Archives par mot-clé : transports en commun

Un train n’est pas nécessairement un autre

À peine assis dans le Paris-Marseille en gare de Lyon, moi qui suis un habitué du Paris-Quimper, me faisais la réflexion que si mon train familier pouvait être appelé « le rendez-vous des rond-de-cuir » tant il ne s’y passe jamais rien et tout le monde s’y ennuie, celui qui me conduit occasionnellement dans le Midi me frappe toujours par son atmosphère de désastre en attente. À chaque fois il ne s’agit pas d’un voyage en train mais d’un véritable exode : une foule bruyante, au bord de l’affolement, fuyant un danger apparemment pressant dont la source me demeure à jamais mystérieuse.

J’en étais  à me demander s’il ne s’agissait pas là chez moi d’un fantasme, alors que les minutes s’égrenaient dans le train toujours immobilisé malgré le dépassement de l’heure du départ, quand le « chef de train », comme il décrivit lui-même sa fonction sur l’interphone, annonça que si nous démarrions avec quinze minutes de retard, c’était à cause de « voyageurs récalcitrants ayant passé l’accueil embarquement avec force ». Non, je ne rêvais donc pas : le drame, sinon la tragédie, était bien ici dans le Paris-Marseille, toujours au détour d’un corridor, ou nous guettant peut-être au coin d’une station.

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SNCF, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité. Réponse à Ambiance…, par zébu.

L’exécutif s’exécutant lui-même… N’est-ce pas faire trop d’honneur aux noblaillons socialistes, toutefois, que de les comparer à leurs homologues éclairés du XVIIIe siècle ? Construire une ligne TGV entre Montpellier et Perpignan, ce n’est pas comme monter à Versailles avec un projet d’asséchement de marais où prospère le paludisme. Les lignes TGV sont d’une utilité douteuse quand l’État, actionnaire de la SNCF, est infichu de contraindre la SCNF à baisser des tarifs exorbitants en hausse constante. Elles représentent en outre un coût faramineux pour la collectivité, alors que les voies ferroviaires secondaires sont en maints endroits négligées, pour des motifs pas toujours démêlables (cf. ligne Clermont-Ferrand-Béziers, qui traverse l’Aubrac et les Causses, pourtant une des plus pittoresques de France), sans parler du ferroutage, qui végète. L’obsession des projets dispendieux censés laisser une trace dans l’histoire, voilà ce qui perd aussi bien le sommet que les parties qui l’imitent. Je suis bien heureux que la région Haute-Normandie ait privilégié l’achat de nouvelles automotrices Bombardier, l’entretien et la réanimation des axes secondaires. Pas grand-chose sur le prix du billet, en revanche, sinon des tarifs réduits pour les moins de 26 ans et des bons de réduction pour les demandeurs d’emploi, qui n’ont droit de voyager moins cher que si l’objet du voyage est purement professionnel. C’est tout bénef pour la SNCF. Il y a aussi un projet de ligne TGV « véritable » Le Havre-Rouen-Paris, mais, en raison de coûts financiers et environnementaux trop élevés, après débat public, les concepteurs ont borné leurs ambitions à réaménager les voies existantes. La raison, parfois, a le dernier mot. Cela dit, pharaon ne s’avoue pas vaincu. Contrecarré ici, il jette immédiatement son dévolu sur un autre secteur de l’action publique. Ainsi de ce projet rouennais impliquant la région, la CREA (Communauté d’agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe) et la MATMUT, principal mécène local : un panorama géant à 6 850 000 d’euros, copié sur celui qui occupe le gazomètre de Dresde, une rente à vie pour l’artiste mégalo Yadegar Asisi (entre mégalos, on se comprend et on se coopte). Une priorité, comme de bien entendu. Tout cela, assurément, pour aider au « rayonnement de la capitale normande », qui s’est surtout signalée, jusqu’à présent, par le rayonnement spectaculaire des pollutions. Ou l’art de prendre Seveso pour des lanternes.

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