Archives par mot-clé : monnaie fondante

Le prêt à intérêts (III) : le crédit gratuit, par Zébu

Billet invité.

« Mais cette révolution qui vient à nous d’une marche invincible et déjà nous interroge, que veut-elle ? En pouvez-vous douter ? Elle veut que l’œuvre commencée en 89 s’accomplisse. La féodalité territoriale et militaire a disparu, il faut que la féodalité financière disparaisse. Plus de privilèges ! L’égalité. Plus de privilèges ! La justice.

De là tous ces brûlants débats sur la souveraineté du capital, sur le despotisme de l’usure, sur le prêt à intérêt, sur le crédit.

La royauté de l’argent, l’aristocratie de l’argent, voilà bien effectivement ce qui est en question. »

Quand Louis Blanc, un des penseurs socialistes les plus estimés de son siècle, écrit ces lignes dans « L’organisation du travail », publié en 1839[1], le Code Civil napoléonien est toujours en vigueur et ses dispositions concernant le prêt à intérêt également, et ce pour encore presque 50 ans avant que la loi de 1886 ne vienne transformer ce que souhaitait réaliser l’empereur : inscrire la pacification dans la loi civile entre les partisans de la libéralisation complète des intérêts du prêt et les partisans de leurs interdiction. De fait, les intérêts pourront ainsi être stipulés dans les contrats de prêt mais seront régulés par la loi.

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Vers les monnaies libres : une alternative décentralisée au système monétaire capitaliste, par zoupic

Billet invité.

Depuis août 2007, je suis la crise du subprime au jour le jour. J’ai cherché de blog en blog des possibilités, des solutions concrètes pour sortir de ce système. Après avoir longtemps cherché, être parti du plus bas : l’individu, et être monté jusque dans les sphères de la spéculation financière et du casino de haut vol, j’ai trouvé une possibilité d’évolution dans laquelle j’ai choisi d’investir mon énergie et mon temps : les monnaies libres.

Le yin et le yang

Les systèmes monétaires mondiaux sont tous interconnectés, l’argent comme un fluide se répand et se déplace pour aller dans les niches où il sera le plus rentable, perdant à la fois la notion de sens et d’éthique. Comme le dit Bernard Lietaer, membre du club de Rome, fondateur de l’euro, ancien haut fonctionnaire de la banque centrale de Belgique, c’est le système qui est défaillant. Avec plus d’une centaine de crises dans les 25 dernières années, le problème est systémique. Comment à partir de ce constat, construire un autre système, ou un système plus résilient ?

Si la mondialisation et l’unification des monnaies avait un but de performance et de simplification, il est nécessaire aujourd’hui de reconnaître et d’accepter que ce système ne fonctionne pas convenablement. Comme un Monopoly, il se joue avec un début et une fin, et la structure du jeu nous mène inexorablement vers l’enrichissement d’une partie des joueurs face à l’endettement de l’autre partie. Notre système capitaliste qui a pour base simple la rentabilité et la multiplication des capitaux par son interconnexion croissante grâce à la modernisation des technologies de l’information accélère le rythme de la partie, et avec elle la fréquence des crises. D’après des recherches sur la durabilité des systèmes complexes, il faut trouver un équilibre entre performance et résilience. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons réduit continuellement la résilience et la diversité des systèmes pour s’orienter uniquement vers la performance, au prix de nombreuses crises ravageuses. Comme le panda, ne mangeant que du bambou se retrouve très fragile lorsque son unique aliment est décimé, si on lui apprend à diversifier son alimentation, il résistera mieux aux aléas de la nature.

Si le système en place représente le yang par sa force dominante, sa puissance et son développement, les monnaies libres ou monnaies complémentaires peuvent représenter le yin qui donnera à notre système une deuxième jambe quand la première casse, un plan B. Le WIR né en Suisse en 1933 en est le plus vieil exemple : suite à la grande dépression, les entreprises se solidarisent et créent une monnaie d’échange basée sur la solidarité : Wir signifiant nous en allemand, ou WIR comme Wirstchaft signifiant économie. Par le manque d’alternatives à l’époque, ce processus permet aux entreprises de continuer à échanger malgré la pénurie de monnaie traditionnelle. Depuis presque 80 ans, ce système a servi de plan B dès que le franc suisse a connu des faiblesses, les échanges se déroulant dans la monnaie la plus stable.

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« L’argent, mode d’emploi » : un second commentaire, par Johannes Finckh

Billet invité.

Pour revenir à la question centrale de ce qu’est la monnaie, l’insistance que je peux avoir sur le statut spécial de la monnaie fiduciaire, cela vient d’une autre observation que je n’ai pas encore exposée et qui apportera, je l’espère, un éclairage nouveau!

0) Tout d’abord, ce n’est pas la monnaie qui est à la base, mais le fait que l’être humain travaille et doit ensuite partager le fruit du travail ! Jusque là, tout le monde suit.

