Archives par mot-clé : Moody’s

L’actualité de demain : LA GUÉRISON IMAGINAIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Comment les banques se portent-elles réellement ? La BCE ouvrant le guichet du remboursement de sa première opération de prêt à trois ans (LTRO), le montant qui un an après allait être remboursé par anticipation faisait l’objet de spéculations. La BCE a aujourd’hui révélé que 278 banques vont rembourser 137 milliards sur les 486 milliards d’euros empruntés en décembre 2011. Mais l’on ne sait toujours pas qui a emprunté et qui a remboursé parmi les 800 banques qui ont bénéficié du LTRO, sauf quand elles l’annoncent elles-mêmes.

Comment l’interpréter ? Certains y voient la manifestation de l’amélioration de la situation des banques, bien que seulement plus d’un gros quart des fonds empruntés soit remboursé, d’autres s’inquiètent de la stigmatisation qui pourrait en résulter pour toutes celles qui ne s’y engagent pas. En tout état de cause, cela met en évidence que le secteur n’est pas homogène – ce qui n’est pas une nouveauté – et que seules les banques réputées les plus solides ont retrouvé un accès au marché interbancaire à de meilleures conditions, en raison des nouvelles initiatives prises par la BCE entre-temps. Vu l’étroite dépendance des banques entre elles, cela ne donne pas l’image d’un système bancaire en sortant renforcé…

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Les agences de notation et la liberté d’expression, par Alain Gauvin

Billet invité

Une agence de notation a pour activité de noter la qualité de crédit d’une entreprise (ou d’un Etat) lorsque cette entreprise emprunte sur les marchés. L’agence de notation peut se livrer à cet exercice d’évaluation, de sa propre initiative, ou à la demande d’investisseurs susceptibles de souscrire à l’emprunt émis par l’entreprise. En notant cette dernière, l’agence se limite à donner sa propre opinion sur la capacité de ladite entreprise à rembourser la dette concernée.

Il est remarquable de constater que si les agences de notation (dont les principales sont Standard & Poors, Moody’s et Fitch) sont abondamment critiquées par voie de presse, elles ne sont, en revanche, jamais attaquées en justice. Contrairement aux banquiers, commissaires aux comptes, auditeurs et même avocats, les agences de notation font rarement face à des actions en responsabilité. Pourquoi les agences de notation bénéficient-elles d’une telle « immunité de fait » ? Doit-on en conclure que la responsabilité d’une agence de notation ne peut être mise en cause lorsque l’évaluation qu’elle fait d’une entreprise et la notation qu’elle lui donne sont erronées, voire trompeuses ?

La réponse à cette question de l’impunité des agences de notation se trouve dans un argument imparable, à ce jour, dont les agences se prévalent : leur notation ne constitue qu’une libre opinion protégée par le célèbre « 1er Amendement » de la Constitution américaine. Ce 1er Amendement est d’une force juridique et politique considérable puisqu’il interdit au Congrès de prendre une loi de nature à porter atteinte à la liberté d’expression¹.

Cependant, si le contentieux en matière de responsabilité des agences de notation est plus que rare, les choses pourraient bien changer avec la crise que nous traversons actuellement.

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Agences de notation vs Etats, par zébu

Billet invité.

Jean Quatremer a écrit un article sur son blog ‘Coulisses de Bruxelles, UE’ mardi dernier sur le fait que la France pourrait perdre sa note , la plus élevée, de ‘AAA’ :

« Reste qu’on ne peut qu’être fasciné par le tranquille aplomb avec lequel Fitch tance les États, elle qui avec ses consœurs a joué un rôle important dans le déclenchement de la crise et donc dans l’accroissement du déséquilibre des comptes publics, puisqu’elles ont été incapables d’analyser correctement les risques que représentaient les subprimes… »

