L’actualité de la crise : Un crime presque parfait, par François Leclerc

Billet invité.

UN CRIME PRESQUE PARFAIT

A la faveur de quelle étrange évolution le business peut-il devenir vert, après avoir tant détruit, et bénéficier soudain du label « green business » ? Ce n’est pas compliqué : en constatant que, après avoir suffisamment détérioré l’environnement, il devenait impératif d’y remédier, en confiant au fautif la charge de réparer les dégâts commis. Mais à ses conditions, naturellement, c’est-à-dire moyennant rémunération. En rétribuant le pollueur, en application d’un principe étonnant, bien entendu adopté au nom de l’efficacité (une fois encore et en attendant le résultat).

Plus généralement considéré, l’environnement, jusque-là bien public (sous ses versions gratuite ou parfois payante), acquiert de plus en plus une valeur marchande considérable. Il peut donc faire l’objet d’une appropriation, devenir plus systématiquement objet de propriété. La rareté produisant la valeur, il faut alors le stocker (ou le rendre inaccessible au nom de sa protection, ce qui revient au même), la spéculation peut alors s’engager. On a déjà vu le film.

Dans le cas du marché du crédit carbone, la perfection est cette fois-ci atteinte. Le système financier, qui a un peu tâtonné ces dernières décennies dans différents domaines, dont l’immobilier, non sans dégâts et une grosse frayeur, pas encore totalement résorbée, pense avoir désormais trouvé son Graal.

Le principe de ce nouveau marché procède de la distribution gouvernementale de tickets de rationnement, dont la particularité est d’être côtés en bourse. Imaginons un instant, si ce même principe avait été adopté pour les tickets de rationnement alimentaire pendant la seconde guerre mondiale, comment la configuration du marché noir en aurait été radicalement changée. Eh bien, il s’agit aujourd’hui de la même chose, mais à une toute autre échelle. Le marché du crédit carbone promet d’être un gigantesque marché noir mondial, en beaucoup plus moderne, adapté aux exigences des marchés financiers.

La beauté de ce nouveau marché, c’est qu’il est extensible à l’envi, puisque susceptible d’englober progressivement toute l’activité humaine, émettrice par définition de CO2. Ce qui signifie qu’il ne va pas, à terme, uniquement concerner la sphère des activités de production et de services privées, mais aussi les publiques, les activités collectives mais aussi les individuelles. Une entreprise mais également un hôpital ou une école pourront recevoir ces tickets de rationnement, dont la valeur sera comme on va le voir manipulée. De même pour de nombreux aspects de notre vie quotidienne (les déplacements, le logement, etc…). Après la spéculation sur les cours du pétrole, des matières premières et des produits alimentaires, un pas décisif est franchi dans la « financiarisation » de l’activité humaine. L’autre face de la « protection » du génome humain par des brevets. Tout cela, dans le cas de l’émission de CO2, parce qu’il a été délibérément choisi de tourner le dos à un système réglementaire, au nom d’une douteuse modernité, à l’écoute des dangereuses Sirènes de la mythologie grecque remises au goût du jour du capitalisme financier.

Qui dit marché, dit innovation financière, créativité, produits nouveaux et à fort rendement. Le marché du crédit carbone va ainsi naître sous ces auspices consacrés, un peu encalminés pour le moment mais qui n’attendent que d’être réactivés. Comme les enfants aujourd’hui sont « Internet natives » en naissant. Le plus grand marché du monde vient d’ouvrir ses portes, cirque et casino à la fois, tout en promesse faite aux produits dérivés de la terre promise.

Une nouvelle pompe aspirante vient d’être mise en marche, celle de l’endettement des ménages ne pouvant plus offrir les volumes et les rendements auxquels elle avait habitué. De nouveaux transferts financiers vont pouvoir être opérés au détriment de l’activité économique et de ses acteurs essentiels, les femmes et les hommes qui constituent la force de travail, tout du moins quand ils peuvent appartenir à ce qui semble devenir un privilège, aussi relatif qu’il soit. On parlait déjà de destruction de l’environnement, puis de destruction de la valeur. Destruction est aussi le terme que l’on utilise à propos de l’emploi. A inscrire au programme du « green business ».

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Paradoxe des jumeaux et accélération des référentiels, par Henri-François Defontaines

Billet invité.

PARADOXE DES JUMEAUX ET ACCELERATION DES REFERENTIELS

A ceux qui ont été intéressé par le texte décrivant la possibilité d’une dilatation physique du temps associée à une contraction physique des longueurs, je propose ce texte qui devrait (peut être) permettre d’en expliquer la cause. Ce texte publié le 19/06/2009 sous le nom Revoir la relativité restreinte qui, bien que défaillant sur la forme qui sera reprise plus tard après avoir reçu le maximum de critiques de votre part, est suffisant pour comprendre le fond du problème.

J’ai réarrangé différents passages pris dans différentes contributions, afin d’en extraire le fils conducteur et vous fournir une vision qui sera plus claire je l’espère de la suite à donner à ce texte pour vérifier la pertinence du modèle de contraction physique des longueurs des référentiels associés à un objet quelconque lorsque celui-ci est accéléré pour passer de l’arrêt à la vitesse V.

On se penche sur le paradoxe des jumeaux de Langevin.

