Archives par mot-clé : Guy Debord

Les cellules dormantes se réveillent ! (tousse ! tousse !)

Voici donc que vingt-quatre heures à peine après que le Washington Post diffuse en avant-première quelques anecdotes croustillantes quant à la santé mentale – déficiente – et les capacités intellectuelles – réduites – du Président Trump, selon ses collaborateurs les plus proches, anecdotes extraites d’un livre intitulé Fear, à paraître le 11 septembre, soit dans cinq jours, livre de la  plume de Bob Woodward, fameux en raison de la manière dont il couvrit autrefois le scandale du Watergate, scandale qui signa la perte du président Nixon et dont les fins rouages furent communiqués au même Woodward par un haut fonctionnaire dans le rôle de l’informateur masqué, voici donc qu’un autre informateur masqué se dresse, porte-parole d’une cinquième colonne au sein-même de l’administration Trump, pour signer, dans le New York Times cette fois, une tribune libre émanant d’une armée secrète inconnue jusqu’ici : la « Résistance au sein du Gouvernement Trump », dont les objectifs sont de « l’empêcher de mettre en oeuvre certaines parties de son programme et de suivre ses pires inclinations. »

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Guy Debord ou le portrait de la révolte, par Jacques-Ėmile Miriel

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Dans son propre Panégyrique de 1989, Guy Debord affirmait que sa si « mauvaise réputation » ne lui venait pas, en réalité, de son rôle pendant les événements de Mai 1968 : « Je crois plutôt, écrivait-il, que ce qui, chez moi, a déplu d’une manière très durable, c’est ce que j’ai fait en 1952. » Allusion directe à sa première manifestation artistique, un film de long métrage intitulé Hurlements en faveur de Sade, dont la projection à Paris le 30 juin 1952 devait entraîner un scandale retentissant. Debord évoquait ainsi cette œuvre dans un texte de 1993 : « L’écran était blanc sur les paroles, noir avec le silence, qui allait grandissant ; l’ultime plan-séquence noir durait à lui seul vingt-quatre minutes. »

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LES ÉTATS MAFIEUX, PROGÉNITURE DES SOCIÉTÉS TRANSNATIONALES par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Dans son billet Les forces politiques sans nom nées de simples conjonctions de fait, rédigé à propos du billet de zébu : Todd ou Stiegler, ou les deux ? Jeanne Favret-Saada constate que « Nous avons appris à nous méfier de la pensée conspirationniste et c’est bien. » Mais pour ajouter aussitôt « nous sommes très peu entraînés à admettre que des conjonctions de fait dans des situations ponctuelles, et une suite de hasards, dans une situation de désintégration générale, puissent faire ‘prendre’ une force politique sans nom ».

§

« Une force politique sans nom »

Le vide idéologique, laisse en effet la place (sic) à un « principe de Maupertuis » selon lequel le politique se laisserait aller à la plus grande pente, la ligne de moindre action ! (le cas chypriote semble exemplaire de ce point de vue).

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GUY DEBORD (1931 – 1994), Bibliothèque Nationale de France, du 27 mars au 13 juillet 2013

Un hommage à Guy Debord débute dans les jours qui viennent à la Bibliothèque Nationale de France et j’en découvre l’existence grâce aux articles publiés dans la presse. En lisant ceux-ci j’ai l’impression d’entendre parler d’une exposition consacrée aux fossiles du mésozoïque, probablement parce que les auteurs de ces comptes rendus sont jeunes ou en tout cas beaucoup plus jeunes que moi et que le nom « Guy Debord » leur semble enfoui dans la nuit des temps.

Ce n’est pas le cas en ce qui me concerne : plus âgé que moi sans doute Debord n’en était cependant pas moins à mes yeux, mon contemporain, à preuve que j’achetais les cahiers de l’Internationale situationniste au moment de leur parution, et non chez un bouquiniste bien des années plus tard. Je ne veux pas dire pour autant qu’il était aisé de se les procurer. Propos d’ancien combattant : seule une boutique d’art avant-gardiste dans la rue des Éperonniers les recevait à ma connaissance à Bruxelles et les volumes aux couvertures métallisées se retrouvaient dans mon sac en compagnie un jour de Julian Beck et de Jean-Jacques Lebel, un autre des Bâtisseurs d’Empire, pièce écrite par un illustre joueur de trompinette.

On nous explique aujourd’hui que Debord était ceci ou cela « par rapport à Marx ». La référence aurait paru incongrue à l’époque où il écrivait, tant il était clair que Debord était 100% hégélien. Hégélien de gauche comme Marx aussi sans doute, mais comme une branche divergente au sein de l’hégélianisme de gauche, ce qui interdit que l’un soit le disciple de l’autre, même si pour Marx par rapport à Debord, la question ne se pose pas bien entendu.

On ne sait plus rien aujourd’hui du XIXe siècle, sinon qu’on se souvient précisément de Marx et aussi de Darwin. Et ils ont du coup censément tout inventé à l’époque : on attribue ainsi à Marx en économie politique la totalité de ce qu’il a trouvé chez Adam Smith et Ricardo, et en philosophie tout ce que Hegel lui avait transmis. Les hommes sont bien avares de leur mémoire.

Quand nous ouvrons la bouche aujourd’hui, nous répétons du Debord, du Marcuse, de l’Adorno ou du Horkheimer, tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Aussi, à ceux qui parlent d’un de vous quatre comme d’un iguanodon de Bernissart, je vous le dis bien haut : « Vous êtes vivant ! »

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Titanic amer, par Serge B. (« Moustache »)

Billet invité

Aujourd’hui toutes les sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production sont comme abasourdies par une fantastique accumulation d’absurdités criantes. Nous sommes entrés dans une période de régression sociale et historique ubuesque, et il faudrait être inconscient ou malhonnête pour s’en réjouir.

La liberté despotique des mouvements de capitaux détruit des secteurs entiers de la production et l’économie mondiale s’est transformée en casino planétaire. La règle d’or du capitalisme a toujours été, dès la première moitié du XIXe siècle, la minimisation des coûts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivité la plus haute possible. Ce sont des luttes politiques et sociales qui ont contrecarré cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des réductions de la durée du travail, ce qui a créé des marchés intérieurs énormes et évité ainsi au système d’être noyé dans sa propre production. Le capitalisme ne conduit pas spontanément vers un équilibre, mais plutôt vers une alternance de phases d’expansion — la fameuse expansion économique — et de contraction — les non moins fameuses crises économiques.

Les nouvelles politiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répartition du produit social, ont été rageusement combattues par l’establishment capitaliste, bancaire et académique. Pendant longtemps les patrons ont proclamé qu’on ne pouvait pas augmenter les salaires et réduire le temps de travail sans entraîner la faillite de leur entreprise et celle de la société tout entière ; et ils ont toujours trouvé des économistes pour leur donner raison. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’augmentations des salaires et régulation étatique ont été acceptées par le patronat, ce qui a entraîné la phase la plus longue d’expansion capitaliste : les « Trente Glorieuses ».

Dès les années 1980, cet équilibre entre le capital et le travail a été détruit par une offensive néo-libérale (Thatcher, Reagan) qui s’est étendue à toute la planète. Cette contre-révolution réactionnaire a permis un retour insensé au « libéralisme » sauvage, qui a profité aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosité devenue évidente des régimes soi-disant socialistes et réellement totalitaires (ce n’était pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat…) a discrédité pour longtemps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capitaliste a triomphé.

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