De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

Continuer la lecture de De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Partager

BFM Business, L’invité d’Hedwige Chevrillon, jeudi 17 septembre 2015 de 12h30 à 13h00

jorion

J’étais

L’invité d’Hedwige Chevrillon

sur BFM Business pour évoquer

Penser tout haut l’économie avec Keynes,

le jeudi 17 septembre de 12h30 à 13h00.

Le podcast est aussi disponible ici (à partir de la 34ème minute), ainsi qu’un article sur mon intervention : « Les trois quarts des modèles en finance ne valent pas un clou »

Partager

Penser tout haut l’économie avec Keynes, de Paul Jorion, éd. Odile Jacob, 2015. Une note de lecture (IV) : dans les cuisines du Maître, par Roberto Boulant

jorion

Billet invité.

Quand paraît en 1936 la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Keynes a cinquante-trois ans. L’âge où expérience individuelle et enseignements d’une formation scolastique, se cumulent pour aboutir à l’écriture de l’œuvre d’une vie. Sans doute Keynes ne l’aurait-il pas entendu de cette oreille, lui qui était habitué à remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. Mais ainsi s’écrit l’histoire. Même les plus farouches anti-keynésiens s’accordent sur le fait, que ce traité a fondé la macroéconomie moderne, et qu’il a eu une considérable influence au 20ème siècle. Au point de devenir le marqueur de la théorie keynésienne !

Continuer la lecture de Penser tout haut l’économie avec Keynes, de Paul Jorion, éd. Odile Jacob, 2015. Une note de lecture (IV) : dans les cuisines du Maître, par Roberto Boulant

Partager

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 4 SEPTEMBRE 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 4 septembre 2015. Merci à Cyril Touboulic !

Bonjour, nous sommes le vendredi 4 septembre 2015. Et avant-hier, le 2 septembre, mon 17e livre – ça fait beaucoup ! – a paru, qui s’appelle Penser tout haut l’économie avec Keynes, chez Odile Jacob. Et on commence à m’interroger, à publier des entretiens à ce sujet, et ça m’oblige à revenir un petit peu… à penser moi-même à ce que j’ai voulu faire avec ce livre.

Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 4 SEPTEMBRE 2015 – (retranscription)

Partager

LA COMPENSATION KEYNÉSIENNE NUMÉRIQUE À LA PLACE DE L’ÉCONOMIE CASINO, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Paul Jorion analyse la monnaie numérique « bitcoin » dans une interview à PCWorld à paraître en octobre. Le bitcoin y est qualifié de « monnaie-on-joue » qui n’a rien des attributs de la « monnaie-on-ne-rigole-pas ». On découvre que le bitcoin n’est pas sérieux pour les mêmes raisons que celles qui provoquent l’effondrement actuel de la crédibilité des monnaies légales.

Cette explication de Paul est une parfaite introduction à la chambre de compensation numérique. Le problème du bitcoin libertarien d’aujourd’hui est qu’il ne s’adosse à aucun système commun de droit. Aucune autorité publique ne vérifie que les prix virtuels attribués aux objets achetés ou vendus en bitcoin donnent lieu à la livraison de biens et services réels ; lesquels n’ont de réalité que conformes au bien commun des acheteurs physiques réels.

Pour que la « monnaie-on-joue » puisse devenir une « monnaie-on-ne-rigole-pas », il faut effectivement qu’un État de droit soit dépositaire des règles du jeu et les applique aux joueurs « pour de vrai ». La compensation numérique le permet. Potentielle dans le bitcoin actuel, la compensation est un processus logique de garantie de la vérité par la virtualité. La virtualité garantit la vérité par la publicité. Comment ? Par l’identification numérique des personnes.

Continuer la lecture de LA COMPENSATION KEYNÉSIENNE NUMÉRIQUE À LA PLACE DE L’ÉCONOMIE CASINO, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager

LA MUTATION DU BANCOR DANS L’ESPACE NUMÉRIQUE MONDIAL, par Pierre Sarton du Jonchay et Julien Alexandre

Billet invité

Schéma Bancor
(cliquez pour agrandir le schéma).

La représentation ci-dessus illustre de façon schématique la proposition de monnaie de compensation mondiale telle qu’émise par Keynes lors de Bretton Woods, sous le nom du bancor. Le schéma se lit ainsi (ICU étant l’International Clearing Union, la banque centrale qui assure la compensation) :

Le pays B exporte des biens pour une valeur de 100 vers le pays A. La banque A transfère 100 bancors à la banque B.