Pendant tout le voyage à vitesse constante, le sédentaire voit le voyageur vieillir moins vite que lui, et le voyageur voit le sédentaire vieillir moins vite que lui. Lorsqu’ils se retrouvent sur terre, on observe que celui qui a voyagé est plus jeune que celui qui est resté sur terre. Si le voyage a duré 50 ans et que le facteur de dilatation et de 10, lorsque le voyageur revient sur terre, il s’aperçoit qu’il s’est passé 500 ans sur terre et que son frère est mort.

En conclut-il que la mort de son jumeau est purement observationnelle, ou qu’il est physiquement mort ?

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Bienvenue au Lokistan !, par Quentin Ruyant

Billet invité.

BIENVENUE AU LOKISTAN !

J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en recevant cette invitation. Mon oncle Anatole ma proposait de passer le week-end chez lui à Lokaville, la capitale du Lokistan, et me demandait si j’accepterais pour l’occasion de l’aider dans son déménagement. Le Lokistan avait défrayé la chronique quelques années auparavant en abolissant la propriété privé. Depuis nous n’en avions plus trop entendu parler. Autant vous dire que je m’attendais à arriver en terre communiste, à voir des files d’attentes devant les magasins et de vieilles voitures partout dans les rues. Il faut bien avouer que je fus très surpris en arrivant – tout paraissait à peu près normal.

La première chose que j’observais, en regardant les rues qui donnaient sur la gare, c’était qu’il y avait assez peu de voitures. Certaines étaient sans doute plus vieilles que chez nous, mais relativement bien entretenues et je vis tout de même passer une ou deux belles voitures de sport. Il y avait surtout énormément plus de vélos, de vélos électriques, de scooters et aussi de petites voitures individuelles d’un modèle que je n’avais jamais vu auparavant.

Mon oncle Anatole m’a rejoint. Nous avons fait quelques pas dans la rue :
« Laquelle on prend ? Celle-là a l’air pas mal… »

Il y avait de petits boitiers sur chaque voiture avec une petite lumière, rouge sur la voiture qu’il désignait. « Ah non elle est occupée… » Il en montra une autre sur laquelle la lumière était verte : « Bon celle-là a l’air pas mal. » Il regarda un petit écran sur le boitier. « Pas trop chère… Et puis il y a de la place pour ton sac. Allez, on la prend. »

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L’actualité de la crise : Le crédit carbone, relais de croissance de l’« industrie financière », par François Leclerc

Billet invité.

LE CREDIT CARBONE, RELAIS DE CROISSANCE DE « L’INDUSTRIE FINANCIERE »

L’hypothèse, sérieuse mais ne pouvant par définition être établie, subsiste toujours : cela va craquer à nouveau de quelque part, soudainement, en dépit du sentiment largement répandu que « le pire est passé ». Les précautions de langage et les réserves employées par les grandes institutions internationales sont là pour nous le rappeler discrètement si on l’oubliait à notre tour. Car il y a beaucoup de méthode Coué – et si peu d’analyse charpentée – derrière ce que nous entendons dire, surtout quand cela est proclamé avec force et conviction. Vous rappelez-vous ces « jeunes pousses » impatientes sortaient de terre en veux-tu en voilà et dont on attend toujours la croissance ? Vous souvenez-vous de cette reprise annoncée en Chine, dont la situation inquiète en réalité les analystes attentifs, car on y observe une bulle financière gigantesque, constituée en peu de temps au nom de la relance et du crédit à tout va, mais qui a surtout abouti à une spéculation tous azimuts ?

Certes, les autorités sont parvenues une fois à contenir l’effondrement du système financier – une véritable chute libre, ont depuis reconnu certains – et cela permet d’accréditer l’idée qu’elles y parviendraient peut-être une seconde fois, si nécessaire. Mais la vérité, tenace, reste que la « shadow banking», la finance de l’ombre, est susceptible de réserver de nouvelles surprises. Et que les indices et autres repères dont disposent les économistes, et dont ils se prévalent encore souvent, non sans une certaine forfanterie et comme s’ils n’avaient rien appris, sont inopérants pour transpercer l’opacité de ce monde-là.

Rien cependant n’interdit de regarder de plus près, au cas où, les scénarii possibles de sortie de crise. Et de tenter de comprendre sur quelles bases la crise suivante se prépare.

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Schumpeter et « les crédits qui créent les dépôts »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans Schumpeter et la « création monétaire » par les banques commerciales, j’annonçais que j’allais également commenter la démonstration par Joseph A. Schumpeter d’une proposition que je formule de la manière sous laquelle elle circule en général : « ce ne sont pas les dépôts qui créent les crédits mais les crédits qui créent les dépôts ». La démonstration de Schumpeter se trouve dans le premier volume de son Histoire de l’analyse économique, publiée en 1954 et traduite en français chez Gallimard en 1983. Elle est à mon sens totalement incohérente et ne prouve pas ce qu’elle entend prouver. Je vais cependant tenter de lui faire justice autant que faire se peut en la reproduisant dans son entièreté et en prenant pour cadre celui qui, me semble-t-il, serait adopté par son auteur s’il était encore parmi nous.

Bien que ramassée en quelques phrases seulement, la démonstration est complexe et nécessite pour qu’on la comprenne d’en décomposer soigneusement les diverses étapes. À une exception près (que je signale), j’ai fait confiance à la traduction française.

