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QUESTIONS QUI RESTENT À RÉSOUDRE – INTRODUCTION RÉTROSPECTIVE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les institutions humaines combinent arrangements spontanés et éléments d’organisation délibérée. Le fait que nous vivions ensemble dans des unités de vie de plus en plus vastes à mesure que des avancées technologiques nous ont permis de le faire, a imposé à notre vivre-ensemble des contraintes qui s’assimilent à une auto-domestication de l’espèce.

Pour bien des aspects de la vie en société, nous nous satisfaisons des arrangements spontanés tels que la « nature humaine » sous ses multiples manifestations souvent contradictoires, ainsi que le simple aboutissement des interactions humaines, nous les ont offerts. Pour d’autres aspects, ce donné brut nous est intolérable et nous choisissons de mettre en place délibérément à l’aide de règles une organisation de la forme que nous souhaitons. Pour construire celle-ci, nous devons formuler des principes et les mettre en vigueur, ce qui nécessite un échafaudage de lois, un processus législatif, l’édifice de la justice et l’appareil répressif d’application des règles et des réglementations.

Pour ce qui touche aux institutions anciennes, il nous est devenu impossible, avec le recul, de les distinguer des arrangements spontanés. D’où le danger d’attribuer à la « nature humaine » ce qui ne sont en réalité que de malencontreuses erreurs d’aiguillage dans nos tentatives pavées de bonnes intentions d’améliorer notre condition. Pour des cas comme ceux-là, le conservatisme n’est donc pas – contrairement à ce que l’on imagine souvent a priori – la stratégie la plus sûre.

Chaque construction « civilisationnelle », aussi diverses soient-elles dans leur variété, révèle dans sa constitution l’articulation insatisfaisante de ce qui est venu spontanément et de ce que l’on a mis ensuite. Les défauts flagrants encouragent à vouloir, soit retirer des règles, soit en rajouter, selon que le diagnostic est trop d’organisation ou aux mauvais endroits, ou bien trop peu d’organisation ou manquant aux bons endroits. La différence dans l’attitude à cet égard ne reflète peut-être pas autre chose que la diversité des tempéraments, l’éventail de ceux-ci devant être englobé bien sûr dans l’insaisissable « nature humaine ».

L’effondrement actuel d’un système victime non seulement de ses excès mais aussi désormais de sa complexité, incite certains à intervenir d’intention délibérée de telle ou telle manière, tandis que d’autres préfèrent assister passivement au spectacle de la chute, convaincus qu’il y a aura bien à l’arrivée « quelque chose », de l’ordre à nouveau de l’arrangement spontané. Ici aussi, le choix entre la posture active ou passive s’assimile peut-être simplement à des différences de tempérament.

Le confort très limité en termes de durée de vie, de sécurité, etc. que garantissent les arrangements spontanés dans les sociétés humaines par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui – bien que la chute ait été amorcée il y a quelques années déjà – constitue cependant un aiguillon puissant à l’intervention délibérée. Mais celle-ci a besoin de principes directeurs. Ce sont ceux-ci que je tente de faire venir à la lumière avec votre aide dans ma série des « Questions qui restent à résoudre ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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UN TRUC TORDU

Je m’étais approché du panonceau au bord du chemin vicinal qui expliquait pourquoi on s’amusait à couper la molinie bleue et les saules marsault (qui n’avaient fait de mal à personne). La raison, j’eus l’occasion de l’apprendre, c’est de permettre le retour de la gentiane pneumonanthe qui hantait autrefois ces parages. Non pas qu’on se soucie d’elle spécialement : ce qu’on vise, c’est qu’elle se fasse bouffer par la chenille de l’azuré des mouillères (je n’invente rien : je jure qu’aucun de ces noms n’a été inventé pour agrémenter mon histoire ; l’explication a d’ailleurs été capturée par l’œil infaillible de mon « téléphone malin », pour éviter que je dise des âneries).

Une fois la chenille en question gavée de feuilles de gentiane, elle choit au sol où elle se fait kidnapper par des myrmicae ruginodes qui l’emmènent dans leur fourmilière où ils la nourriront gratos à condition qu’elle sue abondamment une substance sucrée dont ces fourmis se régalent.

Au bout d’un moment, la chenille se métamorphose en ce fameux azuré des mouillères dont le retour espéré est en réalité le but de toute l’opération de coupe près de chez moi de la molinie bleue et du saule marsault (qui n’ont pourtant fait de mal à personne).

On dit à raison que nous sommes complètement tordus mais serait-ce beaucoup demander à la nature qu’elle ne donne pas, comme dans ce cas-ci, le mauvais exemple ?

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L’ATTENTISME N’A PAS PAYÉ

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Une fois les calculs faits, on s’apercevra qu’il aurait mieux valu prendre les mesures radicales préconisées à l’automne 2008. Mais on a préféré tergiverser, puis on est passé à autre chose. On a attendu que les États tombent dans l’abime, à la suite des banques.

Pas de quoi être surpris cependant : le prix que certains auraient eu à payer au moment-même était trop élevé – même si, au bout du compte, il apparaîtra faible par comparaison. Trop élevé pour ceux qui étaient aux manettes et qui restent convaincus que – quoi qu’il arrive – ils s’en sortiront bien personnellement, ou du moins pas trop mal. Mieux que la moyenne en tout cas.

On touche ici aux ressorts profonds de la nature humaine : cette conviction du plus crétin d’entre nous, qu’il est bien plus malin que tout le monde. L’entièreté de notre pseudo-science économique est fondée sur cette prémisse. L’édifice tout entier a été conçu et sponsorisé au fil des siècles par des individus convaincus d’être bien plus malins que les autres : « Le vainqueur est « rationnel », disaient-ils, le vaincu aurait mieux fait de l’être. Tant pis pour lui. »

Il leur faudra déchanter : « C’est ptêt’ plutôt qu’j’avais eu de la chance ? » Eh oui, mon vieux, c’était ça l’explication !

Enfin… toutes les bonnes volontés seront requises quand il s’agira de reconstruire. Même celles de ceux qui se croiront, dès le lendemain matin, plus malins que tout le monde !

On ne change malheureusement pas la nature humaine.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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