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Une vision d’enfer !

Je viens d’avoir une vision, qui m’a terrifié.

Quelqu’un m’avait dit : « Regarde un peu Paris-Match ! Il faut voir ça ! » Mais au lieu de découvrir dans les pages du magazine pipeule des images du ministre grec des finances « qui fait trembler le monde » partageant la bonne vie avec madame, c’était Edward Snowden qui m’était apparu avec sa compagne Lindsay, elle qu’il avait dû abandonner comme cela, sans pouvoir rien lui dire, sans savoir s’il la reverrait jamais, sacrifiant le « bonheur des gens ordinaires » auquel il avait pourtant droit comme quiconque, pour une cause supérieure : pour que vous et moi puissions continuer à penser tout haut, sans devoir constamment jeter un regard furtif par-dessus notre épaule.

Les dieux décident parfois de perdre un homme. C’est vrai, mais tout dieux qu’ils puissent être, je les imagine pareils à nous-mêmes : courageux mais pas téméraires, et s’attaquant de préférence à ceux qui présentent des prédispositions à être perdus.

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AVEC LA NSA, VOUS AVEZ DIT ANONYME ? par François Leclerc

Billet invité

Selon le New York Times et Laura Poitras de l’équipe de Glenn Greenwald, en plus de tout ce qui a été déjà dévoilé, des millions de photos de personnes seraient interceptées tous les jours par la NSA dans le cadre d’une collecte mondiale de données qui n’est pas au profit des nécessiteux. L’objectif est d’y puiser celles dont les visages peuvent être déjà identifiés par des technologies de reconnaissance faciale progressant à grands pas. On apprendra sans doute bientôt que la reconnaissance vocale est également mise à profit afin d’aider à identifier les interlocuteurs de communications téléphoniques, faute de pouvoir recueillir leur signature ADN via Internet.

Toutes les occasions sont bonnes pour constituer cette collection de photos sans équivalent, depuis les réseaux sociaux et les mails jusqu’à l’accès forcé aux bases de données existantes. Somme toute, les réseaux de caméras de surveillance qui poussent comme des champignons dans les villes ne sont que la face visible – et déjà banalisée – de la société de surveillance qui monte en puissance. Porteur avec les « objets connectés » de toutes les espérances de business futurs, le Big Data a trouvé avec la NSA son maître avant même d’exister. Non pas pour monétiser, mais pour encadrer. Tel un délire mégalomane (mais raisonné), un fichier des visages des habitants de la planète est en cours de création, au prétexte mis à toutes les sauces de reconnaître les terroristes quand ils modifient leur apparence. On reconnait la patte des militaires américains qui ne craignent jamais de surdimensionner leurs moyens. À lui seul, le gigantisme des opérations de la NSA doit faire réfléchir et devrait aboutir à le mettre hors-la-loi.

Mais la quasi-inexistence de réactions gouvernementales fait à ce propos contraste, comme si les protestations initiales et non renouvelées n’étaient que de principe et qu’il n’était pas sérieusement recherché l’arrêt pur et simple des pratiques dévoilées par Edward Snowden. Comme si celles-ci faisaient partie de ces activités bénéficiant d’une sorte d’impunité, supposées inaccessibles aux interdictions, comme le sont dans leur domaine de nombreux instruments financiers. Comme si afficher d’être démuni était une commodité du pouvoir. Il est vrai qu’avec la peur, le sentiment d’impuissance partagé est son plus précieux auxiliaire.

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SHANGRI-LA (*)
(*) Cité mythique

Je ne vous insulterai pas en vous rappelant qui est Edward Snowden. Vous n’ignorez pas que Glenn Greenwald, journaliste, et Laura Poitras, documentariste, se sont faits les champions de Snowden et ont transmis ses découvertes par le truchement de journaux comme le Washington Post ou le Guardian. Le nom de Matt Taibbi ne vous est pas non plus inconnu, le journaliste de Rolling Stone a écrit certains des articles les plus musclés sur les coulisses des milieux financiers dans l’après-crise des subprimes.

Pierre Omidyar est un milliardaire américain d’origine persane ayant fait fortune en tant que fondateur de eBay. Il a lancé en octobre dernier l’organe de presse en ligne First Look. Son coup de maître a été de s’attacher les services de Greenwald, Poitras, Taibbi et d’une flopée d’autres figures légendaires de la presse d’investigation.

Parmi les recrues d’Omidyar dont je n’ai pas encore cité le nom, Marcy Wheeler, une blogueuse fameuse spécialisée dans les coups tordus de la realpolitik américaine comme la justification de l’invasion de l’Irak ou le recours à la torture par l’administration Bush. Wheeler a rejoint l’équipe le 6 février. Elle lançait le 23 à propos de l’Ukraine un tweet : « There’s quite a bit of evidence of coup-ness. Q is how many levels deep interference from both sides is », que je traduis librement comme « Il y a pas mal de preuves de coup-itude. La question c’est combien de niveaux en profondeur pour de l’interférence venant des deux bords. » Elle ajoutait : « Of course, part of it is just that Pax America is spinning out, trying to sustain itself », ce qui veut dire : « Bien sûr, c’est en partie simplement la Pax Americana sur sa lancée, tentant de persister ».

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(*) Cité mythique

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