Archives par mot-clé : jeu de Gô

Mark O’Connell, To Be a Machine (VI) La Singularité est-elle pour demain ?

Ouvert aux commentaires.

Comme le fait remarquer O’Connell dans son remarquable To Be a Machine (2017), la Singularité, telle que la comprennent les transhumanistes correspond bien à ce que J. Good, un ancien agent du contrespionnage britannique, avait caractérisé dans le titre d’un article publié par la NASA en 1965 comme « La dernière invention que l’homme devra jamais faire » (The last invention man need ever make) (90) : à partir de ce point de basculement, la machine inventerait tout, alors que nous, êtres humains, nous nous trouverions dans la position inconfortable du chimpanzé tentant d’interpréter ce qu’un être plus intelligent que lui tel que nous, décide de faire autour de lui.

Continuer la lecture de Mark O’Connell, To Be a Machine (VI) La Singularité est-elle pour demain ?

Partager :
Email This Post Email This Post

L’être humain hors course… la machine le prend en pitié !

Le Monde : Après avoir terrassé le numéro 1 mondial du jeu de go, AlphaGo prend sa retraite

Le programme, développé par DeepMind, une entreprise britannique appartenant à Google, a battu le jeune prodige chinois Ke Jie 3-0. Cette fois, plus de doute : aucun humain ne peut aujourd’hui rivaliser face à AlphaGo. Une performance informatique que les experts en intelligence artificielle (IA) n’attendaient pas avant dix ou vingt ans.

Partager :
Email This Post Email This Post

Les machines auront-elles un jour une conscience ?

Les machines auront-elles un jour une conscience ?

L’IA AlphaGo de Google bat le numéro un mondial du jeu de Go, Ke Jie

AlphaGo ne l’a emporté que d’un demi-point, la marge la plus faible, un trait caractéristique de son style de jeu. L’IA ne semble pas se soucier de la marge de sa victoire, elle choisit plutôt les mouvements dont elle a déterminé qu’ils ont la plus haute chance de déboucher sur un gain. Le résultat est sans doute serré d’un point de vue technique, mais on a eu le sentiment qu’AlphaGo allait gagner relativement tôt dans la partie.

Quelle importance que les machines aient un jour une conscience puisque nous lui en attribuons déjà une !

Et puis, vous connaissez mon propre point de vue : la conscience est un sous-produit de notre mécanisme à enregistrer en mémoire, elle ne sert à rien pour ce qui est de la prise de décision, alors, à quoi bon ?

Partager :
Email This Post Email This Post

Les machines, leur évolution, et nous, par Mathieu Van Vyve

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Mise à jour, 13/3/16 : J’ai rédigé le billet ci-dessous avant que l’on apprenne ce matin que Lee Sedol a gagné la quatrième manche. Le programme a mal évalué la qualité de la position à un moment donné et ne s’est « rendu compte » qu’il était mal embarqué que 4 coups plus tard. Ceci démontre qu’AlphaGo n’est sans doute pas « largement supérieur » ou au moins qu’il évalue mal certaines configurations. Mais cela ne change pas grand-chose à la discussion ci-dessous : le saut qualitatif reste à mon sens réel et inattendu, et nous autres humains semblons mal équipés pour anticiper ces évolutions.

Continuer la lecture de Les machines, leur évolution, et nous, par Mathieu Van Vyve

Partager :
Email This Post Email This Post

Le grand jeu, par Nikademus

Billet invité.

A l’époque de Kipling, on appelait « Grand Jeu » l’ensemble des luttes diplomatiques et militaires que l’Empire Russe et Britannique se livraient aux confins de leur frontières : en Afghanistan. C’est cette expression que le « géo-stratège » américain Zbigniew Brzezinski a sans aucun doute en tête quand il écrit en 1997 Le grand échiquier (The Grand Chessboard) alors qu’il cherche à attirer l’attention sur l’Eurasie comme étant la région sur laquelle les Etats-Unis devaient dès ce moment porter leurs efforts : la Chine y est considérée comme la puissance montante, respectable mais à guider et en quelque sorte à tenir par la main, l’Europe et la Russie ne sont plus considérées que comme déclinantes ou pour longtemps périphériques, le Moyen-Orient ne compte déjà plus pour grand’chose. Emmanuel Todd qui avait analysé de près l’ouvrage dans Après l’Empire (2002) – que l’on serait inspiré de relire aujourd’hui – , notait par exemple que pas une seule mention n’était faite à Israël. Evidemment, on était encore dans l’ère Clinton, les années Bush sont passées par là depuis, et les aspirations de Mr. Brzezinski ne peuvent plus trouver à s’épancher de la même manière. Tout simplement parce que les Etats-Unis n’ont plus les moyens de décider à quel jeu on joue. C’est sur un Grand Damier que se joue maintenant la partie.

Notes éparses sur le jeu de Gô

Extraites de Scott A. Boorman, The Protracted Game (1969, Oxford University Press), référence à De la Guerre Prolongée, de Mao (1938), (trad. sous le titre loufoque Gô et Mao, Seuil, 1972).

