Agences de notation vs Etats, par zébu

Billet invité.

Jean Quatremer a écrit un article sur son blog ‘Coulisses de Bruxelles, UE’ mardi dernier sur le fait que la France pourrait perdre sa note , la plus élevée, de ‘AAA’ :

« Reste qu’on ne peut qu’être fasciné par le tranquille aplomb avec lequel Fitch tance les États, elle qui avec ses consœurs a joué un rôle important dans le déclenchement de la crise et donc dans l’accroissement du déséquilibre des comptes publics, puisqu’elles ont été incapables d’analyser correctement les risques que représentaient les subprimes… »

Ce que souligne M. Quatremer est d’importance. Des ‘agences’, de ‘notation’, peuvent sans préjudice aucun, définir ce qu’il est ‘juste’ ou non de faire en termes de finances des états, et non des moindres, puisqu’il s’agit de l’Espagne, du Royaume-Uni et de la France, poids lourds européens s’il en est, tous notés à maxima, à savoir ‘AAA’. Qu’une dégradation de la note puisse être prononcée ou seulement même que la perspective de la note attribuée par une de ces agences soit réévaluée et ces 3 états commenceront à se approcher du pilori qu’on ne manquera pas de leur dresser sur l’autel des marchés, avec comme corollaire un inévitable accroissement du déséquilibre des comptes publics par la simple augmentation du ‘loyer de l’argent’ emprunté sur ces mêmes marchés … La Grèce, pour l’avoir ‘oublié’, est passée directement du pilori à la potence, où le nœud coulant se resserre actuellement autour de son cou.

A une époque passée et que l’on pensait révolue, on aurait de suite qualifié ce pouvoir de « régalien », tant, comme la justice du Roi, ce pouvoir est un pouvoir qui n’est pas partagé. De fait, il ne l’est qu’entre 3 agences de notation mondiale : Fitch Ratings, Standard & Poor’s et Moody’s. Mais qu’est-ce qu’une agence de notation ? Ou plutôt, qui ou quoi se cache derrière ces agences ?

Prenons l’exemple que citait Jean Quatremer dans son article, à savoir l’agence Fitch Ratings. Avec deux sièges, l’un à New York et l’autre à Londres, et un chiffre d’affaires principalement réalisé aux USA et au Royaume-Uni, Fitch Ratings est le prototype même de la société multinationale anglo-saxonne, qui ne dépareillerait pas les deux autres agences de notation, notamment la plus importante, Moody’s.

En y regardant de plus près, on s’aperçoit néanmoins que cette filiale anglo-saxonne fournit l’essentiel du chiffre d’affaires d’un groupe français, FIMALAC.

FIMALAC, c’est d’abord un dirigeant d’entreprise, Marc Eugène Charles Ladreit de Lacharrière, qui a créé cette société en 1991. Il acquiert la société IBCA en 1992 puis la société Fitch en 1997, pour former après fusion la société Fitch IBCA. En 2000, l’acquisition de Duff and Phelps par OPA puis l’apport par Thomson Financial Services de la société Bankwatch permet à Fitch Ratings de se hisser au troisième rang mondial des sociétés de notation en 2001.

En étudiant la carrière du fondateur, on s’aperçoit que celui-ci est le prototype même de l’élite française, ‘mondialisée’ par la libéralisation des échanges depuis la fin des années 70 :

– ENA (en 1968), 17ème sur 250

– Responsabilités au sein de différents groupes et sociétés multinationales : Banque Indosuez puis L’Oréal (vice-PDG) avant de créer FIMALAC en 1991,

– Administrateur du ‘Gotha’ économique, financier et culturel : Synthélabo, Groupe Casino, Renault, Crédit Lyonnais, Air France, France Télécom, Musée du Louvre, membre du Conseil consultatif de la Banque de France, Président du Conseil d’Administration de l’Agence Internationale des Musées de France (Musée du Louvre à Abu Dhabi),

– 35ème fortune de France,

– Grand officier de la légion d’honneur et Commandeur des arts et des lettres.

Il préside aussi la Revue des deux mondes, revue culturelle classée à droite, où l’on retrouve entre autres les éditorialistes Alain Minc et Alexandre Adler, garde une petite participation dans le journal Le Monde et a ‘sauvé’ le journal Les Echos, au nez et à la barbe de Bernard Arnault. Il a créé ‘sa’ fondation culturelle, la Fondation Culture et Diversité.

Le propriétaire de Fitch pourrait donc faire un ‘coupable idéal’ car d’aucuns verraient en cette circonstance la preuve que les élites françaises ‘transnationales’ n’ont plus de françaises que leurs sièges sociaux, de Total à L’Oréal en passant par Renault, tant leur goût du profit prime leur appartenance nationale. « Et dire que nous les avons formés … », diraient certains.

Pourtant, lorsque Fitch a brandi cette menace contre la France (notamment), elle a été accueillie avec surprise car le 10 février 2010, M. Ladreit de Lacharrière déclarait :

« Nous avons la chance, en Allemagne et en France, d’avoir deux pilotes dans l’avion. Dans le cas de la France, sa dette devrait être de 1.600 Milliards d’Euros à la fin de l’année 2010, mais elle est financée à 1/3 par l’épargne française, à 1/3 par l’épargne venant de l’Euro et à 1/3 par les fonds anglo-saxons ».

Les problèmes rencontrés par la Grèce ne devaient donc pas influer sur la santé des autres états de la zone euro. Il ajoutait même que la crédibilité des pays concernés se jugerait à l’aune de leurs capacités à maintenir les plans de relance car la croissance était jugée encore trop faible. Dès lors, comment comprendre qu’un mois plus tard, la même agence Fitch, société appartenant à FIMALAC, détenue majoritairement par M. Ladreit de Lacharrière, puisse annoncer ‘brutalement’ quasiment l’inverse de ce qu’il avait pu déclarer préalablement ? L’approfondissement brutal de la crise grecque aurait-elle fait changer d’avis son patron ? Ou tout comme Goldman Sachs le fit avec la Grèce, FIMALAC ne fait qu’utiliser sa position spécifique dans le monde financier pour un jour dire (et faire) le contraire de ce qu’il dira le lendemain, si son intérêt financier s’y retrouve, tel un Janus cyclothymique ?

La réponse pourrait provenir en fait d’un autre domaine, plus prosaïque et plus proche des intérêts des acteurs en question. Le dirigeant de FIMALAC a déclaré récemment vouloir réduire son exposition à l’Agence Fitch, en cédant 10% de son capital, après avoir cédé 20% au groupe américain Hearst Corp., déjà actionnaire de Fitch Group. Mais de quelle exposition parle-t-on donc, alors que l’agence reste la troisième agence de notation mondiale et que malgré la crise financière qui a eu des répercussions importantes dès 2007, Fitch est redevenue bénéficiaire ? Certes, les critiques ont ‘accablé’ les agences de notation, jugées coupables de ne pas avoir été capables d’identifier les sources de la crise, à savoir les subprimes, mais rapidement, ‘business as usual’, les affaires reprirent.

En fait, selon M. Ladreit de Lacharrière et ce dès le 18 septembre 2009 :

« au niveau européen, la messe est dite, c’est-à-dire que les instances de régulation ont mis en place un processus qui nous permettra de mieux travailler avec des méthodologies nouvelles et un processus meilleur. »

Car la réglementation dans l’Union européenne pour les agences de notation a été modifiée : un texte du 16 septembre 2009, promulgué le 17 novembre 2009, obligera les agences de notation financière à obtenir un agrément auprès des instances européennes à partir du 07 juin 2010, ouvrant ainsi la porte à d’autres agences – « européennes » – de notation fin 2010. En quelque sorte, la Commission Européenne a ‘libéralisé’ le marché de la notation, suite aux multiples critiques qui ont surgi quant à l’incapacité de ces mêmes agences mondiales de notation d’anticiper la crise des subprimes en 2008. Et c’est cette ‘libéralisation’ qui remet en cause le ‘monopole’ de fait des 3 agences mondiales sur le marché européen. Dès lors, pour FIMALAC, il est temps de se ‘diversifier’ et de céder à Hearst Corp. une part plus grande encore du capital de Fitch Ratings. D’autres milliardaires, ‘propriétaires’ d’agences de notation, ont fait de même et dans la même période, pour de ‘pures’ raisons financières : obtenir de la liquidité en vendant des parts de Moody’s, pour Warren Buffet, s’est révélé très intéressant, lui qui en était le plus gros actionnaire à 20% (il lui en reste néanmoins 13%).

Hearst Corp. (groupe de médias, qui détient entre autres 16 journaux quotidiens aux USA et d’autres magazines, notamment Marie Claire) étant américain, les ‘prudences’ de notation quant à la France deviennent du coup bien moins essentielles que lorsque FIMALAC, groupe français, détenait encore la grande majorité du capital de Fitch. D’où une éventuelle explication du ‘retournement’ de stratégie de notation de l’agence sur la France en l’espace d’un mois …

Il est intéressant alors de souligner que de tels organismes ne sont plus des agents économiques et financiers mais bien des instruments ‘politiques’ dont peuvent se servir leurs ‘propriétaires’ ou ceux qui influent sur ces derniers. Dans le cas de Fitch, le focus mis sur 3 états de note ‘AAA’, tous européens, n’est pas pour déplaire aux Etats-Unis, qui sont pourtant bien au même niveau (sinon pire) d’endettement public que l’Espagne, le Royaume-Uni et la France : on oublie ainsi un peu leurs difficultés et le risque de dégradation de note pour les USA (impensable !). Le fait qu’Hearst Corp., multinationale essentiellement américaine, devienne tendanciellement le propriétaire égalitaire (50%) de Fitch Ratings a certainement quelque chose à voir avec cela. Les propriétaires ‘individuels’ comme M. Ladreit de Lacharrière pour Fitch ou comme Warren Buffet avec Moody’s laissent ainsi la place à d’autres investisseurs, probablement plus ‘politiques’. Et moins identifiables. Il est intéressant aussi de noter que la fameuse ‘concurrence libre et non faussée’ inscrite dans le marbre européen s’est pour le coup retournée contre les agences de notation qui vivaient de leurs ‘rentes de situation de monopole’ qui leur octroyaient un pouvoir surprenant. Et il est intéressant enfin de remarquer que la Commission européenne a su et a pu produire une réglementation, il est vrai sur ce point aidée par ‘la concurrence libre et non faussée’, pour réguler l’activité des agences de notation et même produire une norme européenne en la matière : comme quoi, rien d’impossible à qui veut. Ce qui signifie bien la puissance et la supériorité du pouvoir politique sur les affaires financières, s’il était encore nécessaire de le démontrer …

Pour autant et à court terme, cela ne règle pas les problèmes des Etats concernés, et en premier lieu celui de la France, quant à l’éventuelle dégradation de la perspective ou de sa note elle-même, envisagée par Fitch. Or, afin de faire face à cette situation, l’Etat français pourrait avoir déjà anticipé le problème, en lançant ‘sa’ propre solution : l’extension des services de la COFACE.

La COFACE est une agence française de garantie financière (agissant notamment pour le compte de l’Etat), qui se proposa ‘très récemment’ (le 10 mars, le lendemain de l’avis de Fitch Ratings) de devenir … une agence de notation. Selon Jérome Cazes, directeur général de la Coface :

« La grande différence entre la Coface et les autres agences, c’est que lorsque la Coface se trompe dans sa note, en donnant par exemple une note trop élevée, elle s’expose à des pertes. L’entreprise sur-notée ne pourra ainsi pas rembourser son crédit, et la Coface sera obligée d’intervenir».

