ces risques », encore une fois, « risque » est utilisé ici au lieu de « crédit » ou de « prêt ». Le passage signifie donc « [une pression plus forte] sur la rentabilité des prêts que nous accordons ».

* « … et [une pression plus forte] sur les taux d’intérêt » = « il nous faut donc hausser les taux d’intérêt sur les crédits que nous accordons ».

Remettons tout cela ensemble :

Devoir provisionner davantage les mêmes activités, devoir faire davantage de réserves en cas de pépin, cela veut dire pour les banques une rentabilité plus faible, un profit plus faible, sur les prêts que nous accordons, donc sur l’activité d’accorder du crédit en général, et sur la rentabilité de ces prêts, et il nous faut donc hausser les taux d’intérêt sur le crédit que nous accordons ».

Une fois traduit en français, le passage cité plus haut de l’entretien accordé par François Pérol au Figaro veut donc tout simplement dire : « la perte de rentabilité que nous subissons du fait de ce provisionnement [imposé par le Comité de Bâle], nous la passerons entièrement au client ». Le prix qu’il a fallu payer pour dire cela sans l’avoir dit vraiment, c’est d’avoir utilisé le mot « risque » à la place du mot « crédit » ; c’est d’avoir suggéré que la banque allait hausser les taux d’intérêts exigés du client parce qu’elle courait un risque supplémentaire alors que son risque est en réalité réduit et que c’est uniquement son profit qui est atteint.

Maintenant sur le plan de l’éthique, puisqu’on parle dans la presse de « moraliser la finance », utiliser le mot « risque » dans le passage cité, alors que l’on veut dire « prêt » ou « crédit », est-ce honnête ? Allez, je me mouille : je ne le pense pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail