QUEL EST LE DIEU QUE RÉVÈRENT LES GRANDS-PRÊTRES DE LA RELIGION FÉROCE QUI NOUS GOUVERNE ?

Un passage d’une lettre que Russell Leffingwell (1878 – 1960), qui présidera longtemps le comité de direction de la banque J. P. Morgan avant d’en devenir le président, adressa le 30 décembre 1931 à Walter Lippmann (1889 – 1974). Le colloque Walter Lippmann de 1938 est considéré comme fondateur du néo-libéralisme [*] ; parmi ses participants : von Mises, von Hayek ainsi que leur maître Alfred Schütz, du côté français : Robert Marjolin, Raymond Aron, Jacques Rueff, pour les Allemands, les théoriciens de l’ordo-libéralisme : Wilhelm Röpke, Alexander Rüstow.

La leçon à tirer est que Keynes et toute son école, ce qui signifie les fonctionnaires du ministère des Finances qui le suivent peu ou prou et pensent comme lui, n’ont pas le jugement d’hommes ayant un sens pratique. Ce sont des licenciés en mathématiques. Ce sont des fonctionnaires. Ce sont des professeurs d’économie politique. Ce ne sont pas des banquiers et ce ne sont pas des hommes d’affaires. Ce que les banquiers et les hommes d’affaires en Angleterre savent c’est que la confiance est fondée sur le fait de tenir ses promesses. Ce que Keynes lui ne saura jamais.

Et il y a une autre chose dont Keynes et son école (tous autant qu’ils sont, Strakosch, Blackett, Salter, Hawtrey, etc. sont plus ou moins des disciples de Keynes, encore que certains d’entre eux le nieront) ne sont pas conscients, c’est que l’étalon-or n’est pas quelque chose que les économistes, les politiciens et les banquiers ont inventé et mis au point comme un moyen pratique pour assurer le bien-être de l’humanité. L’étalon-or est quelque chose de profondément enraciné dans les appétits des hommes. L’amour de l’or est instinctif chez les hommes, comme leur amour de la terre ou des femmes. Plus vous tentez de substituer à l’or qu’ils désirent de la monnaie indice de prix ou de la monnaie-papier, plus ils réclament l’or.

Nulle surprise donc, le Dieu que révèrent les grands-prêtres de la religion féroce qui nous gouverne est bien celui que nous leur supposions : le Veau d’Or.

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[*] Sur le colloque Walter Lippmann de 1938 comme fondation du néo-libéralisme, voir Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France. 1978-1979 (Gallimard/Seuil 2004 : 138-142 ; 166-170) et Pierre Dardot & Christian Laval, La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale (La Découverte 2009 : 157-186).

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