Évidemment, c’est une tout autre conception de la notation et de son fonctionnement que l’on propose ainsi car en lieu et place d’agences mondiales de notation non impliquées directement et financièrement dans l’évaluation du risque, on a là un modèle financier où la COFACE devra, elle, assumer les risques encourus par … ses propres notes. Mais à l’inverse, quelles seraient les garanties que pourrait apporter la COFACE quant à la possibilité de dégrader ses propres notes, sachant que justement elle en paierait les conséquences financièrement ? Ne sera-t-elle pas tentée d’occulter les difficultés analysées, défaut qui n’avait pas été exprimé à l’encontre de ses futures concurrentes, les Fitch et autres agences mondiales de notation ?

Ainsi, si l’ouverture du ‘marché de la notation’ combinée à une forme de régulation européenne permettraient une certaine limitation de ‘l’Ubris’ de ces agences, il reste que les solutions envisagées demeurent partielles et ne constituent pas une véritable garantie d’indépendance. En cela, rien d’anormal : que la Commission européenne fasse valoir les ‘droits’ de ‘la concurrence libre et non faussée’ en faisant appel à d’autres organismes de droit privé à but lucratif, certes, mais de là à faire appel à des organismes publics, il y a un gouffre que l’on n’est pas prêt de franchir … Pour mémoire, la COFACE qui mène certaines de ses actions au nom de l’Etat français (notamment les garanties financières pour les investissements d’entreprises françaises à l’Etranger) est une filiale de Natixis, elle-même partie intégrante du groupe BPCE, issu de la fusion entre le groupe Caisse d’Epargne et le groupe Banques Populaires. C’est donc le monde bancaire ‘français’ qui va s’investir maintenant sur ce type d’actions, en lieu et place de holdings multinationales anglo-saxonnes. Faut-il aussi rappeler que BPCE est dirigée par l’ancien Secrétaire Général adjoint de l’Elysée, François Pérol ?

Après avoir envisagé de vendre la Coface fin janvier 2010, le groupe BPCE par le biais de sa filiale Natixis a finalement démenti fin février 2010 vouloir s’en séparer.

‘L’Etat français’ (et plus largement, les Etats européens) est-il de retour sur la régulation de la finance ?

Ou fait-il la promotion d’autres acteurs, de son ‘sérail national’, notamment du monde bancaire, pour remplacer ‘ceux d’en face’ ?

« Tout changer pour ne rien changer » ?

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76 réflexions sur « Agences de notation vs Etats, par zébu »

  1. Très intéressant Zébu ! Merci pour vos recherches et ce bel article.

    De nouveau, il apparait que nous subissons ce qui nous méritons, et qu’il n’y a pas vraiment de surprise à voir les agence de notation noter. Elles font un travail nécessaire dans le contexte ou nous avons mis les états en devoirs d’aller se financer auprès du privé, et ou nous avons organisé le marché pour qu’il ait les moyen légitimes de juger de la bonne ou mauvaise gestion de ses états.

    Bref, ce ne sont pas les agences de notation qu’il faudrait réguler ou interdire, c’est la souveraineté monétaire des états qu’il faut rétablir. Ne travaillons pas sur les effets indirects des choix désastreux pris dans les années 70, mais sur les choix eux-mêmes en renversant ces décisions anti-démocratiques, aberrantes, antisociales et dysfonctionnelles.

    1. +1!
      Si l’interdiction par Giscard en 73 à la BDF de prêter au Trésor n’avait pas été décidée puis intégrée dans le traité de Maastricht, nous ne saurions sans doute pas ce que seraient des agences de notations ! Ou alors ‘chez les autres’ …
      Cordialement.

      1. l’appel aux marchés fut une nécessité de modernisation de la finance ; il suffirait d’exiger un plafond à la hausse du taux d’intérêt, plafond révisable par les autorités en période de crise. Par exemple 0,01%.

  2. Pour une fois, l’Europe à fait efficace et soft.

    3 agences qui ont éventuellement un même « avis » c’est gênant. Suscitons donc l’apparition d’agences nouvelles
    qui seront sans doute aucun (nous y veillerons) moins sourcilleuses sur le rating des Etats.

    La solution hard, eut été de faire comprendre par la technique désormais bien connue de « l’anti-terrorisme ciblé » aux 3 agences mondiales jusqu’où elles ne pourraient désormais plus aller trop loin.

    Cette dernière solution relève au demeurant des méthodes de « moralisation » toujours ouvertes si besoin.

    1. J’ai évoqué cette « solution hard » ici-même il y a peu, mais je n’avais obtenu aucune réponse. Est-elle d’ailleurs plus « hard » que le fait d’affamer un pays tout entier par pure avidité ?

      Ces offensives spéculatives sont assimilables à des actes de guerre. Tant qu’ils s’attaquaient à la Grèce et à l’Islande, les spéculateurs ne risquaient pas grand chose, mais je doute que la France ou le Royaume Uni se laissent plumer sans réaction.

    2. @ Eomenos, @ Candy :
      Je ne suis pas certain que la solution ‘hard’ ne vienne pas non plus naturellement car cette ‘solution’ trouvée pour ‘réguler’ la notation ne résout toujours pas le problème de l’accès au crédit pour les états, qui sont, comme la rappelle à juste titre F. Leclerc, en compétition avec les grands organismes financiers mondiaux. Accès au crédit pour les états qui continuera de passer par les marchés.
      En clair, même avec des agences de notation ‘plus conciliantes’, cela ne résout pas le problème de fond de l’endettement des états, à cause dernièrement (entre autres) des conneries du monde financier.
      La véritable solution ‘hard’ serait un ‘reset’ global ou enfin un accès au crédit de la BCE taux 0% sur 20 ans, remboursement anticipé et sortie par le haut.
      Mais je rêve sans doute car on n’en prend pas le chemin (on prend plutôt celui le plus complexe) …
      Cordialement.

  3. Très bon point de vue, Zébu, mais il semble bien que les acteurs du système européen freinent
    des quatre devant l’idée d’une agence de notation européenne, BCE en tete.
    Un commentateur faisait observer, qu’ayant ‘raté’ la crise du crédit, les trois américaines, après ne pas avoir vu venir Dubai ou la Grèce, veulent ‘mettre le paquet’ sur la dette souveraine…Lol

    1. @ c’est le contraire . La BCE a toujours été pour et milite pour l’abriter. Vous retrouvez derrière cette question des agences la même opposition : l’europe franco-allemande d’un côté, les anglo-saxons de l’autre
      amicalement

    2. @claude roche: sur cette question importante, sauf information manquante, je n’ai que lu qu’un des
      membres du board de la BCE, Herr Novotny, c-dessous, chef de la Banque Centrale autrichienne qui plaide pour une agence de notation ínitiée par la BCE et le gouvernement allemand qui réclame cette agence depuis longtemps. Silence minéral de Sieur Trichet. A ma connaissance, à moins qu’elle sorte du chapeau lors de l’Ecofin de la semaine prochaine, ceci ne nécessite pas de révision du Traité…

      EZB will ratingagenturen beschneiden

    3. @ Charles :
      Bonsoir. A ma connaissance et selon les infos disponibles, certains acteurs européens ont quand même construit une réglementation et ce en 2009 (ça a mis le temps mais le temps est long chez les acteurs européens) sur les agences de notation.
      Sur Trichet, je ne sais pas : « Je n’ai pas d’autres commentaires sur votre question concernant les agences de notations à ce stade. »
      Déclaration
      Sur les raisons évoquées pour créer une agence de notation européenne : Les échos du 04/03/10.

      J’attire l’attention que l’on parle ici de deux choses distinctes :
      – de la réglementation concernant l’agrément des futures agences de notation ‘européenne’ (qui agissent et doivent être ainsi labellisées pour se faire selon cette réglementation. Ces agences seront des organismes à but lucratif (à priori) ;
      – l’Agence de notation européenne de la dette souveraine, avec ce débat sur le ‘portage’ de la BCE de cette ‘mission’.
      On aurait donc ainsi une découplage entre d’un côté des agences privées notant des entités privées et de l’autre un organisme public notant des organismes publics. Ceci me semblerait ‘logique’ mais ne résoudrait pas la tension produite par la nécessité légale laissée aux états européens de se financer sur le marché uniquement, qui ne manquera pas de ‘stigmatiser’ la seconde instance si celle-ci vient à ‘ne pas faire le job’ pour des raisons politiques, à savoir augmenter la pression sur les gouvernements.
      A priori, si Trichet se tait, c’est que la question est délicate et encore non tranchée. Sinon, il aurait déjà parlé (il l’a néanmoins déjà fait par le biais d’un de ses gouverneurs).

      Je n’en serais pas si certain qu’une nouvelle mission pour la BCE (si c’est elle qui porte cette ‘agence européenne de notation de la dette souveraine) ne doive pas nécessiter une modification du traité …

      Cordialement.

    4. @Zébu: merci pour cette précision, ayant eu le temps de visionner les web-casts des deux dernières conférences de presse mensuelles de la BCE sans plus de précision que l’extrait
      de déclaration que vous rapportez
      Je pense que la question est toujours d’actualité, cet article interrogeant la distance entre
      le ‘Sphinx’ et le réel: I, Jean-Claudius http://ftalphaville.ft.com/blog/2010/03/15/174981/i-jean-claudius/

  4. merci pour cette analyse, limpide…
    cependant, vous dites « comme quoi, rien d’impossible à qui veut. Ce qui signifie bien la puissance et la supériorité du pouvoir politique sur les affaires financières, s’il était encore nécessaire de le démontrer … »
    en effet, « rien d’impossible… » mais cette nouvelle règlementation n’est qu’une exception qui confirme la règle générale qui veut que de nos jours, ce sont bien les affaires financières et économiques (et leurs « propriétaires ») qui dictent leurs lois au pouvoir politique…

    1. C’est exact. Mais il suffit d’un rien pour qu’une exception ne se transforme en règle … Les ‘effets de bascule’ peuvent être importants parfois. Ce fut le cas aux USA en 1933. Et à l’inverse à partir de 1979. Les ‘choses’ ne sont pas figées. Enfin, je l’espère.
      Cordialement.

  5. C’est Ubu roi ce système… On reconnait la patte de nos « élites » à bâtir un système équivalent à ces agences de notation sans véritable garantie derrière mais jouant le rôle d’un paravent plus efficace… Quant au rôle accordé à nos propres banques au côté de la Coface, on peut en frémir d’avance, une sorte de fuite en avant tout de même qui ne sera pas sans conséquence, le tout est d’en définir le terme!?!

    Pour la résorption de notre dette publique, élément déterminant qui pèse sur cette notation, autant le faire plutôt hors cadre européen donc dans le cadre francophone… cf blog

  6. Vous exagérez.

    Pour avoir suivi en live sur les marchés l’intervention de Fitch, ils ont largement insisté sur le UK d’une part et l’Espagne et le Portugal d’autre part. La situation française a certes été évoquée mais après tout, c’est le rôle de cette agence.

    Il faudrait savoir. Soit on leur reproche d’être trop laxiste (lors de la crise), soit d’être trop stricte (actuellement).

    En vérité, les agences de notation font leur boulot. Elles notent avec des outils inadaptés (la faute à un développement pitoyable de la science économique ces dernières décennies) mais désormais elles se montrent intransigeantes car elles savent que si on les suprend de nouveau à être trop laxiste, c’en est fini de leur business. D’autant plus que la concurrence n’est pas loin, comme vous le dites justement. Notamment en Asie où des notateurs en devenir n’attendent qu’un faux pas des grandes maisons pour leur ravir des places.