Schumpeter commence par dire (il enchaîne sur la discussion évoquée dans mon billet précédent) que :

« … il n’y a aucun autre cas [que celui de la reconnaissance de dette ou « instrument de crédit »] où le droit sur une chose puisse, en de certaines limites, bien entendu, faire le même office que la chose elle-même : on ne peut chevaucher le droit à un cheval, mais on peut payer avec le droit que l’on a sur l’argent » (Schumpeter, I : 445).

Ceci signifie qu’une reconnaissance de dette a un prix et qu’il est possible de l’échanger pour le montant qu’indique son prix, comme s’il s’agissait de monnaie légale, comme s’il s’agissait d’argent (je dis « argent » pour éviter les ambiguïtés de l’anglais qui n’a qu’un seul terme « money » pour argent = pièces et billets de banque et monnaie = « moyens de paiement »).

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L’observatoire du monde financier – Semaine du 28 juin au 4 juillet 2009

Une analyse par John Mauldin (The End of the Recession) des chiffres de l’emploi américain :

Le « bon chiffre » d’une perte de « seulement » 345.000 emplois en mai aux USA doit être pris avec un grain de sel : 217.000 créations d’emploi ont été postulées à partir d’une « correction statistique » fondée sur des données historiques. Mauldin observe : ces 217.000 emplois nouveaux n’existent probablement pas.

On attache une grande importance au fait que le taux d’épargne des ménages américains a rebondi jusqu’à atteindre 6,9 % (voir graphique). Comme parallèlement le pouvoir d’achat s’est accru moins vite que les dépenses, Mauldin y voit un artefact du plan de relance, « Attendons encore un mois avant de juger », dit-il.

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A Tale of Two Depressions par Barry Eichengreen et Kevin H. O’Rourke

Quarterly Update: The Recession in Historical Context par Paul Swartz.

Deux comparaisons entre 1929 et la situation actuelle. Toutes deux ont le même message : au pire, la crise présente est pire que la Grande Crise, au mieux, elle a la même ampleur.

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Le Monde – Économie, lundi 29 – mardi 30 juin

J’y parle de la signification du récent remboursement par dix banques des fonds qui leur avaient été avancés dans le cadre du TARP (Troubled Asset Relief Program), le programme destiné à tirer d’affaire le secteur bancaire américain.

Ce n’est peut-être pas la bonne nouvelle que certains y lisent.

Etats-Unis : de bien curieux remboursements

Quelle est la signification du récent remboursement par dix banques des fonds qui leur avaient été avancés dans le cadre du TARP (Troubled Asset Relief Program), le programme destiné à tirer d’affaire le secteur bancaire américain ?

À les en croire, leur santé s’étant rétablie, il s’agit pour elles d’éliminer au plus tôt le stigma de la semi-nationalisation à quoi s’assimilaient les aides s’étalant entre 5 et 25 milliards de dollars dont elles ont chacune bénéficié. Le souci de lever le plafonnement des bonus qui accompagnait ces aides n’est sans doute pas étranger à leur décision : les remboursements n’ont touché jusqu’ici que les avances qui avaient été soumises à de telles conditions.

Pourquoi une telle précipitation ? La bourse a repris quelques couleurs – même s’il faut toujours s’interroger sur la raison qui peut l’expliquer en l’absence de bonnes nouvelles sur le plan économique. Les nuages continuent en effet de s’amonceler : dans le secteur de l’immobilier résidentiel américain, les retards de paiement actuels promettent dans les années à venir des pertes de cinq à six fois plus importantes que celles essuyées lors de l’écroulement du secteur subprime et un volume de pertes comparable est en préparation pour les cartes de crédit et l’immobilier commercial. Cela, les banques qui remboursent aujourd’hui les avances ne peuvent l’ignorer. La précipitation présente aurait-elle alors un rapport avec l’orage qui menace ? L’expérience récente permet de le supposer.

Souvenons-nous en effet des derniers mois des établissements indépendants du crédit, les Countrywide et autres IndyMac et ce à quoi nous avions assisté entre le moment où leur fin apparut inéluctable et leur engloutissement.

Des rumeurs circulèrent à la mi-2006 quant à un rachat possible de Countrywide par Bank of America. Il n’était pas encore question de rachat en catastrophe comme ce serait le cas en janvier 2008 mais simplement de l’intérêt manifesté par une banque importante pour le numéro 1 du crédit immobilier, alors apparemment en bonne santé. Or des courriels récemment publiés par la SEC (Securities and Exchange Commission), le superviseur du marché boursier américain, révèlent l’inquiétude des dirigeants de Countrywide à la même époque. Pour les cadres de la firme – dont je faisais partie, il ne faisait aucun doute que les rumeurs émanaient de la direction et avaient pour but de doper le prix de l’action. L’exercice de stock options et la vente systématique d’actions par les dirigeants débuta peu après. Angelo Mozilo, le PD-G, parvint ainsi à se désengager entièrement avant la chute, pour un bénéfice total dépassant 700 millions de dollars.

La remontée de la cote des banques américaines est déjà entamée, et gageons que la bonne nouvelle de leur indépendance retrouvée dopera encore davantage leur cours – les investisseurs ignoreront certainement le fait que le rachat par elles des warrants consentis à l’État en échange de l’aide obtenue par le truchement du TARP plombera bientôt leurs recettes.

