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Du cœur avant toute chose, par Bertrand Rouziès-Leonardi

    Billet invité.

La femme en rouge

Le courage est partout, mais le doute persiste.
J’attends que l’on me dise en quoi cela consiste.
À jouer à l’expert avec des perroquets
Qui parlent aux souffrants la langue des roquets ?
À boucler l’horizon quand un espoir demeure,
Puis à s’en excuser quand vient la dernière heure ?
À faire ce que fit l’impudent Sainte-Beuve,
Cocufier un ami sur qui les lauriers pleuvent
Et, dans de mauvais vers, s’en vanter sous son nez ?
Misérable succès de serpent à sonnets.
Courageux ces agents, golems idiots de l’ordre,
Qui, pour qu’il marche droit, frappent l’homme à le tordre,
Qui, lorsqu’un peuple étouffe et que ses larmes gênent,
Lui font prendre en remède un gaz lacrymogène ?
Braves ces dirigeants, va-t-en-guerre sinistres,
Qui s’aiment en soldats et s’oublient en ministres,
Et perdent des pays sur leurs sanglants damiers ?
Vous dirigez, Messieurs ? Mourez donc les premiers.
Mais que faut-il, enfin, pour avoir du courage ?
– Il faut avoir un cœur, mais un cœur qui voyage.
– Il ne faut que cela ? – Des cœurs de cette sorte
Sont rares, qui battraient comme on toque à la porte.

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La soupe à la grimace, par Bertrand Rouziès-Leonardi

  • Billet invité.

Émile ZolaLes événements en Turquie, usine du monde qu’on pensait acquise à la sauvagerie capitaliste, devraient nous donner une idée de ce que, dans l’urgence, les hommes, si faibles soient-ils, sont capables de bricoler. Ils ramassent autour d’eux les outils que l’histoire et l’actualité ont laissé tomber, et ils les font servir à la défense du bien commun. Tout ou presque (le feu couvait depuis quelque temps déjà) est parti à la diable d’une place, la place Taksim (taksim = « improvisation » en turc, cela ne s’invente pas), qui occupe le sommet de la colline de Galata, en face de la vieille ville d’Istanbul. Galata, c’est l’ancienne colonie génoise de Pera, mot grec qui signifie « au-delà », pour « au-delà de la Corne d’Or », la Corne d’Or étant cet estuaire aurorifère des prospectus touristiques où les ors du matin se pêchent toute la journée dans des nuages de méduses.

Belle improvisation en provenance de l’au-delà… cet au-delà turc que l’Europe prétendument chrétienne a refoulé sans ménagement pour crime de confession concurrente, en sorte que la Turquie, à présent, regarde ailleurs, quoiqu’il n’y ait aucun parti recommandable à épouser à proximité. Je rappelle, en passant, que les racines chrétiennes de l’Europe sont en Afrique du Nord (plus de 130 évêchés connus dès le IIIe siècle apr. J.-C.) et en Asie Mineure, où la nouvelle religion prit beaucoup mieux et dans une bien plus large mesure que dans les parages de Rome ou de Lutèce.

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