Archives par mot-clé : Simon Johnson

DÉBATS OUTRE-ATLANTIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Ben Bernanke et Larry Summers, l’ancien président de la Fed et l’ex-conseiller de Barack Obama, s’affrontent par blogs interposés aux États-Unis dans un débat stratosphérique afin de donner la clé de l’état actuel de l’économie mondiale. Le premier met l’accent sur la « surabondance d’épargne », et le second trace la perspective d’une « stagnation séculaire », faute de demande justifiant l’investissement. Dans un cas, la course aux dévaluations compétitives et aux manipulations de la monnaie qu’il faudrait cesser est en cause, dans l’autre cette tendance de longue durée implique des investissements publics dans les infrastructures. Faut-il cependant s’étonner, vu leurs personnalités, que le débat sur les conséquences de l’accroissement des inégalités de patrimoine et de revenu soit passé à l’as ? L’impact de la sortie du livre de Thomas Piketty aux États-Unis aurait pu faire penser que ce thème serait désormais incontournable, mais ce serait sans compter avec le caractère profondément académique de cette joute, que Steve Keen (*) n’a pas hésité à qualifier de « consanguine » dans un article pour le magazine Forbes. Il a rappelé que ses acteurs sont de cette même famille qui continue de tenir le haut du pavé, et qu’il y a peu de chances que ceux qui n’avaient pas vu venir la crise trouvent son explication.

Plus prosaïquement, les commentateurs en sont à évaluer le degré de patience dont la Fed va faire preuve avant d’engager l’augmentation de son taux toujours proche de zéro. Elle se fait toujours attendre bien que les communiqués de son Comité de politique monétaire ont cessé de faire référence à cette louable qualité. Mais la croissance américaine a enregistré un net accès de faiblesse au premier trimestre, et la Fed continue de se tâter. Il y a toujours quelque chose qui cloche, qui retarde le retour à une certaine normalité : un hiver particulièrement rude, un dollar qui est à la hausse, et surtout une grande inconnue que le secrétaire au Trésor Jack Lew a formulé en termes moins académiques, constatant que la chute du prix de l’essence n’a pas entraîné comme escompté une hausse significative de la consommation : « ce que font les consommateurs de cet argent est un peu une énigme pour l’instant ». Les temps seraient-ils incertains ?

Continuer la lecture de DÉBATS OUTRE-ATLANTIQUE, par François Leclerc

11Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 7 SEPTEMBRE 2012

Je renvoie à The network of global corporate control, par Stefania Vitali, James B. Glattfelder, and Stefano Battiston, article dont la traduction française est ici.

Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde, un film de Jérôme Fritel et Marc Roche

Sur YouTube, c’est ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de la crise : APRÈS LES MOTS, LA FORMULE MAGIQUE…, par François Leclerc

Billet invité

The English version of this post can be found here.

Quoi dire quand on est en complet désaccord ? Affirmer d’une seule voix la nécessité de l’union ! C’est à cette perspective que continue de travailler le quartet constitué de José Manuel Barroso, Mario Draghi, Jean-Claude Juncker et Herman Van Rompuy (par ordre alphabétique).

Un nouveau mot magique a été trouvé et va être décliné sous toutes ses variantes, afin de proposer la réalisation de quatre unions : bancaire, fiscale, économique et politique. L’union fiscale étant dans les tuyaux, la prochaine étape qu’il est urgent d’atteindre est l’union bancaire. Elle serait promise pour dans un an, selon un document qui a fuité, renouant avec les lancers de ballons d’essai dont une nouvelle saison commence.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : APRÈS LES MOTS, LA FORMULE MAGIQUE…, par François Leclerc

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’affaire d’État « Goldman Sachs »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Goldman Sachs se trouvait déjà sur la sellette. On se souvient de l’arrogance avec laquelle elle afficha ses résultats pour 2009 : meilleurs que jamais, donnant lieu aux bonus les plus élevés de l’histoire de la firme, alors qu’il était clair qu’ils constituaient un simple transfert à ses employés de l’aide gouvernementale dont la firme avait bénéficié dans le cadre du « plan Paulson » de 2008. On se souvient aussi de son P-DG, Lloyd Blankfein, affirmant qu’il « réalisait la tâche de Dieu ». On avait noté l’apparition l’année dernière du sobriquet « Government Sachs », soulignant la confusion existant à Washington entre le salut du pays et celui de la firme de Wall Street, et révélateur du malaise qui déboucha sur l’audition devant une commission du Congrès américain qui eut lieu le 27 janvier et dont l’objet implicite était de déterminer si oui ou non le sauvetage d’AIG, la principale compagnie d’assurance américaine, au coût prohibitif de 182 milliards de dollars, avait eu pour but déguisé de sauver avant tout Goldman Sachs.

La révélation il y a quelques jours du fait que Goldman Sachs a aidé la Grèce à cacher le montant de sa dette à l’aide d’un swap de change trafiqué (le contrat tel qu’il est décrit visait simplement à déguiser un prêt à long terme en un swap, nous ramenant aux plus beaux jours des falsifications ingénieuses que la firme Enron avait orchestrées en son temps [1]) et que des tractations en vue d’arrangements du même genre étaient encore en cours en novembre dernier, constitue pour l’opinion publique – il faut l’espérer –, la goutte qui fait déborder le vase.

