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Grèce : La vie et le Veau d’Or

Il y a ce matin une phrase tout à fait significative dans un article du New York Times signé de Landon Thomas et intitulé Panic Sets in Among Hardy Hedge Fund Investors Remaining in Greece : la panique s’installe parmi les fonds d’investissement spéculatif endurcis restant en Grèce.

C’est le patron de l’un de ceux-ci qui parle et il dit ceci :

Je n’arrive pas à croire que ces types soient prêts à mettre à feu et à sang leur propre pays. Ils croyaient que tout ça n’était qu’un jeu.

Il s’agit donc, mes très chers amis, d’un patron de fonds spéculatif disant à propos du gouvernement grec : « Ils croyaient que tout ça n’était qu’un jeu ».

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GUÉRIR DE LA FIÈVRE DE L’OR

Dans EVANGELII GAUDIUM, le pape François se plaint des ravages commis par le Veau d’Or : « L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. »

Difficile de dire quand se passe exactement l’épisode de Moïse descendant de la montagne et découvrant son peuple adorant le Veau d’Or mais disons à la louche, 35 siècles entre lui et nous.

35 siècles durant lesquels les hommes tentent de se distraire de l’idée de leur mort prochaine en s’adonnant à la drogue la plus puissante qui soit : l’or et l’argent.

Les choses s’arrangent un peu aujourd’hui mais il y eut une longue période durant laquelle la réaction principale des lecteurs du blog à l’actualité de la crise était de me demander où placer leurs économies. Dans ces messages, la fièvre de l’or faisait ses ravages : la référence à l’or était explicite : « Dois-je acheter de l’or ? » Le sens de la vie en temps de crise se limitait à cela : « Dois-je pour me sauver amasser de l’or dans mes appartenances, l’ensemble de ces choses inertes que j’appelle également ‘Moi’ ? »

La question se pose durant le Grand Tournant : « Faut-il focaliser ses efforts sur les changements institutionnels ou sur le changement des personnes ? » Approche top-down ou approche bottom-up ?

Aucune des révolutions historiques n’est parvenue à enrayer la machine à concentrer la richesse. La spéculation a été interdite jusqu’à la fin du XIXe siècle et la première chose à faire, c’est évidemment de rétablir cette interdiction. L’Église au Moyen Âge interdisait la perception d’intérêts sur ce que nous appelons le prêt à la consommation et là encore, il faut impérativement rétablir cette interdiction.

Il restera toujours la concentration de la richesse due à la perception d’intérêts sur la nouvelle richesse créée, conséquence d’un monde où la distribution de la propriété privée est le résultat d’une immense loterie qui s’étend maintenant sur plusieurs millénaires.

Keynes avait attiré l’attention sur le fait que la satisfaction des besoins portant sur le nécessaire est soluble dans les faits mais que l’élimination de l’envie et du désir de faire des envieux est une autre paire de manches.

À ce désir de faire chier les autres, il n’y a que deux solutions : établir une égalité absolue entre les personnes ou guérir de la fièvre de l’or.

Établir une égalité absolue est un idéal généreux et admirable mais qui, en raison de la distribution inégale des capacités et du talent, débouche inéluctablement sur le goulag, les « Killing fields » khmer, etc.

Il reste alors la seconde branche de l’alternative : guérir de la fièvre de l’or.

Au cours des années récentes, j’ai participé à des réunions de partis politiques, des réunions de think-tanks, des colloques, des picnics, etc. Le seul endroit où j’aie entendu parler de politique d’une manière qui fasse sens, le seul endroit où j’aie entendu parler de remèdes convaincants à la fièvre de l’or, c’est dans des colloques de psychanalyse. Le seul endroit que je connaisse où la fièvre de l’or peut être guérie, le seul endroit où s’éteint l’envie, le seul endroit où s’éteint l’envie de faire des envieux, c’est une psychanalyse personnelle.

Il faut que j’en tienne compte.

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QUEL EST LE DIEU QUE RÉVÈRENT LES GRANDS-PRÊTRES DE LA RELIGION FÉROCE QUI NOUS GOUVERNE ?

Un passage d’une lettre que Russell Leffingwell (1878 – 1960), qui présidera longtemps le comité de direction de la banque J. P. Morgan avant d’en devenir le président, adressa le 30 décembre 1931 à Walter Lippmann (1889 – 1974). Le colloque Walter Lippmann de 1938 est considéré comme fondateur du néo-libéralisme [*] ; parmi ses participants : von Mises, von Hayek ainsi que leur maître Alfred Schütz, du côté français : Robert Marjolin, Raymond Aron, Jacques Rueff, pour les Allemands, les théoriciens de l’ordo-libéralisme : Wilhelm Röpke, Alexander Rüstow.

La leçon à tirer est que Keynes et toute son école, ce qui signifie les fonctionnaires du ministère des Finances qui le suivent peu ou prou et pensent comme lui, n’ont pas le jugement d’hommes ayant un sens pratique. Ce sont des licenciés en mathématiques. Ce sont des fonctionnaires. Ce sont des professeurs d’économie politique. Ce ne sont pas des banquiers et ce ne sont pas des hommes d’affaires. Ce que les banquiers et les hommes d’affaires en Angleterre savent c’est que la confiance est fondée sur le fait de tenir ses promesses. Ce que Keynes lui ne saura jamais.

Et il y a une autre chose dont Keynes et son école (tous autant qu’ils sont, Strakosch, Blackett, Salter, Hawtrey, etc. sont plus ou moins des disciples de Keynes, encore que certains d’entre eux le nieront) ne sont pas conscients, c’est que l’étalon-or n’est pas quelque chose que les économistes, les politiciens et les banquiers ont inventé et mis au point comme un moyen pratique pour assurer le bien-être de l’humanité. L’étalon-or est quelque chose de profondément enraciné dans les appétits des hommes. L’amour de l’or est instinctif chez les hommes, comme leur amour de la terre ou des femmes. Plus vous tentez de substituer à l’or qu’ils désirent de la monnaie indice de prix ou de la monnaie-papier, plus ils réclament l’or.

Nulle surprise donc, le Dieu que révèrent les grands-prêtres de la religion féroce qui nous gouverne est bien celui que nous leur supposions : le Veau d’Or.

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[*] Sur le colloque Walter Lippmann de 1938 comme fondation du néo-libéralisme, voir Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France. 1978-1979 (Gallimard/Seuil 2004 : 138-142 ; 166-170) et Pierre Dardot & Christian Laval, La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale (La Découverte 2009 : 157-186).

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