Si le parallèle avec Countrywide a un sens, il s’agit alors simplement pour les dix banques ayant aujourd’hui remboursé l’argent du TARP de consciencieusement nettoyer la caisse avant de mettre définitivement la clé sous la porte. Lorsque les trillions à nouveau perdus seront examinés, les quelques milliards détournés in extremis par leurs dirigeants, passeront, c’est à parier, relativement inaperçus.

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La pauvre noce

On me demandait il y a quelques jours à la radio ce qui devait absolument changer si l’on voulait que l’espèce survive et j’ai répondu : « Elle doit apprendre à maîtriser son agressivité naturelle ». Des grands hommes nous parlent de la compassion depuis plus de deux mille ans : le Bouddha, Socrate, Jésus-Christ et nous ne leur avons encore prêté aucune attention. Si nous voulons éviter l’extinction, il faut maintenant que les choses évoluent rapidement.

Dans notre série « les chants de la compassion », une chanson de Georges Brassens. Elle n’est pas parmi ses plus connues et un commentateur de l’internet parle à son propos d’un « rythme un peu ennuyeux », lequel n’est bien entendu pas là accidentellement : l’indigence de la mélodie souligne en contrepoint la pauvreté de la noce elle-même.

La chanson s’intitule « Marche nuptiale » alors que sa cadence évoque irrésistiblement celle d’une marche funèbre. Tout est là en effet pour dénoter la misère ambiante : les mariés sur un char à bœufs mû par les invités, la date de la noce repoussée sans doute maintes fois puisque les enfants du couple y assistent, enfin les éléments eux-mêmes, le vent et la pluie, se liguant pour rappeler qu’une tragédie est toujours aussi un désastre tout court.

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L’actualité de la crise : Le vent de la dérégulation souffle à nouveau, par François Leclerc

Billet invité.

LE VENT DE LA DEREGULATION SOUFFLE A NOUVEAU

Un nouveau ballet diplomatique vient de s’engager, dans la double perspective du G8 de juillet en Italie et du G20 de fin septembre à Pittsburgh (USA). Pour commencer, Tim Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor, va entamer en juillet une tournée européenne et au Moyen-Orient. Angela Merkel, la chancelière allemande, est quant à elle déjà en visite à Washington. Mais il n’est plus question cette fois-ci, comme lors de la préparation du précédent G20 de Londres, de préparer un grand geste magistral destiné à montrer que l’on tient la situation bien en main. L’objectif est d’essayer de coordonner des actions nationales lancées dans le désordre, au fur et à mesure des improvisations des uns et des autres. Reflétant des approches de la crise, des situations économiques et financières et des intérêts différents. Et d’essayer de retomber sur ses pieds par rapport aux décisions prises en commun à Londres, afin de démontrer qu’elles sont bien appliquées, ce qui va demander une certaine adresse. Il va falloir s’atteler à donner une cohérence à tout ce fouillis de mesures passées et à venir, puisque de toute façon « les marchés » y pourvoiront d’eux-mêmes si l’initiative n’en est pas prise par les gouvernements, qui défendent chacun leur bout de gras et ne veulent pas laisser totalement le champ libre aux financiers. Car ceux-ci témoignent sans attendre d’un appétit sans limites, ne voulant pas que la régulation fasse obstacle à sa satisfaction.

Comme s’il s’agissait bizarrement d’une compétition ou d’un jeu-concours, le FMI, la Banque Mondiale, l’OCDE et le FMI, viennent ou vont prochainement actualiser leurs prévisions sur l’évolution de la crise, donnant ainsi le socle sur lequel les discours vont être bâtis, non sans quelques discordances.

La Banque mondiale prévoit désormais pour 2009 une croissance de 1,2% dans les pays en développement. Hors Chine et Inde, le PIB devrait y régresser de 1,6%. Mondialement, le PIB devrait reculer de 2,9%. En 2010, la croissance mondiale devrait être de 2,0%, celle des pays en développement de 4,4% (+2,5% hors Chine et Inde). Le tout en très légère amélioration par rapport aux prévisions précédentes. La Banque prévoit également un recul de 9,7% du volume du commerce mondial en 2009, avant qu’une reprise de 3,8% n’intervienne l’année prochaine. Face à cette situation, elle estime nécessaire « une attention toute particulière (pour) les risques de crise de balance de paiements et de restructuration de la dette dans bon nombre de pays », afin « d’éviter une autre crise de l’endettement comme celles vécues dans les années 1970 et 1980 ». Elle considère également que, « pour prévenir une deuxième vague d’instabilité, les politiques doivent être rapidement axées sur une réforme du secteur financier et sur l’aide accordée aux pays les plus pauvres ».

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Hypothéquer l’avenir, mais comment ?, par Guillaume Lapeyre (mis à jour)

Billet invité.

HYPOTHEQUER L’AVENIR, MAIS COMMENT ?

Distinguons deux systèmes monétaires, un primaire et un secondaire :

Le système monétaire primaire serait le suivant :

La monnaie (ou argent) correspond à une production de richesse réelle (« économie physique ») ce qui veut dire que durant la période de temps « T » il est produit une quantité de richesse réelle « QRR » (sueur, soleil + profit dégager par l’opération) ; à cette quantité « QRR » correspond une quantité de monnaie « QM » qui est donc une représentation numéraire des richesses réelles.

