KEYNES : L’EUROPE SERA-T-ELLE FIDELE A SES GRANDS HOMMES ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Sylla a renouvelé en commentaire à Sortir la finance de la nuit conceptuelle une interpellation récurrente sur l’impact prévisible d’un étalon monétaire mondial sur la répartition du capital. En fait la proposition keynésienne du bancor est sous-tendue par une conception politique du capital qui définit les conditions et la nécessité de sa fluidité. La révolution keynésienne de l’économie politique consiste dans l’analyse du rôle de l’État de droit dans l’allocation du capital à la production de richesse et dans la définition des conditions monétaires publiques de l’optimalité de cette allocation au fil du temps.

Économie libérale schizophrène

Lors de la révolution industrielle et financière du XIXème siècle, s’est imposée l’hypothèse d’une dissociation utile et sans conséquence du capital physique investi dans le développement économique et du capital conceptuel représenté dans la Loi politique, les règles du calcul économique et la responsabilité financière. Cette hypothèse s’est imposée autant dans les mentalités que dans les faits puisque les théories économiques et juridiques se sont opposées entre nations distinctes et que les échanges se sont néanmoins développés par la circulation des marchandises dont la plus précieuse, l’or, a été reconnue comme unité de compte et de règlement des prix internationaux. Le libéralisme politique et la multiplicité des États ont progressivement nourri le libéralisme économique niant toute présence de l’État de droit dans une rationalité économique qui serait indépendante de la politique. Cette conception a bien été dénoncée comme cause fondamentale de la Grande Crise mais n’en a pas moins repris le dessus dès les années soixante-dix pour provoquer la grande crise actuelle du début du XXIème siècle.

Keynes est le premier grand théoricien du rôle de l’État dans l’économie. Mais son analyse de la régulation publique par la monnaie et la dépense collective a été déformée par la compétition des intérêts privés et particuliers à ne pas comprendre ce qu’est le bien commun. La proposition de Keynes logique avec toute son analyse du gouvernement de l’économie est la monnaie conjointement matière objective et concept subjectif. Keynes voit l’or comme un capital physique, comme une matière économiquement inerte qui ne correspond pas aux efforts humains de transformation de la matière pour produire des richesses. Il condamne vigoureusement le choix de son pays de revenir à l’étalon or après la Première Guerre. L’indexation de l’émission monétaire britannique sur une matière physique dont la quantité disponible est exogène à l’économie enferme le calcul économique dans un carcan inadapté à la finalité humaine des activités économiques. Keynes voit bien que limiter le crédit et la monnaie par un capital d’or qui est parti dans les mains étrangères en contrepartie de la victoire sur l’Empire allemand est la meilleure manière de déclasser définitivement son pays au profit des États-Unis. Figer les rapports économiques selon les bonnes ou mauvaises actions du passé lui paraît inepte.

Conditions de fluidité du capital

L’or, comme n’importe quelle autre matière physique particulière mesurable, ne se trouve pas nécessairement là où on en a le plus besoin, là où gisent les idées et les initiatives pour créer de la richesse. L’analyse de Keynes est fondamentalement que le capital conceptuel précède le capital physique dans l’anticipation qui engage la production de richesse. Ce n’est donc pas la répartition présente du capital physique qui doit déterminer le crédit par lequel on emprunte le prix à terme de la valeur économique à produire. La mesure conceptuelle du capital qui représente la valeur anticipée des projets de richesse que les hommes croient pouvoir réaliser doit activer le capital physique ; elle doit justifier la mobilisation des matières physiques par le plein emploi du travail humain d’intelligence de la valeur. L’or ou tout autre matière physique ne peut pas être la fin qui borne les projets de création de richesse mais bien un moyen et seulement un moyen au service de l’intelligence humaine qui entreprend et travaille. L’information de la matière physique par le travail humain d’intelligence est la vraie cause du capital qui mesure le résultat anticipé de l’activité économique.

La logique keynésienne de la monnaie est que la rationalité précède la matière physique dans le crédit qui mesure la richesse future. La valeur de cette rationalité permet l’émission monétaire pour produire la réalisation physique future de la richesse anticipée dans le capital qui garantit le crédit. Keynes promeut l’intervention de l’État dans l’économie parce que c’est le seul gisement de capital conceptuel collectif qui ne soit pas formellement préempté et réduit par des intérêts privés, la seule source conceptuelle de capital dont le prix ne soit pas déterminé par une matière physique particulière déjà répartie entre individus indépendamment de leurs projets de création de richesse. Fidèle à sa logique et parce qu’il n’existe pas d’État international, Keynes propose une monnaie de rationalité en alternative à l’or pour reconstruire le système monétaire international après la Deuxième Guerre mondiale. Il convainc les Étatsuniens qui consentent à créer des institutions financières internationales de négociation inter-étatique. Mais il échoue sur l’équité étatique internationale à la conciliation des intérêts particuliers nationaux. Les États-Unis imposent leur intérêt national par l’étalonnage de la monnaie en or dont ils contrôlent l’essentiel du stock.

Rechute dans la guerre de religion économique

La fondation à Bretton Woods du Gold Exchange Standard, l’étalon dollar convertible en or, a été une demi-victoire de Keynes. Un cadre de négociation internationale de la monnaie rationnelle a été créé. Mais les États-Unis ont tué dans l’œuf la production internationale rationnelle de monnaie en imposant au monde leur politique monétaire par le dollar défini comme « or-papier ». Puis ils ont tué la monnaie rationnelle en 1971 en abandonnant toute notion d’étalon monétaire international. La crise des subprimes est l’aboutissement d’une monopolisation étatsunienne du capital monétaire conceptuel. Le libre échange international des marchandises a masqué la capture conceptuelle du capital par le dollar, lequel a échappé au contrôle de la politique monétaire des États-Unis par son accumulation dans des mains étrangères en paiement des déficits d’exportation de valeur réelle étatsuniens. Le droit étatsunien dominant qui permet la manipulation conceptuelle des prix par les produits dérivés non contrôlables par l’intérêt collectif a totalement déconnecté l’économie financière de l’économie réelle. L’allocation conceptuelle du capital aux projets de richesse future ne mesure plus l’allocation réelle. Le capital physique réellement investi est sans rapport avec le capital titrisé détenu par les investisseurs financiers nominaux.

Le retour au bancor comme concept d’étalon monétaire international vise bien à restaurer la possibilité d’une rationalité monétaire internationale qui permette une rationalité financière du capital. La crise des subprimes conclut la désagrégation de la financiarisation de la mesure du capital fondée initialement sur l’or puis aujourd’hui sur la matière-papier du titre. Le bancor est le moyen de restaurer la fluidité économique réelle du capital physique par la fluidité internationale du capital conceptuel. Une monnaie mondiale qui ne sera plus l’unité de compte d’une nation en particulier affirmera ipso facto l’existence d’une loi de rationalité économique commune à tout échange indépendamment du régime juridique national. Les rapports de force imposés dans les asymétries juridiques ne seront plus nécessaires au calcul des prix et à l’anticipation de la rentabilité du capital investi. La finalité du prix et de l’investissement devient par l’option du bancor la production d’une richesse susceptible de satisfaire des besoins humains valables sous n’importe quelle souveraineté. Et comme une monnaie internationale est par définition la représentation d’une loi économique commune universellement acceptée, elle permet de produire le prix mondial objectif de n’importe quel capital conceptuel dans n’importe quel système juridique national.

Investissement réellement mondialisé du capital

La monnaie internationale de Keynes crée en soi un capital conceptuel de rationalité économique mondiale collective. Ce capital est originellement purement conceptuel puisque toute sa réalisation physique est par nature sous contrôle des souverainetés et des intérêts nationaux. Mais  l’interdépendance économique internationale reconstruite sur une monnaie de droit commun oblige à l’internationalisation de la réalité du capital. L’étalon monétaire de rationalité économique internationale rétablit par l’interdépendance économique des intérêts nationaux la fluidité du capital selon la valeur future des investissements quelle que soit leur localisation. Le seul motif explicite de détention d’une réserve monétaire internationale est la possibilité d’acheter dans n’importe quel pays ce dont on aura besoin plus tard. Il en découle qu’emprunter à la collectivité internationale implique d’interroger ses besoins afin de lui livrer ce qu’elle attend par le financement qu’elle consent. Emprunter en bancor implique d’allouer le capital à de vrais objets de valeur nationaux et à la stabilité des monnaies qui engagent leur prix.

La monnaie internationale non définie par du capital physique mais par un capital conceptuel commun à l’économie internationale pose un principe de comptabilité du capital par la valeur à terme des projets économiques et non par la répartition présente du capital réduit à sa matérialité monétaire historique. L’existence d’une monnaie véritablement internationale fonde l’origine du capital dans une loi économique commune qu’aucune nation ne puisse manipuler pour en capter la valeur. L’économie redevient la conceptualisation humaine de la loi de production de la valeur infinie par la matière finie. Le capital redevient la mesure du potentiel de transformation de la matière par le travail d’intelligence plutôt qu’un potentiel de captation de la matière du faible par le fort. La loi économique commune entre nationalités distinctes remet l’État de droit au-dessus de la valeur entre individus qui n’ont pas la même nationalité.

Espace continu de droit humain

La monnaie transnationale contrôlée par les États de droit nationaux placés sur un pied d’égalité conformément à la proposition keynésienne devient une sur-nationalité humaine de tout objet d’échange international. Toute dette comptabilisée sous une quelconque souveraineté nationale dans une autre monnaie que la nationale ou la transnationale est réputée n’offrir aucune garantie d’équité et de licéité du droit contractuel qu’elle comptabilise. La liquidité d’un prix à terme en bancor implique son enregistrement obligatoire à l’intérieur d’un contrat identifiable dès l’origine qui conditionne son règlement à l’échéance. Dès lors, tout prix en devise nationale non enregistré ou non visible par le régulateur public souverain de la monnaie utilisée devient par défaut une dissimulation de l’iniquité d’une transaction. Toute autorité politique est alors publiquement placée devant sa responsabilité soit d’interdire les objets financiers non déclarés sous sa souveraineté soit de taxer les flux monétaires de règlement dont la finalité licite n’est pas probable. Le prix de la légalité humaine est systématiquement calculable dans un État de droit sans discontinuité de nationalités plurielles.

Le bancor est l’application monétaire dans le champ international de la primauté de l’État de droit dans l’économie. Un capital de matière présente n’est transformable en valeur à terme réelle rentable par un investissement international qu’à la condition d’une application sans discontinuité temporelle et spatiale d’une loi d’économie qui soit impérativement humaine pour être matérielle. Un même critère de légalité humaine doit déterminer le calcul du prix de toutes les causes multinationales de la valeur à terme. Eu égard au niveau de développement atteint par les opérateurs financiers actuels, il n’existe aucun obstacle technique à la garantie transnationale de la légalité humaine des échanges internationaux par des prix convertibles en une monnaie mondiale commune. Si les monnaies et les prix nationaux deviennent convertibles dans une même monnaie transnationale d’engagement de la légalité économique, les États nationaux ne peuvent plus se concurrencer sur l’humanité du droit qu’ils appliquent mais sur les seuls résultats économiques de la légalité humaine qu’ils créent. La concurrence internationale ne peut plus se développer sur l’existence économique du sujet de la valeur mais uniquement sur son objet. La fiscalité ne peut plus être considéré comme un coût subi exogène au calcul économique mais bien comme le prix nécessaire du financement de la légalité. La légalité économique a son prix nécessaire à l’intérieur autant qu’à l’extérieur de chaque souveraineté nationale. Le capital conceptuel collectif qui garantit les monnaies nationales est contre-garanti par le capital collectif de comptabilisation transnationale commune du droit humain en bancor.

Démantèlement de l’enfer fiscal mondialisé

Dans le contexte actuel de la mondialisation sans comptabilité transnationale du droit, les grands pays se font concurrence par le prix fiscal de la Loi qu’ils appliquent. Les paradis fiscaux ont dû être développés pour dissocier le capital conceptuel du capital physique. Le capital nominal s’inscrit dans un paradis fiscal pendant que le capital physique obligatoirement et concrètement protégé par des lois nationales échappe à toute fiscalité malgré la protection active de la propriété privée qu’il entraîne. Les paradis fiscaux sont une nécessité de l’état de guerre légale entre les grands pays développés. Cette guerre conceptuelle divise la réalité du capital entre sa matérialité physique qui le localise et sa comptabilisation conceptuelle qui dépend de l’application d’un régime de nationalité légale. Pour capter le capital physique de ses rivaux sans faire subir à leurs propriétaires privés le coût de la protection juridique qui le fait exister, le capital titrisé est fictivement localisé dans un espace juridique qui le soustrait au régime normal de fiscalisation. Seuls les propriétaires domestiques du capital purement physique non financièrement délocalisable, tel le détenteur d’une compétence de travail dans son pays de résidence, subissent le coût fiscal de la légalité économique. La guerre juridique internationale dissimule le pillage de la valeur réelle des nationalités par la ploutocratie sans nationalité.

L’instauration d’une monnaie internationale oblige à la domiciliation du capital conceptuel là où le capital physique est investi. La circulation du capital est donc complète à la fois physique et conceptuelle et par conséquent soumise à son vrai coût de régulation par une loi d’équité entre agents économiques quelle que soit leur nationalité. Les élites économiques nationales ne peuvent plus mettre en concurrence les États sur le prix de la Loi qui permet l’existence du capital. Les étrangers investisseurs dans un pays peuvent y déclarer le capital qu’ils placent sous la protection de la justice et de la fiscalité nationales. Mais s’ils ne sont pas personnellement présents dans le pays dont ils achètent le régime de légalité économique, ils subissent une fiscalité limitée par leur statut international explicitement reconnu par le pays domiciliataire de leurs droits transnationaux en bancor. Par ce régime, les étrangers n’assument pas les coûts publics domestiques dont ils ne sont pas bénéficiaires et participent au financement de la légalité publique dont ils bénéficient. Le capital ne peut plus être domicilié sous un régime juridique qui n’est pas celui par lequel prospère sa réalité physique.

La démocratie est-elle la vocation de l’Europe ?

L’effondrement en cours de l’économie des démocraties les plus avancées est irrémédiable en l’absence de transnationalisation de la comptabilité du droit par la monnaie. Tant qu’il n’est pas obligatoire de déclarer la loi nationale qui protège un capital conceptuel, le système financier international domiciliera le maximum de capitaux dans les espaces d’abus de droit officiel qui versent à des épargnants privilégiés la part publique du capital qui finance l’activité économique. Les plus-values de défiscalisation sont prélevées sur les salariés qui ne peuvent pas délocaliser leur capital personnel issu des droits qui leurs sont reconnus en tant qu’êtres humains. La destruction du bien commun public des démocraties est une conséquence de la guerre internationale du droit qui oppose les textes nationaux pour ne pas reconnaître l’existence de principes communs. La proposition keynésienne du bancor repose explicitement sur la primauté non internationalement divisible de l’État de droit sur l’existence de tout capital et de toute monnaie. Il suffit que quelques États de droit nationaux reconnaissent par une monnaie commune spécifique l’État de droit commun qu’ils veulent faire exister dans leur transnationalité pour mettre immédiatement fin à la spéculation financière internationale contre les droits de l’homme. N’est-ce pas le projet de l’Union européenne ?

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314 réflexions sur « KEYNES : L’EUROPE SERA-T-ELLE FIDELE A SES GRANDS HOMMES ?, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. bonjour,

    pas tout compris à cet article, désolé mais je préfère nettement la clarté de mr leclerc

    au lieu de philosopher, pourquoi ne pas agir, car je crois pas qu’il ne se passera grand chose de la part des gens en place,
    par exemple créer une banque « éthique » et investir là où l’argent manque à l’économie, mr jorion a travaillé dans la partie et serait bien placé pour chapoter un tel projet, j’ai plein de lecteurs qui y mettraient des sous, et moi aussi, on en a tous ras le bol d’être rackété et contraint de passer par un système unique dont on adhère pas aux principes …
    bonne année et rétablissement aux malades (yvan)

  2. Je ne sais pas si quelqu’un la dit plus haut (y à trop à lire), mais le bancor (et votre conclusion) est une solution, dans le sens où on coordonne les échanges internationaux, mais ce n’est qu’un dumping (évidement pour nous), avec la fiscalité, le socia,l les normes environnementales, ou sécuritaires.
    Si on a pas (pourquoi pas au sein de l’omc plutôt qu’un g20 où d’autres machins) un organisme qui déclarent que tous le monde triche (enfin ceux qui peuvent) soit avec la monnaie (Chine états-unies) soit avec des subventions (Europe, Etats-unies, Australie pour l’agriculture), soit par un potentiel militaire (etats-unies encore et encore) soit par des taxes (Chine, comment profiter du libéralisme en protégeant ces frontières et mieux à l’intérieur de celle-ci), maintenant on arrête la mascarade et on négocie « officiellement » nos besoins de protections, tous les 2 ans et on arrête le plaidoyer utopiste de la concurrence non faussé, alors les états trouveront d’autres dumping (je préfère protection, voir régulation, mais c’est plus mode) que la monnaie, bref on avancera, mais sans redouter l’imagination pour le contourner.