    « comment comprendre qu’un mois plus tard, la même agence Fitch, société appartenant à FIMALAC, détenue majoritairement par M. Ladreit de Lacharrière, puisse annoncer ‘brutalement’ quasiment l’inverse de ce qu’il avait pu déclarer préalablement ? »

    C’est faux, il n’y a pas eu d’inversion brutale du discours. Fitch s’inquiète du déficit budgétaire et c’est bien normal. L’endettement de notre pays s’envole. Ce n’est que la vérité. La situation est moins périlleuse qu’ailleurs mais il n’y a pas de quoi pavoiser. Vous vous inquiétez que la maison-mère française de Fitch puisse dénigrer la dette française ? Il faut savoir… Soit on dit ce qui est la réalité, soit on se tait. Cela équivaut à dire que Dassault a raison d’influencer les journalistes du Figaro. Cette indépendance de Fitch vis à vis de Fimalac est louable.

    Quant à la soi-disante bonne affaire que font les américains grâce à l’attention focalisée sur les nations européennes, c’est également faux. Moody’s, S&P et Fitch ont fréquemment communiqué ces derniers mois pour mettre en garde sur l’état des finances américaines.

    C’est d’abord aux politiciens d’agir. Les agences font ce qu’elles peuvent.

    PS : je précise que je ne travaille pas, ni de près, ni de loin, pour une agence de notation.

    1. « En vérité, les agences de notation font leur boulot. Elles notent avec des outils inadaptés (la faute à un développement pitoyable de la science économique ces dernières décennies) mais désormais elles se montrent intransigeantes car elles savent que si on les suprend de nouveau à être trop laxiste, c’en est fini de leur business. »
      Votre phrase est incroyable, vous nous expliquez que les rapports de ces agences sont approximatifs, on peut penser alors : éloigné de la vérité, mais elles doivent être impitoyables dans leurs jugements et pleines de certitudes. Selon votre explication, on serait en droit de douter de leur objectivité, elles seraient donc partie prenante?

    2. Et s’il y avait une connexion cachée du genre :
      Sarkozy … FIMALAC Fitch

      Comme ça, si le public apprend que le triple A de la France est sur la sellette, il serait plus facile politiquement de justifier l’accélération de la casse du service public sous couvert d’économies budgétaires en instrumentalisant le fait que les taux d’intérêts des levées d’emprunts sur le marché pourraient s’envoler comme pour la Grèce.

      En fait, je ne fais qu’appliquer le théorème n° 1 de tout bon flic « A qui profite le crime ? »

    3. @ Homard :
      D’après ce que j’ai compris, Fitch n’a pas fait ‘qu’évoquer’ la situation de la France : elle a parlé de dégrader la perspective, qui est ‘stable’ actuellement. Ce qui équivaudrait, pour un pays comme la France noté à maxima ‘AAA’ a un véritable coup de semonce si Fitch passait à l’acte. Et serait réellement pris (à tort ou à raison, la question, vous le savez, n’est pas là) par les marchés comme une dégradation de la note de la France. Renchérissant ainsi, légèrement, certes, mais quand même, son coût d’emprunt. Rien donc d’innocent. Ou alors, il faut être sacrément naïf pour le croire.

      « Il faudrait savoir. Soit on leur reproche d’être trop laxiste (lors de la crise), soit d’être trop stricte (actuellement). » : je ne leur ai fais aucun reproche. Vous devez confondre avec les critiques émises su leurs rôles. Ce n’était pas le but de ce billet. L’objet en était de montrer les raisons de ce type d’avis, que je pense être ‘politiques’, dû à des modifications de capital social interne.
      Par ailleurs, le fait qu’elles soient actuellement ‘trop stricte’ ne veut rien dire non plus : c’est le type d’acte classique qu’un ‘subordonné’ aurait réalisé après s’être fait tapé sur les doigt pour laxisme. Cela n’indique nullement que le niveau de réponse est approprié.

      Et puisque vous parlez de l’attitude de Fitch sur la France, que dire alors des USA !! Avez-vous entendu parler de dégradations de la perspective de la note des USA ? Moi, non.
      Enfin, quand vous dites qu’il n’y a pas eu d’inversion brutale du discours, excusez-moi, mais vous êtes de mauvaise foi :
      – 10 février 2010 : « Le milliardaire Français estime en particulier que ni la France, ni l’Allemagne n’auront à souffrir des aléas Grecs ou Espagnols. »
      – 09 mars 2010 : « La France pourrait perdre son « triple A », la note maximale dont peut bénéficier un pays, ce qui lui permet d’obtenir des conditions de financement de sa dette particulièrement favorables. »

      « Cette indépendance de Fitch vis à vis de Fimalac est louable. » : vous plaisantez, j’espère ?
      Depuis quand est-ce le cas dans une multinationale qu’une société qui rapporte l’essentiel du chiffre d’affaire au groupe ait quoique ce soit d’indépendance sur des choses aussi cruciales, qu’une dégradation de la perspective de la note d’un pays comme la France ?
      « Cela équivaut à dire que Dassault a raison d’influencer les journalistes du Figaro. »
      Vous délirez, là …
      Cela n’équivaut à rien de cela et Dassault fait plus qu’influencer Le Figaro : c’est son journal !!

    4. @ Igor :

      « Votre phrase est incroyable, vous nous expliquez que les rapports de ces agences sont approximatifs, on peut penser alors : éloigné de la vérité, mais elles doivent être impitoyables dans leurs jugements et pleines de certitudes. Selon votre explication, on serait en droit de douter de leur objectivité, elles seraient donc partie prenante? »

      Oui, ma phrase est incroyable…

      Les rapports sont approximatifs parce qu’elles font ce qu’elles peuvent. Je ne dis pas qu’elles ne sont pas objectives. Au contraire, elles font avec les outils qu’elles ont, en toute bonne foi.

      Vous n’imaginez pas la complexité d’un travail de notation. Imaginons une banque. Elle a dans son bilan 2000 montages financiers complexes. Prenons juste un montage en exemple.

      Une banque obscure allemande titrise un portefeuille immobilier. Le portefeuille est logé dans un SPV (special purpose vehicle), domicilié à Jersey. Ce SPV est acheté en partie par la filiale d’une banque finlandaise basée aux Caïmans. Les paiements sont conditionnés par le niveau de dividende versé par la banque allemande à ses actionnaires. Si la banque verse plus de 0,5% de dividende alors le coupon est versé. Sinon, ce n’est pas le cas et les coupons ne sont pas cumulatifs. J’arrête là. Dommage car nous ne sommes qu’au degré 0 de la compréhension de ce produit. Les ramifications se poursuivent dans tous les sens. Au final, vous ne savez même pas qui possède quoi et devant quelle juridiction vous pouvez vous tourner.

      Et il y a 2000 autres montages du genre à évaluer.
      Comment vous faites pour noter ?

      Et bien, vous faites ce que vous pouvez, sachant que vous êtes tout seul car les effectifs ne sont pas pléthoriques dans les agences de notation.

      @ zébu

      « Renchérissant ainsi, légèrement, certes, mais quand même, son coût d’emprunt. Rien donc d’innocent. Ou alors, il faut être sacrément naïf pour le croire. »

      Mais qui dit le contraire ?

      La question n’est pas là. Si la France ne mérite pas un AAA, elle ne le mérite pas et puis c’est tout. Sinon, c’est la porte ouverte à tout. Regardez la Grèce. Si elle avait été sanctionnée dès 2001, on n’en serait pas là.

      « Avez-vous entendu parler de dégradations de la perspective de la note des USA ? Moi, non. »

      Oui, et mille fois oui, bon sang ! Et plein de fois. Je sais ce que je dit quand même, j’ai même écrit des notes à destination des clients de ma société.

      « Enfin, quand vous dites qu’il n’y a pas eu d’inversion brutale du discours, excusez-moi, mais vous êtes de mauvaise foi »

      Non… Le PDG de Fimalac peut dire ce qu’il veut. IL N’EST PAS PATRON DE FITCH. C’est facile dans une interview de dire que la France est plus solide que les autres. Et c’est vrai. Cela n’empêche pas sa filiale Fitch de faire son boulot à côté et de mettre en garde sur la détérioration des finances françaises. C’est vrai aussi.

      « Depuis quand est-ce le cas dans une multinationale qu’une société qui rapporte l’essentiel du chiffre d’affaire au groupe ait quoique ce soit d’indépendance sur des choses aussi cruciales, qu’une dégradation de la perspective de la note d’un pays comme la France ? »

      Là, c’est de la parano. Le PDG de Fimalac s’en fiche de ce que peut dire sa filiale. Il y a des règles en plus. On ne note pas un pays en lançant des dés. Il y a un processus, des règles, un code de conduite. Il ne faut pas non plus voir le mal partout. Vous avez conscience que vous décrivez un monde où les dirigeants d’entreprises ont un pouvoir absolu et décident de tout, même si cela va à l’encontre des règles de base les plus élémentaires ? Nous n’en sommes pas encore à ce stade-là.

      Les agences de notations se sont fait taper dessus pendant la crise. A juste titre. Maintenant, il faut passer à autre chose et taper sur les politiciens. C’est eux qui ont le pouvoir de changer les règles du jeu.

    5. Tout à fait d’accord avec Homard. Les arguments de Zébu sont plausibles mais pas dans ce monde-là : ce n’est pas comme ça que cela fonctionne.

      (PS : Les pseudos ne me dérangent pas mais dans un cas comme celui-ci j’aimerais pouvoir écrire : « Tout à fait d’accord avec Fénelon. Les arguments de Bossuet sont plausibles mais pas dans ce monde-là : ce n’est pas comme ça que cela fonctionne ».)

    6. @ P. Jorion :
      « Les arguments de Zébu sont plausibles mais pas dans ce monde-là » : pourquoi pas dans ce monde là ? Ce monde-ci est-il si différent que mes arguments n’y puissent pas s’y apposer ? Pour quels raisons ? ‘L’exterritorialité morale’ que vous décriez ?

      @ Homard :
      « Si la France ne mérite pas un AAA, elle ne le mérite pas et puis c’est tout. » : non, ce n’est pas tout. Qui détermine le mérite ? A l’aune de quelle norme ? Qui a fait la norme ? En clair, qui t’a fait roi (pas vous, l’agence) ?
      Les agences de notation ne sont pas de thermomètre ‘étalonnés’. En thermodynamique, on dirait qu’il faudrait déjà vérifier la loi 0, la loi de l’étalon.
      Au jour d’aujourd’hui, qui connaît (vous sans doute …) les cahiers des charges de ces agences ?
      Qui les a validé, les a légitimé ? D’où un des intérêts (mais qui ne règle pas tout, loin s’en faut) de la nouvelle réglementation européenne, à savoir de passer un ‘examen’ devant jury, avec dépôt de cahier des charges et vérification des pré-requis pré et post (demande d’agrément). Là, les choses sont claires. Au moins sur les règles, communes, de ‘jeu’.