Ce que souligne M. Quatremer est d’importance. Des ‘agences’, de ‘notation’, peuvent sans préjudice aucun, définir ce qu’il est ‘juste’ ou non de faire en termes de finances des états, et non des moindres, puisqu’il s’agit de l’Espagne, du Royaume-Uni et de la France, poids lourds européens s’il en est, tous notés à maxima, à savoir ‘AAA’. Qu’une dégradation de la note puisse être prononcée ou seulement même que la perspective de la note attribuée par une de ces agences soit réévaluée et ces 3 états commenceront à se approcher du pilori qu’on ne manquera pas de leur dresser sur l’autel des marchés, avec comme corollaire un inévitable accroissement du déséquilibre des comptes publics par la simple augmentation du ‘loyer de l’argent’ emprunté sur ces mêmes marchés … La Grèce, pour l’avoir ‘oublié’, est passée directement du pilori à la potence, où le nœud coulant se resserre actuellement autour de son cou.

A une époque passée et que l’on pensait révolue, on aurait de suite qualifié ce pouvoir de « régalien », tant, comme la justice du Roi, ce pouvoir est un pouvoir qui n’est pas partagé. De fait, il ne l’est qu’entre 3 agences de notation mondiale : Fitch Ratings, Standard & Poor’s et Moody’s. Mais qu’est-ce qu’une agence de notation ? Ou plutôt, qui ou quoi se cache derrière ces agences ?

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La Grèce, Moody’s et le destin de la zone euro

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si vous avez vu l’émission Ce soir (ou jamais !) du 4 février, vous avez pu me voir demander à Mr. Éric Woerth, le ministre du budget français, s’il ne pensait pas que le pouvoir des agences de notation était exorbitant. Il me semble qu’il a répondu oui. Mais vous pouvez vérifier vous-même.

Ce thème du pouvoir exorbitant des agences de notation, je l’avais déjà abordé le 1er février dans une chronique pour BFM Radio que j’avais précisément appelée Un pouvoir véritablement exorbitant mais je ne parlais alors qu’en termes généraux. Parlons maintenant en termes spécifiques. Ce qui va nous ramener… à la Grèce, bien entendu.

La question qu’on se pose depuis quelques jours, c’est : « Pourquoi Der Spiegel ? ». Pourquoi le pot-aux-roses du swap de change véreux arrangé par Goldman Sachs au « bénéfice » de la Grèce a-t-il été révélé par un hebdomadaire allemand ? La réponse se trouve probablement dans les termes-mêmes du swap.

Si l’on en croit un article publié hier par « Tyler Durden » and « Marla Singer » sur le site Zerohedge, la rétrogradation de la Grèce et de « Titlos », le SPV (Special Purpose Vehicle), la société créée dans le but de gérer le fameux swap, à la notation A2 par Moody’s le 23 décembre dernier, place désormais tout l’arrangement un seul degré seulement au-dessus de la note A3 qui a été définie par Moody’s lors de sa validation du swap et de la rédaction du contrat, comme déclenchant un appel de collatéral d’un montant de 5,4 milliards d’euros. Dans la situation financière actuelle de la Grèce, on le sait bien, ce serait la fin. On n’est plus qu’à un cran au-dessus et vu la manière dont fonctionne la zone euro, chacun sait – et les Allemands tout particulièrement – vers qui tous les yeux se tourneraient alors comme étant le volontaire désigné pour tirer la Grèce du pétrin.

Ceci, c’était pour répondre à la question : « Pourquoi Der Spiegel ? » Mais ce n’est pas de l’Allemagne que j’avais l’intention de parler : je voulais parler des agences de notation. C’est Moody’s qui a cautionné le montage du swap et lui a attribué son Aaa initial. C’est Moody’s qui a déterminé qu’une rétrogradation à une note inférieure à A2 déclencherait un appel de collatéral fatal. C’est Moody’s qui a rétrogradé la Grèce ainsi que son swap au grade A2 le 23 décembre dernier. C’est sur Moody’s que repose encore l’entière responsabilité de rétrograder l’un ou l’autre, voire les deux à la fois de A2 à A3. Je repose alors la question que j’ai posée à Mr. Éric Woerth : « N’est-ce pas un pouvoir exorbitant attribué à une firme privée ? » Je ne dis même pas : « À une firme privée américaine ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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