• Gô : nom japonais sous lequel on connaît en Occident un jeu en réalité à l’origine chinois : wei-ch’i (prononcer : oueï-chi), pratiqué depuis au moins la dynastie Han (200 av. JC).

• « Le commencement d’une partie est pratiquement incompréhensible pour celui qui ne l’a pas étudié à fond. Les deux joueurs ont l’air de placer leurs hommes au hasard, tantôt dans un coin du damier, tantôt dans un autre ; on dirait qu’ils cherchent à former de jolis dessins plutôt qu’à se tourner mutuellement. Ce n’est qu’après la mise en place de bon nombre de pions que l’objet de la partie commence à apparaître : alors on s’aperçoit petit à petit que les pions qui semblaient avoir été joués sans but offensif ni défensif étaient tous utiles, et qu’ils avaient été placés dès le départ pour servir d’avant-postes de territoires que l’on prévoyait de constituer autour d’eux, ou de postes d’observation pour harceler l’ennemi. » (p. 30)

Continuer la lecture de Le grand jeu, par Nikademus

Partager :
Email This Post Email This Post

La guerre sino-américaine

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans vingt ans, avec le recul, on considérera la crise qui débuta en 2007 comme la première grande bataille de la guerre sino-américaine. Si l’on veut se convaincre que la Chine est en passe de gagner, il suffit de lire les communiqués de presse accompagnant le déplacement de Mr. Obama en Chine.

Résumons ici le plus important d’entre eux : la Chine dispose désormais d’armes balistiques permettant d’atteindre des navires naviguant à moins de 1 500 kilomètres de ses côtes. Cinq porte-avions, sur les onze que compte la flotte américaine, tombent dans cette catégorie. Il faudra qu’ils aillent désormais naviguer ailleurs.

Les autres communiqués évoquent Mr. Obama discourant des droits de l’homme, tandis que le visage de Mr. Jintao reste de marbre. Ou, inversement, Mr. Jintao évoquant l’urgence pour les États–Unis de remettre leur finance en ordre, de surveiller le dollar et d’arrêter de faire la même erreur que le Japon en 1997 en maintenant le taux court à un niveau trop bas – et Mr. Obama écoutant sans sourciller.

Pourquoi Mr. Obama frémirait-il d’ailleurs ? ses économistes ont fait la preuve par neuf que les États–Unis n’ont aucune responsabilité dans la crise : tout vient de la sous-évaluation du yuan. La crise a une origine m.o.n.é.t.a.i.r.e. Qu’on se le dise ! Ce n’est pas Mr. Bernanke à la tête de la Fed qui le démentira : il doit son impressionnante carrière, financière aussi bien qu’académique, au fait d’avoir démontré que la crise de 1929 – pas plus d’ailleurs que celle de 2007 – n’avait un quelconque rapport avec l’abominable disparité qui existait aux États–Unis dans la distribution du patrimoine, ni avec la spéculation effrénée – foncière et boursière – qui caractérise pourtant les deux périodes. Non, dans un cas comme dans l’autre, la crise était due à un problème m.o.n.é.t.a.i.r.e.

La Chine savait que l’Amérique, à la gâchette facile, ne verrait pas d’un bon œil la montée en puissance qu’entraînerait nécessairement sa révolution industrielle, devenue enfin possible à la fin du XXe siècle. Alors, il fallait s’en faire une amie – du moins pour un temps. Les salariés américains ne recevaient plus assez d’argent de leurs employeurs ? Qu’à cela ne tienne : la Chine les aiderait à obtenir du crédit : elle achèterait tant de RMBS (Residential Mortgage–Backed Securities) que les taux long terme baisseraient à ce point que même les Américains les plus pauvres pourraient s’acheter des maisons, que le prix de ces maisons flamberait et qu’avec les plus-values réalisées – sur la revente ou sur le refinancement du crédit – les ménages américains achèteraient jusqu’à plus soif des produits Made in China.

« Fais de la force de ton adversaire, sa faiblesse ! » Le gros lourdaud se précipite vers vous ? Une légère esquive et, d’une chiquenaude, vous l’envoyez s’écraser contre le mur. Les arts martiaux sans doute, mais aussi le jeu de Gô : l’encerclement par une multiplication de positions favorables. La bulle immobilière se poursuit aux États–Unis ? La Chine y gagne. La bulle crève ? L’Amérique y perd. Qu’on ne me dise pas que personne en Chine n’y avait pensé !

On n’est peut-être plus communiste en Chine, mais on y lit toujours Marx : le Grand Soir du capitalisme n’y est pas considéré comme une fable. Mais que la Chine fasse attention : si Grand Soir il y a, il vaut pour tous les capitalismes : pour les récents comme pour les anciens. Et ni la spéculation immobilière à Pékin ni la bourse de Shanghai ne sont à l’abri.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :
Email This Post Email This Post