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L’utilité et le profit, ou l’art des nuances

L’auteur d’un compte rendu de mon livre Misère de la pensée économique (Fayard 2012) écrit ceci :

… homo oeconomicus ne cherche pas à maximiser ses gains, mais son utilité, laquelle peut intégrer des dimensions d’altruisme ou d’empathie.

Le lecteur lambda de ce compte rendu en inférera, je suppose, que la définition que je donne de l’l’homo oeconomicus est qu’il cherche à maximiser ses gains plutôt que son utilité, et que j’introduis ainsi une distorsion dommageable, source de malentendus potentiels, puisque la définition classique parle bien d’utilité et non de gains.

Or ce que j’ai écrit, c’est ceci :

L’individu « rationnel » correspondant à cette représentation, baptisé « homo oeconomicus », a pour particularité de maximiser son utilité subjective dans une ignorance totale de ses concitoyens, poursuivant son intérêt égoïste sans jamais dévier de sa trajectoire, sa justification pour ce comportement a-social, pour ne pas dire anti-social, étant qu’il contribue ainsi à maximiser l’utilité pour l’ensemble de la communauté des gens comme lui : les homines oeconomici. (pp. 187-188)

J’ai écrit à l’auteur de ce compte rendu, lui faisant observer qu’il m’accuse d’un péché que je n’ai pas commis.

Il me répond ceci :

Je vous donne volontiers acte de ce que, contrairement à ce que je lis souvent, utilité pour vous n’est pas forcément synonyme de maximisation des revenus. Mais ce qui m’a fait tiquer, c’est l’expression qui suivait « intérêt égoïste sans jamais dévier de sa trajectoire ». Egoïste signifie bien « ne se soucier que de soi », alors que l’utilité peut intégrer le souci de (certains) autres.

Ma réponse :

Il n’empêche que le lecteur de votre compte rendu aura retenu que je confonds utilité et profit, quand vous affirmez que l’homo oeconomicus selon moi vise à maximiser ses gains plutôt que son utilité, ce qui est faux, puisque je mentionne spécifiquement l’utilité. Vous me dites maintenant que quand je dis utilité, je pense en réalité profit ; je vous réponds que ceci ne me distinguerait bien entendu pas de la quasi-totalité des lecteurs de la définition de l’homo oeconomicus au fil des âges mais que ce n’est pas ce que j’ai écrit, et qu’il s’agit du coup d’un procès d’intention.

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L’ÉQUILIBRE DE MARCHÉ NE GARANTIT AUCUN OPTIMUM COLLECTIF, par h-toutcourt

Billet invité.

Pour « refonder le capitalisme », il faudrait d’abord être d’accord sur le terme, qui contient la racine « capita ». Elle indique une incitation à l’accumulation par tête, qui est à la source du libéralisme depuis Adam Smith (quoique ce dernier ait été beaucoup plus nuancé à ce sujet que certains de ses thuriféraires néolibéraux d’aujourd’hui!).

Or, lorsque la discussion se porte sur le néolibéralisme, principal vecteur argumentaire du capitalisme aujourd’hui, il faut rappeler que c’est celui de l’équilibre concurrentiel de marché face à l’optimum global qui serait souhaitable pour la société.

Et là, les théoriciens qui ont sévi en économie, ont péché par simplisme en prenant leurs désirs néoclassiques pour des réalités : ils ont notamment forgé de toutes pièces une confusion entre « équilibre » de Pareto et « optimum global » de Pareto, que l’on rencontre encore aujourd’hui dans tous les enseignements universitaires sur le théorème de « l’équilibre général » (y compris chez ceux qui prétendent en dénoncer le dogme!).

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