    1. mes phrases sont désespérement trop longue (et avec plein de fautes, mais ça c’est évident, d’ailleurs c’est l’un des rares blogs, où on accepte la non maitrise de la forme pour s’attacher aux fonds)

    2. @PSJ En fait je vais être honnête (et peut-être justifier les commentaires qui vous sont moins plaisant), le langage spécifique (à l’économie, mais aussi à toutes professions ou groupes) n’a qu’un objectif sous-jasent ce rassurer, oui toi tu me comprends et on peut exclure les autres en restant dans son domaine. Je sais bien que vous cherchez à être précis, mais au final cela donne l’impression de vouloir parler plus fort (et ceux qui parle fort ne cherche qu’à ce rassurer eux-mêmes) , mais avec des diplômes.
      En conclusion on sent l’arnaque (et on cherche les petites bêtes) par ce qu’on est un peu comme des chiens, on grogne sur ceux qui n’ont peur de nous (bon maintenant faut que je liste mes défauts aïe, ça va être long)

  3. Mardi 4 janvier 2011 :

    Sur le site internet du journal allemand DIE WELT, le sondage du jour pose la question :

    « Glauben Sie, dass die Eurozone 2011 zerbricht ? »

    « Pensez-vous que la zone euro va éclater en 2011 ? »

    Réponse des sondés : oui, à 72 %.

    Welt.de

    1. Passionnant d’apprendre que les conservateurs allemands qui lisent die Welt prévoient l’éclatement de la zone euro pour 2011, d’après un sondage internet en plus… PAS-SIO-NNANT

      Déprimant ce blog…

  4. @Sartron

    Ça commence à avoir de la gueule votre petit bazar. Ça s’épure, ça se met en place, ça se corrige, ça commence à respirer…

  5. Bonsoir Pierre.
    Comme les retardataires n’ont pas d’excuses, si je profère des banalités ou des débilités, autant me délivrer l’absolution maintenant, la bataille faisant rage, je ne voudrais pas partir l’âme lourde de n’avoir rien capté en ce blog qui est … celui de Paul Jorion.

    Si je comprend bien (hem …), en adossant le bancor (bankeuro ?) au marché unique d’options, soit le marché à terme des ‘biens’ à livrer, on permet ainsi de fonder la seule monnaie commune qui permette l’effectivité en ce bas monde, soit une certaine rationalisation.
    De deux manières :
    – en faisant en sorte de libeller tous les échanges sur le marché à terme soit en monnaies nationales, soit en monnaie commune. De sorte que si un malotrus, disons ricain ou ruskov, voir chinetok s’essaierait à payer sur le dit marché (unique) à terme dans sa vile monnaie, il se ferait refouler grave, version à l’envers, histoire de lui apprendre les bonnes manières (avant que de mugir dans nos campagnes, encore faudrait-il commencer par savoir le faire en français, bordel, ou en langue commune, à tout le moins ; euh non, finalement, non, pas en langue commune) ;
    – en faisant en sorte que tous les pays utilisant la monnaie commune sont des pays de droit et membres de droit de cet monnaie commune non pas parce qu’ils ont fondé une banque centrale commune avec des quottes parts en capitaux censés représenter la ‘valeur’ de leurs monnaies respectives à un moment ‘X’, mais bien parce qu’ils mettent en commun leurs réalités et que c’est à ce seul titre qu’ils sont membres de plein droit, fondant ainsi un espace commun d’effectivité par l’utilisation d’une monnaie commune et parce qu’ils sont des pays de droit (les pays de droite étant interdits, provisoirement).

    Le bancor (ou bankeuro si on imagine que l’UE mettait en place ce type de monnaie commune) ne serait ainsi qu’une simple unité de compte basée sur la ‘distorsion’ d’un prix défini à un moment ‘X’ en monnaie locale pour un bien à livrer à un moment ‘Z’, entre un pays A et un pays B (don les monnaies, idiotement, sont ‘A’ et ‘B’), ‘distorsion’ évaluée par les acteurs du marché à terme des biens à livrer par la prime de risque ?
    En clair, si aujourd’hui je propose de livrer une banane à 5 francs = 1,2 bankeuro pour dans 6 mois en Allemagne, mais que dans 6 mois, le prix in fine est de 1,3 bankeuro, la prime de risque intègre non seulement le risque de non livraison mais aussi le risque de change (en supposant que la banane fut bien livrée en Allemagne) ?
    Soit, dans ce cas, une prime de risque monétaire du franc envers le bankeuro … (ce qui fait cher la banane à Hanovre ; Vigneron, pas de contrepèterie).
    En clair, les acteurs du marché à terme identifient, concrètement, que l’économie française est bien dans la panade et qu’il serait donc normal d’en tirer les conséquences (dévaluation).

    Mais est-ce ‘suffisant’ et est-ce vraiment le projet de l’UE ?

    Je crains que non, même avec un marché unique à terme de livrables.
    D’abord parce que les paradis fiscaux sont déjà en bonne partie au sein de l’UE. Et que l’interdiction ou la ‘fiscalisation’ des flux provenant des paradis fiscaux situés hors de cette zone économique et monétaire commune et effective se basera sur la nécessité d’identifier l’origine des flux financiers, mêmes pour des pays de droit (pouvant évidemment utiliser les dits paradis fiscaux).
    Soit des mesures ‘politiques’ (autres que les mesures de politique monétaire en tout cas).
    Et que le fait que les pays constituant l’UE soient des pays de droit et démocratiques n’est pas suffisant non plus : le dumping fiscal se joue actuellement au sein de l’UE en toute légalité (dumping qui pourrait perdurer pour ‘différencier’ y compris dans le cadre d’un bankeuro et d’un marché unique d’options). Ou même l’impossibilité actuelle pour les citoyens de contrôler leurs mandants durant le cours de leurs mandats. Et je ne parle pas bien sûr de la techno-structure européenne …
    Soit, là encore, des mesures politiques.

    Enfin, je reviens sur l’idée de Keynes, de se baser sur les différentiels entre pays partageant cette monnaie commune, comme monnaie de compte. L’idée qu’il avance est à mon sens autant essentielle que l’instauration d’une monnaie commune pour un espace économique effectif : la solidarité et la compensation. Notamment que les différentiels en monnaie de compte, positifs ou négatifs, puissent être contenus dans des limites, au-delà desquelles une taxation progressive sera appliquée pour chaque pays, afin de réduire les effets de balance entre monnaies nationales utilisant une monnaie commune. Sans compter évidemment, pour ‘solder’ les différentiels, l’idée pour un pays en ‘excédent’ d’investir ou de prêter (mais au même taux d’intérêt que celui du pays prêteur pour le pays emprunteur) dans les zones en ‘déficit’, en monnaie de compte.
    L’idée, aussi, que seule la monnaie commune et un marché unique, même effectif, ne sont pas en soit suffisants pour fonder un vivre ensemble. Car il y manquerait le minimum requis de solidarité et de fraternité.

    Néanmoins, apparemment, si j’ai compris (hem …) tout ceci, cela apparaît comme une des conditions.

    Cordialement.

    1. @Zebu,

      Tout ce que vous nous expliquez-là avec moulte images précises et argumentées montre la logique intrinsèque inattaquable de la monnaie keynésienne. Le bancor ne présente aucun obstacle technique de nature économique, juridique, politique, anthropologique par rapport a sa finalité démocratique de réhabilitation du réel. Le défi est donc désormais strictement démocratique : les démocrates du réel doivent convaincre les impérialistes du concept. Comme la réalité démocratique est en train de se déliter par l’effet du pillage financier de la réalité, il faut expliquer de toutes les manières possibles et imaginables ce qui est en train de se passer.

      Les impérialistes du concept qui prennent leurs petits profits sur le pillage du réel se cachent derrière une soi disant loi du marché qui n’existe pas effectivement pour appuyer le démantèlement de la réalité des démocraties, c’est à dire du régime de solidarité humaine des sociétés réunies par une même loi nationale. Ces impérialistes du concept ne se rendent pas compte qu’ils sapent la cause démocratique de toute richesse qui est la légalité collective affichée réalisable du bien commun. Depuis la crise des subprimes, toute la richesse réelle exprimée par la finance fuit les régimes démocratiques pour s’investir dans les pays non encore démocratiquement constitués qui ne calculent pas le vrai prix du travail humain source et fin de la valeur. Les sociétés démocratiques se vident de leur liquidité monétaire, les États démocratiques sont financièrement démantelés afin de produire des plus-values spéculatives sur la corruption des élites des pays émergents.

      L’autodestruction de ce système de corruption se manifeste par les monnaies. Seules les monnaies des démocraties ont une valeur internationale par le fait que l’État de droit qui les sous-tend crée une obligation crédible de contre-réalité à la création monétaire. Dans les États émergents, le moindre civisme et la plus grande corruptibilité des élites suscite l’instabilité monétaire par la révocation toujours possible des dettes sous-jacentes. Le détournement financier de la réalité économique détruit la base des monnaies internationalement crédibles et rend plus impalpable la base juridique et économique des monnaies émergentes. Des bulles spéculatives parfaitement invisibles sont en formation qui provoqueront en quelques secondes l’effondrement de tout le système financier mondial par la faillite d’un État ou d’une mégabanque.

      Le simple fait que l’effondrement du système financier et monétaire puisse être logiquement décrit sur ce blog prouve qu’il est déjà accompli. Ce qui est en jeu actuellement, c’est sa révélation et son intégration dans les consciences. Quand de nombreux États développés auront cessé d’investir, de garantir le paiement de la solidarité sociale, quand une mégabanque ou une banque centrale sera abandonnée à son sort à cause de l’accumulation trop importante d’actifs toxiques dans son bilan, il faudra reconnaître que les engagements du vivre ensemble d’institutions fondamentales de la démocratie peuvent n’avoir aucune valeur réelle. Quand nous en serons arrivés là, le concept-même de démocratie aura disparu de beaucoup de consciences et toutes les énergies humaines se consacreront à se protéger de la barbarie. Une course de vitesse est actuellement engagée dans les consciences entre la reconstruction monétaire de la démocratie et son démantèlement par la finance dérégulée.

  6. Ah, PSDJ… de retour ; je vous pensais sous les tropiques mais c’était sur une piste, avec votre planche, à écouter une autre piste Goldman, mais pas Sachs…

    On veut des trucs nouveaux pour aller plus haut
    Et des super machins qui nous mènent plus loin
    On veut du neuf et du chic pour aller plus vite
    Avec plus de confort et beaucoup moins d’effort

    Après tout, nous sommes le marché
    Nous avons le droit d’exiger
    Et nous sommes majoritaires
    Et vous devez nous satisfaire

    Plus fort, plus fort
    Encore, encore et toujours encore
    Plus fort, plus fort
    Pout nos sens et nos ventres et nos corps
    Plus fort, plus fort
    Plus grand, plus gros, plus vite et plus fort

    On veut des grands desseins faciles à dessiner
    Et des lendemains qui chantent sans avoir à chanter
    On veut plus de savoir et bien moins de leçons
    Les droits sans les devoirs, le reste sans un rond

    Après tout, nous sommes le marché
    Nous avons le droit d’exiger
    Oui, nous sommes l’électorat
    Et nous avons donc tous les droits

    Plus fort, plus fort
    Encore, encore et toujours encore
    Plus fort, plus fort
    Pour nos sens et nos ventres et nos corps
    Plus fort, plus fort
    Plus grand, plus gros, plus vite et plus fort

    Plus fort, plus fort

    Le risque de l’option de votre lexicologie est de virer à la glossologie/lalie/manie mais vous êtes le vendeur et l’acheteur a sa liberté de choisir ses fins. Vivement les termes étalon et signe.
    Je manque de temps pour dépasser la légèreté….

  7. En fait, et dans l’ordre chronologique, il faudrait :
    1/ interdiction des paris sur les fluctuations des prix
    2/ création d’un marché unique d’options
    3/ création d’un bancor, s’appuyant sur le marché unique d’options

    Bon, ça, c’est fait.

    Maintenant, le nappage sur le gâteau, c’est chocolat blanc ou chocolat noir ?

    1. @Zébu,

      En fait chronologiquement si on part de bien plus loin, avec les dix commandements par exemple, et qu’on remonte aux temps présents, à ce soir exactement, force est de constater que sous le soleil rien de nouveau, « Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. » C’en est même pénible de l’écrire encore.

      Rendez-vous compte le monde est à l’envers, sans dessus dessous, on n’y comprends rien, mais il faut bien s’occuper, lire et penser est aussi une forme de distraction et d’espoir. Passer un moment ici en fait parti, on se prend au jeu, on rêve qu’on peut, on met sa parure et patatras le noir passe et perd, la banque rafle tout as usual. Pourvu que ça dure encore un peu avant le froid, les pleurs et les grincements de dents…

    2. Pensez donc, avec ce froid il neige mon ami !

      La face du monde en est toute retournée. sur 100 Audiences records concernant 63 millions d’habitants, 97 audiences ont été réalisées par TF1, les 3 autres par un match de foot sur F2 et M6. Réaliste, le froid rend réaliste…

      Mais ne vous méprenez pas, je prends le plaisir à vous lire ! Je grogne et étale mon défaitisme simplement.

  8. @Paul Jorion

    Je vous adresse mes salutations respectueuses.

    Julien vous a t’il fait parvenir mes commentaires censurées?
    On doit pas ignorer les gens qui font le choix de la recherche et la comprehension de la verité (qui reste relative).

    D’aprés toutes mes lectures cette crise sert la mise en place de cette monnaie internationale (peu importe son nom) qui va juste servir a gerer les ressourses planetaires pour ne pas buter sur le concept de nation qui va juste etre demantelé. Les plus eprouvées seront les historiens.

    On va donc juste monnayer une fois de plus notre tems-vie.

    Les choses simples ne neccesitent pas beacoup de mots pour les expliquer ou les faire comprendre. La complexité ne sert qu’a vous faire perdre la sagesse et vous eloigner du sens réel des choses.

    Merci Julien de ne pas censurer cette fois car n’ayant pas mis de lien ou nom comprometant, mon commentaire va juste apparaitre un peu … decalé ?
    C’est difficile de progresser dans la comprehension de « ce qui est » sans subir l’alienation de la raison humaine.

    Je pesais ne plus ecrire ici mais je suis quelq’un de perseverant malgré ma mediocrité.

    Mes respects

  9. Les monnaies se font et se defont a travers les siecles.
    La seule qui a traversée les siecles (la monnaie du peuple) l’argent, devait disparaitre pour permetre le controle des puissants a travers le « quantitative easing ». De Gaulle etait visionaire en son temps mais a succombé aux elites atlantistes.
    Celui qui dit argent en nommant une monnaie papier ou scripturale autre que argent metal est un menteur.

    Il y a ce qu’on voit et ce qu’on voit pas…

  10. Pierre Sarton du Jonchay @ le 4 janvier à 18:17
    «  »Actuellement, il n’y a aucune réponse à ces questions et donc aucune perspective de restauration de la croissance économique réelle. Sauf à refonder l’économie politique sur les pas de Keynes. » »

    Non, pas du tout Keynes, mais sur les pas de Clifford Hugh DOUGLAS, l’un des économiste les plus féconds, exact contemporain de Keynes. DOUGLAS fut un vrai – praticien – de l’économie concrète, ingénieur et directeur dans l’industrie et les travaux publics. Celui que les banquiers de la City ont fait marginaliser. À très grands frais d’ailleurs. Et ce détail ne trompe pas sur le sérieux et la valeur des découvertes expérimentales (et non théoriques) de DOUGLAS concernant la persistance continue de la faiblesse chronique du pouvoir d’achat par rapport aux « coûts » de productions.

    Dans notre présent système, il n’y en a que pour l’argent d’investissement, donc l’argent de production. Tandis que l’argent de – consommation – est le « parent pauvre », vraiment de plus en plus pauvre, qui faute de pouvoir d’achat suffisant, voit son cas aggravé par la perfusion du crédit jusqu’au coma général, coma prolongé par le poison des doses fiscales massives contre les revenus moyens et faibles, devenus fantômes, et sans recours contre les banques et le fisc qui écrasent ensemble ces revenus-là, bien sûr les plus nombreux et sans défense.

    Est-ce qu’il faut sortir de Saint Cyr ou de Polytechnique pour constater qu’un système financier n’atteint pas ses buts quand il ne fait pas venir l’argent là où sont les vrais besoins de la société? C’est à dire rendre efficace la réponse financière par un pouvoir d’achat authentique pour se procurer les biens nécessaires à une vie normale en rapport avec tous les progrès constants de la production elle-même.

