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QUESTIONS À RÉSOUDRE (II) LE PROFIT, SOURCE DE TOUS NOS MAUX

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Robert Owen (1771-1858), réformateur gallois, l’un des fondateurs du mouvement coopératif, socialiste de la première heure, à qui le reproche fut fait d’être un « communiste » à proprement parler, considérait que le profit était la source de tous nos maux. Le profit affirmait Owen, est pure spoliation : on vole au travailleur un bénéfice qui devrait lui revenir. C’est en raison de la ponction du profit qu’il devient impossible au travailleur d’acquérir le fruit de son propre labeur et d’être par conséquent le consommateur de la même quantité de marchandises qu’il ou elle a produites. Le profit est donc purement parasitaire pour Owen. Mais si c’était effectivement le cas lui rétorquera un éventuel contradicteur, une situation de concurrence parfaite, non biaisée, devrait rapidement régler son compte au profit et le réduire à zéro. Non, lui répond Owen : le mot « concurrence » se contente de décrire le type de guerre à laquelle nous avons affaire, tandis que le mot « profit » renvoie lui au type de butin. Et comme le profit ne peut être justifié en aucune manière, il convient de l’éliminer.

Cela a-t-il un sens d’éliminer le profit comme Owen la préconise ? Gide et Rist analysent fort bien la question :

Il semble qu’on pourrait objecter à Owen ceci. De deux choses l’une :

Ou bien le profit rentre dans le coût de production et il ne se distingue pas de l’intérêt. Dans ce cas il est vrai que la concurrence, même parfaite, ne le fera pas disparaître puisqu’elle ne saurait faire plus que ramener le prix de vente au niveau du coût de production, mais dans ce cas le profit n’est pas injuste ni parasitaire puisque le produit se vend ce qu’il a coûté, ni plus ni moins,

Ou bien le profit ne rentre pas dans les frais de production et il ne se confond pas avec l’intérêt : c’est seulement l’excédent du prix de vente sur le prix de revient, et en ce cas en effet, on peut le considérer comme parasitaire, mais en ce cas aussi il doit nécessairement disparaître sous un régime de parfaite concurrence puisque un tel revenu ne peut être dû qu’à une situation de monopole plus ou moins caractérisé (Gide & Rist 1909 : 275).

La question peut-elle être tranchée : le profit du dirigeant d’entreprise constitue-t-il la rémunération d’un service authentiquement rendu ?

(à suivre…)

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Gide, Charles & Charles Rist, Histoire des doctrines économiques depuis les physiocrates jusqu’à nos jours, Paris : Sirey 1909

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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