Archives par mot-clé : guerre

Sur la guerre. À propos de la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne 

« La conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne » est une leçon de mon cours « Éléments d’anthropologie culturelle », donnée l’année dernière dans le cadre du Diplôme Universitaire de Criminologie interculturelle de l’Université catholique de Lille.

Avec la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne, deux continents entrent en contact, causant des ravages considérables du fait du contact de ces deux cultures ignorant jusque-là tout l’une de l’autre. La différence avec les cas précédents, c’est que les ennemis représentants d’une autre culture sont alors des gens connus depuis toujours : « Nos ancêtres les connaissaient déjà. » Pensons à la Grèce antique et aux Perses. Guerre classique, entre les Perses et les Grecs mais il s’agit de part et d’autre de gens dont on sait qui ils sont : les différences entre eux sont. connues. On peut comprendre leur langue parce qu’elle est familière depuis très longtemps. De plus, de nombreuses personnes appartiennent aux deux cultures. Les Grecs peuvent décrire les Perses. Les Perses peuvent décrire les Grecs. On sait de part et d’autre à qui on a affaire.

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De la perte de biodiversité à la rébellion des peuples

Extrait d’un article à paraître en juin dans un magazine.

Il est devenu clair, quand a fallu comprendre l’origine de la pandémie de Covid-19, que la perte de biodiversité fait que des maladies susceptibles de se transmettre entre vertébrés débouchent aujourd’hui de plus en plus souvent sur des zoonoses : des maladies animales se transmettant aux hommes, les chauves-souris constituant en particulier, en raison de leur bonne résistance aux virus, un réservoir privilégié de maladies pouvant se transmettre aux humains. 

Dans un autre ordre d’idées, la globalisation économique fait que la production manufacturière se concentre dans des zones de rentabilité maximale qui sont aussi celles bien sûr où les populations sont présentes en fortes densités. C’est dans ce contexte qu’est intervenue une innovation née dans les bureaux d’études de la firme automobile Toyota : la pratique du flux tendu dans la gestion des chaînes d’approvisionnement, la réduction maximale des stocks associée à la vitesse maximale de réapprovisionnement, et ceci pour diminuer les frais de stockage. La confiance a été accordée à un processus permettant qu’un produit qui manque sur les rayons dans une région du monde s’y retrouvera rapidement en raison de la connaissance immédiate du niveau des stocks sur l’ensemble du réseau que le numérique autorise désormais et à la facilité de l’approvisionnement par voie maritime ou aérienne dans des processus de plus en plus automatisés et robotisés.

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Pauvre Ukraine : un témoignage, par François

Pendant près de 20 ans j’ai travaillé avec Tassia, Mindaugas, Nandor, György, Magdolna, Crina… et beaucoup d’autres en Russie, Lituanie, Hongrie, Roumanie. D’accord, mon échantillon n’est pas statistiquement représentatif. Il est constitué de gens éduqués, de privilégiés de grands centres urbains. Mais j’ai voyagé beaucoup dans ces pays et surtout j’ai parlé de longues heures, après les Grand-Messes du business, avec mes collègues, de leur vie, de leurs aspirations et de celles de leurs proches. Tous avaient pour objectif de rester dans leur pays pour construire une vie meilleure que celle d’avant la chute du mur avec une liberté de circulation, la paix et un bien-être équivalent au nôtre. Rien de bien révolutionnaire ! Sur l’évolution politique de leur pays respectif, ils étaient plus réservés, avec une retenue héritée d’un passé proche. En Allemagne de l’est, j’avais constaté la même retenue avant 89 ! Une seule chose est devenue non négociable : l’appartenance à l’Europe, Russie mise à part !
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En choisissant d’être humain, a-t-on choisi la guerre ?, par Pascal

Comme se fait-il que d’avoir conscience de sa propre finitude et de faire la guerre soient, semble-t-il, le propre de l’homme ? Y aurait-il un lien entre les deux ?

Nous avons la guerre sanglante, la guerre froide, la guerre économique, la guerre des sexes, la guerre numérique, la guerre asymétrique, la guerre civile, la guerre de conquête, la guerre d’indépendance, la guerre du feu, la guerre nucléaire, la guerre tribale, la guerre mondiale… et nous serions même en guerre contre la nature. Existe-t-il des activités humaines qui ne soient pas en rapport direct ou indirect avec l’une de ces guerres ?

Pour Clausewitz, la guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens. Mais si l’on considère que la guerre commence bien avant la politique, ne serait-il pas plus judicieux d’inverser la proposition : La politique n’est rien d’autre que la continuation de la guerre par d’autres moyens ?
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Je suis furieux après certains d’entre vous, le 3 janvier 2020 – Retranscription

Retranscription de Je suis furieux après certains d’entre vous, le 3 janvier 2020

Bonjour, nous sommes le vendredi 3 janvier 2020 et, ça ne m’arrive pas souvent mais, aujourd’hui, je suis furieux envers certains d’entre vous et je vais dire tout de suite de qui il s’agit.

Depuis que Trump est apparu à l’horizon des primaires américaines présidentielles pour l’élection de 2016, je me suis beaucoup intéressé à son cas. J’ai considéré que c’était un danger abominable et j’ai voulu y consacrer beaucoup d’énergie et un premier tome que je lui consacre a paru et il y en a déjà 3 autres en réserve. Et les personnes auxquelles je m’adresse, ce sont les personnes qui m’ont envoyé des messages en me disant : « Oui, mais vous attachez trop d’importance à ça. Ne vous énervez pas ! On a déjà vu des gens comme ça ! » et l’argument massue en général, c’est de dire « OUI, MAIS Hillary Rodham Clinton… ». La plupart d’entre vous – et c’est pour ça que je suis furieux ! – au lieu de vous intéresser au cas Trump, vous, tout de suite, me jetez dans les jambes Hillary Clinton.

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Piqûre de rappel : Ce n’est pas seulement le monde des affaires qui a lâché Trump hier, ce sont également les généraux, le 17 août 2017

Il y a un peu plus de deux ans. Préfiguration d’événements à venir ? Espérons-le en tout cas !

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La fusée Ariane, petite fille du missile balistique nazi V2, ou les origines du programme spatial français, par Roberto Boulant

Billet invité.

Un petit texte en hommage à Jacques Villain qui vient de nous quitter. Ingénieur de formation et historien de la conquête spatiale, ces travaux nous rappellent combien il n’existe pas de recherche appliquée neutre. Continuer la lecture de La fusée Ariane, petite fille du missile balistique nazi V2, ou les origines du programme spatial français, par Roberto Boulant

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Le dernier qui s’en va éteint la lumière, chapitre 11 : « La guerre, encore et toujours seule solution envisagée pour les questions compliquées »

Le chapitre 11 de Le dernier qui s’en va éteint la lumière (à paraître en janvier) : La guerre, encore et toujours seule solution envisagée pour les questions compliquées.

Les hommes se sont toujours montrés incapables de tirer les leçons de l’histoire, nous rappelait Hegel dans son introduction à La philosophie de l’histoire :

On recommande aux rois, aux hommes d’État, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais l’expérience et l’histoire nous enseignent que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer (Hegel [1822-23] 1965) : 35).

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Ne dites pas robots-tueurs, dites SALA, par Roberto Boulant

Billet invité.

Il y a une certaine forme de naïveté, voire de pensée magique, à croire que les mots peuvent occulter la réalité. C’est particulièrement vrai dans le domaine militaire, là où la violence guerrière doit se faire présentable à l’heure du dîner familial devant les informations télévisées. Sans aller jusqu’à l’utilisation d’oxymores tels que ‘frappes chirurgicales’ (la chirurgie tente de réparer et de sauver son prochain, pas de l’occire), il est toujours de bon ton de manier l’euphémisme : de dire ‘neutraliser’ en lieu et place du trop grossier ‘tuer’ ou mieux encore, d’évacuer la mort des hommes au profit de simples destructions matérielles. Ainsi, il conviendra de dire qu’un blindé a été détruit -voire pour les plus sourcilleux, de dire que la cible a été traitée- mais surtout de s’abstenir de parler du sort de son équipage transformé en pot-au-feu dans une carcasse carbonisée…

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Sommes-nous en guerre ?, par Roberto Boulant

Billet invité.

Sommes-nous en guerre ? Oui. Bien sûr.

Pas entre nous Français, surtout pas entre ‘communautés’ comme voudraient le faire croire les boutes-feu de tous bords, mais notre pays, nos armées, font la guerre dans quasiment toute l’Afrique sub-saharienne et en ce moment même, l’armée de l’air bombarde l’Irak après avoir bombardé la Libye sous la présidence Sarkozy.

Je ne me place pas là sur le terrain juridique. Je n’en ai pas les compétences et puis surtout, il est évident que le droit international peut être tordu dans tous les sens par les grandes puissances. J’en veux pour preuve l’exemple de l’invasion de l’Irak en 2006, qui est typiquement une guerre d’agression, interdite par les conventions internationales. Nonobstant, messieurs Bush junior et Blair peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne risquent certainement pas d’être traduits devant un tribunal (et ça n’est pas de l’anti-occidentalisme primaire, les Russes ou les Chinois font exactement la même chose).

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DE L’INTÉRÊT D’INTERROGER LE SYMBOLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Un symbole, au sens premier du mot, est un objet fractionné que se partagent deux hommes pour sceller un contrat et dont ils rassemblent les deux parties pour le liquider. Le symbole, comme une pièce de puzzle, casse le sens mais sa ligne de fracture aide à le reformer. Le préfixe sum– (« avec ») se retrouve dans le mot synoecisme, qui désigne, dans la Grèce antique, la coalescence de deux ensembles urbains. La ville de Zeugma (« joug » en grec), sur l’Euphrate, née de la réunion d’Apamée et de Séleucie, en est un exemple parfait. La symbolique se sert du réel comme d’un lexique iridescent, d’une lettre au-delà de la lettre, pour décrire les combinaisons sociales humaines. Cette instrumentalisation du réel n’est pas sa négation mais son détournement par distraction. Il n’y a donc rien qui doive nous retenir, dans la perspective d’une refondation des rapports sociaux sur des bases non concurrentielles, d’interroger les symboles autant que les pratiques. Le symbole est le chiffre de la pratique. Il nous rappelle que toute pratique, légale ou illégale, naît d’une entente entre deux ou plusieurs individus. En ces temps où la démocratie se résume à des rituels vides, autoréférentiels, en ces temps où des citoyens déboussolés se réclament de religions dont ils n’ont pas lu les livres (ainsi d’un manifestant contre le mariage pour tous qui situait l’épisode de la destruction de Sodome dans les Evangiles) et dont ils méconnaissent, quand ils ne l’ignorent pas tout à fait, le foisonnement symbolique, il me paraît capital de réfléchir à cette question.

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LES OPÉRATIONS MILITAIRES « COMPLIQUÉES »

Nous sommes, il faut bien le dire, une sale engeance. Dès qu’il s’agit de définir la « nature humaine », il faudrait être vraiment de mauvaise foi pour prétendre que « faire la guerre », n’est pas l’un de nos « attributs essentiels », mais seulement « accidentel ».

Il est beaucoup question ces jours-ci du monde abominable que nous léguons à nos enfants et petits-enfants. J’envisage quant à moi la question avec une certaine équanimité : pour ce qui est d’appartenir à une génération à qui la précédente n’a pas fait de cadeaux, je crois que la mienne est un peu là.

J’accueille du coup avec sympathie et soulagement tout signe d’allergie que nous pourrions manifester désormais vis-à-vis de notre tolérance ancestrale pour ce trait de notre patrimoine spécifique qu’est la prédisposition à faire la guerre.

Il y eut jusqu’à très récemment des époques où le fait que les guerres font des morts en grand nombre allait de soi. Et puis, les 300.000 morts de Verdun et le million (dont 250.000 civils) de Stalingrad, parvinrent tout de même – malgré notre indifférence atavique à ce genre de choses – à soulever le cœur.

Depuis, le fait que les guerres font des morts commence, Dieu merci, à nous chagriner.

Les historiens militaires me corrigeront si nécessaire, mais j’ai le sentiment que le décompte consciencieux des soldats morts durant la guerre menée par les États-Unis au Vietnam contribua, jour après jour, à la démoralisation progressive de cette nation, et à sa défaite – même si un soin particulier était toujours apporté à annoncer que si « n des nôtres étaient tombés au champ d’honneur », « n+1 (au moins) de la vermine terroriste du camp d’en face » avaient elles été éliminées. Vu le passé accablant de l’espèce en la matière, je trouve cette démoralisation admirable en soi.

Je dis ceci sans ironie aucune : à Santa Monica en Californie, où j’ai vécu de 2004 à 2009, des citoyens de la ville avaient planté sur la plage à l’ombre du « pier », l’estacade, des rangées de croix représentant chacune un soldat tombé en Irak. Ç’aurait été plus beau encore si les morts irakiens – civils en particulier – avaient été comptabilisés de la même manière, mais la plage de Santa Monica toute entière n’y aurait peut-être pas suffi.

Ceci pour dire que quand je lis aujourd’hui dans les journaux que la mort d’un officier français au Mali (qu’il repose en paix, et que sa famille sache que je conçois dans toute son horreur l’étendue de leur malheur) signifie que « l’opération s’annonce compliquée », je me dis que – malgré toute l’évidence que nous avons du contraire – il ne faut peut-être pas désespérer de notre espèce : son écœurement devant ses propres excès fait son chemin, même si c’est hélas encore à pas de souris.

 

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LA GUERRE NUMÉRIQUE

Paul Ariès m’avait demandé au mois de juillet, un article pour le N° du Sarkophage qui sortirait en septembre. En fait la revue à fait peau neuve, changé de titre, etc. et mon article est beaucoup trop long pour la nouvelle formule. Ici, on peut faire aussi long qu’on veut, Alors, le voilà.

Trois aspects des temps que nous vivons aujourd’hui sont très remarquables. Le premier est l’enthousiasme que nous mettons à rendre la planète inhabitable à notre propre espèce. Le second est l’effondrement économique et financier de nos sociétés dû à une disparition du travail par l’automation et à une tentative ridicule de remplacer le revenu de ceux qui continuent à travailler par un accès facilité au crédit, alors que les implications de la propriété privée drainent une portion toujours plus élevée du patrimoine vers une fraction toujours plus étroite de la population. Le troisième est notre perte de maîtrise sur la complexité, conséquence du fait que nous avons délégué les décisions de notre quotidien aux ordinateurs et que leur fonctionnement nous est devenu opaque parce qu’ils opèrent trop rapidement pour que nous puissions encore nous représenter de manière véridique ce qu’ils font exactement.

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