    Étudier DOUGLAS, et pour les non anglophones, connaître tout ce qu’on peut recueillir de l’essence de ses découvertes expérimentales concernant la création et le contrôle de la monnaie par une instance sociale et non plus par des entreprises privées qu’on appelle banque commerciales et banque d’investissements qui ne « travaillent » que pour elles-mêmes et n’ont cure de la société.

    En effet, dans le sujet économique et financier qui est un sujet central, hors de la recherche obligatoire et bien naturelle de la justice économique, monétaire et sociale, point de salut.
    Le reste est: – vanitas, vanitatem et omnia vanitas – vanités, des vanités, tout est vanité.

      1. John Maynard KEYNES (1936), Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie trad. 1942, Vol II : p. 187

        « Depuis la guerre on a vu foisonner les théories hérétiques de sous-consommation ; les plus célèbres sont celles du Major Douglas. La force de l’argumentation du Major Douglas vient d’ailleurs en grande partie du fait que l’école orthodoxe n’a pu établir le mal fondé de ses critiques destructives. Car les détails de son analyse et notamment le théorème connu sous le nom de A + B contiennent une grande part de mystification pure. S’il avait limité la catégorie B aux provisions financières que les entrepreneurs constituent indépendamment de toute dépense de remplacement ou de renouvellement, il eut été beaucoup plus près de la vérité. Toutefois, il faut tenir compte même dans ce cas du fait que les provisions peuvent être contrebalancées soit par des investissements nouveaux en d’autres secteurs soit par des dépenses de consommation supplémentaires. Le Major Douglas, à la différence de ses adversaires orthodoxes, a au moins le mérite de n’avoir pas totalement oublié le problème essentiel de notre système économique. Mais on peut difficilement le mettre sur le même rang (dans la vaillante armée hérétique peut-être a-t-il grade de soldat, mais non de capitaine) que Mandeville, Malthus, Gesell et Hobson, qui, fidèles à leurs intuitions, ont mieux aimé se contenter d’une connaissance obscure et imparfaite de la vérité que soutenir une erreur, établie sans doute sur une logique simple, claire et cohérente, mais dérivant d’hypothèses incompatibles avec les faits. »

        An Exchange Between C.H. Douglas and John Maynard Keynes

        Evidence Submitted to the MacMillan Committee of Finance and Industry. Reprinted from the Official Minutes of Evidence, 24th day, 1 May 1930

        [Present: The Rt. Hon. LORD MACMILLAN, Chairman; – Sir THOMAS ALLEN; The Rt. Hon. LORD BRADBURY, G.C.B.; The Hon. R. H. BRAND, C.M.G.; Professor T. E. GREGORY, D.Sc.; Mr. J. M. Keynes, C.B.; Mr. LENNOX B. LEE.; Mr. CECIL LUBBOCK.; The Rt. Hon. REGINALD McKENNA.; Mr. J. FRATER TAYLOR.; Mr. A. A. G. TULLOCH.; Sir FREDERICK LEITH-ROSS, K.C.M.G., C.B.; Mr. G. ISMAY, Secretary.; Major CLIFFORD HUGH DOUGLAS, M.I.Mech.E., M.I.E.E.; called and examined… ]

        An excerpt:

        4461. PROFESSOR GREGORY: May I go back to the motor- car? You say if the motor-car costs me £100 I will get a chit, which I deposit with Mr. McKenna’s bank, and he finally deposits it with the Treasury, and by a series of book-keeping entries 25 per cent. of additional purchasing power is created? —

        [Major DOUGLAS] That is one form of mechanism.

        4462. [PROFESSOR GREGORY] That is one form of mechanism, but I do not want to pay too much attention to the consumers’ side — what is the position of the manufacturer? Are you assuming that the car costs the manufacturer £100, or that it costs the manufacturer more than £100? Is the actual cost price to the manufacturer what you pay for it? —

        [Major DOUGLAS] Do you mean, is he making a profit?

        4463. [PROFESSOR GREGORY] No, I am asking is he covering his cost if he sells at £100? —

        [Major DOUGLAS] Oh! yes.

        4464. [PROFESSOR GREGORY] You are assuming that he is carrying on his business on a perfectly definite commercial basis? —

        [Major DOUGLAS] Absolutely. He is selling in competition with other people who may sell at £99.

        4465. [PROFESSOR GREGORY] Your £25 does not really go to that motor-car manufacturer at all? —

        [Major DOUGLAS] No.

        4466. [PROFESSOR GREGORY] It is added to the general borrowing or purchasing power of the community. Well, I do not see, in those circumstances, how you can prevent prices from rising? —

        [Major DOUGLAS] I cannot see, as a matter of fact, how it can possibly cause prices to rise, again as a matter of mechanism, by this process. Supposing they do rise, your subsidy becomes inoperative.

        4467. [PROFESSOR GREGORY] Let us suppose in a given period of time, one month, the total turnover of consumable goods in this country is £1,000,000,000, and let us take your figure of 25 per cent.; that means that at the beginning of next month there would be £1,250,000,000 of purchasing power available. I am only using your own figure of 25 per cent. —

        [Major DOUGLAS] No, that is not quite true. I should not regard it, incidentally, as very important if it were true.

        4468. [PROFESSOR GREGORY] Let us clear up that point first? —

        [Major DOUGLAS] The result of your having done this is greatly to increase the total amount of sales in the country. Now, the whole of the price which is collected from the public becomes an item for cancellation, just as it does at the present time.

        4469. [PROFESSOR GREGORY] How do you get it back? You get it from the consumer, you pay it into the bank, who pay it into the Treasury, who get additional credit from some source, but you never do get that back? —

        [Major DOUGLAS] I will pursue this subject as far as you like, but I am frankly much more interested in making you see that the thing is perfectly possible. If you would really like me to get out a considered report as to the mechanism by which it can be done I shall be delighted to do it, my services are entirely at the disposal of the Committee, but the point that I want to hammer home is that it is inconceivable that you cannot get a mechanism which will enable you to equate purchasing power to the capacity to deliver.

        4470. Mr. KEYNES: Is it not probable that those of us who are criticising are not inclined to accept the inherent difficulty which you develop in paragraph 16 of your Memorandum. You divide payments there into A and B payments? —

        [Major DOUGLAS] Yes.

        4471. [Mr. KEYNES] The cost of production to the manufacturer is A plus B. Of that A goes to the public and is spent by them on manufactured goods, but B goes elsewhere? —

        [Major DOUGLAS] Yes.

        4472. [Mr. KEYNES] Where does it go? —

        [Major DOUGLAS] I felt sure that this would arise, because it generally does arise. May I put it this way? The wording of this statement is very careful. I always make the wording very careful. I say « Since A will not purchase A + B, a proportion of the product at least equivalent to B must be distributed by a form of purchasing-power which is not comprised in the description grouped under A. » I have not said it must be paid.

        4473. [Mr. KEYNES] I did not want to go on as far as that. Just previous to that you see « Group B, » which includes raw material; I assume you mean imported raw material; is that right? —

        [Major DOUGLAS] « Group B. All payments made to other organisations (raw materials, bank charges, and other external costs) ». Yes; simply what we should call in a company, bills payable at the end of the month.

        4474. [Mr. KEYNES] If they are paid through another business then that business will pay the amount as part of its cost of production to individuals? Is that it? —

        [Major DOUGLAS] Yes, I quite understand the difficulty. The real weight to be attached to this undoubted statement of fact — as it stands it is simply a statement of obvious fact — is whether the transfers from one firm to another are financed by either trade credit or from the firm’s own credit, let us say its working capital, or by a bank’s credit. The exact weight which that has in the whole of the statement depends to a very large extent on that. If the B payments are really financed from working capital then that working capital must, I think, inevitably have been obtained by the process of investment which is criticised under (b) in the same pricis. That is to say, the whole of the savings which have formed the working capital of that concern must previously have appeared in the cost of production.

        4475. [Mr. KEYNES] That would be true, but I thought the emphasis here was on the phrase « other organisations, » and what you are saying has no bearing on that. —

        [Major DOUGLAS] I am sorry! I missed that.

        4476. [Mr. KEYNES] I thought the force of the argument here was that it was a payment made by this manufacturing firm to other organisations? —

        [Major DOUGLAS] Yes.

        4477. [Mr. KEYNES] Its working capital is required to meet its expenditure under Group A during the period of production just as much as under Group B, so what you are saying now does not seem to me to distinguish between Group A and Group B? —

        [Major DOUGLAS] Yes, it does, because in Group A you paying out to the consumer; all the payments under Group B are purchasing power; which, if it was obtained by re-investment, was originally in the hands of the public and never gets back into the hands of the public at all.

        4478. [Mr. KEYNES] Other organisations which were receiving money under Group B are getting back that amount from this first one? —

        [Major DOUGLAS] Yes, that is the case; but there is a large amount of purchasing power which is permanently retained purely in the productive system, and never gets out into the consumers’ system.

        4479. [Mr. KEYNES] If all firms were united in a single firm would your difficulties be overcome?– [Major DOUGLAS] That is the obvious remedy for the financial difficulty but not necessarily the right remedy. Even from the purely financial standpoint it is a little difficult to say; you understand a time lag comes in.

        4480. [Mr. KEYNES] You think it would vanish? —

        [Major DOUGLAS] No, I do not think it would completely vanish.

        4481. [Mr. KEYNES] Why not? —

        [Major DOUGLAS] Because there would be a considerable amount of money being paid out in wages for delayed production, and your hypothesis assumes that the distributed costs of a given week are the total prices of the goods for sale in the same week.

        4482. [Mr. KEYNES] It would be diminished? —

        [Major DOUGLAS] It probably would be diminished I think, yes.

        4483. [Mr. KEYNES] Insofar as the fact that you have a differentiation in industry means that some people have to have bank accounts which they pay to others, it means you have to create a certain amount of credit, and really it acts as a revolving fund? —

        [Major DOUGLAS] Yes.

        4484. [Mr. KEYNES] If a revolving fund has been established, why do you have to add to it? —

        [Major DOUGLAS] If the revolving fund is as large as the total amount of money required to finance the whole of all business from the time the first process takes place to the time the article goes out to the consumer–it is possible–I should not be inclined to admit it offhand–that the question might disappear; but that is certainly nothing like the actual case.

        4485. [Mr. KEYNES] If you once raise the volume of credit to whatever level may be required by your profit in relation to the volume of production you have only to go on increasing it in proportion as production increases? —

        [Major DOUGLAS] No; there are all sorts of questions that would still arise. The question of turnover, depreciation, and the fact that the purchasing power of credit, or whatever you like to call it, which has been transformed into price values of fixed assets in the industrial system would in existing circumstances have to enter into the cost of the goods — and cost items of that type would always raise the price of the articles above the amount of purchasing power.

        4486. [Mr. KEYNES] And if in the interval you had to have new machines to replace old ones you would have to have individuals to produce them. How does that differ from any other form of consumption? —

        [Major DOUGLAS] Because you are not starting from zero. You are starting from a world as it is.

        4487. [Mr. KEYNES] How does that bear on the matter? —

        [Major DOUGLAS] It bears on the matter that you have a tremendous amount of real capital which at the present time is creating prices and which has not contributed anything like that amount of purchasing power.

        4488. [Mr. KEYNES] Do you mean that the receipts of capital are greater than the amount it pays out in dividends? —

        [Major DOUGLAS] Yes; that is an obvious statement of fact; the accounts of any company will show that.

        4489. PROFESSOR GREGORY: What happens to the difference? —

        [Major DOUGLAS] It is represented by the fixed assets in the company which it cannot distribute in the form of money…

  11. Paul Jorion a dit : « Ce qui caractérise l’intelligence humaine, c’est sa capacité à l’analogie, son talent à reconnaître des formes semblables dans des phénomènes distincts, et ceci en dépit de la nécessité d’opérer souvent cette reconnaissance à un niveau d’abstraction très élevé ».
    Je vous rappelle alors deux livres… «Mesurer le monde. L’incroyable histoire de l’invention du mètre 1792-1799». Ken Alder (Auteur), Martine Devillers-Argouarc’h (Traduction) et « Le Mètre du monde» Denis Guedj (Auteur) relatifs au 1788.
    Par analogie libre aussi je me souviens aux… «Tout est de l’eau» de Thales, « Tout est du feux » d’Héraclite, « Tout est du nombre » de Protagoras, « tout est de l’infinie » d’Anaxagore, Tout est Un » de Parménide, jusqu’ au tragique « être et non être » des grecques.
    Par analogie ou mnémotechnique, la commensuration monétariste dans la cite d’Athènes (voir le monde Anglo-Saxon) et le contraste non monétaire autarchique et d’austérité de Sparte (réaction européenne- vieux continent).
    Aristote a posé la question monétaire et la traduction qu’on a faite depuis des siècles était fonctionnaliste, comme si c’était de la mesure de l’espace, etc. … les fonctions de la monnaie… Mais lui, il a surtout posé, une question ou plutôt un problème d’équivalence (ισάσθαι χρει) qui n’était pas possible de résoudre conceptuellement mais d’après la nécessité (κατά χρείαν). Une reconnaissance extrême du rôle social de la monnaie, ou de la monnaie en tant que rapport social. Nous sommes depuis et toujours au problème de l’équivalence.

  12. Mercredi 5 janvier 2011 :

    « L’euro peut disparaître », prévient Joseph Stiglitz.

    Le fonds de soutien de la zone euro, décidé par les pays de l’Union européenne, « bien qu’essentiel (…), n’est qu’un palliatif temporaire pour les petits pays attaqués », affirme le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dans le journal Libération daté de mercredi.

    Ce fonds doit prolonger au-delà de 2013 le système de secours provisoire doté de 750 milliards d’euros qui a été mis en place dans l’urgence en mai, et qui est déjà intervenu pour soutenir la Grèce et l’Irlande.

    Toutefois, « le péril demeure » pour la zone euro, selon M. Stiglitz.

    « L’incertitude reste la même qu’il y a six mois. On savait alors que l’Irlande allait connaître une crise violente. On savait que les réformes indispensables pour la viabilité à la long terme de la zone euro devaient être réalisées », ajoute-t-il.

    Et si « l’Espagne a eu la chance d’entrer dans la crise avec un excédent budgétaire et un faible pourcentage de dette par rapport à son produit intérieur brut » et que l’Italie, « très endettée, a pu limiter son déficit budgétaire », la situation « reste précaire », affirme l’économiste.

    Selon lui, « si l’Europe s’affaiblit encore, l’étau se resserrera. Et l’anxiété grandira » sur la capacité des pays attaqués à faire face à leurs dettes.

    Or, estime M. Stiglitz, « la voie de l’austérité choisie par l’Europe, sous la pression des marchés, va retarder la sortie de crise, affaiblir les maillons les plus vulnérables de la zone euro et de l’Union européenne ».

    Selon lui, « l’idéologie du libre marché, qui a permis les bulles financières, lie les mains des politiques ».

    « Beaucoup de leaders européens n’ont pas compris qu’il fallait s’attaquer à la régulation du système et remettre l’énergie de la finance, qui ne connaît rien à l’économie, dans ce qu’elle doit faire », affirme-t-il.

    Et, met-il en garde, « l’euro, faute de politiques appropriées et d’institutions équilibrées (…), peut disparaître ».

  13. Avis aux amateurs d’invention de réalité et de vérité qui ont le privilège d’être parisiens et d’avoir lu le bouquin.

    Ce soir à 21h15 entrée libre au local de l’ÉCF

    1 rue Huysmans à Paris 75006
    de Hervé Castanet

    une conférence et débat je suppose

    Aristote et la transparence, Sur Paul Jorion

    Comment la vérité et la réalité furent inventées, (2009), se veut un plaidoyer pour un « retour à Aristote » pris dans une « anthropologie des savoirs ». Cette formulation est-elle une tentative de tordre le coup à tout ce qui ne tombe pas sous le coup de la science réduite à la logique – cette seconde orientation vouant la psychanalyse à errer dans l’à-peu-près au profit des cognitions qui, elles, se réduiraient à des propositions logiques ?

    L’angle d’attaque semble donc les limites de la logique d’Aristote.

  14. Merci Julien de ne pas me laisser en friche. Ma demarche de comprehension a commencé avec ce blog et ces ramifications et elle se poursuit. Je lis ce que je peux en essayant de ne pas me laisser embarquer dans une ideologie donnée en essayant de ne pas me limiter au stricte cadre humain. L’astronomie, la physique de particules et la biologie cellulaire sont des disciplines qui vous donnent suffisament de recul. L’humain est insignifiant, seul son raisonnement peut le transcender.

    Cordialement

    1. @gigi l’amoroso

      Un ouvrage qui peut vous aider (qui m’a aidé en tout cas) :

      Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon

  15. Mercredi 5 janvier 2011 :

    A propos du Portugal :

    En juin 2010, le Portugal avait lancé un emprunt à 6 mois : il avait dû payer un taux d’intérêt de 1,96 %.

    Mercredi 1er septembre 2010, le Portugal avait de nouveau lancé un emprunt à 6 mois : il avait dû payer un taux d’intérêt de … 2,045 %.

    Mercredi 5 janvier 2011, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de … 3,686 % !

    Conclusion : plus les jours passent, plus le Portugal emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.

    Plus les jours passent, plus le Portugal se surendette.

    Plus les jours passent, plus le Portugal se rapproche du défaut de paiement.

    http://www.agefi.fr/articles/Le-Portugal-finance-prix-fort-1163416.html

  16. Paul Jorion dit :
    5 janvier 2011 à 12:23

    Extrait de la citation de Keynes:
    – Mandeville, Malthus, Gesell et Hobson, qui, fidèles à leurs intuitions, ont mieux aimé se contenter d’une connaissance obscure et imparfaite de la vérité que soutenir une erreur, établie sans doute sur une logique simple, claire et cohérente, mais dérivant d’hypothèses incompatibles avec les faits. –

    Le Crédit Social, ou son alias la Démocratie Économique, aurait pourtant un coefficient d’ « erreur » infiniment inférieur à l’erreur véhiculée par la pensée économique et financière contemporaine, dont Keynes, bien compris ses qualités propres, est encore parmis les plus influent et représentatifs. Aujourd’hui Keynes apparait comme une – néoténie – de cette pensée économique encore contemporaine dont l’écho du débat, intéressant à plus d’un titre, se lit à longueur de pages sur le blog de Paul Jorion.

    Je le répète naïvement, un système qui est servi par les fidéicommissaires et leurs nervis financiers au détriment de la société civile productrice des biens et des services s’est disqualifié en oubliant systématiquement que, pourtant, ces biens et services sont, eux seuls, qui donnent sa valeur à l’argent fiduciaire, de papier et de chiffres de la masse monétaire en circulation. Ce sytème financier s’est disqualifié à répétition.
    Car déformer complètement, par un traitement et un détournement monétaire massif et
    – inique – ce qui doit rester le vrai reflet monétaire des réalités économiques, n’est pas défendable. Il est clair que cette très puissante et surinfluente pensée économique de l’époque de Keynes (1883-1946) et Douglas (1879-1952) ne pouvait admettre qu’il aurait fallu que les banques délaissassent leur sacro-sainte politique monétaire (alias politique du crédit) pour qu’elle soit pratiquée en respectant une couverture monétaire de 100%-monnaie et en ne prêtant que l’argent de leur déposants. Ainsi, n’est-ce-pas, le « nec-plus-ultra » du secteur bancaire se voyait retirer le rôle de la création monétaire et serait contreint de faire (enfin !) son vrai métier bancaire de gestion des dépôts et de l’épargne. Car la création monétaire serait confiée à une instance ou une représentation publique reconnue constitutionnellement qui, sous compétence financière, bancaire et monétaire, aurait l’exclusivité de la création (et de la destruction) monétaire pour tel espace économique.

    Les faits trouvés, et prouvés par Douglas et Magrit Kennedy (j’y reviens) sont irréfutables, autrement 2+2 ne font pas 4. Dans la division basique des prix A+B de Douglas, cette partie B n’est pas complètement élucidée par Keynes le grand théoricien mais pas praticien. Douglas n’est, certes, sûrement pas aussi ‘bon théoricien’ que Keynes, mais le praticien Douglas ne part pas d’ « hypothèses », si ce n’est uniquement de faits concrets qu’il a expérimenté sur le terrain économique productif tout au long de sa carrière de directeur d’industries et de travaux publics. Que signifie donc recevoir un télégramme de Londres informant que: – faute de crédits – il faut arrêter subitement le chantier (aux Indes) d’un immense pont reliant deux provinces des Indes? Alors que les matériaux, les ouvriers, les compétences techniques étaient là, sans défaut et le chantier allait bon train. C’est donc bien la finance qui « commande » et non pas les besoins de gens auxquels il faut répondre, ce dont la société dans son ensemble est largement capable. Le financement a pour mission se servir l’économie humaine et non l’inverse. Est-ce disqualifiant de penser comme ça?

    Les grands penseurs économiques et financiers refluent actuellement vers Keynes (le plus célèbre), mais le recul du temps révèle par l’histoire passée et l’actualité les manquements du théoricien Keynes en matière monétaire. Autant en tenir compte.

    Car, non seulement Douglas, mais notre contemporaine Magrit Kennedy, architecte très avancée en économie, découvrit il y a 10 ans, indépendamment de Douglas, que 40% – en moyenne – des prix de vente des produits (bien sûr, il y a des variations de proportion selon les produits) sont formés par l’accumulation des intérêts bancaires et frais financiers payés par toutes les entreprises ayant fabriqué et transporté les produits jusqu’à leur mise en vente. C’est là, en particulier, le « bagne » du pouvoir d’achat qui fond comme neige au soleil avant même d’avoir acheté le moindre produit. Le pouvoir d’achat n’a pas à payer l’ardoise de la rémunération du capital telle qu’elle se pratique aujourd’hui. Relisez la définition – hyper laborieuse – de la monnaie dans le dictionnaire PUF (édition 2001), et vous constatez que la question monétaire est loin, très loin, d’être tranchée à ce jour. On le constate chaque jour à chaque moment. En conséquence, les « circonstances » financières actuelles éclairent d’un jour plus vrai et profond les disfonctionnements monétaires, bancaires et financiers que peu d’entre nous semblent connaître. Ainsi, cet « éclairage » de « crise » plus profond et potentiellement salubre, devrait induire, nécessairement, un changement assaini de paradigme monétaire, ce en quoi Douglas a déblayé parfaitement le chemin.

    Mais les résistances, on le voit partout, veillent au grain, à « leur » grain…

    (1) Dans les proposition de Douglas, c’est la seule instance étatique purement étatique qui existe, d’ailleurs dirigée par des financiers de métier, intervenant sur cette instance monétaire, unique et centrale, car tous les « canons » du libéralisme restent saints et saufs, intouchés, chez Douglas

  17. Bonjour,

    Comme j’éprouve toujours les plus grandes difficultés à comprendre les écrits de PSJ (je fais pourtant de gros efforts, mais je ne dois pas être doué), et comme je n’aime pas ne pas comprendre, je suis allé chercher quelques informations sur le bancor.

    Je me permets ici de reproduire un article de Susan George paru dans le Monde Diplomatique en Janvier 2007. Comme ce n’est pas bien de reproduire un article en entier, je vais compenser en faisant un peu de publicité pour ma source : j’ai acheté le DVD contenant les archives du Monde Diplomatique de 1970 à 2009 (également disponible en abonnement en ligne) et je dois dire que je ne regrette pas du tout mon achat. Il s’agit d’une véritable mine d’or qui me permet de creuser des sujets et de les remettre en perspective avec ce qui se disait aux époques concernées.

    Si toutefois la violation de droits est trop importante, je laisse le soin à Julien de censurer ce message et je ne publierai que des extraits choisis.

    Le projet inabouti de John Maynard Keynes
    Une autre organisation du commerce international était possible…
    Par Susan George *

    Le cycle de négociations de Doha, engagé lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s’est tenue dans la capitale du Qatar en 2001, a échoué. Le directeur général de l’OMC, M. Pascal Lamy, tente désespérément de le ressusciter, mais les opposants au cycle de Doha n’ont cessé de soutenir durant toutes les négociations que mieux valait une absence d’accord qu’un mauvais accord. Du début aux échanges (stériles) de la fin, ces pourparlers accroissaient le risque de favoriser les plus gros exploitants agricoles, d’affaiblir, voire de détruire, les industries fragiles et naissantes de l’ensemble du Sud, et, par le biais de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), de permettre au secteur privé de prendre le contrôle des services publics.

    L’échec de Doha pourrait n’être que temporaire, et il ne signifie pas que les textes fondateurs de l’OMC, qui ont pris effet en 1995, aient été abolis. L’Accord sur l’agriculture, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (General Agreement on Tariffs and Trade, GATT), relatif aux biens industriels, l’AGCS et plus d’une vingtaine d’autres instruments chapeautés par l’OMC demeurent en vigueur. Mais leur mise en œuvre s’en trouve sérieusement ralentie. Nous bénéficions d’un répit, d’une sorte de sursis à l’exécution. Et peut-être d’une possibilité, d’une ouverture.

    Devant l’échec de ce cycle, beaucoup se posent la question : que mettre à la place de Doha ? Certains répondraient que l’on peut tout aussi bien demander : que mettre à la place d’un cancer ? Mais, dans le cas du commerce international, la réponse « rien » serait peu judicieuse. Alors que l’absence de cancer est à souhaiter sans réserve, l’absence d’un régime commercial international laisse le champ libre à des accords bilatéraux et multilatéraux plus envahissants et plus dangereux encore que ne l’est l’OMC pour les partenaires les plus faibles.

    Plutôt que de laisser les suspects habituels – les Etats les plus puissants, qui emboîtent le pas de leurs firmes transnationales – organiser l’avenir des rapports commerciaux, il est utile d’en revenir à la restructuration majeure des relations internationales qui intervint au lendemain de la seconde guerre mondiale. A cette époque, même la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), dont la vocation a été spectaculairement dévoyée depuis un quart de siècle, furent des institutions bien accueillies, qui, pendant un temps, eurent leur utilité tant pour le Sud que pour le Nord dévasté par la guerre.
    Dès 1942, l’idée est lancée

    Bien avant que la paix ne soit revenue, l’économiste britannique John Maynard Keynes avança un projet qui rénovait de fond en comble les règles du commerce mondial. Il proposait la création d’une Organisation internationale du commerce (OIC), adossée à une banque centrale internationale, l’Union internationale de compensation (UIC). L’UIC devait émettre une monnaie mondiale destinée au commerce, le bancor. Bien que ni l’OIC ni l’UIC n’aient vu le jour, il convient de réfléchir à ce qui aurait changé dans le cas contraire. Car une telle éventualité aurait sans doute débouché sur un monde plus rationnel, avec un système commercial servant les besoins des populations du Nord comme du Sud.

    Avec l’OIC et l’UIC, aucun pays n’aurait pu enregistrer d’énormes déficits commerciaux, comme aujourd’hui les Etats-Unis (716 milliards de dollars en 2005), ou des excédents commerciaux tout aussi énormes, comme la Chine. La dette écrasante du tiers-monde et les politiques d’ajustement structurel appliquées par la Banque mondiale et le FMI auraient été impensables dans le cadre d’un tel système. Certes, ce plan n’aurait pas aboli le capitalisme, et il mériterait d’être dépoussiéré, retouché sur les bords. Mais, quant au fond, il demeure d’actualité.

    Avant de revenir sur le détail des règles que l’OIC aurait établies, on doit préciser pourquoi cette institution n’a jamais vu le jour. L’explication habituellement donnée est que les Américains n’en ont pas voulu, ce qui est vrai, mais un peu court. D’autres raisons politiques expliquent cet échec.

    Les Etats-Unis et le Royaume-Uni commencèrent à négocier cet accord bien avant la fin de la guerre ; Keynes en avait déjà émis l’idée en 1942. Les Britanniques la défendirent officiellement à la conférence de Bretton Woods, en juillet 1944 (présidée par Keynes). Mais, dès ce moment-là, les Américains, conformément au sentiment de leurs grands industriels, étaient moins enthousiastes. Leur négociateur en chef, Harry Dexter White, prônait à la place la Banque mondiale et le FMI (1). Le Congrès américain ratifia ensuite la création de ces deux institutions, parfois dites « institutions de Bretton Woods ». L’OIC attendrait.

    L’Organisation des Nations unies (ONU) vit le jour en 1945. Sa composante économique, le Conseil économique et social (Economic and Social Council, Ecosoc), fut saisie des propositions américaine et britannique d’établir une OIC. En 1946, l’Ecosoc convoqua la Conférence des Nations unies sur le commerce et l’emploi aux fins de les examiner (2). Avant que cette conférence ne se réunisse, les Etats-Unis appliquèrent au commerce international une approche à deux vitesses, organisant une rencontre réservée aux vingt-deux Etats membres de l’ONU aussi désireux que Washington de libéraliser le commerce sans attendre. Ces Etats se réunirent au sein d’un forum parallèle destiné à ébaucher une sorte de mesure provisoire – du moins considérée comme telle à l’époque

    Signé en 1947, le GATT entra en vigueur l’année suivante. Tous les participants s’attendaient à ce que le GATT fasse partie de la charte de l’OIC, qui serait un instrument permanent. De ce fait, ils ne dotèrent le GATT que d’un dispositif institutionnel limité. L’année suivante, la charte de l’OIC fut achevée et entérinée à la conférence de La Havane, raison pour laquelle on désigne généralement ce document sous l’appellation de charte de La Havane (son nom réel est charte de La Havane instituant une Organisation internationale du commerce) (3).

    Si le projet sous-tendant l’OIC n’a jamais abouti, c’est qu’il perdit très vite l’essentiel de ses appuis politiques. Keynes décéda en 1946 ; le secrétaire d’Etat américain Cordell Hull, autre partisan de l’OIC, quitta ses fonctions pour raisons de santé peu avant la fin de la guerre ; le moment d’enthousiasme qui avait présidé à Bretton Woods, lorsque l’on « refaçonnait le monde », passa. L’isolationnisme de nombreux Américains et de leurs élus au Congrès joua en ce sens, d’autant que le monde des affaires était plutôt opposé à l’OIC, jugée tantôt trop protectionniste, tantôt pas assez. Quant au département d’Etat américain et à celui du trésor, ils se consacrèrent en priorité au plan Marshall et à l’établissement de divers accords bilatéraux de commerce réciproque. Au demeurant, une élection présidentielle difficile s’annonçait en 1948, et aucun des deux grands partis ne souhaitait semer le trouble avec un accord international controversé. Plus généralement, la guerre froide avait commencé, relativisant l’intérêt et l’urgence de l’OIC pour les hommes politiques comme pour les fonctionnaires américains.

    Une fois réélu en novembre 1948, le président Harry Truman présenta bien la charte de l’OIC (dite « de La Havane ») au Congrès, sans conviction, mais les législateurs, qui devaient la ratifier, ne se soucièrent même pas de la soumettre à un vote. En revanche, le GATT survécut car, considéré comme « provisoire », il ne contenait pratiquement aucun arrangement institutionnel. A sa manière, il fonctionna assez bien puisque, au fil des décennies, il fit passer les droits de douane d’une moyenne de 50 % à une moyenne de 5 % – malgré la persistance de pics tarifaires élevés dans de nombreux pays. Le GATT organisa huit cycles de négociations sur la libéralisation du commerce, dont le dernier, le cycle de l’Uruguay, prépara l’accord beaucoup plus ambitieux portant sur l’OMC. Ces accords commerciaux ne ressemblèrent à presque rien de ce que Keynes avait espéré. L’OMC en est encore plus éloignée.

    Alors que l’OMC n’a aucun lien avec l’ONU et, par conséquent, ne reconnaît aucun de ses instruments légaux, y compris la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, la charte de l’OIC commence par faire référence à celle des Nations unies. Le plein-emploi, le progrès social et le développement comptent au nombre de ses objectifs.

    Tout le deuxième chapitre de la charte traite des moyens de prévenir le chômage et le sous-emploi. Contrairement à l’OMC, muette sur le sujet, l’OIC met l’accent sur des normes de travail équitables et sur l’amélioration des salaires. Elle rend obligatoire la coopération avec l’Organisation internationale du travail (OIT). Il vaut ici de rappeler que le mouvement syndical mondial a passé les six années qui ont suivi la création de l’OMC à tenter d’obtenir une « clause sociale », version très édulcorée des principes figurant déjà dans l’OIC. En définitive, les syndicats y ont renoncé à la suite de la conférence ministérielle de Doha en 2001.

    La charte de l’OIC prévoit des partages de compétences et de technologies ; elle précise que les investissements étrangers ne sauraient « servir de base à une ingérence dans les affaires intérieures » des Etats membres. Les pays les plus pauvres, les plus faibles sont expressément autorisés à recourir à l’interventionnisme et au « protectionnisme » pour assurer leur reconstruction et leur développement : « L’aide sous forme de mesures protectrices est justifiée », énonce la charte.

    Une action spéciale « destinée à promouvoir le développement d’une industrie particulière pour la transformation d’un produit de base du territoire » est tout particulièrement encouragée. D’autres clauses de la charte, nombreuses, traitent des produits de base et veillent à la protection des petits producteurs. Des fonds gouvernementaux peuvent stabiliser le prix des produits de base d’une année sur l’autre, et l’OIC recommande par ailleurs la « préservation des ressources naturelles épuisables ». Prises dans leur ensemble, les mesures relatives aux produits de base, et destinées à encourager les négociations entre les Etats membres qui les produisent, conduisent, sans le dire explicitement, l’OIC à encourager des cartels de producteurs de matière premières, comme l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). De même qu’elle incitait ces Etats producteurs à transformer leurs matières premières sur le territoire national pour y ajouter de la valeur.
    Feu vert aux subventions

    Au lieu de cela, le prix des produits de base a baissé. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), entre 1977 et 2001, la chute annuelle des prix a été de 2,6 % pour les denrées alimentaires, de 5,6 % pour les boissons tropicales, et de 3,5 % pour les oléagineux et les huiles. Seuls les métaux, qui, contrairement aux denrées alimentaires et aux boissons, ne sont jamais fabriqués par de petits producteurs, ont mieux résisté, ne chutant que de 1,9 % par an, ce qui se traduit néanmoins par une baisse sensible de revenus pour les pays concernés.