Dans un billet publié hier, Simon Johnson, l’ancien économiste en chef du FMI, réclame une commission d’enquête qui examinera les conditions dans lesquelles Goldman Sachs a opéré et déterminera si la firme a été impliquée dans d’autres « arrangements » du même type. Il pose en particulier une question, dont les implications internationales sont évidentes : « Les régulateurs américains de Goldman étaient-ils au courant de ses activités en Grèce et dans d’autres pays de la zone euro ? Ont-ils approuvé ces activités qui portaient directement atteinte à l’intégrité de l’Union Européenne ? »

Les révélations qui se succèdent font apparaître que Goldman Sachs n’était pas seule en cause puisque la banque commerciale américaine JP Morgan Chase avait semble-t-il mis en place en 1996 un contrat du même type pour l’Italie. Et les responsabilités ne s’arrêteraient pas là puisqu’on entend dire que certains ministres des finances européens avaient été avertis de ces montages, de même d’ailleurs que les agences de notation et qu’Eurostat, le bureau de relevés statistiques de l’Union Européenne.

Je rappelais dans mon propre billet d’hier intitulé La finance ne s’auto-policera pas, que la grande firme d’audit KPMG avait été poursuivie aux États-Unis en 2005 pour avoir offert à ses clients fortunés des « packages » d’évasion fiscale, or il se fait que les montages mis à jour pour masquer la dette de la Grèce étaient conçus exactement dans le même esprit. Depuis que la crise s’est déclenchée en février 2007, trois ans se sont écoulés, offrant l’occasion aux banques de moraliser leurs comportements. Elles ont dans leur quasi totalité insolemment ignoré cette opportunité.

La semaine dernière, dans mon billet intitulé Cronos dévorant l’un de ses enfants, j’ai appelé les États à se rebeller contre la sujétion dans laquelle les établissements financiers les maintiennent. J’ai rappelé que :

… les firmes de Wall Street se sont mangées les unes les autres parce que, comme pour Cronos et ses fils, il valait mieux dévorer qu’être dévoré soi-même. Comme il n’en reste plus beaucoup, elles s’en prennent maintenant, avec l’aide des hedge funds, aux États. […] Seulement, les États ne sont pas de simples firmes, et si les banques et compagnie, entrent en guerre avec eux, ils ne se laisseront peut-être pas faire. Une telle guerre serait alors sans merci ».

Je souhaite de tout cœur que la révélation de ces jours derniers, relative aux agissements de Goldman Sachs, à la demande d’un gouvernement véreux, fasse que cette guerre est désormais ouverte.

––––––––
(1) Voir Paul Jorion, Investing in a Post-Enron World, McGraw-Hill 2003 : 81-95.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Nos Américains préférés

Si j’ai peut-être un peu l’air de ne pas faire grand-chose ces jours-ci, c’est que j’ai été réquisitionné pour quelques bonnes causes. La première consiste à faire le bilan de 2009 et comme j’ai beaucoup à dire sans peser mes mots, cela prend le temps de l’écrire. La seconde consiste à donner un coup de main à ceux qui veulent dénoncer ce que j’appellerai désormais « l’état d’urgence » : celui que la finance a instauré pour son propre bénéfice afin de ne plus devoir rendre compte de ses agissements. Et la troisième, consiste à préparer de diverses manières la sortie du film de Michael Moore : « Capitalism : A Love Story ». Avis à la population : si vous habitez Dijon ou ses environs, le 27, c’est-à-dire vendredi de la semaine prochaine, je présenterai le film à l’occasion de sa sortie dans votre bonne ville (oui : je sais que Philippe le Bon transféra autrefois la capitale de la Bourgogne de Dijon à Bruxelles mais je n’y suis vraiment pour rien !)

Qu’adviendra-t-il des gens comme vous et moi ? Je veux dire, de ceux qui ne se satisfont précisément pas de l’état d’urgence ? Et qu’adviendra-t-il aux États–Unis de Simon Johnson – ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International, qui proposa une interprétation de la politique américaine sur le modèle russe où une oligarchie tient en otage son gouvernement, d’Elizabeth Warren – à la tête de l’office du Congrès qui supervise le TARP (Trouble Assets Relief Program), le programme gouvernemental de sauvetage de l’industrie financière – et pose les bonnes questions, d’Alan Grayson – le parlementaire américain qui traque inlassablement les sommes allouées sous le manteau dans le cadre de l’état d’urgence, ainsi que de Marcy Kaptur – qui encouragea les familles dont la maison est saisie de résister par tous les moyens à leur éviction ? Sont-ils les héros du monde nouveau qui émergera des décombres ? Ou apparaîtront-ils plus tragiquement comme des prophètes dérisoires, prêchant dans le désert et incapables de rien faire qui empêche la débâcle ?

Nous avons déjà beaucoup parlé de Simon Johnson, d’Elizabeth Warren ou d’Alan Grayson mais je n’ai pas encore mentionné Marcy Kaptur. Alors, la voici, recommandant à ceux qui perdent leur logement, d’en devenir les squatters.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail