UN TRUC TORDU

Je m’étais approché du panonceau au bord du chemin vicinal qui expliquait pourquoi on s’amusait à couper la molinie bleue et les saules marsault (qui n’avaient fait de mal à personne). La raison, j’eus l’occasion de l’apprendre, c’est de permettre le retour de la gentiane pneumonanthe qui hantait autrefois ces parages. Non pas qu’on se soucie d’elle spécialement : ce qu’on vise, c’est qu’elle se fasse bouffer par la chenille de l’azuré des mouillères (je n’invente rien : je jure qu’aucun de ces noms n’a été inventé pour agrémenter mon histoire ; l’explication a d’ailleurs été capturée par l’œil infaillible de mon « téléphone malin », pour éviter que je dise des âneries).

Une fois la chenille en question gavée de feuilles de gentiane, elle choit au sol où elle se fait kidnapper par des myrmicae ruginodes qui l’emmènent dans leur fourmilière où ils la nourriront gratos à condition qu’elle sue abondamment une substance sucrée dont ces fourmis se régalent.

Au bout d’un moment, la chenille se métamorphose en ce fameux azuré des mouillères dont le retour espéré est en réalité le but de toute l’opération de coupe près de chez moi de la molinie bleue et du saule marsault (qui n’ont pourtant fait de mal à personne).

On dit à raison que nous sommes complètement tordus mais serait-ce beaucoup demander à la nature qu’elle ne donne pas, comme dans ce cas-ci, le mauvais exemple ?

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68 réflexions sur « UN TRUC TORDU »

  1. à Jmemeledetout

    « Rien ne se perd et tout se redistribue ». Suite à votre écrit, je vous guide vers cette citation d’ Aristote :

    « la nature ne fait rien en vain ni de superflu »

    C’est pourquoi, il faut rappeler l’importance des activités humaines sur le réchauffement climatique, et du déséquilibre naturel que celà provoque (réfugiés climatiques, espèces en voie de disparitions, zones mortes,ect…).

  2. Votre jardin : à la Française ou Anglais ?
    Cultivez vous les bonzaï ?
    La France est un jardin de longue date………. La « nature » est rare et la « faune » y est déracinée.
    C’est la saison pour manger des orties……
    Nos jardiniers n’aiment pas les « mauvaises herbes ».
    Ils ne savent plus ce qu’ils perdent.

  3. Bonjour à tous

    Quelqu’un a oublié que l’azuré des mouillères est l’aliment de choix des galinettes cendrées! Cette opération provoquera donc le retour de ce volatile et comme chacun sait , là où la galinette cendrée prospère, le chasseur pullule!
    Il faudra mettre des gilets fluo pour faire la ballade et tous les ans l’association des Joyeux Thuriféraires de l’Azuré devra organiser une journée de nettoyage du site pour ramasser les canettes et les boîtes de pâté vides laissées par les mauvais chasseurs, ( les bons chasseurs les y laissent aussi mais eux c’est des bons alors…)…..
    Paul, pourquoi ne pas organiser un raid crépusculaire pour replanter en douce saules et molinies? ( le crépuscule c’est mieux que l’aube: on y a moins de scrupules à boire un verre pour fêter le succès de l’opération)
    Si vous aimez les fleurs bleues cherchez les gentianes de Koch: leur bleu est sans pareil et comme elles poussent vers 2500m, les fâcheux y sont assez rares: ils manquent d’air!

    Cordialement…..

  4. Si la nature existait, cette histoire de myrmicophilie indirecte se vautrerait dans la perversité, en effet!

    Heureusement, « La Nature », comprise comme « l’ensemble de tout ce qui vit », n’existe pas en tant qu’objet qualifiable. Le seul fait de nommer ainsi ce sac de noeuds d’interactions dénote à quel point nous sommes dépassés. Comme on n’y comprend à peu près que pouic, on forme un paquet que l’on appelle « la nature », pour pouvoir ensuite la déclarer belle, ou tordue, ou un autre qualificatif, qui emballera le monstre, d’un façon manipulable par notre esprit limité.

    Certains vont plus loin encore, et disent « Dame Nature », ce qui permet de lui attribuer des vertus, comme la sagesse, ou la morale. C’est une sorte de déification, un moyen radical d’éviter à tout jamais de ne rien avoir à comprendre!

  5. Sous prétexte de disparition d’une espèce on se permet d’intervenir un peu rudement dans un milieu qui ne nous demandait rien.
    Gilles Clément cite souvent des exemples de ces méthodes interventionnistes dont le milieu de la botanique est bien doté. Sous prétexte d’acclimatation d’une espèce végétale « étrangère » – qui « dénature » nos paysages traditionnels – on la classe hors-la-loi, on lui déclare la guerre par tous les moyens possibles (chimiques si possible), afin de la bouter hors de nos frontières et retrouver notre paradis perdu… Nostalgie mal placée. Phyto-xénophobie. On fait la même chose avec les hommes après tout, alors les plantes.
    C’est vite oublié qu’on a précédemment introduit l’espèce dite envahissante à dessein sur la terre tant aimée de nos ancêtres et que l’on a provoqué son installation par la disparition de ces congénères indigènes éradiqués à coups de modernité…
    Au lieu de faire avec et de s’adapter on fait encore plus de dégats…
    Trop de carrières sont en jeu pour remettre tout ça en cause. Des vies entières passées dans l’erreur. On pourrait laisser notre place mais ça non plus c’est pas possible. Alors on continue.

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