Dans ce système primaire (une forme de troc avec monnaie) le capitalisme est viable car il permet, grâce à l’épargne, des opérations de prêts (que je distingue ici des crédits) c’est-à-dire qu’il est possible que le montant d’une épargne soit disponible pour de l’investissement.

Ce système de prêts impose par contre une indisponibilité des capitaux aux épargnants-préteurs jusqu’au terme du prêt (dans la limite du cas où la somme « bloquée » est disponible grâce à d’autres épargnes … un relais du prêt)

Dans ce système :

* à la charge des banques, de la finance de collecter l’épargne, de permettre des déplacements rapides des capitaux disponibles et d’orienter ces capitaux vers les investissements répondant au mieux au ratio potentialité/risque car le volume de prêts disponibles est faible (salaires moins consommation moins épargne « à vue »)

* les phénomènes inflationniste (ou déflationniste) des masses monétaire sont relativement simples à appréhender car ils correspondent à une évolution non proportionnelle des quantités QRR et QM

* Ces phénomènes conduisent le cas échéant à soulever la question de la répartition de la masse QM (risque de paupérisation pour les uns et de concentration des richesses pour les autres)

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L’argent qu’on peut tirer d’une vie, par B-t-b

Billet invité.

L’ARGENT QU’ON PEUT TIRER D’UNE VIE

Peut-être vous souvenez-vous des paroles fort peu diplomatiques d’Edith Cresson, en sa période Premier Ministre, pour décrire la vie des Japonais comme modèle qu’on n’aurait certainement pas souhaité à l’époque, pour la France et les Français. Approximativement citée : « ne pas vivre comme des Japonais dans des cages à lapins… » et l’allusion aux « fourmis jaunes ».

Après avoir atterri, et ceci quel que soit l’aéroport de l’archipel, vous aurez pris le train pour vous rendre vers un centre ville. Et là, depuis votre fenêtre, vous aurez l’idée de ce dont elle parlait.

De nombreux Japonais avaient été heurtés par la remarque. Puis, après la première colère passée, et s’être retournés, beaucoup s’étaient dit : « Oui ! Mais elle a peut-être raison … »

4 mètres de façade collée ou presque à celle du voisin, trois étages mais avec le garage intégré au rez-de-chaussée, 40 mètre-carrés au sol, ce qui donne moins de 70 mètre-carrés « habitables », normes françaises, charpentes en bois de Sugi prédécoupées en usine, pans de « mur » une pièce, plastique imitation au goût du client, brique, pierre, bois, fantastique, la vie qu’on n’imaginerait pas même lors de la conquête martienne…

Et combien ça coûte ?

Terrain plus maison neuve, en se rapprochant vers le centre des villes historiques où est censée se trouver l’activité : 20 000 000 à 40 000 000 yens, ou pourquoi pas 50 000 000. Enlevez approximativement deux zéros pour lire ceci en Euros, soit 200 000 à 500 000. Salaire de base de plus en plus répandu, à 50-60 heures par semaine : 200 000 yens nets par mois (divisez de la même manière par 100 : 2 000 euros). Un fonctionnaire bien payé : presque le double, avec 2 primes supplémentaires par an (équivalent entre 1 et 3 mois de salaire).

Bilan : 15 à 40 ans à rembourser la moitié de votre salaire pour le logement. D’ailleurs, les banques japonaises accordent depuis longtemps des prêts au-delà de 40 ans, puisque certains sont acceptés à cheval sur deux générations.

Sous le prétexte des dégradations dues aux tremblements de terre, la valeur des murs de la maison vaut zéro après qu’ils ont plus de 30 ans, ce qui fait que ceux-ci sont de plus en plus un bien jetable et excepté, certains temples, et autres historiqueries protégées au titre de patrimoine national, on fait peu de cas de magnifiques maisons traditionnelles si les calculs de rentabilité indiquent qu’on pourrait planter un immeuble ou étaler un parking à la place.

Les ouvriers du bâtiment sont presque tous japonais et payés dans la moyenne du pays. Le coût de l’acquisition dépend pour une part de ces salaires à payer et du prix à prendre sur la terre rare pour le reste.

Moralité, d’où vient ce montant à débourser pour avoir le droit de vivre dans d’aussi admirables conditions, qui inciteraient un Australien à se pendre immédiatement si on le plaçait sur sa terre dans les mêmes condition ? : la nécessité, et le fait-même que l’on puisse rembourser le crédit.

Comme ailleurs, ce n’est pas la valeur des murs qui fait leur prix, c’est ce que l’on peut tirer de la vie d’un travailleur, qui n’a guère d’autre choix.

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Vous reprendrez bien un peu de finance à l’ancienne ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je voudrais revenir au cadre des quatre « postures » de sortie de crise qu’avait définies Jean Maxence Granier dans sa « Sémiotique de la crise », son article qui avait été reproduit ici au moment de sa parution en février dernier. Je vous rappelle la manière dont j’avais résumé sa grille :

[Granier] distingue quatre conceptions – qu’il appelle « postures » – de sortie d’une crise appelées A, B, C et D, s’étageant du bénin A où le système autorégulé oscille de manière cyclique, au catastrophique D, où il est irréparable, en passant par B où le système survit, bien que difficilement, pour retrouver sa forme originelle, et C où le système survit mais uniquement parce qu’il subit une authentique métamorphose et se retrouve à l’arrivée très différent de son point de départ.

