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Le coronavirus et le Père Noël

1° Je lis certains des commentaires ici (et je suis sûr que c’est encore pire ailleurs – il y a quand même une auto-sélection…) : « comme le dit le professeur Raoult le virus est sûrement en train de muter », « une sorte d’auto vaccination bio et naturelle », « le nombre de cas dépistés ne veut rien dire », « le professeur X précise qu’il n’y a pas de 2ème vague et il évoque les effets délétères de certaines mesures barrières », etc.

2° Je constate que ces commentateurs mettent entre parenthèses sans broncher le principe quand même largement admis que les mêmes causes produisent les mêmes effets et qui si l’on remet en place les mêmes causes (par le déconfinement, par la négligence des gestes barrières) on retrouvera les mêmes effets (contaminations et décès à la clé).

3° Je ne peux m’empêcher de repenser au « principe du Père Noël » que rappelait un autre de mes maîtres :

Les journaux disent tous les jours que les progrès de la science, Dieu sait si c’est dangereux, etc., mais cela ne nous fait ni chaud ni froid. Pourquoi ? Parce que vous êtes tous, et moi-même avec vous, insérés dans le signifiant majeur qui s’appelle le Père Noël. Avec le Père Noël, cela s’arrange toujours, et je dirai plus, ça s’arrange bien !

Jacques Lacan, Le séminaire 1955-1956. Les psychoses, pp. 361-362

4° Je me pose la question : quand atteindrons-nous l’âge où nous cesserons de prendre avec un enthousiasme mal dissimulé, des vessies pour des lanternes ?

5° Le temps presse malheureusement.

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LE PÈRE NOÊL N’EXISTE PAS !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il y a des matins – j’ai déjà malheureusement eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises – où j’aimerais me tromper un peu plus souvent. Je ne parle pas seulement de la Bourse bien entendu, je pense aussi à Londres et, depuis hier soir, à l’Angleterre en général.

On me pose bien évidemment la question ces jours-ci : « D’où vous vient cette capacité à prévoir juste ? »

La réponse, il me semble, c’est le « principe du Père Noël » dont parlait Lacan. Ou plutôt son inverse dans mon cas : le fait que je ne croie pas au Père Noël.

Plus spécifiquement, je ne crois ni à l’autorégulation en matière de finance : que tout s’arrange automatiquement, à condition qu’on empêche l’État de montrer son vilain nez, ni aux cycles économiques : que les vaches grasses sont déjà là à piaffer au fond du pré quand les vaches maigres se pressent au-devant de la clôture.

Il n’y a pas d’autorégulation en finance : bien au contraire, les processus ont une disposition à l’emballement, parce que la machine est trop compliquée et que les spéculateurs gagnent de l’argent en encourageant des tendances, à la baisse aussi bien qu’à la hausse.

Il n’y a pas non plus de cycles en économie : il y a des catastrophes, suivies de tentatives désespérées de rétablissement, qui réussissent souvent, mais pas nécessairement. Les articles qui tentent de vous prouver qu’il existe des cycles en économie sont tous fâchés avec l’arithmétique élémentaire.

C’est peut-être triste à dire, mais si on veut que les choses s’arrangent, il faut s’en occuper soi-même. Le Père Noël, c’est bon pour les enfants. Et encore, même là, c’est limite.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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