    Contrairement là encore aux dispositifs en vigueur, la charte de La Havane autorise l’aide de l’Etat à l’industrie nationale, par voie de subventions ou de commandes publiques. Elle réserve aux films d’origine nationale une part du marché cinématographique. Elle permet aux pays signataires de protéger leur agriculture et leur pêche. Or l’une des batailles les plus âpres lors du cycle de Doha, et qui provoqua son échec, porta sur les subventions aux exportations agricoles. L’OIC interdit spécifiquement de subventionner des produits sur des marchés étrangers « à un prix inférieur à celui demandé à un acheteur national ». En cas de difficultés financières, les Etats peuvent limiter leurs importations, mais ils doivent le faire en proportion de leur problème et allouer des quotas équitables à leurs fournisseurs antérieurs.

    En matière de dispositions institutionnelles, celles de l’OIC sont simples et démocratiques. Tous les Etats ayant été invités à la Conférence des Nations unies sur le commerce et l’emploi en sont membres d’office, l’incorporation de nouveaux membres étant ensuite approuvée par la Conférence. Chaque membre dispose d’une voix (alors qu’à la Banque mondiale et au FMI les voix sont proportionnelles aux contributions financières ; de ce fait, les Etats-Unis peuvent à eux seuls bloquer une décision importante). Un membre qui a des arriérés sur ses cotisations aux Nations unies perd son droit de vote, ce qui veut dire qu’au sein de l’OIC les Etats-Unis n’auraient pas été souvent en mesure de voter depuis une vingtaine d’années…

    Pour ce qui est de la « gouvernance », les membres de l’OIC choisissent un conseil exécutif de dix-huit membres, huit venant de pays « dont l’importance économique et la participation au commerce mondial sont majeures », les dix autres représentant différentes régions et divers types d’économie. Les votes se font à la majorité simple ou, dans certains cas, à une majorité des deux tiers. Les désaccords sont réglés par voie de consultations ; si celles-ci échouent, tout membre a le droit d’en référer au conseil exécutif, lequel peut autoriser le pays lésé à prendre des mesures de rétorsion.

    Ces efforts destinés à établir un nouvel ordre commercial furent entrepris dans un monde qui se débattait encore pour sortir des ruines de la guerre. Personne ou presque, à l’exception des Etats-Unis, ne disposait de bonnes finances. Le plan Marshall avait également pour objectif de prévenir une nouvelle récession en relançant le commerce entre les Etats-Unis et l’Europe, faute de quoi Washington redoutait que la machine américaine ne produise vite bien plus qu’elle ne pouvait espérer trouver de consommateurs solvables.

    Mais comment faire pour que chacun se relève et recommence à produire, à commercer ? Keynes formula sa solution au début des années 1940. La guerre avait été en partie provoquée par des politiques commerciales cherchant toutes à couper l’herbe sous le pied des voisins en vendant moins cher qu’eux, si bien que chacun s’engagea dans une concurrence acharnée pour trouver les mêmes débouchés. L’auteur de La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie voulait s’assurer que personne ne puisse plus jamais accaparer tous les marchés et accumuler ainsi d’énormes excédents commerciaux. Sa solution s’appelait donc l’UCI, cette nouvelle banque centrale des banques centrales, qui devait émettre la monnaie mondiale destinée au commerce, le bancor.

    Le système était supposé fonctionner de la façon suivante : les exportations font entrer des bancors, les importations en font sortir. L’objectif est qu’en fin d’exercice annuel les comptes d’un pays avec l’OCI ne soient ni excédentaires ni déficitaires, mais « soldés », c’est-à-dire proches de zéro. Un taux de change fixe, mais ajustable par rapport au bancor, devait être assigné à la monnaie de chaque pays. L’innovation de Keynes fut de reconnaître que les pays détenant trop de bancors perturberaient le système au même titre que ceux qui n’en auraient pas assez – en d’autres termes, que les créanciers menaceraient la stabilité et la prospérité tout autant que les débiteurs.

    Mais comment pouvait-on obliger des pays à rechercher un solde proche de zéro et à le maintenir ? La méthode était ingénieuse. En tant que banque centrale et qu’émettrice de la nouvelle monnaie, l’OIC allait accorder à tous les Etats des facilités de caisse, exactement comme les banques avec des clients privés. Le découvert autorisé devait équivaloir à la moitié de la valeur moyenne des transactions commerciales réalisées par un pays durant les cinq années précédentes. Tout pays dépassant le découvert autorisé aurait payé des intérêts sur la différence. Les débiteurs étaient ainsi appelés à payer pour leurs déficits, mais, et c’était là la grande trouvaille, les créanciers – les Etats enregistrant une balance des paiements excédentaire – auraient également eu à s’acquitter d’intérêts sur leurs excédents. Plus l’un et l’autre s’élevaient, plus le taux d’intérêt aurait monté.

    Qui plus est, les pays déficitaires se seraient vus contraints de dévaluer leur monnaie pour abaisser le prix de leurs exportations et les rendre plus attractives. Les pays excédentaires auraient fait l’inverse, réévaluant leur monnaie pour que leurs exportations soient plus chères et dissuasives. Si un pays excédentaire ne réduisait pas son excédent, l’OIC aurait confisqué le montant dépassant le découvert autorisé afin de le placer dans un fonds de réserve. Keynes escomptait que ce fonds serve à financer des forces de police internationales, des opérations de secours en cas de désastres, et d’autres mesures profitables à tous les Etats membres.

    L’arrangement était fort habile. Pour éviter de payer des intérêts ou, pis, de se voir carrément confisquer de l’argent, les Etats excédentaires auraient rivalisé pour importer davantage des Etats déficitaires. Et, les Etats déficitaires vendant plus, leur retour à l’équilibre commercial en eût été favorisé. Gagnant, gagnant… Essor du commerce international, garanties pour les travailleurs, prospérité plus grande et mieux répartie, rapports plus pacifiques, surcroît de fonds investis dans le développement des pays pauvres, qui n’auraient pas accumulé des dettes comme aujourd’hui.

    Mais ce projet de Keynes n’a pas abouti. Et le monde de l’après-guerre qu’il imaginait ne vit jamais le jour. De leur côté, les politiques d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du FMI ont occasionné d’énormes dégâts ; la dette du tiers-monde, énorme, ne sera jamais remboursée ; Wall Street décide des politiques à mener à la place des gouvernements démocratiquement élus (au point que des pays comme l’Argentine se rebellent) ; les règles du commerce mondial ne profitent pas aux Etats les plus pauvres ; l’égoïsme des riches s’est accru à mesure qu’ils s’enrichissaient.

    Comment faire du commerce équitable une réalité alors que l’OMC et ses règles existent déjà ? George Monbiot pense que le Sud endetté pourrait agiter ses 26 000 milliards de dollars de dette comme une sorte de menace nucléaire contre le système financier mondial si celui-ci ne consent pas à établir une OIC. Le Sud pourrait également instaurer sa propre Union de compensation, plus modeste que celle prévue à l’origine – pourquoi l’Amérique latine ne serait-elle pas le premier continent à mettre en place un tel projet ? Un gouvernement nouveau, en France par exemple, pourrait même, peut-être, le mettre à son programme – on a vu choses plus étranges… Mais, avant d’en détailler les mécanismes, il est utile de comprendre que rien ne réclame que nous réinventions la roue du commerce. Keynes est déjà passé par là…

    Les négociations du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), entamées en 2001, se sont soldées par un échec. Certains, en Europe, proposent d’en revenir à un protectionnisme national ou régional. Mais pourquoi ne pas adapter à notre siècle l’idée originale de Keynes d’une Organisation internationale du commerce (oic) incluant le plein-emploi et le progrès social au nombre de ses objectifs ?

    Susan George

    Je comprends mieux ce texte.

    @PSJ Pouvez-vous réagir à cet article de manière à confronter les points de vues ? Merci.

    Fraternellement, Vincent.

    1. Cher Vincent,

      Merci de cet article tout à fait instructif qui montre la complétude de la pensée Keynésienne. Keynes n’oppose pas l’économie à la politique ni n’oppose l’ordre politique et économique intérieur des pays à l’ordre extérieur. Tout ce qui est politiquement désirable et économiquement rationnel à l’intérieur d’un pays l’est également à l’extérieur. Keynes pense l’équilibre globalement et le pose comme universellement désirable et recherché. C’est un mode de pensée qui semble avoir été étranger à la vision étatsunienne fragmentée et hiérarchisée du monde. Les États-Unis vainqueurs messianiques de la deuxième guerre mondiale ne sont pas parvenus à penser la relativité de leur vision.

      Cela dit, tout le système keynésien reposait sur des négociations multilatérales entre pays faisant passer l’équilibre général avant leurs intérêts particuliers et leurs appétits de domination. Keynes suppose que la rationalité politique du bien commun peut dominer les rapports de forces économiques extrêmement asymétriques au sortir de la deuxième guerre. A posteriori cela paraît bien utopique et l’on voit bien que les États-Unis ont imposé les options les moins risquées compte tenu de leur suprématie effective.

      Trois évolutions fondamentales créent aujourd’hui un contexte tout à fait différent qui réactualise le système keynésien. Les régimes totalitaires alternatifs au capitalisme sont disparus. Les États-Unis pèsent un quart d’une économie mondialisée multipolaire contre la moitié d’une économie restreinte à la fraction occidentale en 1945. Enfin les organisations économiques dont les banques ont acquis une autonomie face aux États qui ne peut plus être remise en cause sauf pour restaurer la politique et la justice. La crise actuelle vient de ces trois évolutions :
      1) il n’existe plus de cadre conceptuel pour construire l’articulation du politique et de l’économique
      2) il n’y a pas de principe d’équilibre des échanges commerciaux et financiers entre les pôles de l’économie mondiale
      3) les organisations économiques plus puissantes que les États échappent à tout contrôle démocratique et réduisent inexorablement les droits économiques du travail

      Paradoxalement, c’est l’autodestruction d’un système sans cadre et sans alternative qui appelle la réhabilitation de la responsabilité politique pour imposer une régulation, une loi d’équilibre des échanges qui évite une exclusion massive des plus faibles et la destruction du milieu naturel. Or il se trouve que les techniques de marché et de formation des prix sont maintenant bien maîtrisées et peuvent devenir efficaces dans un régime d’égalité de droit et d’accès à l’information. Le système keynésien originel peut être intégralement repris en substituant une régulation de marché à des négociations politiques multinationales hasardeuses.

      Un marché d’option surveillé par les systèmes juridiques nationaux permet de coter tout contrat national ou international en valeur certaine (crédit) ou incertaine (capital) contre la richesse réelle comptant et à terme. Les nouvelles technologies de l’information et l’internet permette une financiarisation totale de la chaine de valeur non pas sur la spéculation d’opérateurs initiés mais sur un partage transparent de connaissances et de responsabilités. La richesse est doublement déterminée par la Loi de la démocratie où chaque citoyen pèse une voix et la règle de l’économie où chaque ressource effectivement investie dans la valeur finale est rémunérée à son prix de marché régulé par l’égalité des droits.

    2. @ Vincent

      merci de rappeler cet article…
      la mécanique monétaire du Bancor y est fort bien décrite , bien qu’il existe un doute (pour moi ) sur la façon dont peut se réaliser le paiement d’un intérêt (d’une taxe ?) sur les excédents commerciaux à contrario des déficits…
      il est facile de concevoir de demander à payer un intérêt (une pénalité) à un état en déficit..le ressort intellectuel de la taxation excédentaire parait plus hasardeux , voire même ,ne peut être sur le même niveau conceptuel que l’inverse…

      @ PSDJ

      quand vous dites : « en substituant une régulation de marché à des négociations politiques multinationales hasardeuses. » , pourriez-vous être plus clair sur ce que vous appelez « la régulation’ (qui régule, comment…on régule?,qui définit les règles…… , comment peut-on organiser un consensus….?)

    3. @Sentier198,
      Le substitut aux « négociations politiques hasardeuses » est le marché d’option ré-évoqué en fin de commentaire. Il faut noter que ce qui est hasardeux est la conséquence d’une cause non explicative donc non reproductible de soi-même. En l’occurrence, une régulation est l’application récurrente et stable d’une réglementation. Et une réglementation est une règle du jeu établie a priori fixant un cadre de limites à la liberté des joueurs à poursuivre un but de jeu commun. Si la règle du jeu n’est pas connaissable avant le déroulement du jeu, alors le jeu devient hasardeux ; il n’existe pas vraiment. On ne sait pas qui gagne ni qui perd ni pourquoi jusqu’à ce que la règle soit exprimée. Sans réglementation identique et commune aux acteurs, le jeu économique et financier (prise de décision dans un but de jeu commun) est hasardeux.

      Une chambre de compensation des règlements internationaux ne peut pas être administrée directement par le pouvoir politique. Elle ne peut pas non plus produire des prix de compensation a posteriori une fois que les engagements internationaux ont été pris et que les prix contractuels sont fixés et en cours d’exécution. Le rôle de la concertation politique internationale doit bien être de fixer une règle du jeu lisible et interprétable par tous les acteurs avant qu’ils ne s’engagent contractuellement. Ce point non analysé et non traité par Keynes est la cause manquante qui a justifié la non-application de ses propositions totalement justes et raisonnables par ailleurs. Le bancor et l’OIC sont inapplicables sans une articulation a priori entre la responsabilité politique qui fixe la règle du jeu et la responsabilité économique qui applique la règle au jeu de la réalité réunie par un but (du jeu) collectif.

      La règle manquante à l’application du système monétaire keynésien est aujourd’hui connue : c’est le marché réglementé par l’identification obligatoire des joueurs et des enjeux qui s’appellent en politique, en finance et en économie des options. En produisant deux prix, l’un certain jusqu’à l’échéance et l’autre variable et incertain selon la réalité à terme, l’option est l’outil d’économie de la règle qui relie un objet de réalité (but du jeu) à des sujets de réalité (joueurs qui achètent et vendent pour réaliser le but du jeu) par des prix qui forment la relation rationnelle entre les joueurs et le but du jeu. Une réglementation financière proposant un jeu commun en bancor sur des options constitue un vrai marché financier permettant d’anticiper tous les prix nécessaires à la rationalité économique internationale comme nationale.

      Avec un bancor défini comme prix unitaire sous-jacent d’un marché transnational d’option, les subjectivités politiques nationales sont engagées dans la protection internationale du droit et non dans la réalisation économique des objets de droit. Les sanctions et bénéfices de l’application du droit et de la rationalité économique sont objectivement calculés par l’engagement-même des acteurs du marché. Les uns livrent des biens réels, les autres en font crédit pour qu’ils soient produits et d’autres encore assument dans les primes d’option l’incertitude de la réalité à terme sous-jacente aux prix promis dans les crédits. La forme de la rationalité monétaire proposée par Keynes dans le bancor, c’est le marché d’option.

    4. @ PSDJ

      bon , first vous êtes hors sujet quand à la question que je me pose supra ….

      je vous demande qui s’y prends comment pour le faire…à votre idée …

      il va falloir mettre les mains dans le cambouis pour bouger les choses , non ?

      deuzio, si je mets en parallèle les propos de Mme George et les vôtres , sur un plan politico-économiques , on bouleverse donc le modus vivendi actuel , à savoir que capitaliser ne rapporte plus forcement d’argent , mais que cet excédent « doit » fondre , non? (un excédent qui doit verser des intérets , où étre affecté à d’autres taches )
      (on est pas loin de la monnaie « fondante » de Johannes Finck…)

      petite remarque , ce projet est totalement irréalisable dans un monde où les niveaux de développement sont aussi disparates..

      il y a d’autres solutions qui pourraient être plus éfficace .. (une véritable « constitution planétaire » « obligeant » toute les régions du monde à une convergence de développement humain (l’eau,l’éducation ,l’environnement ,la santé…))

      les conséquences sur les bouleversement de l’organisation du systéme économique mondial en serait bien plus important qu’une reforme strictement monétaire..

      tout cela mériterait d’être clairement explicité par vous , pour que l’on puisse passer plus de temps à discuter qu’a déchiffrer vos écrits .
      mais , là vous êtes bien discret.

      et maintenant , cher Vigneron qui se « fatigue » de la multitude des points de vue , dommage…surtout que ca ne fait que commencer !!!

      terzio, sur un plan strict de l’analyse sémantique de votre premier paragraphe, il y a beaucoup de choses incohérentes (amha) ,et je vais essayer de prendre un peu de temps pour vous expliquer mon point de vue (d’esprit , cherchant a être compris)…

    5. réaction au post de Vincent WALLON

      Ce que je comprends de cet article de Susan George, c’est que le bancor est une condition nécessaire, mais pas suffisante, il faut aussi réguler les échanges commerciaux.
      Sur ce blog il me semble que la question d’une dose de protectionnisme intelligent et coordonné a déjà été posée, c’est une question qui à mon sens mérite débat.
      En complément de l’article pointé par Vincent WALLON :
      http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/omc/pdf/doclahavane.pdf

      Mais pourquoi ne pas adapter à notre siècle l’idée originale de Keynes d’une Organisation internationale du commerce (oic) incluant le plein-emploi et le progrès social au nombre de ses objectifs ?