Aujourd’hui, quatre mois plus tard, le monde entier s’interroge : sera-ce C ou D ? Aura-t-on affaire dans les années qui viennent à un capitalisme métamorphosé ou à un système financier et économique tout à fait original ?

En fait, quand je dis le monde entier, c’est sans les États–Unis. Car l’on s’est accroché en Amérique à la posture A : « il ne s’agissait avec la crise que d’une oscillation dans une évolution classique au sein du capitalisme, dont la dynamique est cyclique par nature ». Bien sûr, vu les sommes engagées (25,6 mille milliards de dollars d’ici la fin 2011, selon les chiffres les plus récents), on ne peut parler au mieux que de posture B : « le système survit, bien que difficilement, pour retrouver sa forme originelle ».

Pourquoi cet acharnement thérapeutique en faveur de la posture A aux États–Unis ? Deux explications possibles, qui en fait se complètent. La première, bénigne : la science économique ne connaît que les alternances cycliques et est dans le noir absolu lorsqu’il s’agit de ruptures plus profondes. Autre explication, maligne celle-ci, proposée par Simon Johnson, ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International : l’« oligarchie », ceux qui ont bénéficié de la finance à l’ancienne et qui sont déterminés à en reprendre.

La posture B est-elle tenable ? Je suis personnellement comme le monde entier sans les États–Unis : je ne le pense pas. Certains changements irréversibles sont déjà intervenus, trop de pans du système ancien se sont déjà écroulés, l’immobilier résidentiel américain, à l’origine de la crise, entre dans la phase II de sa décomposition (Alt-A et Pay Option ARMs), le crédit immobilier commercial a entamé lui sa longue descente, etc. Pire : à un colloque où j’étais hier, quand on parle du « Green tech », l’industrie du développement durable, c’est déjà au sein de l’expression « Green tech bubble ». Et comment pourrait-il en être autrement si le cadre ancien a effectivement été reconstruit à l’identique ?

Mais, admettons un instant, pour la beauté de l’hypothèse, que la posture B soit viable. Quand on lit hier que les bonus chez Goldman Sachs en 2009 seront les meilleurs que la firme ait connus, parce que la concurrence sur la place de Wall Street s’est réduite comme peau de chagrin, parce que dans un contexte économique en détresse, la spéculation sur les devises flambe, et parce que le commerce de la manne fédérale d’un montant prévu de 25,6 « trillions » de dollars rapporte de grasses commissions (eh ! l’Amérique reste l’Amérique !), je ne suis sans doute pas seul à me demander : « Même s’il était possible de ressusciter la finance à l’ancienne, serait-ce bien souhaitable ? »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Schumpeter et la « création monétaire » par les banques commerciales

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comme je termine la rédaction de mon livre sur « L’argent », j’explore l’histoire de la pensée économique à la recherche des origines des deux thèses qui s’opposent sur la possibilité ou non pour les banques commerciales de « créer de la monnaie ex-nihilo ». La question a plusieurs aspects secondaires comme on s’en souvient, l’un d’eux étant de savoir s’il vaut mieux considérer que la « monnaie bancaire », constituée de reconnaissances de dette, constitue à proprement de la « monnaie » où s’il s’agit d’un produit sui generis. Je rappelle que je défends la seconde position sur la base du fait que les reconnaissances de dette étant soumises à un risque de non-remboursement valent toujours moins que leur valeur nominale, et tout particulièrement en période de crise, comme aujourd’hui.

Les trois volumes de l’Histoire de l’analyse économique de Joseph A, Schumpeter, publiée en 1954 et traduite en français chez Gallimard en 1983, offre de nombreux éléments de réponse, sinon tous ceux que l’on pourrait souhaiter.

Sur le fait d’assimiler ou non numéraire et reconnaissances de dette comme autant de types de « monnaie », Schumpeter note ceci :

En premier lieu, la loi ne met pas sur le même plan les différents types de moyens de paiement. Elle stipule que la monnaie à cours légal ne peut pas être refusée, ce qu’elle ne fait pas pour une lettre de change acceptée et endossée. Pour un esprit à tournure juridique, les deux choses ne peuvent être en aucune façon « considérées comme identiques » puisque l’instrument de crédit est dans sa forme une créance payable en monnaie. Ensuite, dans le même ordre d’idées, la « monnaie » et les « titres de crédit » (là il faut encore faire une distinction entre les différentes formes de « titres de crédit ») ne peuvent dans la pratique être utilisés indifféremment en toutes circonstances. Ils ne peuvent pas se substituer parfaitement les uns aux autres : la monnaie à cours légal est un moyen universel de paiement, les billets de banque et les dépôts sont acceptés un peu moins largement ; la lettre de change acceptée et endossée peut seulement circuler dans un cercle relativement restreint d’hommes d’affaires. Et sur le plan historique, dans la plupart des cas, seule la monnaie à cours légal est reconnue comme étant l’ultime monnaie de réserve du système bancaire » (Tome II : 454-455).

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L’actualité de la crise : L’été sera chaud et orageux, par François Leclerc

Billet invité.

