SYRIZA ABAT SES DERNIÈRES CARTES, ET APRÈS ? par François Leclerc

Billet invité

Le dénouement approche donc, et l’équipe de Syriza joue ses dernières cartes. Alexis Tsipras se rend à Moscou à l’invitation de Vladimir Poutine, laissant planer la menace de perturber le jeu des sanctions prises par l’Union européenne contre la Russie, car elles nécessitent l’unanimité. Yanis Varoufakis s’envole pour Washington, afin de rencontrer Christine Lagarde et de mieux évaluer la durée de la période de grâce dont le gouvernement grec pourra bénéficier avant que le FMI ne déclare formellement un défaut. Il est enfin tenté d’accréditer l’existence d’un plan B, destiné à se placer dans une fragile situation d’attente en se finançant avec les moyens de fortune que représenterait l’émission de lettres de crédit auprès d’États y trouvant leur intérêt comme la Chine et la Russie, une fois que la BCE aura fermé le robinet des liquidités d’urgence.

L’équipe de Syria reste déterminée et ne donne aucun signe de préparation de sa reddition, plaçant les autorités européennes au pied du mur, elles qui ont toujours déclaré qu’une sortie de la Grèce de la zone euro était à leurs yeux « impensable ». Aux États donc – Syriza ayant fait ses concessions sans contrepartie – de tempérer leurs exigences et de cesser de réclamer l’adoption de mesures que même Antonis Samaras avait refusé d’accepter. Le message est clair : « ne comptez pas sur nous pour nous renier et faire le sale boulot ! ». Pour le rendre crédible, le choix est fait d’entrer dans une ultime stratégie de tension, quitte à prendre le risque que la situation échappe des mains de tout le monde.

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Les Rencontres de Shanghaï – « Un séminaire en marchant », juillet 2014, par Gaëlle Péneau

Billet invité.

Bulletin d’impressions / « ma haie » :

Quand j’allume mon ordinateur pour me promener dans ma haie, je ne suis pas dans une logique de « livre à la française », où les choses se suivent et s’enchaînent pour former un tout. (…) C’est une organisation de type « haie », en mouvement comme le « jardin » du même nom de Gilles Clément, avec ses trous, ses changements de vitesse, ses inévitables répétitions.

(Ma Haie, Emmanuel Hocquard ed. P.O.L. 2001 )

Un voyage, non pas touristique, mais pour comprendre « comment va le monde ? ». L’éloignement améliore la perspective, le changement de point de vue brise les lieux communs et les idées toutes faites. La découverte de l’œuvre de Wang Shu, architecte Chinois et Pritzker Price, a été déterminante dans ma décision de participer à ce voyage. Que la belle Shanghaï ne s’en offense pas ! Elle reste une des villes orientales aussi exceptionnelle que peuvent l’être New York ou bien Venise en Occident. La vue sur le quartier du Pudong au bord du fleuve Huangpu est époustouflante. C’est notre première soirée en Chine : restaurant en balcon au-dessus de l’eau, plateaux tournants et baguettes ; il fait très chaud !

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Pudong vu depuis l’autre rive

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Europe : IL N’Y A VRAIMENT PAS DE QUOI SE PLAINDRE ! par François Leclerc

Billet invité.

Demain, sommet européen (on ne les compte plus) ! En ouverture, un petit coin de ciel bleu est toujours timidement recherché par Matteo Renzi, qui réaffirme « qu’il faut sortir les investissements d’un pays du Pacte de stabilité », tentant de donner un peu de marge de manœuvre dans l’application d’une politique européenne dont il est hors de question de demander frontalement le changement. Le président du conseil italien conjugue d’un certain point de vue ses efforts avec Frans Timmermans, qui joue le rôle inédit de président bis de la Commission. Le second de Jean-Claude Juncker, que ce dernier a ensuite relayé, a lancé un appel à des contributions supplémentaires des gouvernements au plan d’investissement de son patron, mais sans clarifier la question soulevée par Matteo Renzi, véritable nœud du problème : ces apports seront-ils ou non comptabilisés dans le déficit ?

