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Remettre l’intelligence de la personne au service de la réalité politique de l’économie du vivre ensemble, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Certains d’entre vous seront tentés de dire « inintelligible » – peut-être par simple réflexe. À ceux-là, je n’ai qu’un conseil à donner : « Reprenez votre lecture jusqu’à ce que le sens vous apparaisse : c’est de la préhistoire de la manière dont nous pensons aujourd’hui qu’il est question. C’est essentiel. Quand vous aurez assimilé ce qui est écrit ici, vous aurez compris tout ce qui nous a été volé depuis ».

Ce texte est une interprétation libre de la scolastique en langage d’aujourd’hui. Il est construit sur le billet de Paul Jorion Crise financière et logique de la prédisposition.

La réalité dans le temps

Crise financière et logique de la prédisposition nous conduit à trois conclusions scientifiquement fortes. Première conclusion : la « science économique », par quoi il est convenu d’analyser l’actuelle crise économique exposée à notre entendement, n’est pas une science. La crise est économique au sens où aucun des cadres effectivement scientifiques dont nous disposions ne permet de l’analyser et de la comprendre scientifiquement. Ce que nous appelons « science économique » est une histoire que nous nous laissons raconter afin de consommer distraitement la matière sans économiser la vie. Cette « science » est apparue dans la deuxième moitié du XIXème siècle pour suspendre la faculté politique de jugement à vouloir ce qui est possible dans la réalité vraie.

Jusqu’au renversement aujourd’hui achevé de l’économie politique en « science économique », le débat de la politique est la discussion collective et universelle de séparation du vrai et du faux dans la réalité positive et négative. La réalité négative matérialisée par les dettes qui submergent l’humanité actuelle n’est pas en vérité la spéculation qu’elle est devenue. Une dette vraie ne peut pas se constater sur ce qui ne peut pas exister physiquement ni au présent ni au futur. La dette ne peut être qu’un discernement sur ce que l’individu dans la société doit véritablement rendre à la réalité du présent vers le futur. La réalité n’est pas la seule matière physique qui se compte en quantité mais la matière informée par l’esprit. L’esprit qualifie l’être dans le temps éternel ; il donne le prix de l’existence dans et par la vie sociale d’intelligence de la relation dans le temps.
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CRISE FINANCIÈRE ET LOGIQUE DE LA PRÉDISPOSITION

Ce texte a été présenté le 5 septembre 2009 au colloque « Parier sur l’incertitude », organisé à Bruxelles par Dominique Deprins.

La représentation de l’incertitude en finance a joué un rôle essentiel dans le déclenchement-même de la crise qui débuta en 2007 et dont les différentes phases ne cessent d’évoluer, chacune apportant son nouveau lot de mauvaises surprises. Contrairement à ce qui a pu se passer lors de crises précédentes, et en particulier dans le cas de la chute de la compagnie Enron, spécialisée dans le commerce de l’énergie, et qui fut l’un des épisodes les plus hauts en couleur de la crise des startups, la fraude n’a pas joué cette fois-ci un rôle majeur dans l’origine de la crise. Il en va tout autrement de la modélisation des produits financiers et de la qualité des modèles économiques, qui ont elles joué un rôle déterminant, tout particulièrement pour ce qui touche à leur prétention importune à parler de l’avenir avec certitude.

Avant d’aller plus loin, je voudrais situer plus précisément ma propre implication dans les faits dont je vais parler : je ne suis ni mathématicien ni économiste de formation, mais anthropologue et sociologue, j’ai appris la finance sur le tas au cours des dix-huit années d’une carrière d’ingénieur financier menée d’abord en Europe, puis aux États-Unis, durant laquelle j’ai créé des modèles financiers utilisés pour la plupart dans l’industrie du crédit ; à la fin de ma carrière, j’étais un spécialiste reconnu de la validation des modèles financiers.

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LE FAIT QUE NOUS PARLIONS

Le fait que nous parlions appartient à ces choses dont nous considérons qu’elles vont de soi. La linguistique rend compte du fait que nous nous exprimons en différentes langues, en comparant les manières que nous avons adoptées pour y parvenir. La linguistique s’intéresse aussi à la façon dont nous combinons des effets de sens (le sémantique) avec des effets de structure (le syntaxique). Elle n’est jamais parvenue, il faut le souligner, à expliquer comment le sens des mots se combine pour constituer le sens de la phrase, énigme que les Scolastiques appelaient le complexe significabile.

Honnêtement, je ne connais pas d’autres réflexions que la mienne qui ait été consacrée à la différence pour ce qui touche au sens, entre ce qu’opère le sémantique d’une part et le syntaxique de l’autre. Ainsi, dans l’article « Le secret de la chambre chinoise » (Jorion 1999), paraphrasé dans Notre cerveau : conscience et volonté, je concluais, en donnant aux mots les mêmes significations que dans la discussion hier à propos de la conscience :

En effet, le syntaxique ne parvient pas à l’imagination : il est du même ordre que l’acte ci-devant « involontaire » ; le sémantique, c’est au contraire ce qui y parvient : il est du même ordre que l’acte ci-devant « volontaire ». C’est ce contraste qui avait permis à certains Scolastiques, en particulier à Jean Buridan, d’affirmer que le syntaxique est privé de signification : il possède un sens mais qui n’est pas ce que nous appelons la signification, laquelle est précisément ce que le sémantique véhicule exclusivement. Le sens du syntaxique est entièrement traité en amont de la conscience, au niveau inconscient, par le corps – selon l’expression que j’ai utilisée dans ce texte –, c’est la partie aveugle, inaccessible du sens, celle qui nous oblige à des contorsions mentales quand nous essayons de définir – pour reprendre le vocabulaire scolastique – un syncatégorème tel « néanmoins » » (ibid. 197-198).

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