L’ETE SERA CHAUD ET ORAGEUX

« Inquiétudes à propos de risques systémiques dans le secteur des CMBS », c’est sous ce titre un peu elliptique que le Financial Times vient de publier, le 22 juin, un important article d’Aline van Duyn. Car elle vient de rompre le silence qui régnait jusqu’alors sur la forte épineuse question de la poursuite de la crise du marché de la dette hypothécaire, abordée confidentiellement par certains blogs pointus (dont celui-ci). Cette question est désormais évoquée dans des colonnes qui font autorité, devant le danger de la rechute en grand de la crise financière qui pourrait en résulter.

Les Commercial Mortgage-Backed Securities (CMBS) sont des instruments financiers qui résultent de la titrisation de crédits hypothécaires, dans le secteur commercial (bureaux, shopping malls, etc…). Ce sont les cousins des RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities) qui ont déjà fait tant parler d’eux, pour avoir été le détonateur de la crise financière en cours. Catégorie à laquelle appartiennent les Asset-Backed Securities (ABS), adossés aux crédits immobiliers dits « subprimes », et les Mortgage-Backed Securities (MBS), adossés aux crédits « prime » (caractérisant un risque de défaut inférieur).

Par pans successifs, c’est l’ensemble de cet édifice financier qui menace de vaciller, après que son secteur le plus exposé a déjà failli. Or, le marché des prêts immobiliers dans le secteur commercial représente quelque 3.400 milliards de dollars, dont environ un quart aurait fait l’objet d’opérations de titrisation, une proportion nettement plus faible que dans le secteur des « subprimes », mais qui pourrait néanmoins avoir également des conséquences dévastatrices. Les refinancements qui devraient d’urgence intervenir sont gelés par la crise, et c’est tout le problème. Seule la renaissance du marché des CMBS pourrait y faire face, dans la situation actuelle et vu les montants en jeu, ce à quoi la Fed devrait activement s’employer dès juillet, déjà en retard sur son calendrier de travail. En lançant son programme financier, d’un montant de 1.000 milliards de dollars, dénommé TALF (Term Asset-Backed-Securities Loan Facility), afin de suppléer sur le marché des prêts hypothécaires aux déficiences du système financier et à la paralysie de la titrisation.

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Le monde des affaires… et puis les autres

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Jacques Sapir a eu l’amabilité de me demander de parler de la situation aux États–Unis lors du Séminaire Franco-Russe sur les problèmes monétaires et financiers du Développement Économique de la Russie qui débute demain et se poursuivra trois jours à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris.

En vue de ma présentation, je relis mes notes des derniers mois et l’impression qui se dégage, ce n’est pas tant cette « privatisation des profits, collectivisation des pertes » auquel le processus peut effectivement se résumer, que la facilité avec laquelle le milieu des affaires américain roule dans la farine les instances gouvernementales du pays. Je ne pense pas tant à l’achat pur et simple des voix des parlementaires par des dons (d’ailleurs parfaitement légaux) en vue de leur faire voter des mesures favorables au business (l’épisode très éclairant de la révision de la « cote-au-marché », mark-to-market) que les montages financiers associés aux plans de sauvetage TARP (Troubled Asset Relief Program), TALF (Term Asset-Backed-Securities Loan Facility) ou PIPP (Public Private Investment Program).

Il ne s’agit pas ici en réalité de malveillance mais d’incompétence. On retrouve un problème déjà rencontré à propos des notateurs : les banques, hedge funds, private equity disposent des moyens de recruter des ingénieurs financiers d’un tout autre calibre que ceux dont les notateurs parviennent à s’assurer les services, en raison de salaires d’un autre ordre de grandeur. Problème qui handicape encore bien davantage l’administration. Résultat, ces montages que l’on observe, qui permettent aux banques de racheter leur propre dette à des prix subventionnés, de racheter les warrants qu’elles avaient dû concéder au gouvernement au quart de leur prix marchand, et ainsi de suite. Quand on dit que le concept de « nationalisation » est tabou aux États–Unis, on se dit malheureusement parfois, au vu de cas comme ceux-ci, que cela vaut peut-être mieux ainsi.

Bien sûr toutes ces entourloupes ne seraient pas connues sans les blogueurs et leurs commentateurs qui dissèquent ces montages mais aussi sans la presse américaine elle-même qui affiche sur ces questions une grande liberté de ton. Je rappelle que c’est le Wall Street Journal qui a donné la liste mentionnant quel lobby avait acheté la voix de quel parlementaire lors du processus de révision de la norme comptable FASB 157, c’est aussi lui qui révélait il y a quelques jours avec moult détails croustillants (chambres d’hôtel à 4.515 dollars la nuit) comment, alors que les dirigeants des banques américains acceptaient, la queue entre les jambes, les dizaines de milliards de dollars dégagés par les autorités pour les tirer d’affaire, les jets privés de leur compagnie sillonnaient le ciel pour déposer les membres de leur famille dans quelque station balnéaire ou de ski très sélect.

On trouve donc malheureusement plus rarement aux États-Unis qu’en Europe les fonctionnaires capables de gérer avec talent une compagnie privée mais les « Américains étant – c’est bien connu – de grands enfants », ils prennent plus au sérieux que leurs collègues européens, l’injonction de ne pas mentir, pas même – comme la presse européenne nous y a si bien habitués – par omission.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La fin du libéralisme alimentaire ?, par Adrien Montefusco, agriculteur

Billet invité.