1) Ensuite, l’invention de la monnaie, ancienne et toujours nouvelle, a radicalement changé les rapports humains. Pour étendre cette réflexion à la nature même de l’être humain, on peut dire que le fait que l’être humain parle, le « parlêtre » de Lacan, change tout.

Par analogie, j’affirme (Lacan le dit aussi, d’ailleurs, mais peu importe ici!) que le signe monétaire est le « signifiant à tout faire », qu’il organise comme rien d’autre la société comme telle. Aujourd’hui, on peut affirmer, selon moi, que l’économie est monétaire ou n’est pas ! On peut encore dire que les divergences sociales sont solubles quand elles sont « monnayables », c’est-à-dire quand on peut mettre de la monnaie (d’échange) sur la table. Par ailleurs, la monnaie est d’Etat ou n’est pas, car sa crédibilité dépend de ce que tous l’acceptent ! D’où, pour l’essentiel, les difficultés de la monnaie locale tant qu’aucune autorité crédible ne la cautionne !

Dans le quotidien des échanges économiques, nous « parlons » euro ou alors, cela ne compte pas ! Ou dollar, etc…

A partir de ce moment-là, on peut dire, d’une façon lapidaire, que la monnaie n’existe que l’instant où elle est sur la table !

Tant que le billet est dans ma poche ou, plus loin, tant que la somme est créditée sur mon DAV, l’échange n’est pas réalisé, et il est impossible de savoir quand et où il va avoir lieu !

En toute rigueur, la monnaie n’est monnaie que l’instant de l’échange pour devenir un objet l’instant d’après.
Il me semble que c’est cette réalité-là qui fait qu’il est à ce point difficile, pour beaucoup, de définir ce qui est monnaie et ce qui n’est pas monnaie !

Pour radicaliser encore, la monnaie est échangeante ou n’est pas ! En même temps, elle a un caractère « permanent ». Juste avant l’acte de l’échange, c’est un trésor précieux, et juste après aussi ! Pour les comptes bancaires, y compris les DAV, cela reste des promesses de monnaie non réalisées ! Même si l’échange de ces promesses est souvent satisfaisant.

Mais je ne souhaite pas plus que cela insister sur ce point du débat pour avancer, car, à mon sens, cela est tout à fait secondaire pour saisir ce qu’est la monnaie et s’éclairera mieux dans la suite.

Cette logique binaire qui fait que l’objet monnaie est à la fois un objet qui passe de main en main et que l’on thésaurise plus ou moins indéfiniement (que l’on cache!) comporte en elle-même toute la difficulté de ce qu’il y a à saisir !

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« L’argent, mode d’emploi » : un commentaire, par Johannes Finckh

Billet invité.

J’ai fini la lecture de votre livre !

Je confirme pour dire qu’il est très bien. J’espère qu’il réveillera les économistes attachés et adeptes de la confusion entre « argent » et « reconnaissance de dette ».

Votre dernier passage sur la « dimensionnalité » de la monnaie apporte le fait que l’ordre monétaire, qui génère toujours l’intérêt, même faible et même proposé selon des règles plus « convenables », à savoir dans la production en obtenant un partage entre capitaliste et entrepreneur tout en produisant une « croissance », car l’argent est correctement investi – et sans les trop fréquents abus dans la consommation et la spéculation – va tout de même dans le mur ! Car l’insolvabilité qu’engendre ce système est mathématiquement inéluctable ! Cela est encore vrai pour des intérêts très faibles et même nuls ! Vous signalez le côté physique de cet événement ! Par ailleurs, vous rendez hommage, en fin de votre ouvrage, à certaines de vos sources, notamment Emile Zola.

Pour ma part, j’ai regretté que vous ayez, tout en ayant souligné dans la discussion des solutions proposées, souligné la grande « subtilité » de la solution de Gesell, pas davantage médité et retenu sa solution !

Il me semble y avoir deux raisons essentielles.

1) La première, vous semblez craindre que la monnaie dite « fondante » incite à une sorte de « pousse » à la consommation, car cette monnaie qui perd de la substance en fonction du seul temps qui passe, c’est en effet son principe, pourrait inciter à des achats inutiles et à une fuite en avant de la consommation ! Je vous ai déjà démontré que cette analyse est radicalement fausse, car, bien au contraire, celui qui se trouverait dans une telle situation d’avoir de la « richesse à gaspiller, à perdre », autrement dit le capitaliste, n’a certainement pas cette mentalité-là. Au contraire, il chercherait plutôt à acquérir des actifs durables, des terres, des valeurs industrielles, des placements financiers rentables ou, à défaut, qui maintiennent la valeur et donc l’épargne en question ! Car, dans le nouveau contexte où la rétention liquide ne peut plus fonctionner comme moyen de retirer de la monnaie circulante, il est sensible que la seule possibilité de transférer sa richesse d’aujourd’hui dans le futur sans subir la fonte ou, mieux, en réalisant des gains de valeur liés aux actifs qui ont des chances de s’apprécier (ou pas), restera le vrai moteur de l’épargne de précaution que tout un chacun envisage dès que ses revenus lui permettent.

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