La finance de marché, obstacle principal à la transition raisonnée vers des modes de fonctionnement plus durables, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

Peu d’observateurs attentifs de notre monde contestent aujourd’hui la responsabilité de la finance globalisée dans le déclenchement de la crise actuelle. Mais peu de responsables politiques s’inquiètent de la remettre à sa place, qui est d’être au service de la collectivité ; la majorité d’entre eux font même au contraire tout leur possible pour la rétablir dans sa splendeur parce que ce serait la seule façon d’éviter un cataclysme financier systémique, et de renouer avec une croissance qui tarde à se manifester avec la vigueur qui permettrait de résorber un sous-emploi de plus en plus difficile à dissimuler dans les circonvolutions de la langue de bois des statisticiens et des commentateurs complaisants, parce qu’il n’est pas conjoncturel, mais résulte de la révolution du traitement de l’information, et de la mise en concurrence fiscale et sociale sauvage des états nations au nom de la « compétitivité » des entreprises.

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LA SURVIE DE L’ESPÈCE ET
L’« ÉCONOMIE POSITIVE »

L’exposé de Jacques Attali mercredi matin au LH Forum m’a fait comprendre la différence fondamentale entre sa vision prospective et la mienne : nous combinons optimisme et pessimisme différemment.

Pour moi, nous négocierons oui ou non avec succès le Grand Tournant des crises environnementale, de la complexité et financière. Nous prendrons certainement conscience un jour ou l’autre de la gravité de la situation mais il sera alors encore temps ou bien trop tard. S’il est trop tard, c’est la survie même de l’espèce qui est alors remise en question. J’envisage que le processus se déroule tout au long dans le cadre de démocratie formelle que nous connaissons en ce moment.

Attali considère que nous prendrons conscience de la gravité de notre situation et qu’il sera encore temps. Sur ce plan là, il est plus optimiste que moi. La probabilité que nous puissions réagir dans un cadre encore démocratique lui paraît cependant très mince. Il arrivera, dit-il, que la consommation de viande soit interdite par décret, du jour au lendemain. Sur ce plan là il est plus pessimiste que moi.

La position d’Attali est sans doute plus réaliste que la mienne, j’en conviens volontiers. Elle suppose cependant au totalitarisme une certaine efficacité sur le moyen ou le long terme, alors qu’une telle efficacité n’a jamais été démontrée dans son cas que sur le cours terme. C’est ce qui me fait penser que l’option totalitaire n’aboutira à rien, que la prise de conscience de la nécessité d’un Grand Tournant ait eu lieu à temps ou non. La survie de l’espèce est donc très loin d’être assurée – c’est le moins qu’on puisse dire.

La logique du profit, qui explique pourquoi notre démocratie est formelle plutôt que réelle, bloque en ce moment toute décision dans le sens d’un Grand Tournant, en dépit d’une prise de conscience de sa nécessité. Il faut donc d’abord sortir de la logique du profit, sans verser pour autant dans le totalitarisme, ce qui n’a jamais été tenté jusqu’ici, du moins à grande échelle.

Le mouvement en faveur d’une « économie positive » indique la voie à suivre mais il faudra d’abord, comme l’a souligné Benoît Hamon jeudi au Havre, chasser les marchands qui, ici aussi, encombrent déjà de leurs étals, les allées du temple.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 27 SEPTEMBRE 2013

Sur YouTube, c’est ici.

L’économie positive
LH Forum

Challenges – La recette radicale de Paul Jorion pour en finir avec la spéculation financière, le 26 septembre 2013

Challenges – L’économie positive va-t-elle accoucher d’une souris ?, le 26 septembre 2013

Blog de PJ – Le marché et l’altruisme, le 27 septembre 2013

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ON RECONNAÎT L’ARBRE À SES FRUITS (une journée au LH-Forum sur l’économie positive), par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Nous sommes un mercredi. La mise en scène est imposante, la signalétique luxueuse, digne des grand-messes internationales. Il ne faut pas moins d’un hangar portuaire réaménagé pour abriter l’arche intellectuelle qui doit nous embarquer vers le troisième millénaire, ce troisième millénaire où nous ne sommes toujours pas entrés, quoique les attentats du 11 septembre 2001 aient été vus comme une semonce préapocalyptique, un échauffement des trompettistes du Jugement dernier. L’évènement a lieu aux Docks Océane. Le choix est excellent. L’océan, c’est la vague, le vague diront les mauvaises langues, or la vague se confond avec la sinusoïde à amplitude croissante dont parlera Jacques Attali, dans son duo inaugural avec Joseph Stiglitz, pour décrire la trajectoire de l’histoire. La métaphore est forte : jusqu’à présent, l’humanité a toujours su remonter la pente. Y parviendra-t-elle cette fois-ci ?

