Archives par mot-clé : réglementations financières

La régulation trompe-l’œil : UNE PRIME ACCORDÉE AUX RÉCIDIVISTES, par François Leclerc

Billet invité.

« L’horizon bancaire se dégage », titre l’éditorial de l’AGEFI hebdo, une publication qui couvre « tous les métiers de la finance » pour ceux qui les exercent. Le journal traduit un soulagement manifeste au sein de ces honorables professions, qui vont enfin pouvoir penser à l’avenir, se consacrer à l’élaboration de leurs plans stratégiques, et dépenser moins d’énergie dans des batailles défensives contre des dangers réglementaires qui s’amenuisent. Rien qui ne soit trop étonnant, à vrai dire, au risque de se répéter.

Résumons-nous. Avec le Comité de Bâle, la situation est bien en mains. A force d’assouplissements, les ratios que les banques doivent à terme respecter sont tour à tour émoussés, et il en reste encore qui vont subir ce sort : son approche initiale s’est « apaisée », constate le journal. Du côté des taxes, dont les projets ont eu tendance à fleurir, l’élan est brisé. La perception de celle qui devrait abonder le fonds de résolution de l’Union bancaire s’étendra sur une dizaine d’année pour atteindre la mirifique somme de 55 milliards d’euros, si toutefois le projet global est entériné par le Parlement européen. Saluant favorablement ce qu’elle a qualifié « d’avancée » – ce qui incite à s’interroger – la Fédération française bancaire n’a pas manqué de demander que la taxe systémique déjà adoptée en France soit affectée à ce fonds de résolution, diminuant d’autant la nouvelle contribution. En précisant à toutes fins utiles que cette confusion est « impérative ».

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 7 FÉVRIER 2013

Février 2007 – février 2013 – Six ans après. Où en est-on de la réglementation financière ? La finance est-elle plus sûre aujourd’hui ?

Sur YouTube, c’est ici.

TARP : Troubled Asset Relief Program
Neil Barofsky, Geithner doctrine lives on in Libor scandal, Financial Times, 7 février 2013
Standard & Poor’s et la question des agences de notation
Solvabilité II
La finitude du collatéral

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LE « COURT-TERMISME » N’EST PAS UN ÉTAT D’ESPRIT

De l’avis général, le « court-termisme » est l’un des fléaux qui affligent l’économie : ce serait lui l’élément détestable qui a fait glisser la grosse entreprise d’autrefois, qui travaillait pour ses clients et ses employés, vers la grosse entreprise d’aujourd’hui, au service essentiellement de ses actionnaires et des rémunérations extravagantes qu’en extraient leurs dirigeants.

Il serait naïf cependant de voir dans ce « court-termisme » un simple état d’esprit qu’il suffirait de corriger pour résoudre les problèmes de la grosse entreprise, à l’instar des financiers qu’il suffirait de « moraliser » pour que la finance se mette désormais au service de la communauté plutôt que l’inverse constaté aujourd’hui.

Or, et comme on peut l’observer si l’on lit la série de cinq billets que je viens de consacrer ici  à « revisiter Enron », le « court-termisme » n’est pas un état d’esprit, mais un effet de structure constitué de trois éléments :

1)   Une évolution de la réglementation comptable dans les années 1980 vers une évaluation « à la casse » des entreprises,

2)   L’invention des stock-options, qui focalise l’attention des dirigeants sur une inflation constante des bénéfices mentionnés au bilan – quelle que soit la probabilité que les chiffres anticipés soient un jour confirmés par d’authentiques flux de trésorerie,

3)   Le traitement comptable de ces mêmes stock-options.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, La finance s’est disqualifiée, lundi 9 – mardi 10 mai 2011

La finance s’est disqualifiée

Tous les efforts menés en vue d’une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres.

Mais la condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse est que l’industrie financière s’identifie à l’intérêt général, qu’elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l’économie.

Existe-t-il des éléments pour étayer l’hypothèse que chaque établissement financier fera prévaloir l’intérêt général sur son intérêt particulier ?

Hélas, non : le déroulement de la crise en 2007 et 2008 suggère au contraire qu’il s’agit d’une croyance infondée.

Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu’avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010.

CONFIANCE DES MEILLEURS CLIENTS TRAHIE

A savoir qu’elle – et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank – a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les « collateralized debt obligations » – CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu’elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO « synthétiques ») pour parier sur la perte de l’ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain.

Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l’autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité !

Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes « ginormous » – une contraction des mots « gigantic » et « enormous » – s’ils parvenaient à vendre ces produits.

Dans un mail, l’un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d’un gogo à qui l’on pourra vendre ces produits avariés : « Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! »

Les établissements financiers en question poursuivent aujourd’hui leurs activités en toute quiétude.

Aucun de leurs dirigeants n’a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble.

Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique.

Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n’existait pas préalablement.

L’apport en liquidité du spéculateur, qu’il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l’accroissement du risque systémique qu’il apporte avec lui.

Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l’industrie financière : l’incapacité de ses principaux représentants à s’identifier à l’intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années.

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Vérité et réalité du marché (*), par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Réalité incomplète du marché financier

Les tests de stress des bilans bancaires de la zone euro illustrent à la caricature les contradictions de la finance sans marché. Ils montrent d’abord que le marché financier européen n’existe pas. Bien sûr il y a liberté de circulation des biens et des services. Mais le marché n’existe pas faute de définition commune effective de ce qu’on échange. L’inconvénient est rédhibitoire en matière financière. Pour des biens et des services matériels, l’objet physique échangé exprime l’identité économique de la transaction. Une voiture est une voiture partout en Europe et même en dehors : après l’avoir achetée, elle démarre et avance une fois la clé de contact entre les mains de son propriétaire. Les normes européennes de sécurité, de performance et de maintenance améliorent la sûreté du service automobile mais ne produisent pas l’objet. En cas de litige, le juge ou l’expert d’assurance peut se prononcer sur le respect effectif des normes connaissables et accessibles. L’existence physique d’un objet marchand induit une différence matériellement limitée entre sa visibilité et sa définition normative.

En matière financière, la situation est radicalement différente. Non seulement les conséquences matérielles, physiques et directes d’une transaction sont toujours à terme, non visibles au présent, mais encore, la définition contractuelle de l’objet d’une transaction ne suffit pas à l’identifier ni à prouver son existence. La mention d’une réglementation européenne dans un contrat, quand elle est exhaustive, n’évoque qu’un élément d’une transaction. L’inscription de la propriété d’une action de capital chez un dépositaire européen soumis à une réglementation unique ne dit rien de l’entreprise sous-jacente, de ses projets, de son équipe dirigeante, de l’implication de son actionnariat, de la mesure de ses fonds propres et de son endettement. Même le prix qui fait partie de l’utilité-même du titre n’est pas identique selon les différentes possibilités de le négocier.

La différence fondamentale entre un objet financier et un objet non financier est la cause d’existence : métaphysique pour une anticipation financière et physique pour un bien ou un service comptant. Les causes d’existence d’un objet financier sont les décisions de celui qui emprunte et de celui qui prête, de celui qui établit ou constate le prix, de celui qui exécute le paiement et de celui qui assume l’écart entre la promesse d’origine et la réalisation à terme. Les réalités financières sont métaphysiques au sens où elles sont purs produits de la pensée, de la volonté et de l’ambition. Toutes les traces d’une opération financière sont artificielles, délibérément produites, jusqu’à l’échéance de l’opération qui n’implique pas nécessairement la livraison d’un objet physique. La conclusion d’une transaction financière peut être un simple règlement monétaire traduit par une écriture dans des comptes bancaires.

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