Archives par mot-clé : Jean Moulin

L’ultralibéralisme précipite l’avènement d’un monde fait seulement de robots

Dans La Gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (2012-2014) (Fayard 2015), Alain Supiot écrit ceci :

« Depuis les débuts des Temps modernes, le vieil idéal grec d’une cité régie par les lois et non par les hommes a pris une forme nouvelle : celui d’un gouvernement conçu sur le modèle de la machine. Ce mouvement avait été engagé par la planification soviétique qui, la première, a réduit la loi à une fonction instrumentale de mise en œuvre d’un calcul d’utilité. Il s’approfondit avec l’imaginaire cybernétique, qui impose une vision réticulaire du monde naturel et humain et tend à effacer la différence entre l’homme, l’animal et la machine, saisis comme autant de systèmes homéostatiques communiquant les uns avec les autres. À ce nouvel imaginaire correspond le passage du libéralisme économique – qui plaçait le calcul économique sous l’égide de la loi – à l’ultralibéralisme, qui place la loi sous l’égide du calcul économique. Étendu à toutes les activités humaines, le paradigme du Marché occupe désormais la place de Norme fondamentale à l’échelle du globe » (pp. 408-409).

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L’éternel recommencement

Cet après-midi à Bruxelles, je suis allé au théâtre flamand, voir Huis, la mise à la suite de deux saynètes de Michel de Ghelderode : « Le cavalier bizarre » et « Les femmes au tombeau ».

C’est splendidement joué, en particulier par Josse De Pauw et par la demoiselle dont je n’ai malheureusement pas pu repérer le nom dans la liste des acteurs [*], qui incarne Marie-Madeleine (en mauve dans la vidéo). La musique de Jan Kuijken, à laquelle s’adapte le jeu des acteurs, est elle aussi magnifique.

Dans Le cavalier bizarre, les vieillards d’un hospice sont réveillés par l’irruption dans la nuit d’un cavalier. Ils reconnaissent en lui la mort. Le tumulte s’apaisera quand ils découvriront que ce n’est pour aucun d’entre eux qu’elle est venue : elle repart en emportant le corps d’un nouveau-né.

Dans Les femmes au tombeau, se rassemblent une à une, pour engager la conversation toutes ensemble, une groupie horripilante, Marie-Madeleine, Véronique, la femme adultère, l’épouse de Ponce Pilate, enfin, Marie.

C’est là une très vieille histoire, un éternel recommencement : le résistant, le dissident, l’empêcheur de tourner en rond, supplicié puis assassiné. Jésus-Christ, Jean Moulin, Victor Jara, la liste est malheureusement longue, et maintenant, Samira Salih Al-Nuaimi.

Curieusement, pour jouer le rôle du bourreau qui sera maudit par l’histoire, on continue, comme on le voit, de se bousculer gaiement au portillon.

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[*] L’un d’entre vous me signale qu’il s’agit d’Iris Van Cauwenbergh.

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