Une fois le transfert effectué, si :

  • A est en déficit au-delà du découvert autorisé (l’allocation en bancors), alors il y a paiement d’intérêts à l’ICU et dévaluation de sa monnaie pour exporter davantage ;
  • B est en excédent sur sa balance des paiements, alors il y a paiement d’intérêts à l’ICU et réévaluation de sa monnaie pour exporter moins et importer davantage.

Si B ne réduit pas son excédent, alors la créance correspondante accumulée sur les débiteurs par l’ICU fait l’objet d’une taxation au profit de la collectivité. Par décision de politique publique, l’ICU prélève une prime d’assurance accrue sur les paiements compensés entre les pays dont les échanges trop déséquilibrés accroissent le risque systémique.

La simplicité du schéma ne permet pas d’expliciter l’emploi du capital international collecté dans la compensation. Le désaccord entre Britanniques et Étatsuniens sur les règles d’allocation du capital systémique accumulable en bancor fut l’une des raisons de l’échec de Keynes. Pour résoudre ce problème objectivement, nous construisons des simulations de chambre de compensation informatisées intégrant les technologies financières de gestion du capital.

La modélisation informatique du bancor impose un choix systémique sur les finalités de la monnaie. Si la monnaie est un simple outil de règlement, le capital de compensation doit être divisé a priori entre les participants au bancor qui en disposent en toute liberté. Si la monnaie est un instrument de négociation des règlements, alors le ré-emploi du capital systémique doit être mutualisé dans une politique d’assurance de la stabilité du crédit.

Dans une structuration aristotélo-thomiste du système par le choix de ses finalités, le schéma fait voir quatre circuits d’information dans lesquels les responsabilités personnelles des acteurs doivent être spécifiées :

1) les échanges commerciaux matériels produisant des balances commerciales ;

2) les échanges monétaires de prix produisant des balances de paiements ;

3) les échanges de monnaie (dérivés de prix) produisant des parités de change en bancor en lieu et place des parités bilatérales actuelles ;

4) les échanges de crédits (dérivés de monnaie) produisant des taux d’intérêt équivalents aux primes de change international actuelles.

Continuer la lecture de LA MUTATION DU BANCOR DANS L’ESPACE NUMÉRIQUE MONDIAL, par Pierre Sarton du Jonchay et Julien Alexandre

Partager

LA SYMÉTRIE MONÉTAIRE ET LA COMPENSATION DE L’EURO, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Penser la réalité

Interrogé dans Libération, Jean-Paul Fitoussi qui avait dénoncé le « Débat interdit » de l’euro vient confirmer le diagnostic de l’asymétrie structurelle contre laquelle les pays de l’euro se fracassent. La divergence de compétitivité entre les économies nationales a provoqué l’endettement massif de l’Europe non germanique envers l’Allemagne.

Pour freiner la dérive du crédit en euro entre les membres de la zone, l’Allemagne demande à ses débiteurs d’arrêter de dépenser afin de ralentir la croissance des dettes. Jean-Paul Fitoussi remarque l’ajustement destructueur des choix monétaires euro-européens au fonctionnement des marchés financiers.

Le marché mondial de la monnaie aligne le prix de la liquidité sur son appréciation du risque de crédit de chaque emprunteur de monnaie. Dans la zone euro, le risque de crédit des États est nominalement mutualisé dans la monnaie unique à travers le capital de la BCE. Par construction théorique, les États de la zone euro ne peuvent pas emprunter à des taux différents vu que la BCE prête à une zone économique unique théoriquement assurée par une communauté indivisible d’États.

Continuer la lecture de LA SYMÉTRIE MONÉTAIRE ET LA COMPENSATION DE L’EURO, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager

CHYPRE, LA RÉVOLUTION MONÉTAIRE EN MARCHE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Toute la présente analyse de la faillite chypriote s’appuie sur un modèle informatique de la compensation des monnaies dans le bancor de Keynes. Si la dégénérescence des monnaies s’éternise depuis la crise des subprimes, c’est uniquement par l’avènement mondial de la ploutocratie. Il n’y a aucun obstacle moral, technique ou juridique à une résolution immédiate de la crise de globalisation du monde.

