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LES RESPONSABLES DONT ON PARLE PEU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

The English version of this post can be found here.

La question de savoir si une reconnaissance de dette peut être considérée comme une monnaie est centrale à mon livre L’argent mode d’emploi (2009). J’y mets en évidence le coup de force de Joseph Schumpeter (1883-1950), quand il imposa l’idée que c’était bien le cas, et j’y démontre l’inanité du pseudo-raisonnement qu’il proposait pour soutenir l’idée à l’aide de phrases qui sont souvent dénuées de sens (pp. 175-180).

Une reconnaissance de dette est bien de la monnaie selon Schumpeter, et l’on peut additionner son montant à celui de l’argent pour calculer des « masses monétaires » qui font foi de la richesse présente dans le système financier.

Le problème peut être considéré comme purement académique : une simple question de définition. Or, c’est en réalité très loin d’être le cas : lorsqu’une reconnaissance de dette cesse d’être échangée pour le montant qui est censé être un jour remboursé, parce que le doute s’est insinué que l’argent promis ne reviendra peut-être pas le jour dit, la « science » économique dominante, c’est-à-dire « schumpétérienne », préfère invoquer le « manque de liquidité » : une difficulté passagère à transformer la « monnaie » que serait une reconnaissance de dette en argent proprement dit, soit un problème purement technique de fluidité des marchés.

La confusion entre argent et reconnaissance de dette était nécessaire pour que l’on puisse ignorer le risque systémique qui se cache derrière l’« effet de levier », à savoir ce qui se passe quand on compare les gains obtenus grâce à de l’argent qui a été emprunté aux intérêts qui devront être versés pour l’avoir emprunté, plutôt qu’à une somme d’argent proprement dite.

Nous avons été quelques-uns dès 2007 à insister sur le fait que la crise qui débutait était une crise d’insolvabilité : que l’argent manquait pour honorer les reconnaissances de dette, et que l’invocation de la liquidité n’était qu’une manière de masquer la gravité de la situation. Ici aussi, le débat n’était pas purement académique.

Ceci dit, la confusion continue de régner. Dans  la « Notice Finale » de la Financial Services Authority, en date du 27 juin 2012, où le régulateur britannique justifie l’amende de 85 millions de livres (réduite à 59,5 M£, pour coopération à l’enquête) infligée à la banque Barclays dans l’affaire du LIBOR, le mot « liquidité »  apparaît à plusieurs endroits là où seul le mot « solvabilité » se justifierait :

« Les questions de liquidité constituaient un centre d’attention pour la Barclays et d’autres banques durant la crise financière et les taux de LIBOR cités par les banques étaient interprétés par certains commentateurs comme une mesure de leur capacité à emprunter. […] Les medias s’interrogeaient si les taux cités par Barclays indiquaient que la banque connaissait des problèmes de liquidité », etc. (p. 3)

L’effondrement global du système financier, dont l’affaire du LIBOR souligne à nouveau l’inéluctabilité, aurait pu être prévenu si l’on n’avait pas confondu argent avec reconnaissance de dette et du coup, insolvabilité avec illiquidité. Cinq ans plus tard, il est bien sûr beaucoup trop tard pour se lamenter d’une erreur que la « science » économique salua en son temps comme un trait de génie de Joseph Schumpeter.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’INSOLVABILITÉ M’A TUÉ, par Michel Leis

Billet invité

Dans la nouvelle réunion qui vient de s’ouvrir à Bruxelles, l’attention des participants va une fois de plus osciller entre la situation des banques et celle des États, dans ce mouvement de pendule si bien décrit par le maître des lieux dans une de ses dernières chroniques du « temps qu’il fait ». Comme beaucoup l’ont souligné ici, les déclarations d’intention sont nombreuses pour solutionner les problèmes structurels. Le surcroît d’intégration européenne à la cote, mais les délais de mise en œuvre sont longs. Dans l’intervalle, le conjoncturel va dominer les travaux pratiques.

L’Espagne aurait souhaité que l’on traite l’insolvabilité des banques sans mouiller les États (déjà refusé), l’Allemagne voudrait que l’on s’occupe de celle des États, et la France voudrait que l’on saupoudre un peu de croissance en espérant résorber une partie des déficits par la relance de l’activité. Les maux structurels ne sont finalement pris en compte qu’à la marge, sauf peut-être dans l’approche allemande qui a pourtant deux inconvénients majeurs. Tout d’abord, le volet économique n’est pas transposable tel quel, comme je l’évoquais dans un précédent billet ; ensuite, la réduction des déficits de l’État passe par de nouvelles contraintes qui pèsent sur le budget des ménages.

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