      C’est comme si vous disiez : allez voir ce garagiste pour le contrôle technique. Mais pourquoi celui-là ? Parce qu’il est compétent. Mais comment le savez-vous ? Parce qu’il le dit et que tout le monde le dit.
      Fort bien ! La bonne chose que voilà …

      Mais quand il s’agit d’un ‘autre calibre’, là évidemment, on ‘adapte’ la mesure : les états-unis n’ont PAS eu de menace de dégradation de note ou de leur perspective de la part de Fitch.
      Pour d’évidentes raisons systémiques, de ‘taille’ pourrait-on dire. Ou tout simplement de pressions politiques d’un trop gros calibre, étant donné que ces agences mondiales sont toutes membres du monde anglo-saxon (Fitch est un cas ‘à part’, car elle appartient justement à un groupe français).
      En pleine tourmente de la dette publique, voyez ce que cela donnait le 28 mai 2009 .
      « En raison de la similarité des deux économies, l’annonce de S&P avait créé la panique sur les marchés américains, vite étouffée par l’intervention providentielle de cet analyste de S&P. »
      ‘VITE ETOUFFE’. Etrange, ne trouvez-vous pas ?
      Vous voulez Fitch ? Pas de problèmes : http://www.lesechos.fr/info/inter/reuters_00220701.htm?xtor=RSS-2053
      La menace ? Dans 3 à 5 ans. D’ici là, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, n’est-ce pas ?
      Et encore, on « se rapprochera, au cours de la deuxième moitié de la décennie, de niveaux qui feront peser une certaine pression sur le statut ‘AAA’  » …
      « L’agence de notation a confirmé la note suprême « AAA » de Washington avec une perspective stable, ce qui implique qu’elle juge peu probable d’avoir à la modifier au cours des 18 prochains mois. » …
      Où voyez-vous une ‘menace’ immédiate dans tout ça ?

      Je ne peux pas accéder aux notations de Fitch car il faut être abonné (c’est ce qu’ils disent sur leur site internet). Mais quand vous tapez « menace note Etats-Unis » sur les moteurs de recherche, le résultat est … 0 (ça fonctionne aussi avec ‘remise en cause’.
      Je doute donc très fortement que les agences de notation aient fait le même niveau de ‘recommandation’ (‘menace’ serait le terme plus adéquat) pour les Etats-Unis que celle que Fitch vient d’émettre pour la France, dans des temps récents.

      Sur FIMALAC et ses rapports à Fitch, c’est comme si vous disiez qu’un directeur d’entreprise pourrait ne pas solliciter son conseil d’administration sur les sujets hyper sensibles et faire état publiquement d’appréciations divergentes d’avec ce dernier sans que cela ne porte à conséquences …
      C’est d’autant moins crédible que JUSTEMENT le PDG de FIMALAC vient de nommer le Président de Fitch, très récemment, le 21 janvier 2010 : http://www.fimalac.com/informations-reglementees.html
      « Le PDG de Fimalac s’en fiche de ce que peut dire sa filiale. » : à priori, pas vraiment. Surtout s’il vient de le nommer.

      « Il y a des règles en plus. On ne note pas un pays en lançant des dés. Il y a un processus, des règles, un code de conduite. ».
      Plusieurs remarques :
      1/ Lesquelles ? Je ne nie pas que des réglementations aient été mises en place (SEC au USA) ou seront mises en place (en UE). Elles ne se fondent que sur la transparence des information, les relations entre agences et notés, etc. Mais elles ne définissent pas le cahier des charges, à ma connaissance, de ce qui doit être noter. Des règles, oui (et récentes qui plus est) mais sont-elles ‘valides’ et ‘légitimes’ ?
      2/ En lançant un dé, non (quoique …). Mais, cf. point 1, ce n’est pas parce qu’il existe des règles que celles-ci sont ‘justes’ ou ‘appropriées’. Ceci dit, vous déclarez vous-même « (…) que la France est plus solide que les autres. Et c’est vrai. » Dès lors, comment expliquez-vous que le 11 janvier 2010 Fitch Ratings n’est pas jugé opportun d’émettre un risque de dégradation de la PRESPECTIVE de la note des USA, alors que LA MEME agence annonce tranquillement le 09 mars 2010 que des menaces sur la note de la France pourrait se matérialiser ? Pourquoi cette offensive groupée sur 3 pays (et non des moindres) de l’UE alors que les USA sont épargnés ? Pourquoi, dès lors que vous admettez que la France est dans une meilleure situation que d’autres, notamment des deux autres pays cités (le RU a une financiarisation de son économie et une livre qui le plombe, malgré un endettement moindre), la France est-elle inclue dans ce groupe de pays ‘menacés’ par Fitch ? Et que dire alors de bien d’autres pays en UE ? Etonnant, non (comme dirait le regretté Desproges) ?

      Quant à la REALITE de la situation, y compris comparative entre les Etats-Unis et la France en terme d’aggravation de la dette PUBLIQUE (ce qui inclurait, AUSSI, les états US), on verrait assez rapidement que deux poids deux mesures font bien l’aune avec laquelle vous souhaitez que l’on continue à juger (je n’ai pas dis que ‘vous’ souhaiteriez que l’on juge avec une aune disparate mais bien que vous souhaiteriez que l’on continue à noter avec ce même système, qui est une aune disparate).
      D’où ma position, que je maintiens et maintiendrais : les notations, bien que mieux ‘encadrées’ (notamment sur la ‘publicité’ des informations et l’absence de positions juges/parties) continuent et même contribuent à développer des axes ‘politiques’ de lutte entre deux mondes : le monde européen et le monde américain (à priori, pour Fitch, le RU est désormais intégré dans le monde européen, ce qui n’était pas forcément le cas précédemment). L’exemple de la COFACE le montre bien (sur lequel vous n’avez absolument rien dit par ailleurs), avec l’Etat français en arrière-plan.
      Sur ce dernier point, la COFACE a immédiatement réagi par un communiqué de presse dès la réglementation européenne votée et s’est positionnée comme future agence de notation sollicitée européenne (29 avril 2009) :
      http://www.coface.fr/CofacePortal/ShowBinary/BEA%20Repository/FR_fr_FR/news/Docs/090429CP
      Ne pensez-vous pas que parce que la COFACE s’est de suite positionnée comme future agence européenne que cette ‘menace’ émise par Fitch justement sur la France (Ô surprise !) de la part de Fitch (par ailleurs concurrente) aurait pu se faire jour ? Parano me direz-vous ? Oui, les bisounours aussi me le disent des fois …

      « Regardez la Grèce. Si elle avait été sanctionnée dès 2001, on n’en serait pas là. » : je vous renvoie à l’étude qu’avait réalisé alors … l’OCDE en 2001, dans la perspective de l’intégration de la Grèce dans la zone euro. Un mot : ‘dithyrambique’
      L’OCDE n’est pas ce que l’on pourrait appeler un club de socialistes en goguettes qui accepteraient dans leur quintette n’importe quel joueur de cornemuse. Et pourtant …

      Enfin, les exemples que vous citez sont très ‘touchants’, sur la complexité de la tâche à mener (il est vrai que les vilains capitalistes, eux-mêmes parfois propriétaires d’agence de notation, ne leur facilitent pas le travail quant à la ‘traçabilité’ des titres et dérivés) des agences de notation :
      « Comment vous faites pour noter ? Et bien, vous faites ce que vous pouvez, sachant que vous êtes tout seul car les effectifs ne sont pas pléthoriques dans les agences de notation. »
      SAUF que vous oubliez un peu vite, un peu trop même, que ces agences font PROFESSION de notes SOLLICITEES, notes qui serviront aux divers marchés pour établir leurs actions, notes sur lesquelles elles sont jugées compétentes par les dits marchés (allez savoir pourquoi …) et surtout FIABLES.
      Or, vous êtes en train de me dire que ces ‘pauvres’ agences de notation (rappeler moi leurs CA ?) n’ont pas suffisamment d’effectifs : qu’à cela ne tienne, comme tout employeur qui doit faire face à l’augmentation de son cahier de commande, il recrute !!
      Bin non, les agences, elles, elles préfèrent galérer. Très crédible.
      SURTOUT, vous oubliez (donc un peu vite) que ce sont ces mêmes agences qui sont SOLLICITEES, vu que c’est leur spécificité (à la différence des autres agences, comme la COFACE notamment, qui émet des notes non sollicitées). En clair, ce ne sont plus les investisseurs qui les payent mais bien les organismes qui souhaitent être notés qui le font (et ce depuis la fin des années 70).
      Question : si vous n’êtes pas en mesure de faire ce pourquoi les investisseurs pensent que vous êtes aptes à le faire, noter des organismes qui vous sollicite, n’êtes vous pas, in fine, ‘légèrement’ (c’est le moins) RESPONSABLE de l’acceptation d’effectuer néanmoins une notation et de la faire dans CES CONDITIONS ?
      Très clairement, si les agences faisaient VRAIMENT leur boulot et qu’elles se retrouveraient face à l’impossibilité ou à une très grande difficulté qui remettrait en cause la qualité du travail réalisé, que ne font-elles pas émettre soit l’impossibilité de noter, soit l’impossibilité de noter l’ensemble et de noter l’autre partie, soit même de ne pas attribuer de note tant que l’organisme n’aura pas fournit les données nécessaires ?
      Pourquoi ne le font-elles pas ?
      Je vais vous dire pourquoi et c’est très simple : parce qu’elles sont payées par l’organisme solliciteur. Pas par les investisseurs.
      CQFD.

      Alors après, vous pouvez me raconter n’importe quoi sur leurs difficultés ‘existentielles’, il reste que ‘They don’t do the job’ et ‘They won’t do the job’. Tant qu’on continuera sur cette voie.

      J’ai été long (et m’en excuse car c’est toujours au détriment de la lecture et de la fluidité des idées) mais vos réponses nécessitaient il me semble une telle ‘mesure’.

      Cordialement.

      PS : « j’ai même écrit des notes à destination des clients de ma société ». A priori, vous avez mieux agit que Fitch ! 🙂

    7. @ P. Jorion :
      Arf, Bossuet …
      Celui qui rédigea les 4 articles qui débouchèrent sur la constitution civile du clergé pendant la révolution (l’ancêtre de la ‘laïcité’) ou celui qui justifia l’esclavage ?
      Quant aux mystiques, il faut parfois les écouter …

    8. ouch, longue réponse en effet.

      Concernant Fitch et sa mise en garde sur la notation des USA, un lien :

      http://www.economicpolicyjournal.com/2010/01/fitch-us-state-and-federal-debt-to-hit.html

      Je ne vais pas à répondre à tout car le débat risquerait de s’enliser et nous ne pourrons pas réconcilier nos points de vue sur tout.

      « SAUF que vous oubliez un peu vite, un peu trop même, que ces agences font PROFESSION de notes SOLLICITEES, notes qui serviront aux divers marchés pour établir leurs actions, notes sur lesquelles elles sont jugées compétentes par les dits marchés (allez savoir pourquoi …) et surtout FIABLES. »

      Personne ne les juge fiables. Mais alors pas du tout. Seulement, comme le marché n’a rien d’autre à sa disposition, il prend pour argent comptant les avertissements des agences, tout en sachant les nombreuses limites d’un travail de notation.

      Il est impossible d’estimer précisément le risque de crédit d’une société ou d’un Etat. Même si nous changeons de façon de procéder, de système, il est toujours utile d’avoir une base de travail, fournie par les agences. Les analystes crédit de ma société par exemple récupèrent les conclusions des agences mais sont capables d’évaluer par eux-même le risque de crédit d’une société en fonction des derniers résultats publiés et de la stratégie de développement des entreprises. Quand un gérant voit qu’un pays est abaissé par Ficth, il ne va pas vendre comme un robot, il va demander conseil auprès des analystes crédit qui vont lui donner son point de vue sur le niveau de risque de ce pays. Evidemment, l’analyse ne sera jamais parfaite.
      Il faut bien fixer certaines règles d’analyse. Vous vous inquiétez de la légitimité de ces règles. On peut s’inquiéter de la légitimité de toutes les règles dans ce cas. Quand une agence fixe des ratios de crédit à respecter à telle entreprise de tel secteur, ces niveaux sont certes subjectifs mais il faut bien le faire. De plus, les agences sont relativement souples. Si la société X voit son ratio Dette nette/cash-flow se détériorer au-delà du niveau fixer par une agence pour un abaissement, l’agence ne va pas abaisser tout de suite la notation. Elle va attendre de connaitre la politique de l’entreprise et si l’agence juge qu’il n’y a pas de volonté et/ou d’éléments comptables ou sectoriels (environnement de la société, évolution de son secteur, etc.) indiquant que la situation peut s’inverser, alors elle abaissera la note.

      Maintenant, le business model des agences mérite sûrement d’être modifié. Il est clair que pendant la crise, les rémunérations perçues en échange des AAA accordés à des produits structurés pourris ont joué un rôle dans la disgrâce des agences.

      Mais une fois de plus, c’est aux politiciens d’agir désormais. Et soyons pessimistes : quand on voit les obstacles à une meilleure régulation sur les 2 débats les plus récents (CDS souverains en Europe et règlementation des hedge funds en Europe), on peut être inquiet. Il suffit qu’un pays dans le monde fasse barrage et le débat s’enlise et au final, aucune mesure sérieuse ne voit le jour.

    9. @ Homard :
      Disons que vous avez un point de vue technique et que j’ai un point de vue éthique …
      Juste pour préciser, le lien que vous m’avez mis … est le même que le mien pour Fitch :
      « http://www.lesechos.fr/info/inter/reuters_00220701.htm?xtor=RSS-2053
      La menace ? Dans 3 à 5 ans.  »

      C’est de l’agence Reuters, du 11 janvier 2010. Et cela dit la même chose : risque ‘potentiel’, dans 3 à 5 ans, etc. Pas vraiment une menace. Concernant la France, Fitch n’a pas mis ses gants, pour le coup.
      La question ‘politique’ de ces agences reste donc posée à mon sens et de plus en plus.
      De même que j’admets, comme vous, que la perfection n’est pas de ce monde, de même que je continue d’affirmer l’existence de ce rôle ‘politique’ que les agences jouent, j’en déduis simplement qu’en lieu et place de réformes qui n’auront que de nom ce qu’elles affirment faire, il serait grand temps de revenir aux fondamentaux : donner aux états l’accès au crédit des BC, sous conditions, pour résorber définitivement par anticipation leurs dettes publiques et redonner de la marge de manoeuvre en lieu et place d’un service de la dette qui est majoritairement au service des créditeurs étrangers (les ‘investisseurs’, comme l’on dit).
      Au pire, créer une agence européenne de notation de la dette souveraine non pas sous l’égide de la BCE mais bien de la seule institution légitime pour la contrôler en démocratie parce qu’élu, le Parlement Européen.
      Tout le reste, c’est de la foutaise et on continuera quand ‘la prochaine’ arrivera à jouer à ‘c’est pas moi, c’est l’autre’ ou ‘c’est pas de ma faute, j’ai joué avec de mauvais instrument’.
      Quand l’éthique de responsabilité est défaillante, il est grand temps de faire appel à l’éthique de conviction.
      Cordialement.

  7. Bonjour,

    Merci à Zebu pour cet article tout à fait passionnant et édifiant : ces dirigeants français (du gotha financiaro culturel) ont tout reçu de la France sans rien rendre en retour et, qui plus est, en pillant les richesses publiques que d’autres avaient fabriquées et/ou courageusement amassées pour la collectivité. Un parfait exemple de pillage et de trahison de la notion d’Etat. C’est dur à avaler mais le fait est là.
    Serait-il possible de savoir qui est la personne bien informée qui se cache derrière le pseudo évocateur de Zebu (celui qui fonce dans le tas ?) ?
    Le problème de l’Etat assiégé ne se résoudra pas par la technique mais bien par le politique ; il n’y a d’ailleurs pas d’exemple historique où la finance aurait durablement imposée sa loi à l’Etat.
    Toutefois, le travail à fournir sera lourd et en tout sens : on ne pourra pas faire l’économie d’une revalorisation de la notion de connaissannce, d’instruction et de loyauté (applicable à tous, élites ou non). Et puis, est-il légitime que certaines structures (publique ou, a fortiori, privée) aient le monopole de la formation de ce qu’il convient d’appeler des « zélites » (zélées aux intérêts privés, propre à confondre intérêt public et intérêts privés catégoriels, et à enseigner la disparition du bien public au sens bien commun).

    Enfin, un vaste champ de travail en perspective, qu’évidemment personne ne veut ouvrir : alors continuons allègrement de nous enfoncer dans le chaos… nécessaire au renouveau.

    Cordialement,

    1. @ VB
      Vous connaissez la formule du regretté Charles de Gaulle : « vaste programme, monsieur » ( je ne vous dirai pas à quelle apostrophe vous réagissez).
      Mais vous n’imaginez pas à quel point vous touchez juste.
      Les agences de notation sont effectivement un dysfonctionnement majeur dans le système libéral, et li’dée selon laquelle la concurrence permettrait de les rendre plus objective est un leurre : dans les activités intellectuelles, ce n’est pas la concurrence qui conduit à la vérité ou à l’objectivité . Il n’y a qu’à voir comment se comportent les communautés académiques depuis que la règle de la cocnurrence pour la publication a été érigée en principe
      Il est juste d’opposer le pouvoir des agences à la question de la souveraineté des Etats . Et c’est une raison de plus tout faire pour renforcer nos institutions ! Même si ce n’est pas dans l’habitude de « l’intellectuel critique  »
      aMicalement
      et le fait d’en opposer l’influence à la souveraineté monétaire des Etats est poser justement le problème .

    2. La constitution, on y reviens toujours, et les institutions qui en decoulent.

      Le coeur de la reforme est la, bien evidement!

    3. @ VB :
      Je ne suis pas une personne bien informée : j’effectue des recherches sur inernet (pas de spin doctor, rassurez-vous). Et étant donc comme vous, et respectant le droit à l’anonymat sur les fourms, il n’y a donc aucun intérêt à connaître mon identité (je ne suis ni georges abitbol ni gorge profonde).
      Pour le reste, je pense que j’ai dû mal m’exprimer. Au contraire, je parlais du fondateur de FIMALAC, qui aurait justement pu conduire à l’analyse que vous avez réalisé, sur la trahison des élites françaises (‘ces serpents élevés en notre sein’). Il me semble qu’on se gourre complet si on emprunte ce chemin. Au contraire, M. Ladreit de Lacharrière a plutôt eu une position ‘positive’ à l’encontre de la France (cf. ses déclarations avant l’annonce de Fitch en mars). Ce n’est que lorsque la répartition du capital s’est produite en faveur de son associé Hearst Corp., américain, que ‘bizarrement’ la position s’est modifiée …
      Il n’y a donc pas de trahison des élites françaises en ce sens et emprunter ce chemin ne nous permettrait pas d’identifier les transformations en cours sur le problème des agences, à savoir l’utilisation ‘politique’ des notations, par le monde anglo-saxon ou le monde européen (hors anglo-saxon). M. Ladreit de Lacharrière, comme Warren Buffet, ne joue que pour son propre compte (enfin, selon les maigres ressources d’information lues).

      Par contre, il me semble que sa figure d’élite française publique puis privée, de l’ENA aux grandes multinationales, soit ‘questionnante’ comme on dit. Mais c’est une autre question, qui mérite aussi d’être abordée.
      Cordialement.

    4. @claude roche: « dans les activités intellectuelles, ce n’est pas la concurrence qui conduit à la vérité ou à l’objectivité » : ce n’est pas « la concurrence » telle que l’économie la conçoit, mais une concurrence entre les théories. Il est notoire que plusieurs sont en lice pour tenter d’unifier mécanique quantique et relativité. Il y a donc au moins deux modèles de concurrence, et peut-être y en aura-t-il bien d’autres à l’avenir quand on se sera avisé que « la concurrence » est un construit humain qui peut être remis en cause et pensé autrement. (Cf. dernier article de F. Lordon sur son blog.)

    5. Tiens Crapaud rouge vous nous aviez habitué à plus de précision critique !

      Ne confondons pas « concurrence », le moyen principal de fonctionnement de la société capitaliste, avec la confrontation des idées qui reste la base du débat scientifique avec l’expérimentation qui tranche (en général).

      Il y a bien un rabattement de la confrontation sur la concurrence dans les organismes de recherche (de crédit plus que de vérité) et donc une irruption du profit (privé) dans des activités qui étaient et devraient être au service de l’humanité.

    6. @ JeanNimes: tout à fait d’accord avec vous, « Il y a bien un rabattement de la confrontation sur la concurrence dans les organismes de recherche » , je ne l’ignore pas et le déplore amèrement, mais mon post ne visait pas à critiquer la politique lamentable de Sarko. Que la concurrence, alias la confrontation, puisse être organisée autrement est une perspective réaliste, c’est cela qui compte. Nous ne sommes pas dans un jeu comme les échecs où les règles doivent rester figées pour ne pas dénaturer le jeu.

  8. Merci pour cet exercice de radiographie. Il reste un point que je ne saisis pas en ce qui concerne la réglementation de l’UE : elle vise à encadrer les pratiques des agences actuelles, notamment par le biais d’agrément, puis de bonnes pratiques en matière de transparence et de conflits d’intérêt. En quoi favoriserait-elle l’apparition de nouveaux acteurs? pensez-vous que les 3 agences actuelles auraient des difficultés à obtenir l’agrément? pouvez-vous développer ce point?

    1. Bonsoir.
      D’après ce que j’en ai compris, la réglementation européenne permet effectivement (c’est le but) de ‘libéraliser’ le ‘marché de la notation’ (si tant est qu’il en existe un, tant l’aspect quasi monopolistique de celui-ci apparaît évident). Et donc de permettre à d’autres organismes de prétendre à la fonction ‘agence de notation. C’est d’ailleurs le cas pour la COFACE. Quant aux 3 ‘mondiales’, elles n’auront aucune peine à obtenir un agrément car c’est leur métier : elles devront juste clarifier certaines choses et respecter un nouveau cahier des charges. Techniquement, rien d’infaisable. Mais ‘politiquement’ et financièrement, c’est autre chose. Car elles perdront leurs aspect monopolistiques, donc des gains. C’est évident. Ainsi que du pouvoir : le cas de la COFACE le montre bien, avec l’Etat français en arrière-plan.
      C’est pourquoi les deux plus grands propriétaires d’agences de notation que sont FIMALAC et warren Buffet se sont désengagés de Fitch et de Moody’s, dans des proportions ‘conséquentes’ (de 20 à 13,5% pour Buffet), voir ‘drastiques’ (de 80% à bientôt 50% pour FIMALAC). Ces ‘mouvements’ financiers font suite aux baisses des actions de leurs sociétés après des critiques sévères sur la crise des subprimes mais aussi par anticipation des nouvelles réglementations qui seront mises en place, notamment en Europe. Ils vont donc ‘se diversifier’ …
      Gageons que cette orientation ne vienne véritablement mettre un coup d’arrêt à ces ‘agences de notation’ et au type de fonctionnement qu’elles avaient et ont encore. Mais rien ne dit que ce qui va les ‘remplacer’ ne sera meilleur (cf. débat sur l’agence ‘BCE’ ou l’objectivité d’une COFACE quant aux notes d’un état partie prenante).
      Cordialement.