Mesure perdue de la réalité

À Chypre, les banques sont fermées depuis une semaine. Elles sont en faillite. Pourquoi ? Personne ne sait ce qu’il y a vraiment dans le bilan des banques chypriotes. Il y a bien des dépôts qui font 4 ou 5 fois le PIB de l’île ; mais quelles richesses réelles y a-t-il derrière ces dépôts ? La zone euro a déclaré que le prix réel des actifs comptabilisés dans le bilan des banques chypriotes est au moins inférieur de 10 % au prix nominal des passifs. Dépôts et emprunts bancaires sont sans contrepartie au présent et au futur.

En demandant la taxation de tous les dépôts, la troïka déclare que les comptes en euro sont fictifs dans les banques chypriotes à hauteur de 10 % de la valeur nominale de l’euro. Les « autorités monétaires internationales » constatent également que l’État chypriote n’a pas les ressources budgétaires qui permettent de racheter la non-valeur des banques que, selon les traités de l’euro, il surveille et garantit.

Continuer la lecture de CHYPRE, LA RÉVOLUTION MONÉTAIRE EN MARCHE, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager

RÉTABLIR L’ÉCONOMIE DE LA LOI PAR LA MONNAIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Continentaux et anglo-saxons se chamaillent sur la priorité entre recapitalisation des banques et réduction des déficits publics. Ce débat sur la poule et l’œuf dissimule la cause commune de l’insuffisance du capital bancaire et du surendettement public et privé. Il n’y a ni poule ni œuf sans coq pour féconder la poule. De même, il n’y a ni capital ni dette remboursable sans régulation internationale des monnaies. La loi publique féconde l’échange économique.

La monnaie est l’unité de compte de l’échange. L’échange engendre le prix. Le prix porte sur l’objet que quelqu’un vend à un acheteur. L’acheteur transfère le prix au vendeur contre l’objet. L’objet de l’échange est pure convention entre l’acheteur et le vendeur. Tout ce que l’homme peut nommer et négocier s’achète par un prix qui est le règlement du vendeur de l’objet. Le prix en monnaie est un concept de quantification des objets échangés.

La mondialisation de l’échange donne à penser que l’échange est purement bilatéral entre des individus. Cette interprétation dissimule la cause qui fait matériellement exister la monnaie de règlement. Pour que le prix réalise l’échange équitable, il faut que l’acheteur et le vendeur s’entendent sur une loi commune. La loi fonde le crédit qui provoque le règlement en monnaie.

Continuer la lecture de RÉTABLIR L’ÉCONOMIE DE LA LOI PAR LA MONNAIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager

« GOUVERNER, C’EST CHOISIR » : RÉPONSE À PIERRE SARTON DU JONCHAY, par Zébu

Billet invité. Zébu revient en particulier sur la notion de valeur et le fonctionnement d’un marché international de compensation monétaire – le bancor de Keynes – en réponse au billet de Pierre Sarton du Jonchay « Pourquoi convoquer un nouveau Bretton Woods »

Il me semble que nous en avions déjà discuté mais le système proposé par Keynes ne s’appuyait effectivement pas sur l’existence de marchés, a fortiori à terme : en quelque sorte, son Bancor était auto-suffisant, pour définir la compensation des balances commerciales, sources selon lui des déséquilibres monétaires et donc des déséquilibres mondiaux.

De ce que j’en ai compris, des règles de gestion de tels déséquilibres avaient été intégrées dans ce système, soit par la bivalence dévaluation/réévaluation, soit par des systèmes d’ancrage relatif à un panier de biens (avec un système notamment uniquement d’entrée de compensation par or), soit par un système de pénalités financières (en +/-).

C’est pourquoi je ne conçois toujours pas l’intérêt ni de réintroduire le concept de valeur, même de manière temporaire, pour définir le prix des monnaies, ni non plus la nécessité de créer une option dont l’objet serait d’anticiper sur des marchés monétaires d’éventuels déficits commerciaux.

Le système de Keynes se suffit à lui-même, sans les marchés, et c’est justement un de ses atouts les plus importants, que de pouvoir se passer et du concept fallacieux de la valeur et d’une gestion soit-disant transparente par ces mêmes marchés, sous prétexte de ne pas introduire le politique dans la gestion monétaire…

Bien au contraire : « Gouverner, c’est choisir ».