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LE « MARCHÉ » ET L’ALTRUISME

L’autre jour, lors d’un dîner, mon voisin de droite se trouvait être le directeur d’un gros port européen et cette personne expliquait à ma voisine de gauche et à moi que le port dont il a l’autorité se trouve en concurrence avec deux autres ports européens, situés eux à l’étranger, quant à la desserte de la troisième ville du pays.

Comment faire pour l’emporter ?

La réponse est en réalité simple : relever le défi de la « compétitivité douanière ». Fait correctement, le contrôle douanier d’un container prend en moyenne six minutes ; il s’agit donc d’être plus rapide que la concurrence. Je m’enquis alors de la manière dont ces deux autres ports situés eux à l’étranger relèvent ce défi de la « compétitivité douanière », mon voisin me répondit qu’ils sont sur ce plan, « de véritables passoires ».

La réponse à la question de savoir comment assurer la compétitivité avec « de véritables passoires » m’apparaissait tout spécialement simple. Je n’importunai donc pas davantage mon voisin de table, mais la manière dont la logique commerciale sape nécessairement toute notion d’état de droit m’apparaissait néanmoins en pleine lumière.

Cette conversation m’est revenue à l’esprit hier au forum du Havre, lorsqu’un orateur, après avoir chaleureusement loué l’appel de Jacques Attali à l’exercice désormais de l’altruisme et de la solidarité dans le fonctionnement de la société civile, ajouta sur sa lancée « sauf pour ce qui est de la concurrence [commerciale], bien entendu ».

Ce « bien entendu », me laissa – bien entendu – songeur. C’est donc, pensai-je, l’altruisme qui présidera demain à l’« économie positive » mais en épargnant le sacrosaint « marché », qui lui continuera de fonctionner « bien entendu » selon le principe opposé et inconciliable de la concurrence ?

Passons sur le fait que l’invocation du principe lui aussi sacrosaint de la concurrence se trouve en général là pour masquer soit un monopole de fait (par le biais des filiales et du contrôle financier et donc décisionnel), soit une entente de fait (par le biais d’un cartel ou par accord tacite sur les prix), n’est-il pas vrai cependant que la révérence manifestée par l’« économie positive » pour le marché « tel qu’il est », s’apprête à reproduire la fameuse « extraterritorialité de la finance par rapport à l’éthique » sous la forme jeune et moderne de l’« extraterritorialité du marché par rapport à l’altruisme » ?

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POUR UNE ÉCONOMIE POSITIVE, LE RÔLE DE LA FINANCE DANS LE NOUVEAU PARADIGME, Groupe de réflexion présidé par Jacques Attali.

Le rôle de la finance dans la construction du nouveau paradigme en devenir

Paul Jorion

La finance constitue le système sanguin de l’économie. La tenue de comptes pour les particuliers et les entreprises et la gestion des opérations de transfert hors de ces comptes ou vers ces comptes, l’intermédiation entre détenteurs de capitaux et emprunteurs éventuels, l’organisation de marchés pour la dette : marché primaire (émission de titres pour les États et les entreprises) et marché secondaire (négoce de titres déjà émis), autant de fonctions financières absolument indispensables au fonctionnement de nos sociétés. Ces fonctions ne représentent cependant aujourd’hui que 20% du volume de l’activité financière, les 80% restants étant constitués d’opérations spéculatives.

La spéculation ponctionne une part considérable de la richesse créée tout en dérèglant le mécanisme de la formation des prix. Les spéculateurs justifient leur présence sur les marchés en affirmant qu’elle apporte de la « liquidité » et assure l’objectivité des prix. L’argument est spécieux : la liquidité apportée par les spéculateurs se situe aux niveaux de prix « spéculatifs » (dommageables aux véritables acteurs de l’économie que sont les producteurs et les consommateurs) et ne bénéficie du coup qu’à d’autres spéculateurs.

