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Le prêt à intérêts (II) : la fin de l’usure et le début de la fin, par Zébu

Billet invité.

La première des utopies à s’exprimer et qui concernaient la transformation du prêt à intérêt fut, on l’a vu, la suppression de l’usure avec les lois révolutionnaires de 1789 : abroger l’interdiction de l’usure, afin de laisser libre cours à l’activité de commerce, afin que celle-ci puisse être financée sans limites, même de manière usuraire, l’essentiel étant d’accéder au capital, l’essentiel aussi étant de rompre avec tout ce qui pouvait incarner l’ordre précédent, ordre millénaire en l’espèce.

Tout juste alors en vint-on à considérer que ce qui était bon pour le commerce ne l’était pas pour le particulier, jusqu’en 1793 où les personnes purent elles aussi ‘profiter’ de l’abrogation du taux d’usure et ce jusqu’en 1795 et de manière définitive, en 1807 avec l’institution du Code Civil.

Car malgré les transformations que le prêt à intérêt connut en France, passant de la régulation par la loi à la régulation par les marchés, le taux d’usure, lui, restait inaliénablement défini par la loi, comme étant le 4/3 (133%) de la moyenne des taux de marchés accordés. On pensait les choses closes en matière d’utopie libérale, a fortiori libertarienne.

 

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LE DÉMENTI PAR LES FAITS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

M. Geithner, le Secrétaire au Trésor, le ministre des finances américain, est récemment venu se joindre à une réunion de ses homologues européens pour leur expliquer qu’ils ne comprennent pas grand-chose à la finance. Le Fonds Européen de Stabilité Financière s’apprêtait à mettre en garantie les sommes que les Européens de la zone euro ont péniblement réunies pour venir en aide aux nations les plus exposées de leur club. Utilisez la formule de rehaussement du crédit propre aux produits financiers structurés, leur dit-il, et par un effet de baguette magique encore appelé « effet de levier » vos fonds de garantie seront multipliés par le facteur X. « Voilà ! », comme s’exclament les Américains quand ils veulent exprimer l’enthousiasme qui accompagne une évidence irréfutable.

M. Geithner aurait dû dire : « Utilisez la formule de rehaussement du crédit propre aux produits financiers structurés qui nous a si bien servis jusqu’ici ». Il ne l’a pas dit, retenu sans doute par une pudeur quelque peu excessive.

Quoi qu’il en soit, certains Européens furent immédiatement convertis. Mais pas le ministre des finances allemand, Wolfgang Schaüble, qui a parlé lui d’« une idée stupide » qui « n’a aucun sens ».

M. Schaüble n’a pas partagé mon expérience « de terrain » dans le monde des produits structurés mais cela ne l’empêche pas apparemment d’être parvenu aux mêmes conclusions : que la logique assurantielle qui sous-tend ces formules de rehaussement du crédit est inappropriée et fautive. Fautive sur le plan logique : les « événements de crédit » de la dette souveraine, le risque de défaut des États, ne sont pas rares et dispersés comme les sinistres que couvre le secteur traditionnel de l’assurance mais, soit absents durant les périodes de vaches grasses, soit fréquents et regroupés aux temps de vaches maigres (*). Fautive aussi sur le plan « expérimental » puisque démentie par les faits durant la période 2007 – 2008.

Le démenti par les faits est donc une valeur en baisse : la « science » économique l’a exclu de sa méthodologie dès sa mise en place dans le dernier quart du XIXe siècle et les autorités financières l’ignorent elles aussi depuis la même époque. Tous nos vœux les accompagnent dans ce téméraire défi à la dure réalité !

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(*) Pour une démonstration complète voir mon L’implosion (Fayard 2008), pages 89-96.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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