Archives par mot-clé : John Paulson

Le temps qu’il fait, le 23 avril 2010

La Grèce
Goldman Sachs

À un moment donné, je cite le nom de Mr. Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, alors que je voudrais évoquer Mr. John Paulson, patron du hedge fund, Paulson & Co. Mais je vous fais confiance : « L’auditeur aura rectifié de lui-même », selon la formule consacrée.

Quelques réactions à mes interventions à Montréal, mercredi et jeudi :

Focus Stratégique Québec 2010 (le 22 avril ) : PAUL JORION : LE COURAGE DES SOLUTIONS RADICALES
Argent (le 22 avril) : L’homme qui a vu les «subprime» écorche le budget

Argent (le 22 avril) : Une conférence à 300 000 $ donne quoi ?

Argent (le 23 avril) : Correction en vue, mais pas de W

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BFM Radio, lundi 19 avril à 10h46 – L’exercice délicat de la liberté

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La liberté est une très belle chose mais son exercice est délicat, j’aimerais illustrer cela par un exemple emprunté à l’actualité : le CDO, la Collateralized–Debt Obligation au nom sympathique de « ABACUS 2007-AC1 » émise par Goldman Sachs et dont il fut beaucoup question, pas plus tard que vendredi dernier.

Un client est-il libre de demander à une firme qu’elle crée à son intention le produit qui lui convient ? Pour autant que la firme en question puisse le livrer, certainement, et à condition aussi bien entendu que le produit soit légal. Il n’y a donc rien de répréhensible quand Mr. John Paulson, président d’un hedge fund américain (sans relation avec son homonyme Mr. Henry Paulson, ancien Secrétaire au Trésor) demande à la firme Goldman Sachs de créer un CDO à partir de crédits hypothécaires de son choix.

Nouvelle question : est-il légitime de considérer qu’un prix est susceptible tout aussi bien de baisser que de monter ? Parfaitement, bien entendu ! Et est-on libre de demander – comme le fait alors Mr. Paulson, que Goldman Sachs crée un CDO contenant les crédits hypothécaires subprime dont la probabilité que l’emprunteur le rembourse un jour est la plus faible possible ? Assurément ! Et puisque la valeur de ce CDO ne peut que baisser au fil des jours et puisqu’il serait donc fou de l’acquérir soi-même, l’attitude la plus raisonnable ne serait-elle pas de parier que son prix baissera effectivement – en prenant, par exemple, des positions nues sur des CDS, des Credit–Default Swaps ? La réponse est encore une fois « Oui » : cent fois oui ! Et c’est pourquoi on comprend parfaitement l’attitude de la SEC, le régulateur des marchés américains, qui a décidé de ne pas importuner Mr. John Paulson à propos de cette affaire.

L’exercice de la liberté est cependant plus délicat dans le cas de Goldman Sachs, qui décide alors d’offrir à ses clients le CDO « ABACUS 2007-AC1 » structuré en suivant les instructions de Mr. Paulson, le produit ayant été délibérément conçu – comme on l’a vu – pour être la plus abominable camelote imaginable. Le commentaire de Goldman Sachs est celui-ci – et pour ne pas courir le risque de déformer le propos, je cite textuellement Mr. Lloyd Blankfein, le patron de la firme : « Nous sommes bien sûr dans l’obligation de rendre compte pleinement de ce qu’est un instrument financier et d’être honnêtes dans nos transactions, mais nous ne gérons pas l’argent d’autrui ». Et dans la lettre que Mrs. Blankfein et Gary Cohn, le président de Goldman Sachs, ont adressée conjointement la semaine dernière à leurs actionnaires, ils précisent que l’objectif de la grande firme de Wall Street est de servir des clients avertis (« sophisticated »), capables de prendre leur propres décisions. Autrement dit, les dirigeants de Goldman Sachs proposent à leurs clients d’exercer pleinement la liberté qui est la leur d’acheter ou non la camelote que la firme cherche à leur vendre. On reste donc, fermement, dans le domaine des libertés.

On se demande du coup pourquoi la SEC a décidé de chercher des poux à Goldman Sachs dans cette affaire. Une hypothèse : qu’il ne s’agit peut-être pas tant de « liberté » que d’un autre mot présent dans la citation : le mot « honnêteté ». Ah ! vraiment, rien n’est simple !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Quelque chose de pourri au royaume de Danemark ? (mise à jour – 2)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Bon, il semblerait qu’on se réveille en Amérique : la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des opération financières, poursuit Goldman Sachs pour fraude.

Il est vrai que « Government Sachs » par-ci, « Government Sachs » par-là, ça commençait à faire désordre. Quand Mr. Bernanke a dit avant-hier qu’il n’y avait rien à y redire à propos des magouilles de Goldman Sachs en Grèce il y a quelques années (les swaps de change trafiqués visant à maquiller le niveau de la dette publique du pays), il y a eu comme des grincements de dents dans l’assemblée des opinions publiques.

Alors, qu’est-ce que Goldman Sachs aurait fait ? Ils n’auraient pas simplement continué de vendre à leurs très chers clients des CDO (Collateralized–Debt Obligations) synthétiques (1) basés sur des prêts subprime après s’être rendus compte que ce n’était plus que de la camelote – ce qui serait effectivement business as usual (l’un d’eux écrivait dans un mail : « le business du cdo est mort : il ne reste plus beaucoup de temps »), ils auraient vendu à leurs très chers clients des CDO, en s’arrangeant pour que ce soit de la camelote.

Ouch ! ça, tout le monde sera d’accord : c’est bien un cran au-dessous du business as usual. Quel aurait été le scénario ? Mr. John Paulson (sans rapport avec Mr. Henry Paulson, ancien Secrétaire au Trésor américain) dirigeant d’un hedge fund, d’un fonds d’investissement spéculatif, spécialisé dans les paris sur l’effondrement de l’immobilier résidentiel américain (15 milliards de dollars de profit, rien qu’en 2007), aurait demandé à Goldman Sachs le droit de déterminer lui-même les crédits subprime qui seraient agrégés dans ce CDO (ABACUS 2007-AC1). Ayant choisi les plus pourris d’entre eux, Paulson & Co a parié que ce CDO ne vaudrait bientôt plus grand-chose, et les faits lui donnèrent rapidement raison – il est vrai qu’il ne prenait plus alors qu’un risque limité ! Dont bénéfice pour Paulson & Co : un milliard de dollars ; Goldman Sachs reçut de son côté 15 millions de dollars pour ses bons et loyaux services.

Quelques remarques. Notons d’abord que Bear Stearns, la première grande banque d’investissement de Wall Street à tomber en mars 2008 aurait refusé une offre similaire de Paulson. Notons ensuite que le principal perdant d’ABACUS 2007-AC1 est la Royal Bank of Scotland, semi-nationalisée en 2008 (l’État britannique détient désormais 84 % des parts de la banque) qui y laissa 840,9 millions de dollars, versés à Goldman Sachs et dont la plus grande part aboutit entre les mains de Paulson & Co. Notons enfin, et à ce propos, que les autorités américaines semblent faire preuve de davantage de punch dans leurs rapports avec leur propre milieu financier quand les intérêts de puissances étrangères sont en jeu. Rappelons-nous en effet que le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac fut « télécommandé » de Pékin ; celui de AIG, probablement « télécommandé » de Paris (à moins que le fait que la Société Générale soit le principal bénéficiaire du plein remboursement ne résulte que d’une pure coïncidence) ; alors ? poursuites contre Goldman Sachs « télécommandées » de Londres dans l’affaire qui nous occupe aujourd’hui ?

Jusqu’ici, seul un Vice-Président de Goldman Sachs est poursuivi, et John Paulson n’est pas mis en cause (il n’est pas directement mouillé dans l’affirmation faite par Goldman Sachs à ses clients que le choix des crédits individuels constituant le CDO s’était faite sur une base impartiale) mais on s’accorde à penser que cela pourrait ne pas durer.

Petite remarque pour terminer : en 2008, Mr. Alan Greenspan, ancien président de la Federal Reserve, est devenu conseiller de Paulson & Co.

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de Danemark, mon cher Horatio ?

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(1) Pour CDO, CDO synthétique voir le glossaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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