  9. Homard dit : 12 mars 2010 à 15:17 .. (la faute à un développement pitoyable de la science économique ces dernières décennies) Il faudrait arrêter de dire n’importe quoi, accuser en permanence « la science économique » est d’un ridicule ! —- « Une certaine science économique » me semble plus approprié, celle avalisée par les « Nobel de la banque de Suède » favorable au « marché » au « laisser faire » le profit avant tout, les ‘’classiques’’ et néo-libéraux. Avalisé par « les politiques » par des lois favorisant les « libéralisations a tout crin», particulièrement les ‘’intégristes’’ Européens. Les agences de notation n’étant qu’un des outils du tout marché (c’est sur cette philosophie qu’elles ‘’jugent’’), avec les autres FMI, BM, OMC, OCDE, etc..
    Comme le dit très bien : Emmanuel Haydont dit : 12 mars 2010 à 13:13 « c’est la souveraineté monétaire des états qu’il faut rétablir. Ne travaillons pas sur les effets indirects des choix désastreux pris dans les années 70, mais sur les choix eux-mêmes en renversant ces décisions anti-démocratiques, aberrantes, antisociales et dysfonctionnelles. ». C’est au POLITIQUE – la démocratie, le peuple – de reprendre la main et soumettre la finance au service de l’humain, et non pas l’humain asservi par la finance. Lordon « Médiocriser la finance »

    1. « Une certaine science économique » dont la non-pensée est devenue la religion de notre époque.
      « Une certaine science économique » qui exerce toujours son hégémonie malgré qu’elle ait été totalement discréditée par la réalité.
      « Une certaine science économique » qui nous a menés là où nous sommes aujourd’hui, c’est à dire à cet instant où le coyote des dessins animés de Warner Bros. pédale encore dans le vide avant de se rendre compte qu’il n’y a plus de sol sous ses pieds.

    2. Ne laissez pas croire que tous les « Nobel de la Banque de Suède » sont des néolibéraux; Il y a aussi Stiglitz.

    3. Stiglitz est tout au pus un néolibéral critique… Ses solutions restent dans le champ d’un libéralisme classique.

  10. Donc derrière ces « monstres financiers » plus ou moins mystérieux, une petite enquête remarquable, comme celle là, arrive tout à fait à faire jaillir des noms d’individus formidablement ( au sens strict du terme à savoir : qui fait peur) responsables. Ces individus voraces s’attaquent maintenant directement aux peuples en les faisant étrangler de taxes. Un peuple un jour s’est révolté et a rapidement placé ce genre de têtes au bouts de piques. Peut-être faudra-t-il en arriver là pour se débarrasser de ces requins ?

    1. Dans la Rome antique environ deux à trois cents familles se sont partagés le pouvoirs et l’empire sur les siècles qu’à duré le règne de Rome. Les monarchies françaises, pour les autres je ne sais pas trop, tournèrent aussi autour d’une minorité sur la longue période où elles ont exercé le pouvoir. En 2010, sur toute la planète, quelques milliers d’individus entourés d’une caste de favoris, de petits chefs, de propagandistes, et d’une masse veule et quasi abruti de dizaines de millions de membres qui ont suffisamment d’intérêt à ce que cela ne change pas trop perpétuent ce système sur une autre échelle. La solution reste donc la même devant ce état de fait. Ca ne se fera pas demain, pas assez uni, séparé par les distances, les langues, quoique, mais plus tard, un jour, cela se fera, et internet est à ce sujet au moins équivalent à ce que furent l’invention de l’écriture et l’imprimerie pour diffuser les infos, les faits, les idées, l’appel.

  11. Merci à Zebu c’est édifiant!

    M’enfin , ce ne sont pas les états qui sont coupables de mauvaise gestion.
    Ce sont les « hommes de l’état » à qui le Peuple donne quitus de leur impéritie à chaque consultation électorale.
    Il est sain que certaines « agences » dont si possible une instance internationale contrôlerait l’éthique (étique éthique), jugent le « bilan » des états.
    Encore faudrait-il ne pas punir les Peuples des magouilles économico-financières de leurs dirigeants…(alliés plus ou moins discrètement à des banques privées par exemple).
    Et là il y aurait du grain à moudre pour un tribunal international à LaHaye.

    1. @ T-Bone ( 😉 ) :
      Une agence internationale, pourquoi pas mais se poserait toujours la question de la légitimité devant le peuple des citoyens : qui t’a fait roi ?
      A mon sens, la seule véritable option est non pas de ‘libéraliser’ le marché de la notation (qui ne fera qu’accroitre le nombre mais ne résoudra pas le fond de la question) ou d’intégrer cette mission à la BCE (sous prétexte d’une ‘indépendance’ qui n’a rien d’indépendante quant à la philosophie libérale de la monnaie) : elle pourrait être de la confier à la seule instance légitime en politique, directement élue par les citoyens, le Parlement Européen.
      Ce qui poserait encore d’autre problèmes, quant à la ‘nationalisation’ des expertises menées sur tel ou tel pays et des ‘arrangements entre amis’ mais au moins permettrait un réelle transparence de l’information.
      Comme quoi, rien n’est parfait …
      Cordialement.

  12. J’ai beaucoup apprécié cet article. D’abord, il montre quels sont les acteurs réels: les élites. Ensuite, il montre que ces élites sont politiques et financières, inextricablement liées. Et enfin, il montre que ces élites ont une nationalité et se font aussi de la concurrence car elles savent que l’affaiblissement de leur nation implique un affaiblissement de leur position dans le jeu capitaliste mondial (sauf à émigrer). C’est là en résumé le fonctionnement réel de l’économie, qui n’est que le prolongement de la guerre par d’autres moyens (et c’est bien dans ce but que les premiers libéraux la concevaient, un moyen d’éviter la guerre entre nations en canalisant la violence vers le commerce).

    1. Je voulais dire: « le commerce est la continuation de la politique par d’autres moyens et un autre moyen que la guerre ». En ce sens, oui, c’est « doux commerce » vs clausewitz.

    2. J’ai bien peur que le ‘doux commerce’ ne soit un chapitre de Clausewitz … ou que ceux qui pratiquent le ‘doux commerce’ n’aient lu (et pratiquent) Clausewitz.
      A mon sens, le commerce n’a jamais rien eu de ‘doux’ : Montesquieu vivait encore à la grande époque du commerce triangulaire.
      Clausewitz et Machiavel avaient raison dans leurs analyses, vs Montesquieu.
      Et tort, forcément tort sur le fond, vs Montesquieu.
      Cordialement.

    3. Il est tout de même plus policé de mourir broyé par une machine à l’usine à cause des cadences infernales que déchiqueté par une grenade dans une tranchée boueuse. 🙂

    4. Arf … Question broyage, suis pas un expert.
      Ceci dit, il me semble que si l’on considère un bon paquet de guerre, notamment du 20ème siècle, il s’avère que pour celle qui a été la plus meurtrière ses origines se retrouveraient quelque part vers la crise de 29 et ses conséquences en Allemagne. Si on intègre les conséquences des ‘guerres économiques’ ou tout simplement des systèmes économiques, on obtient bien plus sur le long terme.
      Ainsi, le chiffrage des morts de la faim dans le monde, s’il était effectué sur un siècle, ‘ridiculiserait’ le nombre de morts des tranchées (qui n’a pourtant absolument rien de ridicule).
      Sur un autre plan, le chiffrage de l’esclavage serait aussi phénoménal, notamment pour les sociétés africaines.
      Je reste donc sur ma fin 😉

  13. Merci pour ce billet. La lutte pour l’intérêt général et contre l’oligarchie concerne plusieurs points.
    En premier lieu la notion de science économique. Peut-on confondre encore après cette crise l’idéologie du marchéisme hémiplégique avec de la science économique? Si on considère avec Karl Popper que la caractéristique de la science est d’être falsifiable par le réel, alors un marché sans Histoire, ni oligopoles, ni groupes sociaux, ni protection sociale, ni Etat, ni monnaie active, ni crises financières etc. mais muni de modèles à équations tarabiscotées pour avoir l’air, n’est pas scientifique. Les économistes friedmaniens de l’école de Chicago qui ont trusté nombre de soi-disant « prix Nobel » d’économie depuis 30 ans ne sont pas pour la plupart des scientifiques mais des idéologues au service de l’oligarchie.
    En deuxième lieu il faut critiquer puis proposer de remplacer toutes les institutions porteuses de crise que l’oligarchie a installé depuis 30 ans.
    En troisième lieu il faut dénoncer tous les fractions de partis politiques qui soutiennent l’oligarchie des barons pillards qui sont la cause directe de la crise donc du chômage, de la précarisation, de la baisse du pouvoir d’achat…

    1. Mais aussi dénoncer l’utilisation de la science abusivement, notamment des algorithmes, pour servir ces ’causes’ financières. La modélisation mathématique appliquée aux finances est devenue l’alliée objective (vu que maintenant aucun mathématicien ne pourra dire ‘je ne savais pas’) de la financiarisation du monde, avec les effets que l’on constate.
      Petite précision : si vous vous rappelez bien, sur le site de FIMALAC, Fitch Group présente AUSSI une de ses acquisitions, à savoir une société d’analyse statistique (Algorithmics, société canadienne spécialisée sur les logiciels de gestion de risque financier).
      Cela en dit long sur l’utilitarisme du monde financier quant aux sciences ‘dures’ pour légitimer et assoir le pouvoir des ‘sciences économiques’ et même de ‘sciences financières’ aussi molles que peuvent l’être la notation financière.
      Cordialement.

    2. Entièrement d’accord avec vous Marmar, la solution est politique puisqu’il s’agit de combattre une idéologie nocive, et ceci passe bien évidemment par une prise de conscience des dominés (ce blog y contribue très efficacement). On s’aperçoit que la science économique n’existe pas, tout au plus elle peut prétendre à la description du fonctionnement d’une organisation commerciale à un moment donné. N’oublions pas ce postulat philosophique : « l’homme est sujet, il n’est pas objet ».
      La remarque de « Moi dit » est évidente, il ne s’agit pas d’une crise, il s’agit du fonctionnement normal de notre système social, au pire d’un changement d’orientation, les dominants ne peuvent plus « s’enrichir » sur la consommation des masses, ils sont dignes des sociétés mafieuses : « il faut payer, et de préférence le maximum ».
      Bon vent.

  14. Pour ceux notamment qui connaissent mal l’histoire de cette idéologie friedmanienne ultra-libérale à l’origine de cette crise qui va durer si aucune mesure institutionnelle anti-oligarchie n’est prise on peut recommander le film « La stratégie du choc » à partir du livre de Naomi Klein. L’auteur montre bien que cette stratégie a été expérimentée d’abord par les « Chicago boys », ex étudiants de M.Friedman, sur le Chili et l’Argentine grâce aux dictatures militaires sanglantes de Pinochet et Videla. Puis cette stratégie a été généralisée avec des nuances grâce aux pouvoirs ultra-conservateurs socialement de M.Thatcher et R.Reagan. Ce documentaire sans doute le meilleur de l’année 2010 a été sorti dans le silence assourdissant des media dominants et ne passe plus que dans une salle à Paris.

    1. Je me demande s’il faut parler de « crise » car il s’agit probablement de l’état normal du système. Les gens ont tendance à comparer avec les 30 glorieuses qui pour le coup fut une période exceptionnelle, où les élites capitalistes subissaient la pression communiste et ont été obligées de réduire les inégalités. Tout cela est fini et, Friedman ou pas, la situation serait revenue à la « normale » à partir du moment où il n’y avait plus de contre-pouvoir.

    2. Paul a rappelé à notre bon souvenir lors de son interview dans les Echos le sieur Hyman Minsky, dont l’une des thèses s’articule principalement autour de l’état d’instabilité permanente du système capitaliste. En résumé (grossier), la cupidité d’investisseurs lassés par des rendements modestes les pousse à prendre davantage de risques, avec pour corollaire un accroissement de la probabilité d’accidents « systémiques ». Pour Minsky, le capitalisme ne fonctionne pour ainsi dire que par alternance de bulles infatuées puis dégrossies tant bien que mal.

    3. @Moi dit. Peut-on parler de crise? Les notions de crise économique et socio-économiqueont plusieurs sens.
      Elle peut désigner – au sens strict, le moment de retournement du cycle qui peut être accompagné d’une contraction brutale de l’activité, d’une augmentation des faillites et du chômage, d’une baisse de la valeur des actifs financiers: par ex. fin 2008
      – au sens intermédiaire une dépression de durée variable ex. 2008-2009: baisse du PIB des USA …
      – dans un sens plus large un fort ralentissement du taux de croissance, une montée du taux de chômage et ou de précarisation s’accompagnant d’une perturbation des mécanismes de régulation. C’est en ce sens que la crise économico-sociale perdure.
      – enfin au sens le plus large la crise de la socio-économie intègre non seulement la faiblesse de la croissance (PIB par habitant) mais aussi le développement durable au plan social (hausse du niveau d’éducation et de santé, diminution des inégalités), au plan politique (démocratie) et au plan écologique. En ce sens tous les pays sont en crise bien que très différemment de la Chine (écologie, démocratie, inégalités) à l’Inde (écologie, inégalités), aux autres pays de la périphérie (Sud) et aujourd’hui du Centre (Nord).

      @Julien Alexandre. L’analyse géniale de Minsky a montré l’instabilité intrinsèque du capitalisme financiarisé à idéologie d’auto-régulation. Ceci ne veut pas dire que ce soit l’état NORMAL du capitalisme au XXIème siècle. Tout dépend de la régulation et de la politique économique suivie , donc du rapport de force entre l’idéologie de l’oligarchie qui contrôle la majorité des media, bon nombre de fractions dans les partis et les politiques d’intérêt général.

  15. Sur quelle base logique, quelles « abaques » standart internationales estampillées, les notateurs fondent-ils leurs jugements?
    Quelle est le barême général permettant de juger de la pertinence des notes?
    Où est le code fiscal international ?
    Où sont les cadres à replir?
    Les agences de notation justifient-elles leur travail?

    Il s’agit d’avis sans plus.
    Etayés par des chiffres ,comme le PIB,dont l’exactitude corrigée des variations saisonnières, est toujours contestable.

    1. Lorsque j’ai visité les sites des agences de notation, j’ai été surpris par l’indigence de leurs modèles d’évaluation et leur tendance à dupliquer le modèle institutionnel américain dans la prise de décision.

      Rien que les dates des annonces est symptomatiques, le budget français se discute à partir de juin avec le débat d’orientation sur les finances publiques et les mesures sont discutées à partir de septembre.
      Donc une déclaration sur la dette française en en mars à la sortie d’une loi de finances rectificative sera totalement inopérante….
      Ces modèles laissent complètement de côté les aspects sociaux. Pour la Grèce, les investisseurs seront ils rassurés si le pays devient ingouvernable suite aux mesures budgétaires?

      J’ai la « chance » de voir ces modèles à l’oeuvre au sein d’un ministère. Nous sommes une minorité à avoir une formation en sciences humaines et en analyse statistique (mais comme nous ne sommes pas statutairement intelligents, comprendre polytechnicien, nous n’avons pas voix au chapitre). Nos analyses sont certes moins « argumentées » c’est à dire non pas l’aspect rassurant d’un tableau de chiffres mais rien qu’en se fiant à l’analyse comportementale (la bonne vieille pyramide de maslow) , je ne fais pas pire que mes camarades…..

      Utiliser ces modèles me laissent pantois à chaque fois mais mes décideurs (à culture d’ingénieurs) semblent rassurés par des chiffres qui ne veulent rien dire tellement ils sont moyennés, retraités….

      Quant à la régulation, rien que ce mot me fait rigoler… Par analogie, je pense que nous subissons un terrorisme c’est à dire un moyen non conventionnel d’une minorité afin d’influer sur la politique d’un gouvernement souverain. Cette minorité s’appuie sur l’impact médiatique de ses actions.

      Quant aux mesures à prendre, il s’agit plus pour les gouvernants d’arrêter d’avoir peur de leur ombre et d’utiliser le monopole de la violence légitime….

  16. Je me souviens d’une conférence de William K Black dans laquelle il soulignait que les agences de notations font leur boulot « en aveugle ».
    Vidéo à droite dans ce lien: http://hammer.ucla.edu/programs/detail/program_id/222
    Note: traduction « maison ». ce passage se situe vers 7mn dans le fichier.

    Dans la conférence, on voit une note de service de S&P:

    « Toute demande de fichiers sur les emprunteurs est TOTALEMENT DEPLACEE !!!
    Beaucoup d’investisseurs n’en ont pas et ne peuvent les communiquer. Nous DEVONS fournir une estimation du crédit. C’est votre responsabilité de fournir ces estimations et votre responsabilité de mettre au point des méthodes dans ce but. »
    [S&P ’01]

    Le commentaire de Black:
    « Bien.. La ponctuation est l’originale, je n’ai pas ajoutée les majuscules et le triple !!!
    Voici le contexte:
    Les professionnels chargés de la notation financière de Standard et Poor’s ont recu la mission d’évaluer une de ces société financière complexe de produits dérivés dont vous avez entendu parler à l’origines des plus grosses pertes et ses produits dérivés sont soutenus par les subprimes et prêts immobiliers.
    Aussi on lui demande, pour ce qui est ici appelé les « bandes des d’emprunteurs » cad les « fichiers informatiques d’emprunteurs » sauvegardés habituellement sur des bandes servant à établir un panel des emprunteurs et donc évaluer le risque lié aux activités de crédit immobilier.
    C’est ce que fait une agence de notation du crédit
    D’accord ? Vous pourriez donc penser que c’est une demande parfaitement légitime.
    Ceci est la réponse de son boss, et c’est un boss très haut placé à S&P

    Il est dit qu’il est « TOTALEMENT DERAISONNABLE » de demander les fichiers servant à évaluer le risque lié au crédit si vous devez évaluer ce risque !
    Ceci est complètement imbécile à ce niveau non ?

  17. Merci Zébu pour cette recherche!

    Et vos réponses aux commentaires sont toujours géniales avec cette petite touche d’optimisme délicieuse…. ;D

    Tout est limpide…et moche.
    Céer encore et encore des outils qui vont servir les politiciens vereux………….

    comme le dit si bien Emmanuel Heydont : ‘travaillons plutôt sur les causes – RENVERSONS les choix désastreux et non démocratiques, anti-sociaux et dysfonctionnels des années 70-.

    Et rétablissons la souveraineté monétaire des Etats. »

    Aller à l’essentiel.

  18. Bon point de vue.

    petit Rappel : comment empruntez vous ? comment prêter vous ?

    Les entreprises cotées sur le marché sont des entreprises dont les propriétaires-dirigeants estiment qu’il est plus intéressant d’utiliser l’argent des autres plutôt que le leur pour mener à bien des projets dont ils connaissent malheureusement le caractère hasardeux et risqué.

    Ils cherchent donc à convaincre les propriétaires-actionnaires de leur confier leur argent en échange d’un dividende aléatoire et d’une mirifique plus-value futures et la participation au grand buffet campagnard gratuit annuel où vous serez félicité de votre sens inné des affaires.

    Pas facile me direz vous? d’autant plus que les banquiers n’ont pas envie de prêter avant que vous ayez accumuler un certain capital provenant de ces propriétaires-actionnaires.

    Vous l’avez compris, c’est donc une affaire d’expert, il faut savoir vendre et convaincre, ce n’est pas facile et çelà vous coutera donc un peu d’argent.

    L’entreprise côtée a donc deux sortes de clients à satisfaire, le client censé acheter ses produits et le client censé acheter des actions. Pour des raisons évidentes, le service commercial chargé de cette clientèle actionariale est externalisé dans d’autres entreprises (côtées (sic)) expertes dans ce domaine.

    Ces entreprises spécialisées sont effet capable de convaincre à peu près n’importe qui, que votre entreprise est un investissement pertinent. Il ne faut pas confondre avec des officines qui essaient de vous convaincre qu’empiler quatre parpaings et deux tuiles font un excellent placement. Les méthodes utilisées sont si sérieuses sophistiquées qu’elles fonctionnent pour tout type d’entreprise.

    Et si l’actionnaire veut récupérer son argent ? aucun souci une bourse d’échange permet d’échanger à tout moment vos actions contre d’autres actions. C’est simple, vous êtes propriétaire d’un petit bout de l’entreprise et vous pouvez l’échanger contre un petit bout d’une autre entreprise. Comme dans le time-share, vous pouvez échanger à tout moment une semaine de vacances à berck sur mer contre une semaine à saint martin. Récupérer son argent ce serait vraiment se priver d’excellentes opportunités. En fait votre actionnaire n’a à s’occuper de rien. Nous faisons toujours le nécessaire pour que les échanges fonctionnent.

    Mais s’il n’y pas d’acquéreur pour mes actions? Nous avons des partenariats avec de grands fonds d’investissement qui ont accès en permanence à de grandes sources de liquidités inemployées qui se chargeront de porter ces titres le temps que les marchés retournent à leur fondamentaux et que votre entreprise s’apprécie à sa juste valeur.

    Mais si l’actionnaire veut investir dans un entreprise réellement utile et rentable ? Ah mais vous n’y penser pas les entreprises rentables ne sont pas à vendre, elles fonctionnent sur des principes arriérés comme l’auto-financement. Les entreprises sur lesquelles nous intervenons ont pour missions de valoriser au maximum l’argent mis à leur disposition et faire le monter le cours de leurs actions afin de permettre aux premiers investisseurs de sortir dans de bonne conditions. Pour simplifier c’est le bon côté de la pyramide de ponzy, sans les mauvais côtés, c’est à dire la fin…

    Mais bien sûr que tout le monde y gagne.

  19. Bonjour,

    @ Zebu :

    Je regrette de m’être si mal faite comprendre : il n’a jamais été question pour moi de dire ou même de penser que le fondateur de la Fimalac avait trahi les intérêts français tant qu’il était à son poste d’actionnaire majoritaire d’un organisme de notation : comment aurait-ce été possible, accordez-moi un minimum de jugeote.
    En revanche, comment expliquez-vous, autrement que par la notion de trahison de la notion d’Etat (sous-entendu souverain) qu’une personne formée comme un grand serviteur de l’Etat se soit engagée, pour des intérêts purement privés, dans le chemin de fonder un organisme chargé de « noter » les Etats ? Et que, ce faisant, bien qu’ayant temporairement défendu son Etat d’origine (je vous l’accorde aisément), ce même personnage ait, toujours pour des raisons de strict intérêt financier personnel, décidé de vendre cette entreprise à des tiers acquéreurs dont la nationalité est (au moins potentiellement) en opposition d’intérêts avec les intérêts de son propre Etat d’origine ? Il me semble exister une confusion évidente dans les notions de « au service de l’Etat » et « l’Etat à son service ». Le revirement ne vous semble-t-il pas, à vous aussi, de l’ordre du 180° ? Il est en outre, au-delà de votre exemple, aisé de trouver de nombreux exemples similaires (bien que peu soient aussi nocifs aux intérêts directs de l’Etat il faut l’avouer) de trahison de la notion d’Etat par ceux-là même qui étaient censé le servir, et donc, au minimum, le défendre.

