L’économie sociale de Michel Rocard, par Dominique Temple

Billet invité

Le libéralisme économique soutient qu’il n’existe qu’un principe de l’économie et que ce principe est l’échange. Le libre-échange requiert la privatisation de la propriété comme condition, et se justifie de l’intérêt de chacun. Ses victimes souhaitent une alternative : on voit aujourd’hui naître de nombreuses initiatives de la société civile qui témoignent d’une réflexion éthique. Mais que peut le sentiment éthique face à une théorie qui prétend se fonder sur la raison et la science, qui soutient que l’économie obéit aux lois de la nature, et enjoint à l’éthique de prendre acte de ses lois ?

Chacun d’entre nous pourtant ne sacrifie qu’une fraction minime de son temps au calcul dans un but capitaliste, pour faire du profit et acquérir du pouvoir de domination sur autrui. Or, toutes ou presque nos activités sont interprétées dans les comptes d’une économie de profit avec des paramètres qui nous sont imposés. Pourtant le débat démocratique est un débat contradictoire dans lequel les idées des uns et les idées des autres se relativisent. De cette relativisation naît un sentiment commun qui guide notre action immédiate et transcende les oppositions idéologiques en leur substituant une convivialité, une décence collective et un savoir vivre fondé sur le respect mutuel, la justice et la solidarité car ce sont là les valeurs immédiatement produites par notre situation de médiation entre les extrêmes. Or, cette résultante de la délibération ne se mesure pas, ne se compte pas, parce qu’elle ne se traduit pas en représentations objectives. Elle se ressent. Créer les conditions de cette médiation, c’est le but aujourd’hui de plus en plus d’initiatives de la société civile qui pourtant tournent court peut-être parce qu’elles ne sont pas accompagnées ou soutenues par la réflexion théorique adéquate.

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La « Troisième révolution industrielle » dans le Nord-Pas-de-Calais, par Stéphane-Samuel Pourtalès

Le 1er octobre 2014 au soir dans les sous-sols du palais de Chaillot.

Peu de femmes, beaucoup d’hommes, la plupart en costume-cravate, avec un bon quart de jeunes loups trentenaires aux vestes millimétrées et aux chaussures très brillantes et très pointues…

Une conférence de l’institut Palladio (fondation créée et parrainée par des gros promoteurs immobiliers, des bureaux d’études et acteurs principaux de la construction, et même par General Electric).

Tout ce beau monde écoutait respectueusement… un exposé sur la mise en œuvre du plan de Jeremy Rifkin pour la « Troisième révolution industrielle » dans le Nord-Pas-de-Calais.

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Aux sources du revenu d’existence pour tous : Speenhamland, 1795, par Michel Loetscher

Billet invité.

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue » écrivait Victor Hugo (1802-1885). La phrase a fait son chemin. Mais l’idée n’a pas attendu Hugo – celle d’un revenu d’existence pour tous, versé inconditionnellement à tout citoyen, tout au long de sa vie, au nom de l’égalité des droits et en vertu de son appartenance à l’humanité.

 Durant l’été 1795, le quaker Thomas Paine (1737-1809), inspirateur de la révolution américaine et française, élu député de la Convention dans la circonscription de Calais en France (1792), monte à la tribune de cette assemblée et fait cette déclaration… révolutionnaire : « Liberté, égalité, fraternité ne peuvent se réaliser, associées, si inconditionnellement, le minimum de ressources n’est pas garanti à chaque citoyen ».

L’activiste et « publiciste » né sujet de Sa Gracieuse Majesté britannique et ancien marchand de corsets dans le comté de Sandwich, est déjà l’auteur d’opuscules qui font autorité – dont les Droits de l’homme (1791) qui défend le droit aux secours pour les plus démunis.

Le député de Calais, proche des Girondins, connaît l’expérience tentée cette année-là à Speenhamland, une bourgade du comté de Berkshire, dans le « première patrie du capitalisme » où la montée de l’économie marchande se traduit par la destruction des formes d’auto-production et la « croissance » de… la misère. Souhaiterait-il la transposer d’urgence à la France encore « révolutionnaire » ?

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ON RECONNAÎT L’ARBRE À SES FRUITS (une journée au LH-Forum sur l’économie positive), par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Nous sommes un mercredi. La mise en scène est imposante, la signalétique luxueuse, digne des grand-messes internationales. Il ne faut pas moins d’un hangar portuaire réaménagé pour abriter l’arche intellectuelle qui doit nous embarquer vers le troisième millénaire, ce troisième millénaire où nous ne sommes toujours pas entrés, quoique les attentats du 11 septembre 2001 aient été vus comme une semonce préapocalyptique, un échauffement des trompettistes du Jugement dernier. L’évènement a lieu aux Docks Océane. Le choix est excellent. L’océan, c’est la vague, le vague diront les mauvaises langues, or la vague se confond avec la sinusoïde à amplitude croissante dont parlera Jacques Attali, dans son duo inaugural avec Joseph Stiglitz, pour décrire la trajectoire de l’histoire. La métaphore est forte : jusqu’à présent, l’humanité a toujours su remonter la pente. Y parviendra-t-elle cette fois-ci ?

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