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UNE CRISE PEUT EN CACHER UNE AUTRE, par Michel Leis

Billet invité

Les chiffres communiqués dans l’excellent billet de FOD illustrent bien la contradiction entre le discours porté par les instances patronales et la réalité des chiffres. Mais comme toujours, au-delà des statistiques, il y a plusieurs réalités superposées et le renvoi à l’article d’Arnaud Parienty ne peut tenir lieu de seule explication, d’où les quelques réflexions qui suivent.

Réduit à la seule dimension de la compétitivité, le débat actuel est un malentendu de plus entre le monde économique et le monde politique sur les objectifs de ces « indispensables » réformes. Le monde économique pense avant tout au retour d’une rentabilité mise à mal, alors que les attentes de profits ne se sont pas ajustées à la baisse[i] lors de la dernière crise. Pour le monde politique, les objectifs affichés ne reflètent que très partiellement les attentes réelles. Le discours sur l’emploi et la croissance retrouvée grâce à la compétitivité ne peut que laisser sceptique, surtout quand l’on cite en exemple la « vertueuse » Allemagne[ii]. Cela fait bien longtemps que la croissance peine à créer des emplois. Imaginer le retour au niveau de chômage qui prévalait il y a quarante ans semble hors de portée des pays développés. L’accumulation de cadeaux fiscaux qui ont pris le relais des baisses substantielles de l’impôt sur les sociétés[iii] ne permet pas non plus d’envisager un comblement des déficits par le retour de la croissance. La vraie préoccupation du monde politique, ce sont les déficits commerciaux et les besoins de financement extérieur qui lui sont associés dans le contexte d’une dette publique et privée de plus en plus difficile à financer.

Dans ce jeu de dupe, la position des uns et des autres est loin d’être équilibrée. Le ratio entre les dividendes distribués et les rentrées fiscales présenté dans le billet de FOD illustre parfaitement le rapport de force entre le monde politique et le monde économique que j’évoquais dans un précédent billet. Toutefois, restreindre les tensions à l’œuvre à cette seule dimension est bien insuffisant. Dans l’économie réelle, les rapports de force ont toujours caractérisé les relations entre les acteurs. Ce qui est nouveau, ce sont les changements opérés à la fin des 30 Glorieuses qui ont accentué les tensions, jusqu’à les rendre potentiellement destructrices pour les économies nationales. En ce sens, analyser les acteurs de l’économie de marché comme une seule entité donne une image faussée d’une réalité plus complexe.

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