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GILLES DOSTALER (1946 – 2011), par Bernard Maris

Billet invité.

Gilles Dostaler m’avait réconcilié avec l’économie. Avec quelques autres, René Passet, François Morin, Jean-Pierre Dupuy, mais c’est surtout lui qui m’avait relevé du dégoût de l’économie dans lequel j’étais tombé, en ces temps d’imbécillité et d’arrogance pseudo-mathématique qui triomphait dans les années 80-90 (et dont on a vu récemment les conséquences dans les théories mathématiques des marchés financiers). Gilles aimait l’économie et les économistes. Il travaillait alors à un livre avec Michel Beaud sur les économistes postérieurs à Keynes. Il connaissait bien les économistes du « circuit » comme on dit, mais il ne pouvait, dans notre discipline, que se consacrer à la pensée économique. La pensée économique est le refuge, le lieu de résistance de ceux qui croient encore que l’économie puisse avoir une vocation culturelle et sociale ; quand on ne veut pas mourir idiot en parlant d’économie, on s’intéresse à la pensée des grands auteurs, et d’abord ceux du passé. Les lecteurs d’Alternatives Economiques connaissent ses belles chroniques – et, que les cuistres se rassurent : Gilles savait ce qu’était un point fixe, et pouvait faire sur la nappe en papier d’un restau la démonstration d’existence d’un équilibre de Walras. Comme tous les « frondeurs » de notre génération, Gilles fut nourri de la Sainte Trinité, Nietzsche, Marx, Freud. Et très vite il fut ébloui par Keynes. Il éprouva, je crois, une passion pour cet auteur, au point d’aller méditer dans sa maison aujourd’hui occupée par l’historien Skidelsky. C’est de cette passion commune que naquit notre amitié. Keynes nous sauvait, Gilles et moi, moi plus que lui, de la tristesse dans laquelle nous plongeait l’économie orthodoxe, ses prix dits « Nobel », ses experts en ignorance, ignorance dont se délectaient, pour la diffuser, la quasi-totalité des journalistes qui véhiculaient la pensée dominante du laissez-faire. Des gens qui n’avaient évidemment pas lu Adam Smith. Gilles, lui, l’avait labouré. Comme il avait labouré Hayek et m’avait convaincu de le lire.

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