Archives par mot-clé : TSCG

CONVERGENCES

J’ai fait état la semaine dernière du peu d’impact sur les politiques en vigueur, des vues que je présente ici depuis cinq ans. J’avais souligné que la renommée ne semble pas jouer un rôle  prédominant de ce point de vue puisque Joseph Stiglitz, « prix Nobel » d’économie, professeur dans une université américaine prestigieuse, ancien directeur de la Banque Mondiale, qui défend des positions similaires, ne semble pas plus à même que moi d’imposer son point de vue.

Le renfort de George Soros ces jours-ci, défendant dans un très long texte, des positions, sinon identiques, du moins très semblables sur bien des aspects, pourrait-il faire la différence ? Ce n’est pas en tout cas le sentiment qu’il en a personnellement puisqu’il se plaint qu’une de ses propositions récentes, raisonnable et constructive « a été, dit-il, rejetée d’un revers de main par les Allemands […] sans justification ».

Pour que George Soros, grand (en fait, « immense ») spéculateur devant l’éternel, et moi-même, en venions à défendre des positions semblables, il faut bien évidemment que quelque chose d’important soit en train de se passer, et ce quelque chose, je le vois comme la constitution d’un front anti-Troïka (Banque Centrale Européenne, Union Européenne, Fonds Monétaire International). La constitution de ce front résulte d’une convergence bienvenue parmi les adversaires des politiques ultralibérales qui continuent d’être celles de nos dirigeants et dont – faut-il le rappeler – le Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), est l’un des plus beaux fleurons, même, et peut-être surtout, s’il est prôné par les partis européens que j’ai pris l’habitude d’appeler : « socialistes de droite ».

Symptôme de cette convergence qui se dessine, le fait qu’on m’ait proposé récemment de m’associer à deux déclarations communes, non pas comme cela avait été le cas jusqu’ici quand on me contactait pour me dire : « quelqu’un, quelque part, a écrit ceci, soyez gentil de signer en bas à droite » – ce que j’ai toujours refusé de faire, mais en me proposant de m’associer à la rédaction du texte. Vous verrez ces appels publiés cette semaine, dans le quotidien suisse Le Temps, et dans le quotidien français Le Monde. Le premier texte émane d’un petit groupe que nous avons constitué, de spécialistes des questions d’éthique en finance, Suisse, Français et Belge, le second résulte d’une opposition commune au TSCG dont l’initiative trouve sa source au Parti de Gauche français. Je vous signalerai bien entendu la parution de ces appels en les reproduisant ici.

 

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PAS MÊME UN BAROUD D’HONNEUR, par Vincent Migeat

Billet invité

Cette fois, nous n’aurons même pas eu droit à ce baroud d’honneur que Paul Jorion évoquait dans son billet à l’occasion des élections présidentielles en France. Allez, si, quelques rodomontades à la famille Peugeot, mais l’été en pente douce s’est chargé d’évaporer les micro-velléités de réel changement qui mâtinaient ce tout jeune gouvernement. Le changement, le vrai, ce sera pour plus tard. Enfin, si la situation le permet. C’est pourtant dans la glaise fraîche de la victoire électorale que l’on imprime la volonté dynamique du changement. C’est à ce moment supposé d’état de grâce qu’un président élu peut imprimer sa marque et donner son cap. Après cent jours, les dossiers s’empilent, les bonnes volontés s’émoussent, les courbes des sondages s’infléchissent et l’action du gouvernement se démonétise. Plus rien d’audacieux ou d’inédit n’est faisable. Les choses ont repris leur molle place, les forces statiques sont à nouveau inébranlables. Las, François Hollande, en voulant s’inscrire en négatif exact de la pratique du pouvoir de l’ancienne équipe gouvernementale, est passé de l’autre côté du cheval. Il a voulu incarner la sérénité, il eût fallu choisir le courage et la détermination.

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L’EUROPE DANS LE PIÈGE NÉOLIBÉRAL, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

L’accord des dirigeants européens concernant le « Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance » (TSCG) et son bras séculier, le « Mécanisme Européen de stabilité » (MES), a momentanément mis en sourdine les spéculations relatives au sort de la zone euro. Pourtant, fruit d’une idéologie fondée sur l’équilibre budgétaire et les réformes néo libérales et non d’une analyse objective des faits, il ne résout pas les difficultés qui affectent le fonctionnement de cette zone. Au contraire, il marque un infléchissement inquiétant pouvant annoncer sournoisement, comme l’explique Bruno Amable dans Libération du 28 février 2012, « la mort du modèle social européen ». C’est cette perspective qu’il faut refuser.

Il convient, en effet, de dénoncer le caractère fallacieux et simpliste du raisonnement qui sous-tend l’actuel accord passé entre les Européens. Cet accord repose sur un postulat : le succès de l’application par tous les partenaires de politiques d’austérité et de libéralisation, supposées entraîner, avec le retour de la « confiance » des marchés,  celui de la croissance. Or,  même si ceux qui nous dirigent semblent sourds aux arguments qui sont développés,  on a toutes les raisons de contester ce postulat.  Rappelons, une fois encore, comment, à l’instar de ce qui s’est passé au cours des années 30, le processus ainsi enclenché a toutes probabilités de conduire l’Europe, non à la croissance, mais à la dépression et à la faillite que l’on cherche à éviter. Sans remonter si loin dans le temps, on peut citer aussi, parmi d’autres, les exemples de la Russie au cours des années 90 et de l’Argentine peu après. Pour leur part, les Etats-Unis se sont bien gardés de tomber dans ce piège en refusant l’austérité sous la forme qui sévit en Europe.

En outre, l’amalgame que l’on se plaît à faire entre le nouveau Mécanisme Européen de Stabilité et le FMI ajoute à l’inquiétude et à la confusion tant il remémore des pratiques de sinistre mémoire dont il semble bien que le FMI ne les ait pas abandonnées malgré les dénis proférés au plus fort de la crise financière des années 2008 et 2009. Il est donc vital que le nouveau mécanisme ne se contente pas d’être, comme on peut le craindre, une sorte de dragon faisant régner la discipline à coup de sanctions et de coupes budgétaires, mais intègre dans son fonctionnement les objectifs de la solidarité.

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