Toujours sur ce même terrain, trois instituts économiques européens, l’OFCE française, l’IMK allemand et l’ECLM danois, ont proposé l’exclusion des dépenses d’investissement du calcul du déficit. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une « stratégie macroéconomique alternative », qui préconise également l’achat par la BCE d’obligations émises par la Banque européenne d’investissement (BEI), afin de soutenir l’investissement public. En vue de favoriser la transition énergétique, il est aussi préconisé d’accroitre la fiscalité sur le carbone, tout en compensant l’augmentation du prix de l’énergie pour les ménages via un fonds européen, et par une taxe à l’importation pour les entreprises.

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DÉFLATION, QUAND TU NOUS SERRES DANS TES BRAS… par François Leclerc

Billet invité.

L’économie mondiale subit une forte pression déflationniste, posant à cette échelle globale une question qui persiste à rester localement sans réponse au Japon : comment en sortir quand on y fait face ? Ce qui n’est pas sans notables incidences, car non seulement une telle pression fait obstacle à la croissance de l’économie, mais elle renchérit le coût du désendettement et en vient à s’y opposer.

Tant que ce phénomène n’était observé qu’au Japon – ou en Europe où il fait son chemin – il restait encore inachevé. Mais, atteignant désormais de plein fouet la Chine, la pression déflationniste se propage, s’accentue et s’auto-entretient. Aux États-Unis mêmes, l’inflation persiste à stagner en-dessous de son taux objectif de 2%, n’incitant pas la Fed à hausser ces taux comme elle le voudrait.

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L’ENA hors-les-murs, « 2014 : Malversations financières en tout genre », N° 447, décembre 2014

L’année financière 2014 a débuté dans l’inquiétude qui avait caractérisé le deuxième semestre 2013 : que se passerait-il lorsque le quantitative easing américain, la création mensuelle de 85 milliards de nouveaux dollars, prendrait fin ? Une annonce anticipée avait causé en juin la panique sur les marchés boursier et obligataire, l’injection d’argent frais ne trouvant pas de débouchés dans une économie mondiale anémique, et alimentant du coup les bulles financières. Sur ce plan, c’est en laissant dans son sillage un parfum d’amateurisme que Ben Bernanke quitta la direction de la Federal Reserve dont il avait été le gouverneur pendant huit ans. Mme Janet Yellen, personne connue pour sa compétence et sa modération de centre-gauche, prit sa suite en janvier 2014. Son mari, George Akerlof, prix Nobel d’économie en 2001, par ailleurs très respecté, lui serait de bon conseil.

Janvier secoua la direction du Parti Communiste chinois quand il apparut que les familles de dirigeants chinois parquaient leurs économies dans les havres fiscaux, et leurs enfants à des postes décemment rémunérés dans les grandes banques d’investissement américaines. La preuve était faite que ce n’était pas seulement au capitalisme sauvage que la Chine s’était convertie mais aussi au capitalisme de connivence, et là aussi avec l’enthousiasme du nouveau converti.

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LA NSA A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE, par François Leclerc

Billet invité.

Dix-huit mois se sont écoulés depuis les révélations d’Edward Snowden et le Sénat américain vient d’étouffer dans l’œuf, au moins provisoirement, les timides velléités de réforme des activités généralisées d’espionnage de la National Security Agency (NSA).

Sous l’impulsion des sénateurs républicains, l’inscription à l’ordre du jour d’un projet de loi démocrate a été hier repoussé, au prétexte revendiqué de ne restreindre en rien les activités d’espionnage généralisé des réseaux de communication de la NSA. « Alors que les États-Unis mènent une campagne militaire pour affaiblir, démanteler et vaincre l’EIIL, ce n’est pas le moment d’examiner une proposition de loi qui supprime les outils dont nous avons besoin pour combattre l’EIIL », a déclaré le sénateur Mitch McConnell, leader du groupe républicain. Il y avait un avant et un après Snowden en raison du retentissement de son action, entendait-on dire, mais cela ne va pas empêcher la NSA de poursuivre comme avant.

Barack Obama s’étant appliqué à limiter les dégâts, la loi adoptée cet été par la Chambre des représentants n’était pas exempte d’importantes failles et de finesses permettant de se faufiler – à l’image des nouvelles réglementations financières – mais c’était encore trop pour les défenseurs de la NSA au Sénat. Exemple parmi d’autres, que doit-on exactement entendre par « cible » devant être préalablement autorisée par un juge pour être surveillée : une personne, un préfixe téléphonique, un code postal ou une ville entière ?

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La nuit dernière à Hong-Kong, par Frank Vigneron

Billet invité.

Il s’est passé ici quelque chose d’assez drôle. Un groupe d’anti-Occupy (même si le mouvement s’appelle maintenant ‘Umbrella revolution’, puisqu’il déborde de loin le premier mouvement ‘Occupy Central with Love and Peace’ organisé par des universitaires, ceux qui sont contre s’appellent eux-mêmes encore ‘anti-Occupy Central’) sont venus manifester à la Chinese University pour demander la démission du patron de l’université.

Il s’agit de Joseph Sung, un médecin qui a joué un rôle important pendant l’épidémie de SRAS et que TOUT LE MONDE respecte et aime (c’est un très bon calligraphe en plus).

Or, le titre des patrons d’université à Hong Kong est ‘vice-chancelor’, celui de ‘chancelor’ étant un titre honorifique réservé au chief executive (et au gouverneur pendant l’époque coloniale). Ces abrutis d’anti-Occupy, montrant bien le niveau d’ignorance et d’imbécilité général qui règne dans leurs rangs, exigeaient la démission du ‘chancelor’ de l’université. Ils étaient entourés d’un énorme groupe d’étudiants qui ont tout de suite approuvé, applaudissant bruyamment à l’idée que CY Leung (Leung Chun-ying) démissionne de son poste. Ne comprenant pas la gaffe qu’ils venaient de faire, les anti-Occupy étaient très contents, et un peu surpris, de se voir approuvés par ceux qu’ils prenaient pour des ennemis. Très désolé d’avoir loupé ça ! le campus est immense, mais c’est passé sur Facebook.

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Hong Kong : ILS SONT TOUJOURS DANS LA RUE ! par François Leclerc

Billet invité.

Depuis le 28 septembre dernier, rien n’y fait et les semaines passent dans les quartiers occupés d’Admiralty, de Causeway Bay et de Mong Kok. Ni les charges et les gaz au poivre des policiers, ni les promesses de dialogue cousues de fil blanc, ni la fatigue et les pressions des commerçants, ni le coups de main des Triades ne lui font rendre raison, la jeunesse de Hong Kong n’abdique pas.

Après trois nuits de charges policières violentes et de tentative de démantèlement de barricades et de rétablissement de la circulation dans le quartier de Mong Kok, le cœur commercial de Hong Kong avec ses petites rues spécialisées par produits et ses innombrables boutiques, les manifestants sont par milliers revenus en force munis de leurs parapluies, puis ont forcé un cordon de police. Au lever du soleil, les policiers se retiraient sous les vivats.

Une nouvelle offre de négociations avec la Fédération des étudiants de Hong Kong (HKFS) et à propos du projet de réforme constitutionnelle a jeudi dernier été rendue publique par l’exécutif de Hong Kong, désormais prévue par ses soins mardi prochain. Mais les étudiants continuent de réclamer la démission de son chef, Leung Chun-Ying, et d’exiger que les candidatures aux élections ne soient pas sous contrôle des autorités…

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VIVE LA GRANDE LUTTE HÉROÏQUE DE LA JEUNESSE DE HONG KONG ! par François Leclerc

Billet invité.

Entamé le 28 septembre dernier, le mouvement prodémocratie de blocage d’Admiralty, le quartier des affaires de Hong Kong, se poursuit envers et contre tout après s’être étendu à Causeway Bay, l’un des principaux quartiers commerçants. Des dizaines de milliers de jeunes étudiants et de lycéens, filles et garçons mélangés, ont pacifiquement occupé les rues et avenues, érigeant des barricades, faisant d’un simple parapluie leur emblème et leur protection tout en bénéficiant de la sympathie de la population, leur plus solide rempart. Le fantôme de Tian’anmen était dans les têtes, en premier lieu dans celles des autorités centrales chinoises qui n’ont ni pu ni voulu renouveler leur réaction sanglante d’alors en raison de ce rapport de force.

Ni les charges policières brutales, ni l’emploi des hommes de main des Triades n’ont pu venir à bout de la détermination des manifestants. Les tentatives de désamorcer le mouvement avec un simulacre de concertation ont tourné court, tandis que les embouteillages et les dysfonctionnements apportés à la vie quotidienne des habitants de Hong Kong se sont révélés être à la longue leur principal ennemi. Toute mobilisation massive de cette nature n’a forcément qu’un temps : elle se doit de déboucher, au risque sinon de s’effilocher. Pour autant, l’histoire immédiate n’est pas finie, car l’opinion publique est sensible aux exactions policières qui viennent d’intervenir en raison de la jeunesse des manifestants.

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L’EXPORT ET LA DETTE TOMBENT A L’EAU, QUE RESTE-T-IL DANS LE BATEAU ? par François Leclerc

Billet invité.

La cause était entendue, au lendemain de l’épisode aigu de la crise : le salut viendrait par l’export que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) avait brillamment contribué à développer. Les Chinois étaient sommés de valoriser leur monnaie pour freiner leurs exportations inondant les marchés occidentaux, et les Européens d’accroitre leur compétitivité pour augmenter les leurs. Mais le résultat n’est pas au rendez-vous, il y a quelque chose qui cloche là-dedans ! Le FMI vient de rendre publiques ses dernières prévisions mondiales et manifeste à nouveau son inquiétude. Il y a de quoi : ce sera la neuvième fois en trois ans qu’il révisera celles-ci à la baisse…

De puissants facteurs s’additionnent pour créer une spirale descendante, aux effets plus ou moins prononcés suivant les régions du monde et les pays ; la contagion se répand au sein d’une économie devenue mondialisée au sein de laquelle les pays exportateurs se révèlent très dépendants de la santé de leurs clients. La baisse de la production industrielle allemande vient de frapper les esprits, elle que l’on croyait intouchable en raison de son excellence. Le Japon connait un gros trou d’air en raison d’une augmentation de la TVA destinée à modestement limiter un déficit budgétaire et une dette gigantesques. Le Brésil est rudement touché, son modèle de développement reposant sur les exportations agricoles et le développement de son marché intérieur sur le crédit aux classes moyennes.

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Le Grand Tournant, c’est quand même quelque chose !

En infligeant à la Chine les guerres de l’opium, les nations occidentales parvinrent à retarder jusqu’en 1980 la révolution industrielle de cette nation.

Combinée à un certain nombre d’interférences occidentales sanglantes (la liste est trop longue pour que son énumération complète n’apparaisse pas fastidieuse aux lecteurs du blog de PJ), la dynamique interne au schisme musulman est parvenue en 2014 au stade que le christianisme avait atteint quant à lui le 24 août 1572 (cf. « massacre de la Saint-Barthélemy »).

L’Occident endure aujourd’hui de son côté les affres de la transition dite Skynet (ou Terminator) qui voit la maîtrise humaine sur le monde désormais transmise à la machine.

Le télescopage en 2014 de ces différents processus historiques, soumis chacun à la logique de son propre déroulement, produit un brouet délétère.

Si l’espèce sort indemne de tout cela, elle aura eu bien de la chance !

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Hong-Kong : LA RÉVOLUTION DES PARAPLUIES PREND LE RELAIS, par François Leclerc

Billet invité.

Un même élan parcourt le monde et trouve aujourd’hui son expression à Hong Kong. Nuit après nuit, des dizaines de milliers de manifestants – les étudiants et lycéens formant le gros des troupes – occupent les rues de la Région administrative spéciale de la République populaire de Chine. Ils convergent aujourd’hui vers la place Golden Bauhinia, où doit être célébré le 65ème anniversaire de la fondation de la Chine populaire, après avoir passé une courte nuit sous des pluies diluviennes dans les quartiers d’affaire de Central et d’Admiralty, leur point de ralliement. Il fallait un surnom au mouvement initié par l’organisationOccupy Central, il a été vite trouvé avec celui de la révolution des parapluies.