LA FIN DU LIBERALISME ALIMENTAIRE

Dans le contexte économique que nous vivons et que probablement nous allons vivre, la question de l’indépendance alimentaire et même de l’accès à l’alimentation mérite d’être posée. Pas seulement dans les pays du Tiers Monde, mais aussi dans les pays développés, le cap des 1 milliard d’hommes souffrant de la faim sur Terre sera passé en 2010. La faillite du système capitaliste et financier nous obligera à revoir l’économie agricole, de la production au commerce des marchandises. Par ailleurs, au-delà du défi alimentaire que devra relever l’agriculture, elle devra s’investir davantage dans le secteur de la production énergétique, ce qui ne manquera pas de perturber d’autant les marchés des produits alimentaires.

Le constat est celui-ci : dans les pays occidentaux, l’agriculture, même si elle est subventionnée (et précisant qu’en Europe la règle des 80/20 est respectée ; 20 % des subventions est à partager entre 80% des agriculteurs ! En précisant aussi que les subventions agricoles servent aussi à financer l’exportation, et donc ce sont de grands groupes industriels qui en bénéficient…), repose sur des marchés libéralisés (céréales, viandes…) sauf le lait, dont la réglementation des quotas est en train de disparaître ; les prix sont donc la résultante de la confrontation d’une offre et d’une demande. Avec des prix très volatiles (des amplitudes de plus en plus fortes, et une fréquence plus élevée) la rémunération des agriculteurs est mise à mal ; les volontaires sont de moins en moins nombreux.

On pourrait aussi s’intéresser à la « Question environnementale », qui invite les agriculteurs à investir fortement pour produire mieux, meilleur, …, plus (?) et à ne pas mieux vivre de leur métier !

Dans les pays « sous-développés », le subventionnisme des pays occidentaux a tout son effet, néfaste. Toute notre surproduction, « nos déchets » (les cous et pattes de poulet, les queues et oreilles des cochons) y sont exportés à des prix 3 ou 4 fois inférieurs aux prix locaux, détruisant ainsi l’agriculture locale, et entrainant des exodes massifs des campagnes vers les villes. Accentuant aussi la famine et la malnutrition du fait de la pauvreté des populations migrantes.

Là aussi, la « Question environnementale » peut être posée ; sous prétexte d’un besoin croissant des sociétés modernes à une énergie « propre » (ou verte), les terres agricoles sont dévastées (sans parler des forêts) et font place à la monoculture (soya au Brésil, huile de palme en Indonésie, …) d’une production qui ne permet même pas à ces agriculteurs de dégager un revenu.

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Pas peu fier !

Lu dans L’extension du domaine du Café du Commerce par Robert Marty.

Les vrais penseurs critiques sont ailleurs, dans des revues, des entreprises éditoriales confidentielles, des émissions tardives où on leur permet enfin les indispensables “tunnels”, cette hantise des animateurs de prime time. On les découvre uniquement a posteriori comme par exemple Paul Jorion, l’un des rares économistes à avoir anticipé la crise actuelle (voir la video France Info). De quoi lessiver dans nos esprits tout ce que nous savons de Marseille …

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L’actualité de la crise : Même les meilleurs expédients ont une fin, par François Leclerc

Billet invité.

MEME LES MEILLEURS EXPEDIENTS ONT UNE FIN

Hier, nous étions environnés des « jeunes pousses » annonciatrices d’une proche relance, sortant du cauchemar et de la panique des mois précédents. La bourse remontait, les banques annonçaient d’importants profits, puis s’engageaient aux Etats-Unis dans le remboursement des aides publiques. Les actifs toxiques étaient partout repoussés sous les tapis, la gigantesque pyramide chancelante des produits financiers « structurés » ignorée, bien que loin d’être totalement démantibulée.

Aujourd’hui, nous replongeons insensiblement dans le marasme. Les doutes réapparaissent, autour d’un consensus désormais largement établi : la reprise sera très limitée, quand elle voudra bien intervenir, et ses conséquences douloureuses. Car l’accent est mis sur deux nouveaux dangers nous menaçant, l’accroissement des déficits publics d’un côté, l’inflation qui pourrait repartir de l’autre, alors que nous sommes toujours en récession mondiale. Avec, comme seul constat possible, en guise de faible soulagement, que la situation empire moins vite. Phénomène vite traduit comme signe annonciateur de la reprise, en le sollicitant un peu.

Le moral des financiers et des économistes, et de ceux qui les observent, est une chose. La réalité des faits en est une autre. Tout tient de ce point de vue en une seule constatation, dont la portée n’est pas mince : la Fed est désormais à court de munitions. En d’autres termes, les solutions monétaires qui sont sa raison d’être, ainsi que les instruments dont elle dispose, ont atteint leurs limites. Elle ne peut plus baisser ses taux, déjà au plancher, et hésite beaucoup à poursuivre sa politique de création monétaire, devant ses conséquences et les craintes que celle-ci suscite par anticipation.

Que se passe-t-il donc ? Les taux des bons du Trésor sont les fautifs. Ils montent, et la Fed n’y peut plus rien, après avoir essayé d’enrayer leur hausse. Semaine après semaine le Trésor engage sous les regards un peu inquiets des observateurs de nouvelles adjudications, afin de financer le gigantesque déficit du budget américain, faisant accéder la dette publique à des sommets jamais atteints. Ne pouvant qu’amplifier un phénomène déjà alimenté par la crainte de l’inflation (et de la dévalorisation du dollar qui pénaliserait les détenteurs des bons).

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