    Par ailleurs, que ces organismes de notations soient soumis à des cahiers des charges plus ou moins stricts, qu’ils soient soumis à une concurrence dite parfaite, ne résoudra jamais le problème essentiel qui est celui de leur légitimité. La souveraineté est absolue ou n’est pas : soit l’Etat est souverain et rien ni personne ne peut s’insérer dans une quelconque activité de jugement à son encontre, soit il n’est pas souverain, et alors nous pouvons discuter à l’infini sur les points techniques de savoir qui détient ces agences de notations, combien doit-il y en avoir, doivent-elles être munies d’un agrément (et si oui délivré par qui), à quelle charte éthique doivent-elles répondre, quels sont leurs moyens techniques pour effectuer une notation pertinente, quelle est leur indépendance réelle vis à vis d’intérêts privés et/ou politiques etc.
    Mais dans l’hypothèse où les Etats ne sont pas souverains, et si vous m’accordez que tous les services publics essentiels (police, justice etc.) ne sont pas régentés par les organismes de notation, il faut qu’existe, si l’on veut éviter le chaos précurseur de néant organisationnel voir « civilisationnel », un organe (démocratique tant que faire ce peu) au-dessus de l’Etat et qui soit, lui, doté de la souveraineté. Or, actuellement, un tel organisme n’existe pas. Nous nous trouvons donc à un carrefour du point de vue de l’organisation politique et sociale, carrefour dans lequel existent un nombre pléthorique de règles tatillonnes applicables tout azimut à tout le monde et un vide juridique évident concernant les éléments essentiels de la vie en commun, c’est-à-dire les éléments politiques essentiels à l’existence d’une Société.

    Voilà, j’espère avoir été plus claire.

    Par ailleurs, je réédite la question essentielle de savoir quelle est la légitimité d’accorder à certains organismes public ou privé un monopole (ou même un oligopole) dans la formation des « zélites » (élites zélées à défendre des intérêts privés ou catégoriels). C’est une question qui me semble essentielle si l’on veut un jour revenir à la source de nos problèmes actuels et futurs, et surtout si l’on veut un jour les résoudre (ce jour ne semblant malheureusement pas être demain).

    Bien cordialement,

    1. @ VB :
      Vous n’avez pas à vous excuser car il me semble avoir été bien péremptoire, surtout pour quelqu’un d’aussi béotien que moi sur le sujet.
      Je crois que l’intérêt et la nationalité ne sont pas liés, à ce niveau de pouvoir, bien qu’aucune règle ne le prouve. Le PDG de FIMALAC a vendu une part de son capital à Hearst Corp. car c’était son intérêt financier, réellement. Qu’il soit un ancien de l’ENA n’y change rien à mon sens : il n’y a pas de ‘fidélité’ nationale dans ce domaine. Et s’il a fondé une agence de notation, il savait pertinemment qu’il serait amené à noter la France. Il est impossible, sauf à contractualiser (et encore), d’exiger aux élites publiques (ENA, polytechnique, etc.) de ne pas verser dans le ‘pantouflage’ privé.

      Pour le reste, je vous suis complètement. La refonte des élites doit appartenir au cahier des charges de la refonte du contrat social.
      Quant à la légitimité des états souverains, j’aurais préféré tout bonnement que ceux-ci puissent se financer directement à la source, soit la BCE (comme les investisseurs par ailleurs), afin de résorber définitivement leurs dettes publiques sur un temps moyen (20 ans) et afin d’éviter d’avoir recours au financement sur les marchés, qui nécessite … des agences de notations. Le tour est bouclé.
      Et je ne suis pas partisan d’une reprise de souveraineté monétaire. Du moins, tant que l’euro restera possible …
      Cordialement.

    2. Bonjour,

      @ Zebu :

      Certes, il n’y a pas de fidelité nationale qui tienne face à des intérêts privés. Le sens de mon propos était justement de mettre l’accent sur le fait que ces hommes, formés dans des écoles censés formater des serviteurs de l’Etat, ont dévoyé leur formation et surtout, ont utilisé les clefs qui leur avaient été données pour assouvir leurs intérêts privés, en « prédatorisant » l’intérêt public : un comble ! Les écoles de la nation ne sont probablement pas les seules sources des « clefs » leur ayant permis de développer de tels appetits privés mais le fait n’en reste pas moins troublant.

      Pour employer une image plus parlante : c’est un peu comme si des soldats de carrières, officiers de préférence, partaient mettre leur compétence et leur matériel militaire au service de groupes privés ou de nations étrangères et que ces compétences étaient, de préférence, utilisées à l’encontre de leur propre pays d’origine : n’y voyez-vous vraiment aucun inconvénient ?

      Cordialement,

  20. @ tous,

    Permettez moi d’ajouter au commentaire de Laurence un petit élément de prospective politique : il est bien évidemment nécessaire à un Etat souverain de disposer de sa souveraineté financière et monétaire mais je crains, malheureusement, que ce point ne soit pas suffisant à l’efficience de l’Etat en question.
    En effet, l’endettement indéfini est un mal en soi (lié à des contraintes électoralistes et de court-termisme incompatibles avec une vision, au sens de stratégie à long terme, nécessaire à la viabilité de l’Etat) que la seule souveraineté monétaire ne me semble pas être en mesure de résoudre (même si elle contribuerait évidemment à en adoucir les effets).

    Cordialement,

    1. Pourquoi employer des notions abstraites (vides de sens) ?

      Endettement indéfini… En 1973, l’endettement de la France représentait 0,3 % du PIB et il n’a cessé d’augmenter depuis grâce à l’abandon de la souveraineté monétaire de l’Etat, pour arriver à 85 % du PIB aujourd’hui (ou plus, on ne sait plus tellement le compteur tourne vite).

      Certes concomitance ne vaut pas raison mais c’est quand même troublant… d’autant qu’il en est progressivement pour tous les pays de la zone euro.

    2. Bonjour,

      @ JeanNimes :

      Quitte à vous contrarier, je crains que le déficit public aujourd’hui ne soit pas seulement dû à l’abandon de la souveraineté financière et monétaire ; il répond aussi probablement, au-delà de la forme, à des causes structurelles liées à la reconversion de notre économie, c’est-à-dire la disparition quasi totale de l’industrialisation (je vous accorde que ce penchant a été initié par le mouvement de mondialisation débridée dans lequel l’abandon de la souveraineté financière a eu son rôle à jouer ; rôle au demeurant non négligeable : un rouage essentiel de la machine).
      Que tous les pays de la zone euros soient concernés, et même plus largement le monde occidental, n’est en effet pas un hasard (la désindustrialisation touche tous ces pays, bien qu’à des moments et un niveau variable : mais la tendance reste la même).

      L’abandon progressif de l’industrie, qui est un virage, a eu lieu, dans les faits, sans aucune préparation politique et sans même que la vérité en ait été annoncé ; car, en effet, cette vérité aurait nécessité une prise de position politique sur la façon dont l’industrie serait remplacée et sur la façon dont la société pourrait continuer à fonctionner sur un model dépassé avec des contraintes nouvelles (accroissement de la durée de vie par exemple).

      Trop occupé à leur carrière politique ou privée, les hommes dits politiques ont tout simplement oublié de remplir la mission publique pour laquelle ils avaient pourtant été élu (avec, malheureusement, un chèque en blanc) : un peuple a les hommes politiques qu’il mérite !
      Ce qui interpelle le plus est l’absence de force de rappel, aucun organe institutionnel n’est jamais venu rappeler le sens de leur mission aux hommes politiques. Or, il se trouve qu’historiquement, un pouvoir sans contre-pouvoir n’est pas pérenne car il n’est pas viable. Toutes les organisations sociales, même du temps de la chevalerie, ont toujours eu une raison d’être et chaque organe remplissait un rôle social précis ; lorsqu’un corps abandonne sa raison d’être il est par avance condamné (seul le terme reste incertain).

      Voilà le sens de mon propos, que je ne crois pas, contrairement à votre assertion, « abstrait et vide de sens » : évitons, tant que faire ce peut, les procès d’intention si l’on veut faire avancer le débat (merci par avance Monsieur).

      Cordialement,

  21. @ Emmanuel Haydon du 12 mars 2010 13H.13- Zébu

    Il est intêressant de noter dans votre article: « ce n’est pas les agences de notation qu’il faudrait réguler ou interdire, c’est la souveraineté monétaire des états qu’il faudrait rétablir »
    Je suis tout à fait de votre avis car nous sommes là au  » coeur nucléaire » du problème.
    J’avais moi-même fait allusion à cette situation dans un précédent blog. sans rencontrer beaucoup d’echos en retour.
    cette loi que je qualifierais de scélérate du 3 janvier 1973 – Présidence G. POMPIDOU ex fondé de pouvoir de la banque ROTHSCHILD- V. GISCARD D’ESTAING ministre des finances- portant sur la réforme des statuts de la Banque de France, nous trouvons en particulier l’Article 25 qui bloque toute toute possibilité d’avance au trésor:

     » Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France »

    Cette décision correspond à une privatisation de l’argent et ramène la Nation au même rang que n’importe lequel de ses citoyens. La dette publique trouve son origine précisément là.
    La charge de la dette représente environ 50M€ soit le déficit structurel du budget de l’Etat.
    Il est malheurex de constater que cette situation sans aucune justification économique, sans débat public précis, se retrouve ratifiée par le traité de MAASTRICHT dans son article 104 puis reprise dans le traité de LISBONNE.

    J’ai envoyé, à ce sujet, un courrier aux sénateurs et députés de mon département en juin 2009……………….
    j’attends toujours une réponse.

    La situation est-elle irréversible?

  22. Concernant la régulation des CDS et les initiatives de Merkel et Sarkozy, j’aime bien ce rappel et ce mot de « MoonWalk » qui se réfère aussi à Michael Jackson, un pas qui fut pourtant brillamment imposé par James Brown.

    Peu importe finalement l’allure esthétisante et relativement banale que ce pas a acquis avec Michael. Même s’il prétendait l’avoir adopté après l’avoir vu dansé dans les rues de NY, il est impossible d’imaginer qu’il ne l’avait pas vu dansé par James Brown qu’il vénérait.

    Telle est l’imagerie, en idéologie individualiste, que nous nous faisons de notre propre intellect.

  23. @lamento31, c’est exact comment pouvons-nous laisser faire cela ?

    Sommes nous en démocratie quand des entreprises privées notent des Etats (et décident des tx d’emprunt affolants) ?

    Il y a assez d’argent en circulation pour payer ces dettes ?

    C’est de l’esclavage !

  24. Je crains plutôt l’effondrement de l’influence de ces agences de notations si elles osent dégrader la note des trois pays cités, surtout la Grande-Bretagne et les États-Unis, car à quel pays les marchés financiers feraient donc confiance à ce moment là ? La note de la France peut être dégradée sans grande conséquence pour ces agences, et je crois que la dégradation de la note français est plus probable que celle de la Grande-Bretagne et encore moins des USA. La Grande-Bretagne et les Usa ont suffisamment de marge de manoeuvre pour réduire leur déficit, une culture politique qui permet les réformes les plus difficiles, tout le contraire de la France

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