C’est le rôle même de la politique.

Continuer la lecture de « GOUVERNER, C’EST CHOISIR » : RÉPONSE À PIERRE SARTON DU JONCHAY, par Zébu

Partager

RETOUR SUR « L’AUSTERITE EST UNE CHIMERE » (Paul Krugman), par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

Il est à craindre que l’article de Paul Krugman dans le New York Times1, « L’austérité est une chimère », ne retienne pas suffisamment l’attention dans le tumulte des grands évènements qui affectent le monde : la confirmation des dangers du nucléaire révélant le côté « apprenti sorcier » de l’homme et le « printemps arabe » avec ses soubresauts, notamment. Pourtant, il serait regrettable que ces évènements fassent oublier la course à l’abîme à laquelle se livrent de nombreux pays d’Europe aujourd’hui.

Dans leur peur de déplaire aux « marchés » et leur désir de conforter la « confiance » des investisseurs censée faire repartir, comme sous le doigt d’une fée, la croissance, les dirigeants européens font assaut de vertu dans la diminution des dépenses publiques et rivalisent dans la mise en œuvre de programmes d’austérité, tels les « moutons de Panurge » se précipitant dans la mer. Les champions de cette course à l’abîme sont les britanniques David Cameron et George Osborne qui n’ont pas hésité à pratiquer des coupes particulièrement sévères dans les dépenses budgétaires affectant le fonctionnement des services publics au moment où la conjoncture économique de leur pays donne déjà des signes de faiblesse, dans l’espoir fallacieux que la dépense privée prenne le relai.

On ne s’étonnera pas de ce que, comme le souligne Paul Krugman, cette thérapie, au lieu de soulager les maux des malades qu’elle prétend traiter, soit de nature à les aggraver. On le voit bien aujourd’hui dans les cas de la Grèce et du Portugal. C’est que les dispositions prises, de façon concomitante, par les pays concernés, censées réduire leurs déséquilibres budgétaires et leurs dettes, ne peuvent que les creuser par leurs effets négatifs sur la demande et, par voie de conséquence, sur l’activité économique et les recettes budgétaires qui en dépendent. Le processus se révèle ainsi pervers : « réduire le soutien de l’État en période de crise revient à se tirer une balle dans le pied, même en termes purement budgétaires : tout gain réalisé d’un côté est annulé par une diminution des recettes, puisque l’économie se contracte. 2»

Continuer la lecture de RETOUR SUR « L’AUSTERITE EST UNE CHIMERE » (Paul Krugman), par Jean-Pierre Pagé

Partager

KEYNES : L’EUROPE SERA-T-ELLE FIDELE A SES GRANDS HOMMES ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Sylla a renouvelé en commentaire à Sortir la finance de la nuit conceptuelle une interpellation récurrente sur l’impact prévisible d’un étalon monétaire mondial sur la répartition du capital. En fait la proposition keynésienne du bancor est sous-tendue par une conception politique du capital qui définit les conditions et la nécessité de sa fluidité. La révolution keynésienne de l’économie politique consiste dans l’analyse du rôle de l’État de droit dans l’allocation du capital à la production de richesse et dans la définition des conditions monétaires publiques de l’optimalité de cette allocation au fil du temps.

Économie libérale schizophrène

Lors de la révolution industrielle et financière du XIXème siècle, s’est imposée l’hypothèse d’une dissociation utile et sans conséquence du capital physique investi dans le développement économique et du capital conceptuel représenté dans la Loi politique, les règles du calcul économique et la responsabilité financière. Cette hypothèse s’est imposée autant dans les mentalités que dans les faits puisque les théories économiques et juridiques se sont opposées entre nations distinctes et que les échanges se sont néanmoins développés par la circulation des marchandises dont la plus précieuse, l’or, a été reconnue comme unité de compte et de règlement des prix internationaux. Le libéralisme politique et la multiplicité des États ont progressivement nourri le libéralisme économique niant toute présence de l’État de droit dans une rationalité économique qui serait indépendante de la politique. Cette conception a bien été dénoncée comme cause fondamentale de la Grande Crise mais n’en a pas moins repris le dessus dès les années soixante-dix pour provoquer la grande crise actuelle du début du XXIème siècle.

Continuer la lecture de KEYNES : L’EUROPE SERA-T-ELLE FIDELE A SES GRANDS HOMMES ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager