Archives par mot-clé : Jean-Marc Lévy-Leblond

CHRÉODE ET CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE, par Olivier Brouwer*

Billet invité

Bonjour Paul Jorion,

Ceci est une réaction à votre billet du 19 juillet, « COMMENT J’AI APPRIS À AIMER LE CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE », après avoir écouté les interventions de Jean-Marc Lévy-Leblond et de Pascal Bruckner.

Et je dois bien le dire : là, ça commence à devenir intéressant !

À quel destin l’humanité est-elle promise ? Je parie d’ailleurs, en aparté, que c’est l’objet du prochain opus BD que vous nous préparez et qui à ce stade s’intitulerait « Après l’espèce ».

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HIER SOIR AU LAZARET D’AJACCIO

Hier soir, au Lazaret d’Ajaccio : Marc Lachièze-Rey en fin d’après-midi et moi-même en soirée.

Lachièze-Rey a parlé des grandes questions qui se posent aujourd’hui en physique, à la jonction de la relativité et de la mécanique quantique, soulignant que ces deux approches relèvent de paradigmes différents et qu’une réconciliation passe donc nécessairement par le création d’un paradigme neuf, capable d’englober les deux approches dont la capacité respective à produire des modèles valides est indiscutable. Il mentionna comme piste prometteuse, les réseaux causaux.

Lachièze-Rey évoqua la « matière noire » dans l’univers comme un éventuel artéfact, qui pourrait s’évanouir si l’on examinait la question en termes de la constante cosmologique, proposée initialement par Einstein comme facteur explicatif avant qu’il ne se rétracte à son sujet.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’écoute de cet exposé à l’« effet Max Müller » que j’évoque dans Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009) : la possibilité pour un modèle d’engendrer des artéfacts dont de nouveaux modèles devront rendre compte, au risque de produire à leur tour de nouveaux artéfacts…

Quant à moi, prenant comme fil conducteur l’œuvre de Keynes, j’ai exposé quelques-uns de mes thèmes favoris : la machine à concentrer la richesse, le bancor, le nécessaire défaut généralisé de la zone euro, le fixing, la complexité non maîtrisée, la disparition du travail, etc.

Je pris la parole à 21h30. Quand, trois heures plus tard à 00h30, le maître de cérémonie Jean-Noël Ropion mit fin aux questions de la salle, une gentille dame vint se plaindre de cette manifestation arbitraire d’autorité !

L’approbation de mes propos par Jean-Marc Lévy-Leblond me fit très plaisir tout en étant dans la ligne logique de notre longue discussion de la veille, beaucoup plus surprenante à mes yeux fut l’intervention de Pascal Bruckner qui, dans un bref mais magistral portrait de la situation présente, vint conforter celui que j’avais moi-même brossé durant la soirée. Quand il eut fini de parler, je me tus, n’ayant en fait absolument rien à ajouter.

Ce soir, la dernière séance, avec Étienne Klein et Bernard Werber.

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COMMENT J’AI APPRIS À AIMER LE CATASTROPHISME APOCALYPTIQUE

Deux exposés hier à « Penseurs d’avenir » au Lazaret d’Ajaccio : celui de Pascal Bruckner consacré à La passion de la peur et celui de Jean-Marc Lévy-Leblond, répondant à la question : La pensée scientifique a-t-elle un avenir ?

La thèse de Pascal Bruckner est que la pensée unique serait aujourd’hui le catastrophisme apocalyptique jouant de manière irrationnelle avec notre prédisposition trop naturelle à la peur.

L’exposé s’apparentait à ces exercices de style que l’on impose aux collégiens surdoués : de devoir démontrer une thèse paradoxale telle que « Les vices sont en réalité des vertus, et les vertus, des vices », ce à quoi, comme l’on sait, s’applique le monde financier depuis deux siècles et demi. Dans un cas comme dans l’autre, Bruckner et les banquiers, la démonstration est astucieuse et souvent brillante, mais la conclusion échoue à convaincre.

J’ai posé à Bruckner la question suivante. Les êtres humains disposent d’une centaine d’années tout au plus. Leur vie est menacée tout ce temps. Normal qu’ils aient parfois peur. L’espèce existe elle depuis plus d’un million d’années. Imaginons que la conscience soit attachée à l’espèce plutôt qu’à l’individu, l’espèce aurait-elle raison aujourd’hui d’avoir peur ?

Réponse de Bruckner : il y a en réalité deux peurs, l’une est mauvaise et l’autre salutaire. Celle de l’espèce est justifiée et salutaire. Fort bien. Mais si les mots ont en réalité deux sens opposés, tout paradoxe n’est-il pas aisément prouvé ?

Ce que Jean-Marc Lévy-Leblond nous a proposé, c’est la lecture du chapitre consacré à la science au XXIe siècle, extrait d’un ouvrage publié un siècle plus tard.

Quiconque imagine que le catastrophisme apocalyptique constitue la pensée unique d’aujourd’hui aurait mieux fait de se trouver au Lazaret d’Ajaccio hier soir. La stupeur qui saisit l’auditoire souligna son impréparation à ce qu’il s’entendit dire. Pour la plupart d’entre nous, le monde de Mad Max, c’est encore toujours du cinéma et non le portrait de ce qui nous pend au nez.

Nous avons reparlé lui et moi ce matin du scénario qu’il a présenté hier soir. Le mot qui m’est venu pour le qualifier est celui de « chréode », le mot qu’utilisait C.H. Waddington pour un chemin tout tracé au sein d’une dynamique. Il est possible d’échapper à une chréode mais cela demande un apport énergétique considérable. À bon entendeur, salut !

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