Les protestataires ont décidé d’occuper la ville tant qu’ils n’auront pas obtenu les réformes politiques promises lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, en 1997, et s’insurgent contre le projet officiel d’accorder le suffrage universel mais en conservant le contrôle des candidatures. La police de Hong Kong intervient brutalement et les autorités de Pékin dénoncent les « activités illégales », mettant en garde contre toute ingérence extérieure, car il s’agit d’évidence « d’une affaire intérieure chinoise » et l’on est instamment prié de ne pas s’en mêler.
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L’explication du prix par le rapport de force (VII) Les opérations des banques centrales sur les taux longs

(I) Quand plusieurs mécanismes se greffent les uns sur les autres
(II) Keynes et le double mécanisme de détermination du prix
(III) L’intervention du temps dans la détermination du prix
(IV) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie)
(V) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (deuxième partie)
(VI) En quoi mon approche du prix diffère de celle des économistes

Quand j’écrivais dans Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (deuxième partie) que « la part ‘universelle’ du taux d’intérêt de l’emprunt [qu’est] le rendement marginal du capital, […] reste influençable par le rapport de force instantané entre ceux qui cherchent à acheter et ceux qui cherchent à revendre un tel emprunt sur son marché secondaire », il existe de cela d’excellents exemples sur le marché de la dette souveraine.

La banque centrale d’une nation cherchera ainsi à faire baisser les taux de sa propre dette souveraine en achetant en quantité sur le marché secondaire des emprunts de la maturité dont elle cherche à obtenir une baisse du taux. En allant se placer au rang des acheteurs pour des volumes importants, elle amplifie la concurrence entre eux, ce qui conduit chacun de ceux-ci à brider ses prétentions en termes de coupon (taux d’intérêt) pour améliorer ses chances d’acquérir l’obligation visée dans la quantité souhaitée.

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LES ACTIVITÉS ANTI-AMÉRICAINES DE LA NSA, par François Leclerc

Billet invité.

A leur rythme, de nouvelles révélations sur les activités d’espionnage tous azimuts de la NSA font surface. On a ainsi appris sur « The Intercept » que les quelques 300.000 habitants des Bahamas font l’objet d’une surveillance individuelle – à titre de banc d’essai est-il supposé – en s’abritant derrière un programme autorisé de la DEA, l’agence américaine de lutte contre la drogue. D’autres pays bénéficient sur différents continents de cette attention particulière : le Mexique, les Philippines, le Kenya (collecte des métadonnées uniquement pour eux trois) et un pays dont le nom n’a pas été dévoilé dont toutes les conversations sont comme aux Bahamas enregistrées.

D’autres aspects de l’activité de la NSA sont dévoilées. La parution dans No Place to Hide (Nulle part où se cacher), le livre de Glenn Greenwald, de photos illustrant le chargement sur des routeurs et serveurs, après interception au cours de leur livraison, de logiciels permettant ensuite d’accéder aux réseaux où ils sont connectés a déclenché la réaction publique du PDG de Cisco, un grand équipementier américain des télécoms. Dans un courrier à Barack Obama, John Chambers se plaint des pratiques de la NSA et prévient que « nous ne pouvons simplement pas fonctionner comme cela » car « si ces allégations sont vraies, ces actions nuiront à la confiance dans notre secteur et à la capacité des entreprises de technologie à fournir des produits à l’échelle mondiale ».

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VU DE CHINE ET DU JAPON, par François Leclerc

Billet invité.

S’éloigner un peu de l’Europe permet un recul salutaire et d’observer sous d’autres angles, dans d’autre contextes, les manifestations régionales de la crise mondiale. Pour y retrouver peu ou prou les mêmes problèmes de dette et de croissance, les mêmes faiblesses des systèmes bancaires, ainsi que les effets identiques des politiques d’assouplissement monétaire des banques centrales.

Depuis qu’il a été découvert, le secteur bancaire informel chinois fait l’objet de grandes inquiétudes, relayées publiquement par Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière (FSB) du G20. C’est moins sa taille – dont les évaluations oscillent entre 3.100 milliards et 3.500 milliards de dollars, soit dans le cas minimum 20% de la taille secteur bancaire public – qui impressionne que le danger d’une propagation au secteur bancaire public de défauts de paiement en son sein. Plusieurs sont déjà intervenus depuis le début de l’année et l’attitude du gouvernement chinois est suivie de près. Va-t-il intervenir résolument pour éviter une crise de confiance et une réaction en chaîne ou laisser faire pour donner un avertissement ? Difficile de trancher : des signaux contradictoires ont été jusqu’à maintenant donnés, des investisseurs anonymes et bienveillants procédant à un renflouement dans un cas et ne se manifestant pas dans d’autres. Comme s’il fallait à la fois donner une leçon à la spéculation qui s’est développée à la suite de la distribution par la banque centrale d’une manne de liquidités et veiller à ce que les incidents restent circonscrits afin de ne pas se propager.

