Un train n’est pas nécessairement un autre

À peine assis dans le Paris-Marseille en gare de Lyon, moi qui suis un habitué du Paris-Quimper, me faisais la réflexion que si mon train familier pouvait être appelé « le rendez-vous des rond-de-cuir » tant il ne s’y passe jamais rien et tout le monde s’y ennuie, celui qui me conduit occasionnellement dans le Midi me frappe toujours par son atmosphère de désastre en attente. À chaque fois il ne s’agit pas d’un voyage en train mais d’un véritable exode : une foule bruyante, au bord de l’affolement, fuyant un danger apparemment pressant dont la source me demeure à jamais mystérieuse.

J’en étais  à me demander s’il ne s’agissait pas là chez moi d’un fantasme, alors que les minutes s’égrenaient dans le train toujours immobilisé malgré le dépassement de l’heure du départ, quand le « chef de train », comme il décrivit lui-même sa fonction sur l’interphone, annonça que si nous démarrions avec quinze minutes de retard, c’était à cause de « voyageurs récalcitrants ayant passé l’accueil embarquement avec force ». Non, je ne rêvais donc pas : le drame, sinon la tragédie, était bien ici dans le Paris-Marseille, toujours au détour d’un corridor, ou nous guettant peut-être au coin d’une station.

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