      En 1948 on a visiblement pris une mauvaise bifurcation comme dirait Paul JORION, on aurait pu avoir l’OIC et la charte de la havane, l’UIC et le bancor, on a eu le FMI, le GATT et ensuite l’OMC.
      La cupidité néolibérale la emporté sur le bon sens et l’intérêt général.
      Avec la crise qui s’amplifie, on a peut être l’occasion de revenir de facto en amont de cette bifurcation, si tel est le cas espérons que ce coup-ci le bon sens l’emporte.

    6. @ argeles 39,

      Autrement dit, c’est la loi du plus fort qui l’a emporté ; comme toujours. La loi du plus fort s’est imposé, s’impose et s’imposera toujours. L’Occident n’est pas en position de force aujourd’hui, est-il nécessaire de le rappeler, aussi les chances qu’il impose quoi que ce soit au reste du monde sont, pour le moins, dérisoires.

      Cdt.,

    7. @ PSDJ
      juste un exemple :
      j’ai mis entre parenthése mes commentaires reprenant l’intégral de votre texte…je me cantone aux aspects sémiotiques et pas au sens du propos en général.
      « ..Le substitut (qui pratique la substitution , comment ca s’organise…) aux « négociations politiques hasardeuses » est le marché d’option ré-évoqué en fin de commentaire. Il faut noter que ce qui est hasardeux (donc = »les négociations politiques » ?) est la conséquence (mais toutes les conséquences le sont d’une cause (au moins) , non?) d’une cause non explicative (1-en quoi une cause est censée expliciter quoi que ce soit en dehors des conséquences qu’elle peut avoir ? 2-cette cause , vous la définissez comment ?) donc non reproductible de soi-même…(alors il y a là un gros probléme : ce « soi-même » , c’est qui ? ,ou , avez-vous voulu dire « d’elle-même » , ou « non reproductible en-soi »)….. » fin de citation…
      difficile de vous suivre….
      en tout cas, pas de réponse au fait , par exemple, de savoir pourquoi selon vous les négociations politiques sont hasardeuses , où plutôt pourquoi elles ne devraient pas l’ètre ..ce qui justifieraient (à vos yeux) de les remplacer par votre procédure.
      ce qui vous pose probléme finalement , peut-ètre , c’est l’Autre…que vous ne controlez pas , bien sùr.

      ce qui est vraiment intéressant dans votre facon d’écrire , c’est la polysémie de vos expressions , qui font qu’il est difficile de remonter au sens que vous essayez de faire passer
      sur le fond , tant les chemins possibles sont nombreux ( mais avez-vous vraiment envie qu’on vous comprenne?),
      Finalement , nous sommes tous un peu (beaucoup) pareil , à vouloir pouvoir maitriser le temps qui passe et le caractère radicalement stochastique de la vie , quelque soit les procédures mise en place.
      merci d’avoir été un peu plus clair.

      @ Argeles39

      non pas d’erreur de bifurcation en 1944 , mais le choix de l’intéret de ceux qui avaient le plus d’influence sur le pouvoir politique.

      pas « folles » les guépes..

      j’arrète là…..moi aussi….

    8. @PSJ

      Merci pour votre réponse dont je remarque qu’elle est écrite en clair (désolé, je suis taquin), contrairement à la réponse que vous faites ensuite à notre ami des salamandres et des forêts (désolé sentier198 si je tombe à côté). Je vais donc continuer à ramer pour comprendre, mais je le ferai car je sais désormais que le jeu en vaut vraiment la chandelle.

      Je n’ai pas encore parcouru vos liens concernant vos concepts de marché et d’option, aussi dois-je convenir qu’il me reste du travail. Cependant, en première approche, je reste vigilant quant à ce qui concerne les modes de gouvernance hors de contrôle des peuples (il est vrai, à travers des politiques et des intérêts privés qui ne méritent visiblement pas la confiance et les privilèges qu’ils ont reçu jusqu’alors).

      Je suis en train de lire la charte de La Havane. Je n’ai pas terminé, mais il me semble bien que des limites plus que marquées, mais dont on n’avait pas encore conscience à l’époque, n’étaient pas prises en compte. Notamment l’article 3 qui demande le maintient du

      … plein emploi productif ainsi qu’une demande importante et en progression croissante…

      . Pour compatible qu’il fut avec le capitalisme, ce souhait n’en fait pas moins l’impasse sur la finitude des ressources de la planète et sur l’erreur fondamentale d’associer comme des synonymes progrès et croissance.
      Il ne tient pas compte non plus de la baisse tendancielle des taux de profit qui ne peuvent que contrecarrer les objectifs poursuivis.

      Passé rapidement ces aspects, ce mécanisme me semble bien constituer une des briques à étudier et à parfaire pour construire le monde de demain. En ne perdant pas de vue qu’il n’est qu’une brique en aucun cas suffisante et certainement pas à poser seule et en premier.

    9. @VB

      Une réflexion qui me vient en vous lisant :

      Le niveau de développement d’une société devrait être calculé en fonction du plus faible de ses membres.

      Je ne développe pas plus et laisse le blog extrapoler en faisant tourner cette « sentence » sur les sujets d’éducation, d’économie, d’écologie, … tous les sujets qui peuvent venir.

    10. @ Vincent W,

      Le niveau de développement d’une société devrait être calculé en fonction du plus faible de ses membres.

      =>
      Oui, c’est en effet une idée qui remettrait bien des pendules à l’heure.

      Cdt.,

    11. @ Vincent,

      Il restera a savoir quoi évaluer, comment, quand, par rapport à quoi et par qui. Tout un programme quoi…

      Cdt.,

    12. @VB

      Ne vous emballez pas s´il vous plaît. Ce n´est pas un programme, c´est une proposition de cheminement de pensée. Si c´était un programme, cela ouvrirait des portes et des fenêtres au totalitarisme.

    13. @ Vincent Wallon,

      Expliquez moi ça voulez-vous ? Je ne comprends ni ce que vous dites ni où vous voulez en venir !

    14. @ Vincent Wallon

      Le Préambule de la Constitution fédérale de la Confédération suisse dit :
      « Sachant (…) que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, »
      Et aussi « dans un esprit de solidarité » et « dans le respect de l’autre »

      La Constitution française dit :
      « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme
      (…)
      La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».

      Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.
      »

      bla, bla bla…

      Dis, papa, pourquoi on ne fait pas ce qui est écrit dans la Constitution ?

    15. @sentier198,

      Dans le vaste monde d’Aristote, toute cause est triple dans une même conséquence qui est l’effet. La couche causale la plus sensible à l’intelligence parce qu’elle vient de l’extérieur est la matière. En tripotant un billet de banque ou une pièce, on voit mieux la monnaie qu’en tapant le code secret de sa carte bancaire. La couche causale la plus invisible à l’intelligence est la forme, c’est à dire l’idée, le concept qui s’introduit dans la chose connue à laquelle on pense. La cause formelle est très fallacieuse car nous avons facilement tendance à croire que l’idée que nous nous faisons d’une réalité est cette réalité-même. Nous nous payons facilement des mots qui qualifient notre pensée dont nous oublions qu’elle puisse flotter dans le vide. Enfin la cause la plus intuitive, la plus naturelle, est la cause finale. Comme nous ne nous voyons pas nous-mêmes et que notre attention est constamment sollicité hors de nous-mêmes, tout effet sur quoi nous portons notre intérêt devient l’explication de ce à quoi nous réfléchissons.

      Peut-être avez-vous l’impression matérielle d’une nouvelle divagation dans ce rappel. Mais j’y vois la cause effective de notre incompréhension réciproque. Pendant que je parcours l’espace en trois dimensions pour explorer des volumes, vous braquez votre regard dans une seule direction. Et donc, je croise votre ligne de mire par intermittence quand je suis sur la même dimension que vous. Je sais que c’est perturbant, mais cette crise n’est pas compréhensible si l’on imagine pas que nous avons perdu des dimensions de la réalité. Toutes les images que nous nous en faisons sont tronquées. Il manque systématiquement des éléments d’explication dans nos représentations. C’est exactement sur ces phénomènes de réduction, que la spéculation financière joue pour nous dérober la réalité. Et c’est contre la réduction financière de la réalité que Keynes demande l’intervention de l’Etat de droit dans l’économie. C’est contre le matérialisme du prix que Keynes réclame la monnaie de rationalité qui permette à la causalité finale de s’exprimer dans les processus financiers.

      Essayez de vous expliquer tout ce que vous observez selon les quatre causalités différenciées de la matière, de la forme, de la fin et de l’effet. Vous verrez que ce que vous croyez irréalisable ou incohérent peut soudain exister de toute évidence.

    16. @VB

      Vous avez raison, j´ai été un peu rapide, laconique et excessif. Je vais donc détailler un peu mais pas trop diverger du sujet tout de même.

      L´inversion de point de vue que je soumets ne peut pas se décréter du jour au lendemain, il doit s´imprégner en nous.
      Pour reprendre ce que dit PSJ sur la réalité (ou plutôt sa perception par chacun), j´ai eu une vision assez moche en lisant votre réaction sur un programme et des critères à associer à cette inversion de perception, j´ai visualisé une société qui se transformerait en un gigantesque jeu du maillon faible (vous vous souvenez de cette monstrueuse émission abrutissante ?). D´où ma réaction excessive.
      En fait, il me semble que la société tourne déjà et de plus en plus à ce type de fonctionnement.

      J´avais détaillé un peu plus ma réponse autour de la question de l´éducation, mais en écrivant, je me rends compte que cela devrait donner lieu à un billet. Je vais donc y travailler et le proposer à Paul.

    17. @sentier198 6 janvier 2011 à 14:23

      (une véritable « constitution planétaire » « obligeant » toute les régions du monde à une convergence de développement humain (l’eau,l’éducation ,l’environnement ,la santé…))

      (une véritable « constitution planétaire » « obligeant » toute les régions du monde à une convergence de développement humain (l’eau,l’éducation ,l’environnement ,la santé…))

      J’avais déjà écrit sur le blog en octobre ceci :
      « Alors allez proposer à nos alliés états uniens qui aiment beaucoup la démocratie et les élections en Irak et en Afghanistan de donner à l’instance onusienne une représentativité ou à la louche le poids du peuple ordonné en Nation, soit proportionnel aux voix contenues dans chaque nation.
      Quand votre voix, la mienne, vaudra à l’ONU celle d’un journalier chinois, la question de ce qu’est la valeur sera presque réglée. L’invention d’une monnaie pour tous suivra ».

      Ou encore

      « Qui est contre la représentativité du peuple à l’ONU sur le mode 1 voix = 1 voix ?
      Les occidentaux seraient minoritaires, sans droit de veto, et alors ? »

      C’est tout de même de l’analyse politique de l’ordonnancement de ce qui s’est passé entre 42/43 et 48 et dont nous vivons les conséquences et dont il s’agit. Or sur ces enchainements et leur logique une certaine cacophonie partisane perdure of cause !

      ce qui est vraiment intéressant dans votre facon d’écrire , c’est la polysémie de vos expressions

      Désaccord ! La polysémie est de fait inévitable et je m’amuse bien à détourner les propos écrits de PSDJ en leur donnant de la voix à l’occasion, car sa voie qu’il se le cache ou qu’il le sache, tient à sa voix. C’est même sa tentative d’éliminer la polysémie qui le contraint à fabriquer un dico où par définition chaque terme renvoie à tous les autres – très chouette l’hypertexte d’ailleurs ! Fin des 60’ est apparu le 1er dico de psychanalyse : il doit aujourd’hui en France en exister 5 ou 6. C’est très amusant !

    18. @Le grec 7 janvier 2011 à 09:52

      Merci de votre trouvaille que je n’avais su trouver by myself.
      Christian Walter rappelle les ambigüités sémantiques de efficiency, de l’anglicisme « efficience » qui distribue silencieusement par ses assonances de l’effet et de la science.
      D’où vraisemblablement le glissement que Walter note ainsi de « l’analogie mécanique en comparant le mécanisme d’échange (l’outil « marché ») à un moteur de machine. ».
      C’est là que ça dérape puisque les étalons utilisés dans les calculs d’efficacité d’une machine à vapeur n’existent pas dans ce que par abus de langage est nommé « mécanisme » d’échange.
      Les glissements sémantiques importés trahissent la texture de l’affaire : de quoi est-il question à propos de « rendement » ! Voir la façon dont Roland Gori analyse l’importation de la terminologie d’entreprise dans la gestion du sujet par lui-même puisque la doxa devenue courante parle de « gérer ses émotions », en maximisant sans doute le R.O.I. !
      Que « l’intérêt de la typologie des quatre causes permette d’opérer une séparation nette entre ces différents aspects » selon Walter ou PSDJ ou d’autres, bref un bon ouvre boîte, n’empêche pas chacun de ses différents aspects de garder leurs mystères.
      Quand PSDJ écrit :
      « L’option négociée en transparence sur un marché construit sur la séparation réelle du physique et du conceptuel offre une relation morale permanente, souple et intelligible entre le prix, son objet et ses sujets responsables de la réalité. »
      Je note que la transparence (glasnost !) et qui irait contre ? est tout un programme :
      http://www.pauljorion.com/blog/?p=19956#comment-139352

    19. @ Vincent Wallon 5 janvier 2011 à 17:16
      Merci de votre don, là un DVD c’est bien mieux qu’un bouquin pour retrouver des moments précieux de lecture, le surlignage remplace le coup de crayon mais la fonction « rechercher » est plus EFFICACE que celle de tourner les pages après avoir subi une formation de lecture rapide.

      L’article de Susan George est clair, comme l’était l’article de P. Jorion sur le mécanisme du Bancor.

      Dès 1942, l’idée est lancée

      Je reste septique sur 1942 ou alors fin 42 pour les pensées de Keynes sur l’après-guerre, puisque de l’autre coté à ce temps là, on planifiait encore les 1000 du IIIème Reich.
      OIC, UIC, Charte de la Havane, c’était déjà foutu puisque BW avait en acte clos toute autre perspective en puissance.
      « L’après guerre n’aura été que la poursuite par le biais des ficelles juridiques et monétaires de la raison du plus fort, du plus riche, apprêtée juridiquement ; Bretton Woods, ONU, FMI, GATT, OMC, en témoignent, en étouffant la lettre des discours universalistes et internationalistes légués par les siècles précédents ». Je me répète.
      En 1944 il était clair que les alliés n’allaient pas le rester, et c’est un facteur déterminant dans l’organisation de l’après WW2.

      « Keynes pense l’équilibre globalement et le pose comme universellement désirable et recherché » écrit PSDJ.
      Puisque qu’existe déjà l’Harmonie municipale, pourquoi ne pas faire le saut de l’harmonie universelle…qui est le chef d’orchestre ? Pour quelles partitions ?

    20. @Rosebud1871 dit :
      7 janvier 2011 à 13:42

      Oui, apparemment, La Havane, c´est déjà cuit, faut que je remonte à la source auprès de Keynes… du boulot quoi… heureusement, le blog est là pour aider.

      En ce qui concerne le don, ce n´en est pas un. Si j´ai éprouvé des scrupules à partager, c´est parce que la source est le Monde Diplomatique qui n´est financé que par sa production, sans pub ou actionnaire encombrant pour la liberté éditoriale. S´il s´était agit d´un média main stream, je
      n´aurai eu aucun remords à partager.

    21. Vincent Wallon 7 janvier 2011 à 20:58
      Mais si c’est un don, le vôtre, peu importe que vous ayez payé ou reçu gratuitement ce que vous transmettez. En plus avec votre pub pour le Monde Diplo vous leur avez trouvé un nouveau client (à 34 € vu le nombre de signes je n’ai pas hésité, c’est bien moins cher que les œuvres publiées de P. Jorion…). Vous ne trouverez pas dans Keynes himself pourquoi c’était cuit à la Havane. La Havane…peut-être des indices sur le lien que je viens mettre à 22:02 en bas de file.