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Le système financier chinois : UNE COPIE DE PLUS SANS AUTORISATION ! par François Leclerc

Billet invité.

Développement du risque systémique et persistance de l’aléa moral… y aurait-il du nouveau dans ces domaines déjà largement explorés ? Oui, car il s’agit de la Chine et non plus des travers financiers connus d’un pays occidental !

Un tout de passe-passe, dans les usages des autorités chinoises, a finalement permis de renflouer les investisseurs attiré par la promesse d’un fort rendement, qui s’étaient fourvoyés dans l’achat d’un produit financier correspondant au prêt à un débiteur ayant fait défaut. Saura-t-on jamais l’identité du généreux bienfaiteur ? on peut en douter ! Il aura en tout cas permis de couper court aux inquiétudes manifestées à propos des effets systémiques redoutés de l’affaire. Le produit en question, crée par un « trust » emblématique du shadow banking, China Credit, était commercialisé par Industrial and Commercial Bank of China, un fleuron du système bancaire officiel. Entre les deux secteurs, la cloison est poreuse.

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VENDREDI 24 JANVIER : DES MARCHÉS SECOUÉS

Une semaine difficile
Une semaine difficile © Dow Jones

Quand un « flash crash », un krach instantané, eut lieu aux États-Unis le 6 mai 2010, je me distinguais de la quasi-totalité des commentateurs en mettant l’accent sur les facteurs objectifs ayant conduit à la baisse brutale de la Bourse constatée ce jour là, expliquant la moitié au moins des 10% du plongeon. Dans ma vidéo du lendemain : Le temps qu’il fait le 7 mai 2010, j’attirais en effet l’attention sur le rôle joué dans la baisse des marchés au comptant et à terme américains par les émeutes à Athènes la veille et par le refus, réaffirmé par Jean-Claude Trichet, alors à la tête de la Banque centrale européenne, d’accepter le principe d’un Quantitative easing (planche à billets) à l’européenne.

Prendre en compte la dynamique purement interne des marchés, la capacité des prix passés à générer les prix à venir (facteurs intrinsèques), c’est certainement une très bonne chose mais les marchés financiers ne vivent pas en monde clos et l’état de la planète (facteurs extrinsèques) ne leur est pas indifférent.

Aussi pour expliquer la baisse brutale des Bourses dans la journée d’hier, je ne me contenterai pas de l’attribuer, comme le fait le Financial Times (recourant à la savoureuse langue de bois propre à la finance), à une soudaine « aversion au risque », comparable à la virtus dormitiva de l’opium chère au docteur Diafoirus, mais plutôt au discrédit du parti au pouvoir en Turquie, aux situations quasi-insurrectionnelles en Thaïlande et en Ukraine, à la dépréciation de 15% en une semaine du peso argentin, à la très petite forme d’autres devises comme le rouble et la roupie, et à la combinaison en Chine d’une bulle du crédit poursuivant souterrainement son parcours dans la finance de l’ombre locale et du discrédit là aussi du parti au pouvoir à la suite des révélations OffshoreLeaks relatives aux comptes détenus dans des havres fiscaux par les dignitaires du Parti communiste et leurs proches.

Une telle accumulation de causes de souci risque de rendre la journée de lundi fertile en rebondissements sur les marchés financiers.

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La Chine des espoirs déçus : CE COLOSSE AUX PIEDS D’ARGILE, par François Leclerc

Billet invité.

La deuxième puissance économique mondiale ne répond pas aux attentes qui, il y a encore peu, s’exprimaient avec insistance en Occident. Au contraire, elle occasionne beaucoup d’inquiétude. Non seulement la Chine ne tire pas la croissance mondiale, mais elle fait face avec de grandes inconnues, prise à son propre jeu pour avoir voulu compenser les effets de la crise sur ses exportations et sa croissance, en ouvrant les vannes du crédit. En l’espace de quatre ans, de 2008 à 2012, la dette chinoise globale est passée de 125 à 215% du PIB et la stabilisation du système financier a acquis le rang de priorité. Les résultats d’un audit national de la dette – dont la nécessité en dit long sur l’absence de maîtrise – ont été rendus publics en décembre dernier, faisant apparaître qu’en seulement trois ans les collectivités locales ont augmenté leur endettement de 70%, et que leurs dettes doivent désormais être impérativement roulées.