La spéculation était interdite en France jusqu’en 1885, sans que l’économie, ni même la finance, n’aient à en souffrir. Les quelques articles de loi modifiés ou abrogés pour l’autoriser peuvent aisément être réinstaurés. La finance cantonnée à ses fonctions socialement utiles subirait une réduction de taille de 80% ; les ressources ainsi libérées, automatiquement plus justement réparties, retrouveraient leur place dans l’économie proprement dite, son lieu légitime.

L’argument mis en avant pour justifier une autorisation de la spéculation avait été celui d’une extra-territorialité par rapport à l’éthique dont la finance bénéficierait en raison de l’existence supposée d’une « main invisible ». Les exactions dont se sont rendus coupables les grands établissements financiers durant la crise des subprimes ont invalidé ce mythe de l’autorégulation. La parenthèse de l’extra-territorialité éthique de la finance doit être refermée et son rôle de « servante de l’économie » restauré. Sa taille aura été ramenée à celle qui convient au secteur, soit 20% de sa taille présente.

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POUR UNE ÉCONOMIE POSITIVE, PROFESSION DE FOI, Groupe de réflexion présidé par Jacques Attali.

Contributions personnelles des membres du groupe de réflexion

Paul Jorion

L’instauration d’une économie positive réclame un encadrement. Cela est d’autant plus nécessaire que les urgences écologiques deviennent plus pressantes : la menace de transitions irréversibles vers un milieu naturel devenu hostile à l’homme en raison de ses propres actes se précise chaque jour davantage. Un tel encadrement est sans objet si les grosses entreprises et les individus les plus fortunés disposent des moyens d’échapper à son empire.

Un climat de laisser-faire s’est instauré à partir des années 1970, produit d’une campagne de dérégulation irresponsable. La capacité de l’homme à délibérer et à modifier son comportement en fonction des conclusions auxquelles il est parvenu a été mise entre parenthèses.

Les personnes morales disposent désormais dans l’exercice de leur droit de propriété d’un abusus aux effets démultipliés par rapport à celui autorisé aux personnes physiques. Des montages juridiques visant à contourner l’esprit des lois ont permis aux entreprises les plus riches de choisir leur nationalité comme bon leur semble selon le critère du moins-disant fiscal et réglementaire. La domiciliation dans les nations championnes de ce moins-disant (les « havres fiscaux ») leur permet d’atteindre cet objectif. Les grosses entreprises domiciliées dans des nations minuscules privées d’habitants échappent au contrôle du concert des nations véritablement peuplées et soucieuses du bien commun. La compagnie Apple est ainsi parvenue à l’aide de montages juridiques à se déterritorialiser quasi complètement ; les principales composantes du conglomérat Apple sont sans domiciliation aucune ; aucun devoir, aucun engagement ne les lie en aucun lieu à une véritable communauté de citoyens.

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À propos du « Rapport sur l’économie positive »

L’ère du capitalisme responsable, un article dans Le Monde par Yan de Kerorguen. On y lit :

« C’est un fait, « depuis le déclenchement de la crise, le monde de la finance est considéré comme un irréductible ennemi », regrette Philippe Zaouati, directeur général délégué de Natixis Asset Management et responsable du pôle d’expertise Mirova.

« La spéculation ponctionne une part considérable de la richesse créée, tout en déréglant le mécanisme de la formation des prix », explique le sociologue Paul Jorion. Une telle situation, où le trading haute fréquence (THF) et les fonds spéculatifs tiennent le haut du pavé, n’est plus soutenable. D’où la question : comment redonner du sens à la finance ?

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LES ÉCHOS : Paul Jorion: « La crise économique est un signe positif, les choses vont devoir changer », jeudi 11 juillet 2013

LES ÉCHOS : Paul Jorion: « La crise économique est un signe positif, les choses vont devoir changer »

LE CERCLE. Pour la troisième année, Le Cercle Les Echos accueille les travaux des étudiants de l’Institut Français de Presse (IFP). Aujourd’hui, interview de Paul Jorion membre du groupe de réflexion sur l’économie positive mis en place par Jacques Attali depuis septembre 2012.

Au sein même de ce groupe de travail, le principe d’économie positive fait encore débat. Maurice Lévy, le PDG de Publicis, a écrit un courrier pour exprimer ses doutes sur cette forme d’économie alternative. Paul Jorion a décidé de lui répondre.

La lettre ouverte de Maurice Lévy n’est-elle pas la preuve qu’en ces temps de crise économique, le développement du concept d’économie positive passe au second plan ?

Paul Jorion: Oui, c’est vrai que nous avons remarqué que lors de ses dernières allocutions télévisées, François Hollande n’a pas mentionné une seule fois l’économie positive. Le sujet est actuellement un peu éclipsé mais ce n’est pas pour autant qu’il faut l’enterrer. La réflexion de Maurice Lévy serait peut être valable dans le cadre des années 50 mais cela ne correspond pas à la situation actuelle. Dans un monde où tout le système économique s’effondre que peut-on essayer de conserver ? Si on ne change rien l’effondrement va continuer, il faut donc essayer de saisir la balle au bond.

Visiblement convaincre les grands patrons de tout remettre à plat n’est tout de même pas gagné…

PJ: Lors de la première réunion du groupe de réflexion, une femme qui représentait le World International Forum a pris la parole pour dire : « Si vous voulez être entendu en haut lieu, votre discours doit être moins radical ». Il faudrait peut-être demander à Jacques Attali pourquoi il a tenu à ce que des représentants de ce qui est, à mon sens, le conservatisme le plus déconnecté de la réalité soient présents dans ce groupe de réflexion. Je suppose qu’il souhaitait avant tout les faire changer de point de vue et c’est incontestablement un échec. Leur avis n’apporte aucune plus-value et la lettre de Maurice Lévy est clairement une fin de non-recevoir.

Justement, où en sont les travaux du groupe de réflexion menés par Jacques Attali ?

PJ: Nous réfléchissons à l’horizon 2030 et je pense que c’est une bonne chose. D’ici là, soit nous aurons échoué, soit nous serons en passe de réussir. L’opinion est de notre côté. 80 à 90% des Français se disent favorables au développement de l’économie positive. Il faut juste que les dirigeants politiques en prennent un peu plus conscience. Mais leur désarroi actuel face à la crise économique est un signe positif, les choses vont devoir changer.

Personnellement, vous êtes satisfait de la direction que prennent les travaux de ce groupe de travail ?

PJ: Quand j’ai accepté de prendre part à ces réunions et compte-tenu de la composition du groupe, je pensais qu’à la fin des débats j’aurais à exprimer une position dissidente des conclusions tirées par le groupe. Au final, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Ce sont des membres comme Maurice Lévy qui constatent que leur position est opposée à celle de la majorité. Je suis d’ailleurs très content de voir que bon nombre des membres de ce groupe de travail se sont ralliés à plusieurs propositions importantes.

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LUNDI 8 AVRIL, DE 15h À 17h, SUR LA PAGE « LES DÉBATS DU BLOG DE PAUL JORION » : MA RÉPONSE À MAURICE LÉVY

C’EST TERMINÉ !

Lundi 8 avril entre 15h et 17h, je débattrai avec vous des doutes de Maurice Lévy quant à la notion d’une « économie positive » et de la réponse que je lui ai apporté à ce sujet. Les deux textes se trouvent ici.

Le débat aura lieu sur « Les débats du blog de Paul Jorion ».

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L’ÉCONOMIE POSITIVE : « J’ai des doutes… », par Maurice Lévy, suivi d’une réponse par Paul Jorion

Maurice Lévy, P-DG de Publicis Groupe, fait partie, au même titre que moi-même, du groupe de réflexion sur l’économie positive dirigé par Jacques Attali. Je suppose que les choses se sont passées pour lui de la même manière que pour moi, à savoir qu’il a reçu un jour une lettre de ce dernier lui demandant d’accepter de faire partie du groupe, et qu’il a répondu oui.

Vendredi, Maurice Lévy a adressé une lettre à Jacques Attali intitulée « J’ai des doutes… » Si j’ai eu l’occasion de la voir, c’est que Maurice Lévy en a fait une « lettre ouverte » au sein du groupe en en adressant copie à chacun de ses membres. Ma réaction à ce texte a été d’y apporter une réponse, que les membres du groupe ont reçue hier samedi en début de soirée.

Avec l’aimable accord de Maurice Lévy, et avec les encouragements de Jacques Attali, je publie ici cet échange.

 

L’économie positive : « J’ai des doutes… » par Maurice Lévy.

4 avril 2013

J’avoue mon embarras.

S’agissant de se projeter à l’horizon 2030 l’exercice devrait pourtant s’avérer facile. Il suffit de se laisser porter par l’utopie d’une économie « qui ferait du bien à tous » et du mal à personne. Une économie respectueuse des ressources, de l’égalité entre les hommes (ils naissent et vivent égaux).

Mais,

Il y a une situation de départ qui est de plus en plus déprimante, où la France perd chaque jour des points (ce n’est pas d’aujourd’hui : cette situation trouve son origine dans l’incapacité du modèle social français de s’adapter à un monde qui change..).

Il y a un monde ouvert à la concurrence où la guerre économique a remplacé (pour partie) les guerres de conquêtes de territoires.

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UNIVERSITÉ DU HAVRE, Ateliers de l’économie positive,
« Durabilité, responsabilité, démocratie… »
, le mercredi 20 mars 2013 à partir de 8h45

UNIVERSITÉ DU HAVRE Amphi 5 – Bâtiment Lettres et sciences humaines / Affaires internationales

9h50 – 10h40 : Session plénière par Paul Jorion, sociologue, économiste « Durabilité, responsabilité, démocratie… : l’économie positive du 21ème siècle ? »

Ces ateliers à visée pédagogique ont pour but d’associer des étudiants en économie et en management de l’université du Havre à une réflexion sur une autre économie, plus juste, plus vertueuse, plus équilibrée fondée sur l’altruisme et la préservation des intérêts des générations futures et visant d’autres objectifs que le seul profit. Cette journée a également pour objectif de susciter l’engagement des nouvelles générations au travers d’initiatives innovantes dans le domaine de l’économie positive.

Pour le programme complet, c’est ici.

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L’Économie positive, grimper par la face nord et la face
sud ?
, par Jean-Luce Morlie

Paul Jorion écrivait :

On ne peut pas résoudre la question « économie positive », sans poser également celle du lien « travail – revenus », qui est aussi la question « pas de travail – revenus quand même » – que le détenteur de capital, ceci soit dit en passant, a su résoudre de son côté, soit, pour reprendre les termes de Quesnay : « classes laborieuses / classes oisives »

J’essaie une voie d’approche, heuristique, par la face nord et la face sud, parallèlement.

§

Sur quoi peuvent bien se fonder nos préventions envers « la voie vers la vie bonne » promise par J. Attali ? Les questions relatives à la vie bonne ne se posent qu’au-delà des malheurs de la faim du froid, de la maladie et Attali s’active contre ces misères. L’interrogation sur la vie bonne est d’un autre niveau certes, mais néanmoins, les réponses qui seront données, à ce niveau, aideront à résoudre les questions de premier niveau. Il me semble que les chantiers politiques vers la vie bonne (La voie humaine, pp. 155 – 199) , pourraient converger avec les opérations chirurgicales de Jorion dans le domaine de l’économie : une constitution pour l’économie, certes, mais pour quelle vie ? Supprimer la faim, le froid, et l’absence de recours devant la maladie peut aussi fonder l’assise pour la perpétuation de « la vie sans joie ». Il me semble que la proposition d’économie positive résout, mais dans un seul sens, les deux antinomies relevée par Jorion – pas de travail/revenus quand même – et – classe laborieuse/classe oisive – . Attali change les conditions du « travail » et Jorion les conditions du « non-travail », mais tous deux ne se préoccupent pas des effets de l’hystérèse, des comportements acquis (et enracinés au travers de la phase de travail qui s’achève) sur le processus de transition vers la phase du travail qui s’annonce. Nous pourrions examiner, ici tous ensemble, comment aborder le second versant et rechercher les mises en œuvre d’une transition éveillée, plutôt que de nous retrouver sortis de crise, en plein cauchemar.

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sud ?
, par Jean-Luce Morlie

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