  18. Vincent Wallon dit :
    5 janvier 2011 à 17:16

    Merci, Vincent …trés intéressant =) tout ceci implique donc, une utilisation de l’ONU, dans la pleine force de ses idées de départ ( qui ont été largement dévoyées par la suite ) …, donc de réinvestir ces idées, plus généreuses, d’après-guerre, en les re-posant sur la table, au sein des peuples …discussion – débats et réappropriation …
    disparition de l’OMC et du FMI, en tant que tels = le « calvaire » des peuples …
    et, donc, la mise en place de l’ensemble des éléments sur lesquels travaillent l’équipe Jorion .
    Mais, la réforme doit se faire de concert …et non en espérant que ….peut-être…après….on verra bien …
    cela semble répondre en partie à la question angoissée que je me posais plus haut ….
    Mais, cela ne se peut baser sur les anciennes structures mises en place, non démocratiques et rigides à souhait ( OMC, BM, FMI …et UE …qui ont complétement dévoyées les idées de départ, n’agissant que pour le(s) plus forts, et dans l’opacité la plus grande .
    Vraiment, il faut repartir de l’ONU . Et créer un chantier de discussions, et d’apprentissage de tout cela, partout …
    Il faut aussi prévoir droit de regard, et contre-pouvoirs …

  19. Attention aux distinctions hors temps aristotélisme – platonisme
    Une petite réflexion de nuit a ma contribution de la mâtiné… sur le fonctionnalisme monétariste d’Aristote :
    1ον ισάσθαι χρεί (il nous faut par nécessité une équivalence)… la monnaie, l’institution du nombre, déterminisme, ordre.
    2ον κατά χρείαν ισάσθαι (par nécessité on obtient l’équivalence)… le social, indéterminisme, désordre.

    1. @ le grec.

      De meme une petite marche le matin dans le monde extérieur , à mon rythme, m’a permis de rentrer dans une sorte de réverie.

      Je vous livre ce qui en apparu à ma conscience.

      Aristote, éléve de Platon, éléve d’Empédocle parcourt le monde. Il marche et contemple la nature. S’il avait continué ainsi, il est fort probable qu’une fois, ayant marché sur la tête, il serait revenu à son origine. Quel Odyssée, n’est ce pas? Que de travaux herculeen, quelle dépense d’énergie pour reveneir à son point de départ. Cependant il n’est pas le même qu’avant.

      Alors qu’a-t-il appris que son maitre n’avait pas réussi à lui transmettre? N’a-t-il pas appris à lire le livre de la jungle. Certes cela est positif, les choses étant posées il est possible maintenant de les décomposer, de les analyser, de les décortiquer. Mais pour quoi faire? est ce suffisant?

      Pourquoi agir en ce monde puisque en définitive l’homme lui aussi va se décomposer?

      Son périple n’aura-t-il servi à rien? Ne faut-il pas faire la somme des toutes ses expériences et se reposer un instant, une certaine durée afin de retrouver l’élan vital, la foi dans le monde entier et se dire que la vie est belle même si on y est pas totalement bien.

      @ vigneron

      Une bonne nuit et vous retrouverez tous les bons mots que me font si souvent sourire et rire parfois aux eclats. Merci à vous.

      L’or est le capital de l’humanité. Qu’importe sa valeur dans le monde, il ne s’oxyde pas.

    2. Merci francois 2 ca fait du bien… C’est pour ca peut être que Pindare disait en réponse a Thales(tout est de l’eau) « l’eau est précieux, mais l’or est plus précieux » ! « Qu’importe sa valeur dans l’eau, il ne s’oxyde pas… »

  20. @Jorion et les commentateurs

    Merci pour tout et bon vent. Désolé, vraiment, mais l’alliance objective et hégémonique de la bêtise, de la mauvaise foi, du nationalisme bas de plafond, du vide craspougneux et de la réaction (VB, Moi, Jducac, Gusifange, etc etc) avec les innombrables conspis de service, sans compter les délirants monomaniaques récurrents de tout poil (Peak-oil, Finkh et consorts…), les béats benêts de la bêtitude transcendantale spiritualo-new-age (se reconnaitront…), les défenseurs « furtifs » de l’étron aurifère (chris06) ou les multiples angoissés du patrimoine, sans compter les trolls inévitables, ont pourri les fils de commentaires de ce blog au point de m’en écœurer pour de bon.
    Ce petit jeu ne m’amuse plus du tout. La connerie a cette immense force d’être épuisante. Je sors de la file et redeviendrai simple lecteur et observateur. Ce coup ci pour de bon. Ce qui se passe dans l’espace des commentaires de ce blog n’augure en tout cas, à n’en pas douter, rien de bon pour ce qu’il en est ou en sera de son extérieur, du « vrai monde ».
    Bon courage et merci à toutes celles et tous ceux que je respecte et admire pour leur courage, leur générosité, leur intelligence, leur humour et leur honnêteté. Ils se reconnaitront (comme dit Martine…), je le sais, elle et ils sont encore un certain nombre. Qu’ils m’excusent, mais je suis fatigué de bêtise et de mauvaise foi. Et faut qu’j’pense à moi et mes proches, un peu..

    1. @ vigneron,

      Il n’y a vraiment que vous de valable, d’intelligent, de clairvoyant, d’honnête… vous réunissez sur votre tête toutes les qualités de la Terre… c’est un signe qui ne trompe pas de dogmatisme avancé.
      Fin de discussion.

    2. @vigneron,

      eh oui, rassembler des êtres humains s’avère encore plus difficile que de rassembler des chats.
      Il n’y a que deux méthodes connues:

      . soit on leur inculque dés le plus jeune age un dogme (religieux ou autre) qu’ils répètent le restant de leur vie
      . soit on leur fout une trouille bleue (la stratégie du choc)

      D’après ce que j’ai pu comprendre (et apprécier de vous), vous n’êtes pas franchement favorable aux dogmes, ni à la stratégie du choc.

      Mais pourquoi voulez vous donc les rassembler? Car même dans leurs désaccords, ils arrivent, parfois, à construire ensemble de belles choses.

      Donc pensez à vous et à vos proches, un peu, beaucoup même, mais je vous en prie, continuez à nous laisser vos excellents commentaires. Au moins quand vous le souhaiterez.

    3. Vigneron, merci pour ces propos intelligents, clairvoyants et honnêtes. Soit assuré, même sans police, dans un moment pareil, de toute mon affection pour toi et les tiens. Depuis quelques mois chacun savait depuis la dernière publication de ton bulletin de santé la fragilité des liens qui t’attachaient à ce blog. Le quitter brutalement, rappelle que dans toute guerre il y a des disparus mais grâce aux âmes errantes on sait qu’il y a aussi des revenants. Je m’en vais écouter Marc-Antoine Charpentier en sirotant un verre de vino da messa, parce que pour la mise en bière un des tes récents posts m’avait mis la puce à l’oreille comme disait Duneton.

    4. vigneron,

      « merci à toutes celles et tous ceux que je respecte et admire pour leur courage, leur générosité, leur intelligence, leur humour et leur honnêteté. Ils se reconnaitront (comme dit Martine…), je le sais, elle et ils sont encore un certain nombre. »

      Merci.

      « elle » : tss-tss !

    5. @ vigneron dit : 6 janvier 2011 à 10:34

      Qu’est-ce que vois ?

      Vous qui vous dites être mon frère, vous ne me placez qu’au 3ème rang dans la liste de ceux que vous portez dans votre cœur.

      N’y a-t-il pas erreur ?

    6. Bien vu Juan.

      Vigneron, vous n´arriverez pas à échapper à la société. Dans ces conditions, autant essayer de
      l´éclairer et de la laisser vous éclairer aussi de temps en temps. Cela n´empêche pas que vous vous réserviez du temps pour vous et les vôtres bien sûr. Mais les vôtres, c´est aussi toute
      l´espèce humaine,non pas prise dans sa globalité, mais dans sa diversité si riche et si désarmante parfois/souvent aussi.

    7. VIGNERON,

      Vous êtes avec d’autres le fer de lance qui pousse des gens comme moi à remettre en question ses propres convictions.

      Ne plus vous lire, et ne plus lire vos pairs, ce serait pour moi ne plus soumettre ma conception de la vie à l’épée de Damoclès, et donc oublier l’idée que je puisse me tromper. Dangereux.

      Sincèrement.

      Antoine

    8. @Vigneron
      C’est dans’l grain qu’on voit le marin !
      Vas voir à la proue si j’suis à la poupe !
      Mât cache bonne eau et te protège des sirènes et du supplice de Cancale….

    9. @ Vigneron

      Troisième… quatrième… cinquième… sixième commentaire avorté… Oh et puis zut ! Sans blague Vigneron, vous croyez que c’est facile de trouver comment ne pas faire culcul la praline dans ces conditions.

      Vous pouvez demander mon mail à Julien si l’envie vous en vient.

    10. un bout du blog s’en va avec vous, dommage, même si des fois, ça vous esquintait, on s’emporte, on s’insupporte, les pauses, sortir de la roue du manège, de sa carcasse ou ce qu’on reconnaît de soi ne va pas. que le vent vous ramène par ici,
      merci !!!
      PJ HARVEY // MAN-SIZE
      http://www.youtube.com/watch?v=QAV1CGlfNC4

      « Jetant un regard rétrospectif sur sa vie, il se pourrait qu’un homme se rende compte que presque toutes les relations approfondies qu’il a connues avaient trait à des personnes dont tout le monde admettait le « caractère destructeur ». Un jour, par hasard peut-être, il ferait cette découverte, et plus le choc qu’elle lui causerait serait violent, plus il aurait de chances de parvenir à dresser un portrait du caractère destructeur.

      Le caractère destructeur ne connaît qu’un seul mot d’ordre : faire de la place ; qu’une seule activité : déblayer. Son besoin d’air frais et d’espace libre est plus fort que toute haine.
      Le caractère destructeur est jeune et enjoué. Détruire en effet nous rajeunit, parce que nous effaçons par là les traces de notre âge, et nous réjouit, parce que déblayer signifie pour le destructeur résoudre parfaitement son propre état, voire en extraire la racine carrée. À plus forte raison, on parvient à une telle image apollinienne du destructeur lorsqu’on s’aperçoit à quel point le monde se trouve simplifié dès lors qu’on le considère comme digne de destruction. Tout ce qui existe se trouve ainsi harmonieusement entouré d’un immense ruban. C’est là une vue qui procure au caractère destructeur un spectacle de la plus profonde harmonie.
      […]
      Le caractère destructeur est l’ennemi de l’homme en étui. Ce dernier cherche le confort, dont la coquille est la quintessence. L’intérieur de la coquille est la trace tapissée de velours qu’il a imprimée sur le monde. Le caractère destructeur efface même les traces de la destruction.
      Le caractère destructeur rejoint le front des traditionalistes. Certains transmettent les choses en les rendant intangibles et en les conservant ; d’autres transmettent les situations en les rendant maniables et en les liquidant. Ce sont ces derniers que l’on appelle les destructeurs.
      […]
      Aux yeux du caractère destructeur rien n’est durable. C’est pour cette raison précisément qu’il voit partout des chemins. Là ou d’autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin. Mais comme il en voit partout, il lui faut partout les déblayer. Pas toujours par la force brutale, parfois par une force plus noble. Voyant partout des chemins, il est lui-même toujours à la croisée des chemins. Aucun instant ne peut connaître le suivant. Il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse.
      Le caractère destructeur n’a pas le sentiment que la vie vaut d’être vécue, mais que le suicide ne vaut pas la peine d’être commis. »
      Walter Benjamin, Le caractère destructeur.

    11. Je sors de la file et redeviendrai simple lecteur et observateur. Ce coup ci pour de bon.

      Des promesses, toujours des promesses…

    1. A quand le retour du « Vengeur masqué » qui nous a déjà au moins une fois fait ses adieux de scène ?

  21. @Vigneron

    Hé bé! Qué pasa?

    Si en plus vous continuez à lire, vous allez vous faire encore plus mal.

    En toute confidence, je pense que Jducac est un provocateur trotskiste… Ne tombez pas dans le piège de la chaise vide!

  22. @ PSDJ

    « …Pendant que je parcours l’espace en trois dimensions pour explorer des volumes, vous braquez votre regard dans une seule direction… »

    merci de votre réductionnisme , il convient tout à fait à l’interprétation que je fais de vos propos…

    j’attends maintenant des faits qui pourraient corroborer mon point de vue qui selon la « théorie des Cordes » pourrait être duodeci-dimensionnel…par exemple….

    le fond du problème est ailleurs , bien sùr..mais sur ce blog , l’autocensure nécessaire « bride » l’intelligence et son expression , hélas…..

    cdlmt.

    1. @Sentier198
      Si si je confirme que PSDJ parcours l’espace en trois dimensions vautlumineuses. En accord sur le fond du problème qui est tailleur.

    2. @Sentier198,

      C’est vrai qu’en passant de 3 ou 4 dimensions à 12, nous accroissons nos chances de nous rater. Est-ce votre souhait en concluant votre propos sur un fond de problème qui est ailleurs dans un lieu indicible à cause de la censure ? Maintenant, vous pouvez aussi me dire que vous retenez 3 x 4 = 12 dimensions pour être sûr de ne pas me rater en englobant mon référentiel dans le vôtre. Le problème, c’est que 12 est supérieur à mes dix doigts. Jusqu’à 10, j’arrive encore à imaginer parce que je vois mes doigts. Mais à 12, c’est vraiment peine perdue. Si l’univers est à 12 dimensions, c’est sûr qu’il n’est pas fait pour moi. Dans ce cas là, je me permets de m’en attrister.

      Il faut que vous sachiez à quel point je suis sot. J’ai eu tellement de mal à assimiler un peu Aristote qui a posé comme vous le rappelez les fondements de la connaissance humaine il y a 25 siècles que je me suis dispensé d’aller plus loin. Quand j’ai découvert qu’Aristote me permettait de résoudre la plupart des problèmes que je croyais avoir besoin de résoudre, je me suis paresseusement arrêté 25 siècles derrière vous. Du coup, j’ignore 99,9999999999% (12 chiffres significatifs pour les 12 dimensions minimales de l’univers) de ce que l’intelligence humaine a produit depuis 25 siècles. Peut-être cela vous étonnera-t-il, mais je suis dans ce Blog comme un gamin ébahi au milieu d’un immense magasin de jouets qu’il n’a jamais vus.

      Petit effort supplémentaire pour vous éclairer sur mon infantilisme aristotélicien. Comme un enfant, c’est d’abord la réalité objective que je perçois, c’est à dire la réalité que je ne peux pas choisir parce que je ne suis pas tout puissant. Puis après vient la réalité conceptuelle, une réalité construite par l’activité d’intelligence qui essaie d’organiser l’objectivité par la subjectivité qui se soumet aux lois du savoir reçues par l’éducation (éduquer = conduire hors de soi). Enfin dans ma réalité conceptuelle, où le monde extérieur à moi se concilie avec ma subjectivité, j’essaie de concevoir mes fins, ce vers quoi je vais de manière à ne pas mourir sans avoir vécu (je suis naif, je crois que je peux décider quelque chose). Bien sûr, tout mon parcours de la réalité objective, subjective et finale se fait par les gens avec qui je vis qui par leur existence en relation avec moi me conduisent (conduire = induire avec).

      Nouveau petit effort pour vous parler de la politique. Je place la politique, la réalité de la politie, dans le champ de la réalité conceptuelle et finale. Il n’y a de rapport de force en politique que ceux auxquels on a été éduqués et que finalement on choisit. Comme j’ai été éduqué à la liberté, je crois qu’elle existe et que les rapports de force sont faits pour ceux qui croit la liberté trop lourde et encombrante, c’est à dire ceux qui ont besoin de dominer ou d’être dominés. La politique hasardeuse est la politique du rapport de force : comme il n’est pas question d’expliquer quoi que ce soit dans un rapport de force, on décide au hasard parce qu’aucune volonté raisonnée ne s’exprime. Le hasard c’est la décision de Dieu, du chef ou de l’expert qui nous est incompréhensible parce qu’elle n’est pas à notre portée. Le hasard c’est la neutralité de l’intelligence dominée par une intelligence supérieure inaccessible. Le hasard est donc la négation de la démocratie et de la liberté, le retournement de l’intelligence sur sa subjectivité pour mettre l’homme dans les mains du ou des maîtres du hasard.

      Désolé, j’ai dû encore répondre à coté. Les enfants n’écoutent jamais les questions qu’on leur pose !

    3. @ PSDJ

      merci de votre réponse , qui de plus ne me semble pas du tout « à coté » , dans la mesure où elle répond totalement aux questions que je me posais sur vos motivations à élaborer le projet que vous nous explicitez içi.

      par ailleurs , je ne comprends pas votre instance à parler d’infantilisme n’ayant jamais abordé ce genre de propos.

      cordialement.