La nature du régime peut permette de croire qu’il ne se laissera pas déborder par une crise financière, contrôlant étroitement la banque centrale et disposant d’un imposant système bancaire officiel, mais l’endettement a atteint de telles proportions que sa maîtrise est cette fois-ci devenue problématique, contrairement à d’autres épisodes. Les dirigeants du parti-État sont aux prises avec les gigantesques enjeux d’un renversement de vapeur et d’un changement de modèle de développement, afin comme objectif de diminuer la dépendance de l’économie aux résultats des exportations en favorisant la consommation intérieure. Mais ils connaissent d’immenses difficultés à stabiliser leur système financier hybride, où un secteur de shadow banking en pleine expansion, dont la croissance a atteint 50% l’an, coexiste avec les banques publiques.

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L’inconnue chinoise : LONGUE ROUTE ET GRAND TOURNANT, par François Leclerc

Billet invité.

Dans quel processus sinueux la Chine est-elle à peine engagée ? Officiellement, dans une profonde mutation de son mode de développement, afin de diminuer sa dépendance aux exportations vers un monde en crise et de privilégier son marché intérieur. C’est tout du moins ce qu’a décidé le 3 ème plenum du Comité central du Parti communiste de novembre dernier. Mais c’est plus vite dit que fait, en dépit du caractère du régime, en raison des obstacles qui se dressent sur cette route en son sein, opposition de puissants intérêts menacés par la réalisation d’un tel tournant et inertie générale du système. Un longue route reste à parcourir entre l’adoption du haut d’une tribune de principes généraux et la mise en œuvre de mesures les traduisant dans les faits.

Telle une épidémie du siècle, la Chine croule elle aussi sous la dette privée et publique, mais pour des raisons qui lui sont propres ! Selon le FMI, cette dernière est passée de 130% à 200% du PIB entre 2008 et juillet dernier, si l’on additionne les prêts bancaires traditionnels et les créances qui ne le sont pas, dont le secteur en pleine expansion de la banque de l’ombre est à l’origine. En favorisant une telle croissance exubérante du crédit, le gouvernement chinois a voulu limiter avec les moyens du bord les effets de la diminution de ses exportations vers les pays occidentaux, tétanisé par les conséquences sociales potentielles d’une brutale chute de la croissance et hanté par le syndrome de l’effondrement de l’Union soviétique.

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2013 : L’ANNÉE FINANCIÈRE

La revue l’ENA hors-les-murs me demande très aimablement depuis 2007 de faire dans son numéro de décembre, le bilan de l’année financière. Voici, en avant-première.

Au 1er janvier, la zone euro s’imaginait essentiellement tirée d’affaire : les mille milliards d’euros prêtés aux banques commerciales dans le cadre du LTRO (Long Term Refinancing Operations) avaient remis à flot des établissements financiers sinon insolvables (Mario Draghi, à la tête de la Banque centrale européenne, envisagea en octobre une enveloppe de 300 milliards supplémentaires). Le crédit n’en était pas pour autant relancé parce qu’il est tentant de jouer des sommes prêtées à du 1% au carry trade : les placer sur les marchés indien ou chinois, pour drainer la richesse créée par les nations qui parviennent encore à en créer, plutôt que de les avancer à de mauvais risques sur le marché domestique !

Bien sûr, inonder le marché européen d’un « trillion » d’euros pourrait sembler sauver l’économie en sacrifiant le système monétaire, mais les États-Unis ne donnèrent-ils pas le mauvais exemple en 2013 en créant du dollar ex nihilo au rythme de 85 milliards chaque mois ? Dans le cadre des pays du G7, ce sont au total 10 « trillions » de dollars qui ont été injectés dans le système financier mondial depuis 2008 – alors qu’une création de richesse effective en quantité correspondante demeure un rêve inaccessible.

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