    4. Bonsoir PSJ,

      J’ai bien aimé lire votre dernier § : il est très attendrissant. Et il est aussi éclairant d’une certaine naïveté toute à votre honneur d’ailleurs. Mais, si vous vouliez bien regarder de plus près ce qu’est, objectivement la politique, vous découvririez qu’indépendamment de ce que vous a inculqué votre éducation, la politique n’est que rapport de force. L’homme politique doit prendre des décisions, il doit trancher parmi des intérêts par essence, par nature, contradictoire (ce qui engendre le rapport de force) et sa vie ne se passe que dans le rapport de force, intérieur et extérieur. C’est certes regrettable, mieux vaudrait pour nous évoluer dans un monde fait de douceur où tout le monde serait d’accord sur tout (quoique je pense que personnellement je n’apprécierai pas trop un monde lénifiant où tout est écrit à l’avance puisque tout le monde est toujours d’accord). Devons-nous nous voiler la face pour croire à un rêve ? Telle est la question.

      Bien cordialement,

    5. @Sentier198,
      Vous vouliez donc connaître mes motivations. Tant mieux si j’ai pu vous les exprimer. Mon évocation de l’infantilité vise à mettre en valeur cette phase du murissement humain où les motivations sont transparentes. L’intelligence de la relation avec les enfants est reposante (elle pose la personne) parce que sans complication de langage : on sait tout de suite ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour être satisfaisant ou non satisfaisant à l’enfant. La finalité à communiquer du langage et de l’attitude est sans ambiguïté chez l’enfant.

      @VB,

      L’homme politique doit prendre des décisions, il doit trancher parmi des intérêts par essence, par nature, contradictoire (ce qui engendre le rapport de force) et sa vie ne se passe que dans le rapport de force, intérieur et extérieur.

      Vous posez un vrai problème que je préfère formuler autrement pour faire exister une différence entre la force physique et la force mettons spirituelle propre à l’homme. Les intérêts humains sont contradictoires parce qu’ils sont dits. Ils constituent des effets de langage. Ils ont des objets différents du fait qu’il émanent de sujets différents. Le conflit éclate dans la matérialité quand le même objet d’intérêt ne peut pas être utilisé par deux sujets non coordonnés. A ce stade se présente un choix moral politique. Soit on affirme que des intérêts humains sont strictement individuels par nature et donc radicalement inconciliables sans ordre possible supérieur aux individus ; soit on retient que la nature d’un intérêt humain est justement un ordre en puissance de relation acceptée entre individus qui subordonnent leur satisfaction à la satisfaction de l’autre.

      Les intérêts humains sont bien contradictoires par l’essence de la subjectivité qui les motive. Mais ils ne sont pas nécessairement contradictoires par l’existence d’un objet matériellement commun. La contradiction nécessaire de la forme qui identifie des sujets différents n’induit pas la contradiction dans l’objet. Si la politique a des objets, si elle existe, c’est à cause de la possibilité d’existence d’un ordre supérieur aux intérêts individuels subjectifs. Cet ordre n’existe pas en soi en dehors des sujets car il n’existe pas de nécessité physique qui l’impose comme par exemple la gravitation. Il n’existe pas non plus de nécessité logique à une possibilité de communauté d’intérêt si chaque individu s’enferme dans l’admiration exclusive de soi qui exclue tout intérêt pour l’autre en tant qu’autre.

      Vous comprendrez donc que je préfère croire au dépassement du rapport de force pour que la politique ait un intérêt. Je préfère considérer la distinction des sujets dans la contradiction des intérêts pour rêver à un intérêt commun supérieur qui soit objectif dans la politique. Autrement dit, je choisis le bien commun comme objet de la politique et la subordination réciproque des intérêts individuels comme dépassement final de la contradiction politique. Le dépassement de la contradiction donne du sens au temps et à la discussion ; il ne signifie nullement la négation de l’existence de la contradiction ni l’abolition du temps. Sans la contradiction, le temps ne peut apporter aucun dépassement aucune réconciliation et le bien commun ne peut pas avoir de matérialité. Les individus sont irrémédiablement enfermés en eux-mêmes. Comme vous le dites, le monde ne présente plus aucune douceur pour personne. Je suis bien d’accord que le choix politique collectif qui prévaut actuellement est la guerre civile mondiale. Pour imaginer que nous puissions en sortir, je dis que c’est un choix plutôt qu’une nécessité de la nature.

    6. à PSJ,

      Vous comprendrez donc que je préfère croire au dépassement du rapport de force pour que la politique ait un intérêt

      =>
      La politique n’a justement d’intérêt que pour réduire, ou dépasser comme vous le dites, le rapport de force ; si vous supprimez le rapport de force, la politique disparaîtra d’elle même, elle n’aura plus d’objet.
      Vous préconisez un ordre mondial sans voir qu’il réduira ou supprimera la diversité et la démocratie. Vous n’aimez pas entrer dans le rapport de force et préférez imposer vos vues de façon à ce qu’elles s’imposent d’elle-mêmes, en douceur = la douceur pour vous et maintenant et la dureté pour les autres et après…
      Et puis vous restez dans le déni de réalité, de la nature humaine (notion de domination = tous les individus, systèmes ou groupes sociaux qui se sentent légitimés par avance ont toujours et de tout temps abusé de leur position), de la méqualité institutionnelle de l’UE…

      Nos divergences de vues sont irréductibles, j’en ai bien peur.

      Cdt.,

  23. parfait !il semblerait que je me suis trompé quand à la modération sur ce blog..
    les temps changent , tant mieux..

    @ PSDJ
    1-vous ne répondez toujours pas aux remarques que je faisais supra (notamment les « négociations politiques hasardeuses »)
    2-le bla-bla post-aristotelien sur les « prototypes subjectifs » …:
    je crois que 25 siècles après , ils ont largement été remis en cause..donc les 3D de la « cause » , vous en êtes toujours là ?..
    depuis , il y a eu dernièrement , la cybernétique , la théorie de l’inconscient , Prigogine et ses structures dissipatives , Godel et son théorème …je ne vais pas faire la liste ..
    donc votre approche linéaire (Cause(s)->Conséquences) , quel qu’en-soit le nombre de dimension risque d’être très obsolète

    votre erreur est me semble-t-il de prétendre « explorer » en définissant au préalable le territoire (inconnu à priori puisqu’à explorer) que vous proposez de parcourir..

    pour reprendre votre analogie de la ligne de mire , il est assez facile de concevoir un système qui vous donnerais « l’impression » d’une autre dimension de la réalité quand vous seriez dans la même (le voyageur de Langevin…Prigogine utilise d’autres métaphores dans la Nouvelle Alliance , il semble me souvenir..) et vice-versa.

    mais je trouve surtout votre façon de concevoir les choses inquiétantes , car elle semble expulser (très subtilement , en avez-vous même conscience ?) la dimension « humaine » dans une tentative d’un dispositif mettant l’homme à une telle distance de la loi qu’elle va lui paraitre radicalement illégitime..sachant que c’est déjà lourdement le cas…

    je crains que vous ne souhaitiez franchir une nouvelle étape , quand , il faudrait faire le contraire..

    CAD : reprendre à zéro le dispositif législatif , et d’abord associer la déclaration universelle (et son appendice de la Havane) à un arsenal législatif contraignant pour tous les états pour en faire ,enfin , appliquer les principes qui ont l’avantage d’être simple à comprendre pour tout le monde…

    facile à dire;..mais c’est à FAIRE , et le « comment » me semble prioritaire.

    sur un plan purement historique , il est possible comme je l’ai eu ici il y a un ou 2 ans (je ne sais pas comment on peut retrouver ses anciens posts , surtout , en ayant changé de pseudo une ou deux fois) ,que nous soyons dans des temps anomiques (cf. Durkheim) , les anciens paradigmes post-aristotéliens (ou de culture Occidentale) n’étant plus opératoires ,et de nouveaux paradigmes structurants étant en cours d’élaboration au sein de notre espèce , donc , pour l’instant inopérant.

    @ Rosebud1871 (j’avais pas lue votre réponse)

    « Désaccord… » , tiens , sur quoi…?
    je dis que la polysémie de PSDJ est intéressante , je ne parle pas de la mienne …qui est radicalement humaine…donc inévitable , bien sûr , comme vous le dites justement.

    il est évident que je me suis mal exprimé , et que vous poursuivez fort bien ce que je n’ai fait qu’ébaucher (d’ailleurs au moment de poster , je cherchais le fil de son lexique , que je n’arrivais à retrouver , mais pas le temps…un clic.. )

    quand la psychanalyse s’est essayée à la formalisation (donc à la quête d’un langage univoque) à la fin des années soixante , j’ai eu les mêmes remarques auprès des « collègues » de l’E.Freudienne , sur la vanité d’enfermer un champ opérant radicalement dans le champ de la subjectivité dans un processus algorythmique (les Mathémes Lacaniens).

    je crois que l’on peut faire les mêmes réserves au travail de recherche de PSDJ.

    il faut en revenir à de véritables « négociations politiques »…

    Commençons par avoir de véritables négociations « micro-politiques » sur le terrain.

    c’est vraisemblablement l’apprentissage d’une nouvelle forme de démocratie que nous enseigne notre (més-)usage d’internet??

    au secours , je vais finir par devenir optimiste ..

    1. @sentier198 7 janvier 2011 à 15:40
      L’exercice spirituel de PSDJ est une curiosité donc digne d’intérêt.
      Pour le mathème, c’était le rêve d’une transmission sans perte, ce temps dans l’enseignement de Lacan s’est poursuivi avec la topologie sur la fin. Je penche pour la non-transmission de l’analyse (ça évite le père fondateur et le comptage générationnel, tendance religieuse donc) et plutôt pour son invention à partir des coordonnées subjectives (donc sociales) de chaque analysant qui à terme ne peut éviter de s’y engager en sachant un bout de sa contrainte. Ça semble aller dans votre sens.
      Mes réserves sur l’option de PSDJ sont aussi voisines, le totalitarisme de la logique d’Aristote a été cultivé, j’ai le souvenir d’avoir adressé à PSDJ un paragraphe là-dessus de Cassin.
      Ce n’est pas tant sur le bancor que je le taquine mais sur l’articulation à la notion de démocratie.
      Sur les négociations politiques, ce blog permet à chacun de sortir de son ghetto référentiel et de croiser le verbe avec d’improbables rencontres, mais ça reste de la coulisse même si des effets de réseaux existent via P. Jorion. La pratique des réseaux, surabondante de nos jours, est aussi antinomique à la démocratie, qu’inéliminable. C’est aussi un étalage de liens plutôt bien choisis où la pêche est souvent excellente. À propos de pèche, pour l’optimisme…dans mes moments de lueur optimiste, je me prends pour un pessimiste éclairé comme Fidel

    2. @Rosebud1871,

      le totalitarisme de la logique d’Aristote a été cultivé

      Le totalitarisme de la logique d’Aristote est-il selon vous un totalitarisme logique (vouloir donner un sens à tout ce qu’on dit) ou un totalitarisme matériel (imposer un sens à tout par le dire) ?
      La culture du totalitarisme de la logique est-elle pour vous un fait indésirable ou une intention maligne, un échec de l’intelligence humaine ou la menace actuelle du génie du mal ?

    3. @PSDJ
      Pas de Raison de m’aliéner à vous répondre dans le cadre de votre impérialisme logique, j’opte pour le pas de coté.
      À « vouloir donner un sens à tout ce qu’on dit », n’hésitez pas à filer mon « opte » comme strike allusif à l’impossibilité de boucler/déboucler un sens au terme de toute phrase puisqu’il est bien connu que c’est l’effet d’après-coup d’un terme final qui produira un sens d’un terme inaugural. Idem pour mon « pas de coté », où vous dénicherez l’ambigüité du pas de cotation.
      Génie du mal, du bien, intelligence humaine, intention maligne, etc. il est clair qu’entre l’ensemble de votre bibliothèque et l’ensemble de la mienne, l’intersection euclidienne doit être quasiment vide.
      La monnaie comme telle est le masque de la question de la propriété, la démocratie comme la liberté sont factices sans quasi-égalité de pouvoir économique : ce fut l’enjeu de 70 ans de critiques réciproques entre expériences socialistes et capitalisme. Et comme VB vous le dit, la politique n’est que rapport de forces, verbaux ou autres. Les silences de vos textes autant que votre abstention à rebondir sur certains messages signent l’impasse de vos propositions reprises de Keynes non pas dans leur fonction virtuelle mais dans leur mise en œuvre via le cambouis politique, ce qui est déjà arrivé en 44.

      J’entendais hier un philosophe dire que Spinoza refilait du Maïmonide sans guillemets ni avertissement dans ses textes. La question se posait : Qui était l’auteur de ces paragraphes : Spinoza ? Maïmonide ? Le genre de question où l’affaire de la propriété est masquée. L’usage typographique des guillemets comme tels, est récent mais des signes de type à usage voisin sont perceptibles dès l’antiquité. Cependant avec la « propriété intellectuelle » tout cela prend une autre tournure. Il est admis qu’un auteur n’est pas réductible à la personne désigné par un patronyme où pourtant le droit discerne le propriétaire puis décerne la propriété de l’œuvre. Comment faire le tour du propriétaire de la notion de propriété et de son indéfinie extension ?
      Avec un érudit avec lequel je déjeunais (je ne suis qu’un amateur) la conversation vint sur la crise puis la monnaie et il me conseilla de lire : Signifying nothing, the semiotics of zero de Brian Rotman. Mon anglais touristique m’en empêchera, mais la réponse m’a bousculé.

      Enfin sur le totalitarisme d’Aristote, l’avis de Lacan :

      [ « Tout animal qui a des pinces ne se masturbe pas ».
      C’est la différence entre l’homme et le homard ! Voilà, ça fait toujours son petit effet. Moyennant quoi, vous échappe ce que cette phrase a d’historique. Ce n’est pas du tout à cause de ce qu’elle asserte – je ne dis rien de plus, elle asserte – mais de la question qu’elle introduit au niveau de la logique. Ça y est caché, mais – c’est la seule chose que vous n’y ayez pas vue – c’est qu’elle contient le « pas-tout » qui est très précisément et très curieusement ce qu’élude la logique aristotélicienne pour autant qu’elle a produit et détaché la fonction des prosdiorismes qui ne sont rien d’autre que ce que vous savez, à savoir l’usage de « tout », de « quelque », autour de quoi Aristote fait tourner les premiers pas de la logique formelle. Ces pas sont lourds de conséquences, c’est eux qui ont permis d’élaborer ce qu’on appelle la fonction des quantificateurs. C’est avec le « Tout », que s’établit la place vide dont je parlais tout à l’heure. Quelqu’un comme Frege ne manque pas quand il commente la fonction de l’assertion, devant laquelle il place l’assertion en rapport à une fonction vraie ou fausse, de x il lui faut, pour que x ait existence d’argument ici placé dans ce petit creux, image de la place vide, qu’il y ait quelque chose qui s’appelle « Tout x », qui convienne à la fonction. L’introduction du « Pas-Tout » est ici essentielle. Le « pas-tout » n’est pas cette universelle négativée, le « Pas-Tout », ça n’est pas « nul », ça n’est pas nommément : « Nul animal qui ait des pinces se masturbe ». C’est : Non pas tout animal qui a des pinces et par là nécessité à ce qui suit. Il y a organe et organe, comme il y a fagot et fagot, celui qui porte les coups, et celui qui les reçoit. ]…

  24. Ce bancor contient déja l’illusion dans son nom (banque et or) de même que les banques centrales et la Federal Reserve qui ne sont que les pires « Too big to fail » constituées d’actifs virtuels.
    Les dettes et ses sous-jacents en putrefaction (monnaies fiduciaires) sont juste l’illusion que votre temps-vie appartient a quelq’un d’autre que vous. Pour les metre en réalité et effacer leur virtualité « ils » embarqueront dans la guerre tous ceux qui pensent en etre liées.

  25. bonjour!

    Je vous ai déjà laissé un commentaire (où le dernier est le premier^^) sur votre blog, mais trois points ici mr du Jonchay :
    1/ je comprends maintenant que l’échelon européen est au pire une étape. Concernant l’euro, je ne pense pas que l’on puisse faire pire que l’euro si on est doté de bonnes intentions. De même pour le dollar.
    2/ la seule question qui vaille vraiment autour de ‘monnaie ou mot : sens et valeur’, est celle de l’accord des souverains. C’est un échange au sens noble, où la vue est d' »équivaloriser » les principes, au moins dans le cadre de la pratique. VB fait bien de rappeler le fait du rapport de force dans la définition de ce cadre, néanmoins, premièrement c’est un fait, et encore non souhaitable, non une nécessité intrinsèque à la politique (ce que démontre l’existence du droit), deuxièmement, la force reste au peuple, surtout en démocratie, même formelle.
    3/ l’accord des souverains comme tel est rétractable… Que devient cette monnaie « unitas » ou « bancor » : a/ un des états (au hasard, le plus puissant militairement et/ou industriellement) faisant partie du panier de références (s’il existe) « joue » avec sa monnaie? b/ un état, un qui a une bonne partie du stock d’or par ex, se retire de l' »unitas »? c/ un état qui s’en retirerait (si monnaie mondiale), que lui arrive t il (réactions des capitaux, de la spéculation, et ses échanges de production)?

    bien à vous

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