LA PENTE DESCENDANTE DE LA RÉGULATION FINANCIÈRE, par François Leclerc

Billet invité.

Goldman Sachs constate dans une étude une importante baisse des revenus des banques américaines, trois facteurs se conjuguant pour les affaiblir au point d’éroder de plus de 7 % leurs profits annuels, qui sont captés par le secteur du shadow banking. En cause : les bas taux d’intérêt, la régulation financière et l’apparition de nouveaux concurrents. Les énormes amendes auxquelles elles ont été condamnées ne sont pas mentionnées.

Impulsés par une Fed qui ne les augmente toujours pas, les bas taux d’intérêt persistants font d’ailleurs d’autres victimes, aux États-Unis et ailleurs, dans le secteur clé des compagnies d’assurance. Celles-ci sont prises dans un étau qui se resserre progressivement, ayant garanti des rémunérations fixes à leurs clients tout en subissant une baisse de leurs revenus obligataires. Seul leur matelas de titres n’étant pas arrivés à maturité et bénéficiant des rendements d’avant freine cette érosion qui va se poursuivre tant que les taux ne remonteront pas. Ce qui n’est pas à l’ordre du jour en Europe avec le démarrage du programme d’achat de titres de la BCE. Côté régulation, les lobbies bancaires courtisent activement la majorité républicaine du Congrès afin que soit détricotée la loi Dodd-Frank de régulation financière, dans la perspective des prochaines élections présidentielles américaines. Mais ils sont également préoccupés par l’émergence sur Internet de nouveaux acteurs P2P (pair à pair), qui contournent les banques sur des marchés très profitables et en plein développement comme celui des prêts étudiant.

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LES CHAMBRES DE COMPENSATION, JOLI CASSE-TÊTE, par François Leclerc

Billet invité.

Les amateurs de casse-tête disposaient déjà d’un magnifique terrain de jeu avec la réglementation bancaire. Détailler à quelle catégorie de fonds propres appartient telle ou telle classe d’actifs bancaires demande une science qui impose le respect quand on prétend épuiser le sujet. En venir à bout est pourtant essentiel, si l’on veut juger des ratios de fonds propres établis par le Comité de Bâle, ou par le Conseil de stabilité financière (FSB) en ce qui concerne les établissements déclarés systémiques, ou bien pour apprécier l’épaisseur du coussin de liquidités dont les banques doivent disposer. Mais ceci n’était qu’une mise en jambe.

Un nouveau casse-tête est disponible. L’utilisation de chambres de compensation (CCP) a été instaurée pour sécuriser les transactions de produits dérivés, jusqu’à maintenant opérées de gré à gré, à condition toutefois qu’ils soient standard (les autres échappant à cette obligation). Mais à bien y regarder, les CCP ne sont-elles pas des bombes en puissance ? En tant que fonds de garantie, elles concentrent en effet le risque qu’elles ont pour mission de supprimer sans avoir nécessairement les moyens financiers de l’assumer. C’est en tout cas la question qui doit être posée si l’on considère le volume des transactions sur les produits dérivés qu’elles vont accueillir.

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Régulation financière : DE CHARYBDE EN SCYLLA, par François Leclerc

Billet invité.

Jusqu’alors entouré de mystère et resté invaincu, le danger systémique a désormais un visage mais n’en sort pas glorieux. Non pas celui d’une panique bancaire des déposants (le retrait dans la panique de leurs fonds), mais le débouclage en catastrophe par les banques de leurs positions dans les produits dérivés. Produisant alors un effet cataclysmique garanti en raison du volume d’encours de ce marché – 7.000 milliards de dollars – et de la propagation de ces produits financiers dans les bilans bancaires, où ils sont particuliers concentrés dans les mégabanques. D’où leur nom de banque systémique. Le Conseil de stabilité financière (FSB) décidé en 2009 par le G20 – qui chapeaute tous les organismes publics nationaux et internationaux – a finalement établi en 2012 une liste de 29 établissements, après longue réflexion, et on attendait patiemment la suite.

Les contraintes de renforcement supplémentaires de leurs fonds propres de ces banques ne suffisant pas, de tout évidence, les régulateurs américain, Fed en tête, ont obtenu de l’International swaps and derivatives association (ISDA) qu’elle étudie avec ses membres des mesures complémentaires. L’ISDA est ce club très fermé qui regroupe les grands acteurs du marché des dérivés et fait la pluie et le beau temps sur celui-ci, décidant notamment s’il y a défaut ou pas lorsqu’un incident de payement intervient. On sait à ce propos que, toujours présentés comme assurances afin de les montrer sous leur meilleur jour, les credit-default swaps ont été détournés de leur objet initial et sont devenus pour la plus grande part un des jeux favoris et les plus fréquentés du grand casino. En fait d’assurance, ce sont des paris sur l’évolution du prix de leur sous-jacent qui ne méritent qu’un sort : leur interdiction. Continuer la lecture de Régulation financière : DE CHARYBDE EN SCYLLA, par François Leclerc

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La régulation financière progresse : CHERCHEZ L’ERREUR !, par François Leclerc

Billet invité

Quelle surprise ! Après avoir fait son siège, les banques ont obtenu ce week-end du Comité de Bâle d’importants assouplissements à propos du ratio d’effet de levier qui devra être respecté en 2018. Celui-ci mesure le rapport entre leurs fonds propres et leurs actifs, sans pondération de leur valeur. Cela fait suite à un autre important accommodement, il y a un an, qui concernait un autre ratio, celui de liquidité à court terme (LCR). Ce matin, les valeurs bancaires étaient à la hausse…

Le ratio mesurant l’effet de levier évacue toutes les interrogations liées à la valorisation des actifs et fait obstacle à la pratique instituée d’enjoliver les comptes dans cet univers très opaque quand il s’agit des dérivés. Les banques craignaient que son application génère d’importantes obligations de renforcement de leurs fonds propres, faisaient valoir que, les incitant à diminuer la taille de leur bilan, cette contrainte serait contradictoire avec la demande qui leur est faite de développer le crédit. Ou que cela aurait comme effet de les conduire à prendre plus de risque, puisque celui-ci n’est pas pris en compte dans le calcul de l’effet de levier. Leurs mauvais arguments ont été reçus, elles ont été entendues !

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RETOMBÉES DE L’AFFAIRE KERVIEL : LES BANQUES « SYSTÉMIQUES » ET LES PRODUITS DÉRIVÉS REMIS EN QUESTION

Le 4 avril 2008, je publiais ici un billet intitulé : « Kerviel et la faute a pas d’chance », dont les dernières lignes disaient ceci :

« Alors, si c’est la faute à pas de chance, est-ce qu’il ne serait pas temps de ficher la paix à Jérôme Kerviel ? »

Un livre qui vient de paraître m’encourage à aller beaucoup plus loin encore dans la même direction.

Dans Antifragile. Les bienfaits du désordre (Les Belles Lettres 2013 [1]), dans le cadre d’une discussion relative à la relation entre taille et fragilité, Nassim Nicolas Taleb, consacre un bref paragraphe à l’affaire Kerviel. Il écrit ceci à propos du débouclage de la position de Kerviel le 21 janvier 2012 :

« Une liquidation de 70 milliards de dollars aboutit à une perte de 6 milliards de dollars. Mais une liquidation d’un dixième de cette taille, 7 milliards de dollars, n’entraînerait probablement aucune perte, car les marchés absorberaient ces quantités sans paniquer, peut-être même sans le remarquer. Cela nous dit donc que si, au lieu d’avoir une très grande banque, avec M. Kerviel en franc-tireur du trading, nous en avions dix de taille plus modeste, chacune possédant respectivement son M. Micro-Kerviel qui mènerait son activité de trader en franc-tireur et dans son coin à des moments imprévus, le total des pertes des dix banques serait quasiment nul » (pages 341-342).

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L’actualité de demain : QUAND LA BUÉE SE DISSIPE DANS LE RÉTROVISEUR, par François Leclerc

Billet invité.

Que ne voit-on pas dans le rétro, ces temps derniers ! À quelques jours de son départ de la Banque d’Angleterre, son gouverneur Mervyn King s’épanche devant les députés britanniques. En référence aux dirigeants des banques, il leur a expliqué que la « première réponse » de ceux-ci est souvent de décrocher leur téléphone pour appeler le ministre des finances ou le premier ministre, lorsqu’ils rencontrent un problème dont ils ne veulent pas que le régulateur le soulève. L’Autorité de régulation prudentielle (PRA), qui officie désormais sous la responsabilité de la Banque d’Angleterre, vient d’annoncer que les cinq principales banques britanniques devaient augmenter leurs fonds propres de 27,1 milliards de livres, 13,4 milliards manquant encore à l’appel après leurs récents renforcements. De quand datent donc les dernières pressions des banques sur le 10, Downing Street ?

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VUB, Chaire « Stewardship of Finance », onzième leçon, le 7 mars 2013

La onzième leçon de la chaire « Stewardship of Finance », consacrée entièrement à la tragique histoire de la compagnie texane Enron, dont j’ai parlé dans mon livre Investing in a Post-Enron World (2003).

P. S. : Leçon plus longue que les autres en raison de la discussion passionnante qui se déroule ensuite dans des échanges avec la salle.

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L’actualité de demain : COMMENT REVIENT PEU A PEU L’APPÉTIT POUR LE RISQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Les nouvelles normes de liquidité adoptées par le Comité de Bâle seraient « plus réalistes » selon Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui a participé à leur élaboration. Cela dépend du point de vue que l’on adopte !

Trois leviers sont actionnés : le calendrier de leur mise en application est repoussé, l’ampleur des difficultés auxquelles les banques pourraient être appelées à faire face est diminuée (un retrait des fonds, par exemple), et la liste des actifs éligibles est élargie. Cette dernière mesure a comme intention de relancer le marché de la titrisation des actifs immobiliers, afin de soulager le bilan des banques, et les inciter à intervenir sur ce marché spéculatif, au détriment de leur activité de crédit. Une allocation de leurs ressources qui ne va pas précisément dans le sens du renforcement de leur solidité et de la relance du crédit, notamment auprès des PME européennes qui sont très dépendantes d’elles.

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J.P. MORGAN : ET ON MANQUERAIT D’EXEMPLES POUR LA JEUNESSE !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Voilà donc que Mme Ina Drew était Investisseur en chef à la banque JPMorgan et que c’est elle qui avait la responsabilité de faire quelque chose d’utile avec les 356 milliards de dollars qui se trouvent sur les comptes courants des clients de la banque et qui n’ont pas été prêtés à l’un ou à l’autre. Et voilà donc qu’elle les a investis dans des choses aussi socialement utiles que des paris du genre Credit-default Swaps et autres instruments synthétiques tels que des indices sur la dette des entreprises, comme le CDX.North America.Investment Grade.9 au cœur du scandale.

Et voilà donc qu’elle en a perdu une somme qui ne fera sans doute pas moins de 2,3 milliards de dollars mais qui n’en fera pas beaucoup plus que 3 à tout casser – si tout se passe bien.

Je vous le demande : 3 sur 356, ça ne fait même pas 1% ! Et voilà pourtant que Mme Drew dont la rémunération ne dépassait même pas 1,3 million de dollars par mois, s’est pourtant vue contrainte à la démission il y a quelques heures. Allez comprendre !

Et voilà que M. Jamie Dimon, P-DG de JPMorgan se trouve lui-même sur la sellette pour être à la tête de la croisade contre la règle Volcker qui voudrait interdire que les banques commerciales jouent précisément l’argent de leurs déposants à la roulette. Et que JPMorgan est l’une de ces banques « Too Big to Fail » bien grasses dont le contribuable américain est toujours le garant de dernier ressort. L’agence Bloomberg rapporte que lors d’une réunion à la Fed, le 2 février, Mme Drew, à la tête d’une délégation de sa banque, recommanda que la règle Volcker ne s’applique pas aux départements comme le sien.

Comme si ce qui vient d’arriver prouvait quelque chose ! Ah ! L’injustice de ce bas-monde !

 

Apprendront-ils jamais ? Non !

Continuera-t-on à les considérer cependant comme les seuls capables de déterminer l’avenir du monde de la finance ? Oui ! Résolument oui !

Continuera-t-on à leur attribuer des bonus se chiffrant en millions en tant qu’experts dans leur domaine ou à les nommer premier ministre dans les pays en difficulté ? Oui, oui, trois fois oui !

Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit).

P.S. Un journaliste du Wall Street Journal a demandé au ministère de la justice américain combien de banquiers ont été condamnés en relation avec la crise des subprimes. Réponse : le ministère ne tient pas de relevés par niveau d’emploi. Vous trouverez cela ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’OUBLI DE LA SOCIÉTÉ EST PRODUIT PAR L’IDÉOLOGIE DE L’INDIVIDUALISME LIBÉRAL, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Le découragement et la passivité qui s’expriment dans la crise relèvent d’un conflit de rationalité. La rationalité financière a pour finalité la maximisation de la plus-value par la spéculation sur le prix en monnaie. La rationalité non-financière a pour finalité un bien-être humain non monétisable dont l’objet est devenu sans rapport avec les objets économiques abstraits sous-jacents aux prix de la finance. L’objet du bien-être humain n’étant pas jugé monétisable puisque la monnaie est captée par la spéculation financière, il en résulte que ce bien-être ne peut plus facilement se verbaliser, s’échanger et se partager. Il est donc dissipé par la spéculation financière qui fixe l’appréciation de toute chose. Le langage et la raison n’existent plus hors de la spéculation financière. Hors de l’objet financier motif du prix, les hommes ne croient plus qu’ils puissent être personnellement sujets de l’existence d’une rationalité. L’aliénation humaine dans la spéculation est totale et irrémédiable.

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SCHEMA DE DEMANTELEMENT DE LA CIVILISATION, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Déséquilibre irréversible de l’économie mondiale par la crise des produits dérivés subprimes

Enchainement des causes depuis 1945 :

Fonctionnement asymétrique du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods

Accumulation de créances internationales sur l’économie étatsunienne afin d’alimenter l’économie mondiale en liquidités

Concentration des risques de crédit mondiaux sur les emprunteurs étatsuniens ayant accès au refinancement de la Fed

Réexportation, par la titrisation, des risques de nationalité étatsunienne sans compensation de capital

Crise générale de solvabilité du système financier occidental par destruction de sa capitalisation réelle

Mise en œuvre des garanties publiques partiellement libérées par la relance budgétaire et monétaire

Crise de solvabilité publique, maintien de la liquidité nominale du système par le quantitative easing

Déconnexion de politique monétaire et financière de l’économie réelle

Enchainement des causes financières :

Accumulation de pertes financières latentes non comptabilisés dans les bilans bancaires adossées aux déficits et dette publiques

Stimulation de la liquidité financière par les dettes publiques et refinancement illimité des banques centrales aux États et banques « too big to fail »

Fuite de la liquidité hors des économies occidentales, croissance mondiale réelle inférieure à la croissance de la masse monétaire

Inflation dans les pays émergents, augmentation des prix nominaux à terme des actifs durables dans les pays développés

Chômage et déflation par insuffisance de la demande dans les pays développés, trappe fiscale de liquidité

Impossibilité de dévaluer les monnaies occidentales par rapport aux monnaies en excédent de balance des paiements, valeur des monnaies déconnectée de la réalité visible

Pas de régulation des déséquilibres financiers par ajustement rationnel et négocié des parités de change.

Déstructuration des équilibres politiques internationaux et domestiques

–      Énonciation des résultats probables ou avérés :

–      Tension entre les États débiteurs pour la captation de l’épargne mondiale

–      Instabilité des changes par transferts financiers internationaux non négociés des pertes de crédit non calculées

–      Baisse du niveau de vie des classes moyennes et inférieures, accroissement des écarts de revenu

–      Démantèlement des solidarités sociales publiques de répartition des revenus vitaux

–      Divergence des économies de la zone euro, éclatement à terme par impossibilité de dévaluation dans les pays insolvables

–      Menace d’effondrement général économique et politique par illiquidité des monnaies et des échanges monétisés, avènement de la sauvagerie financière universelle

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L’actualité de la crise: L’HISTOIRE ÉDIFIANTE du New York Times, par François Leclerc

Billet invité.

« Tous les mois, le mercredi, neuf membres d’une société de l’élite de Wall Street se rencontrent dans Midtown Manhattan [le quartier des affaires de New York]. Ils partagent un même objectif : protéger les intérêts des grandes banques qui agissent sur le vaste marché des produits dérivés, l’un des plus profitables – et controversé – de la finance. Ils ont aussi en commun des secrets, le compte-rendu de leurs réunions de même que leurs identités, strictement confidentiels ».

C’est ainsi que Louise Story débute son article dans le New York Times, dont elle est une journaliste financière vedette. Au terme d’une enquête fouillée, elle met en évidence, détails et noms à l’appui, les mécanismes utilisés par les mégabanques qui dominent le marché des produits dérivés. Dans le but d’empêcher que de nouveaux entrants élargissent leur club très restreint et afin que continue à régner sur ce marché une totale opacité, garante de leurs immenses profits.

Les noms de ses membres sont ceux du gratin de la banque : Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase, UBS, Deutche Bank, Barclays, Crédit Suisse, Citigroup, Bank of America. Tous se retrouvent membres du comité du risque de ICE, une nouvelle chambre de compensation des produits dérivés qui a vocation à dominer ce marché, mais également au comité de nombreux autres, ainsi qu’à la direction de l’International Swaps and Derivatives Association (ISDA), le lobby international qui fait la pluie et le beau temps sur ce marché.

Ce n’est évidemment pas par hasard, car ces comités du risque des chambres de compensation qui ont poussé comme des champignons ont été investis par la loi Dodd-Frank de régulation financière de très importants pouvoirs. Notamment ceux de décider quels sont les produits dérivés qui n’ont pas à utiliser les services des chambres de compensation – et restent ainsi totalement négociés de gré à gré – au prétexte qu’ils ne sont pas standardisés et ne peuvent donc être compensés. Ainsi que de déterminer le coût du service, qui s’ajoute aux commissions des banques, et les montants financiers qui doivent être apportés en couverture. Les mégabanques sont donc totalement juges et parties.

Sur ce marché, les commissions bancaires ne sont pas connues, et il n’y a pas comme sur le marché boursier de cote officielle à la disposition des intervenants. Les banques achètent et vendent à des prix qu’elles seules connaissent, fixant ainsi leur marge selon leur bon vouloir.

« Pas un seul domaine financier n’est probablement aussi profitable aujourd’hui que les produits dérivés », explique Louise Story. « Plus que l’activité de prêt, celle des cartes de crédit, des fusions et acquisitions ou de la gestion de fortune. » poursuit-elle, pour conclure : « Le secret qui entoure le marché des produits dérivés est un facteur clé des importants profits réalisés par les banques ». Les moyens dont elles disposent et qu’elles mobilisent pour le protéger sont à l’avenant.

Ce qui n’est pas sans expliquer comment elles sont parvenues à faire barrage avec succès à des dispositions trop incisives du Congrès, et comment elles peuvent encore prétendre bloquer, fort de l’appui massif des républicains – mais de démocrates également – les nouvelles dispositions que cherche à prendre la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur compétent, afin de limiter le contrôle des chambres de compensation par les banques.

Le Département de la justice a pour sa part engagé une enquête afin de vérifier l’existence éventuelle de pratiques tombant sous le coup de la loi anti-trust, qui sont de notoriété publique à Wall Street, dont on attend avec intérêt les résultats.

Ironiquement, les positions prises par les mégabanques ont pour origine une demande de l’administration aux mégabanques. Devant la panique crée par la menace d’effondrement d’AIG, qui assurait avec des CDS de nombreuses grandes banques, celle-ci était autant que les régulateurs dépassée par les événements et ignorante du fonctionnement de ce marché sur lequel elle n’avait aucune prise. Au milieu de la tourmente, les régulateurs se tournèrent donc vers les banques pour leur demander de monter dans l’urgence une chambre de compensation, afin de réduire les risques et stabiliser le marché. InterContinentalExchange (ICE), qui compensait déjà les commodities et les futures, servit de base.

Au fil de son enquête, Louise Story raconte comment les mégabanques firent par la suite obstacle aux velléités d’autres intervenants d’entrer sur le marché des chambres de compensation, avec également comme souci d’empêcher l’avènement d’une quelconque cotation électronique des produits dérivés, qui apporterait de la transparence et risquait de court-cicuiter les banques. Citadel Group, un très important hedge fund qui chercha à s’y lancer en joint venture avec le Chicago Mercantile Exchange, dut finalement y renoncer au terme de batailles de coulisses homériques.

Elle narre également comment certaines banques, telle Bank of New York Mellon, essayèrent de rentrer dans le « club des négociants en dérivés », comme il est appelé à Wall Street, pour en être rejeté par le physionomiste.

Cette histoire appelle-t-elle d’autres commentaires  ?

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COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (V) CE QU’IL CONVIENT DE FAIRE MAINTENANT

J’ai attendu de disposer d’un texte complet sur l’exception de jeu avant de vous le proposer en cinq livraisons. Certains de vos commentaires relatifs aux épisodes précédents du feuilleton m’encouragent à modifier mon texte, et tout particulièrement la présente conclusion. J’ai cependant préféré – avant d’introduire le moindre changement – vous présenter le texte entier dans sa rédaction originale. Cette partie V débouchera donc sur une version révisée qui intégrera toutes vos observations, y compris celles que vous ne manquerez pas de faire à son propos.

Je rappelle que l’article 421 du code pénal abrogé le 28 mars 1885 déclarait que : « Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 ».

Les paris sur les fluctuations de prix étaient donc interdits en France jusqu’à cette époque.

L’article 422 stipulait lui : « Sera réputé pari de ce genre, toute convention de vendre ou de livrer des effets publics qui ne seront pas prouvés par le vendeur avoir existé à sa disposition au temps de la convention, ou avoir dû s’y trouver au moment de la livraison ».

Était visée, la vente à découvert au sens de l’époque, à savoir, la vente d’un bien par quiconque n’en est pas le propriétaire au moment de la vente. Une des implications de l’article 422 est que les marchés à terme en France sont interdits de fait aux spéculateurs qui, contrairement à ceux que l’on appelle en français les « négociants » (en anglais : commercials), ne sont pas susceptibles soit de livrer, soit de prendre livraison du produit sur lequel porte le marché.

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L’actualité de la crise : UN G20 DÉJÀ DÉMONÉTISÉ, par François Leclerc 2

Billet invité.

Dernière ligne droite avant le G20 de Séoul, nous assistons à un round d’observation de la guerre des monnaies, dont l’aboutissement donnera lieu à un festival de belles paroles de peu de valeur.

Ayant du beaucoup en rabattre de ses demandes initiales, le secrétaire au Trésor américain Tim Geithner parle désormais de « construire un cadre de coopération », en vue de la réduction des déséquilibres commerciaux mondiaux. Autrement dit, il propose de discuter du format de la table de négociation, un bon début. Après être parti, bille en tête, en réclamant la définition d’objectifs chiffrés impératifs (un excédent ou un déficit des comptes courants de 4% du PIB au maximum).

A la manœuvre en tant qu’hôte du sommet, le président Sud-coréen Lee Myung-Bak, espère modestement que va se réaliser une « pression des pairs », afin de superviser un accord sur les changes pour lequel une formule ciselée reste à trouver pour le communiqué final du sommet. Faisant preuve de réalisme, après avoir constaté que le rapport de force interdisait de demander davantage.

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L’actualité de la crise: le crépuscule des banques centrales, par François Leclerc

Billet invité.

LE CREPUSCULE DES BANQUES CENTRALES

Les mêmes qui ont déjà raconté tant d’histoires – qui se sont révélées être des menteries – sont en train de recommencer leur chanson. Ils sont tombés sur la date du deuxième anniversaire de l’effondrement de Lehman Brothers, à deux jours près, pour annoncer que cette fois-ci, c’est certain, une nouvelle chute libre du système financier ne pourra pas se reproduire grâce aux décisions qu’ils ont prises. Comment y croire ?

Le processus qui a conduit le Comité de Bâle a arrêter de nouvelles mesures de renforcement des fonds propres des banques n’a, pour le moins, pas été marqué par la plus grande transparence. On a compris que des assouplissements avaient été finalement accordés aux banques, suite à des marchandages opérés en coulisse, à la faveur d’intenses campagnes de lobbying. Mais on ne sait trop ni lesquels, ni en faveur de qui. En ces temps où il est parfois question d’élargir les prérogatives des banques centrales, un tel modus operandi est inquiétant, puisque Bâle III – le petit dernier du nom – est présenté comme dressant une barrière infranchissable pour toute nouvelle crise qui pourrait survenir et que les arbitrages auxquels il a donné lieu ont été pris dans le secret des dieux de la finance. Est-ce bien cela la nouvelle gouvernance mondiale qui nous est proposée ?

Une même absence de transparence entoure les conséquences de l’application de ces mesures, dont le calendrier très étalé dans le temps fait redouter qu’elles interviendront quand il sera trop tard. Les lobbies bancaires ont ainsi produit un document décrivant les sévères restrictions de crédits à l’économie qui en résulteraient, la Banque des règlements internationaux établissant à contrario des effets beaucoup plus mesurés pour défendre son propos. Et, lorsqu’il s’agit de tenir l’inventaire des banques qui vont devoir augmenter leurs fonds propres en vertu des nouveaux ratios, puis d’établir les besoins de financement cumulés que cela représente, les estimations les plus diverses circulent, dont on doit penser qu’elles ne sont pas sans intentions cachées. D’après Nout Wellink, le président du Comité de Bâle, l’ordre de grandeur des besoins des banques européennes serait tout de même de plusieurs centaines de milliards d’euros. Alors que presque toutes affectent de n’en rien paraître, où est l’erreur ?

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L’actualité de la crise: oh, les beaux jours ! par François Leclerc

Billet invité

OH, LES BEAUX JOURS !

La SEC et la CFTC – les deux régulateurs américains concernés par le marché des dérivatifs – sont entrés dans la cage aux fauves. C’est à eux que revient en effet la redoutable mission de tenter de dresser ces animaux sauvages, au terme de la loi Dodd-Frank qui a laissé tout le travail en plan.

Des auditions publiques seront organisées en septembre et la mise au point de la centaine de définitions des termes employés dans le texte de la loi et des règles précises à respecter devrait être terminé pour juillet 2011, dans moins d’un an. On va beaucoup parler d’ici là du titre 7 de la loi, puisqu’il va falloir en faire l’exégèse, le législateur ne s’y étant pas risqué. Ou ne parvenant pas à trouver les compromis nécessaires, préférant se défausser sur l’administration.

Cela revient à dire que tout, ou presque, est à faire. Et qu’il va falloir répondre à des questions élémentaires dont la réponse a été laissée en blanc. Qui va être autorisé à intervenir sur ce marché  ? Quels types de dérivés vont devoir emprunter des chambres de compensation, selon quels critères et quelles procédures cela sera-t-il décidé  ? Dans quelles éventuelles limites les banques vont-elles pouvoir détenir des participations dans des chambres de compensation ? A quels critères va-t-il falloir répondre pour bénéficier du statut de chambre de compensation et être autorisé à exercer cette activité ? Quelles données les traders autorisés vont-ils devoir leur fournir et comment celles-ci seront-elles ou non rendues publiques en vertu d’une transparence du marché qu’il va falloir instaurer ? Il y a du pain sur la planche, car cette liste n’est qu’un premier survol…

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Goldman Sachs aujourd’hui (IV) – Se refaire : le CDO synthétique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Goldman Sachs aujourd’hui (I) – Résultats financiers du second trimestre 2010

Goldman Sachs aujourd’hui (II) – La dénonciation de la supercherie par Michael Lewis

Goldman Sachs aujourd’hui (III) – Se débarrasser de la camelote : le CDO

J’ai examiné dans Goldman Sachs aujourd’hui (III) – Se débarrasser de la camelote : le CDO, la première stratégie possible pour les grandes banques de Wall Street quand elles se rendirent compte en février 2007 de l’inéluctabilité d’un effondrement total du marché de la titrisation des crédits hypothécaires subprime aux États-Unis : se débarrasser aussi vite que possible de ces produits financiers toxiques et, donner éventuellement un coup de main à un client disposé à parier sur leur dépréciation. L’ampleur du désastre en gestation conduisit cependant à vouloir faire bien davantage. Elles ne se contentèrent pas de parier sur la perte d’un produit financier qu’elles vendaient par ailleurs à leurs clients – en utilisant à cette fin les CDO –, elles mirent au point un nouvel instrument financier qui permettait de démultiplier les gains que la dépréciation d’un CDO était susceptible d’occasionner : le CDO synthétique.

Contrairement à un CDO, un CDO synthétique n’est pas un instrument de dette, ce qui veut dire qu’il n’existe pas avec un CDO synthétique comme avec un CDO, de flux financiers alimentés par des emprunteurs payant des traites. Un CDO synthétique est un produit dérivé, et le produit dont il dérive est un CDO : il constitue un pur pari sur la valeur d’un CDO. Les sommes qui seront versées, ne sont donc pas des flux financiers versés par des emprunteurs, ce sont les sommes promises par ceux des parieurs qui perdent le pari à ceux qui le gagnent.

Un CDO synthétique est donc un produit dérivé d’un CDO au sens où sa référence, ce qui définit son rendement, c’est le comportement d’un CDO sous-jacent. Le moyen par lequel s’opère cette « dérivation », c’est le produit dérivé appelé CDS, le Credit–Default Swap.

Un CDS peut être assimilé à une assurance où celui qui s’assure paie une prime à l’assureur, et celui-ci, en échange, s’engage à compenser l’assuré pour toute dépréciation que pourrait subir le produit qui est assuré. La différence essentielle avec une assurance proprement dite – et elle est de taille –, c’est que le détenteur d’un CDS ne doit pas nécessairement être propriétaire de l’objet qu’il « assure ». D’où l’image souvent utilisée à propos du CDS pour souligner l’aléa moral qu’il comporte : « Assurer contre le vol la voiture du voisin ». L’« aléa moral », on l’aura immédiatement compris, c’est l’encouragement à l’abus inscrit dans un certain type de situations.

Un CDO synthétique est un CDS portant sur un CDO ; on écrirait en mathématiques :

CDO synthétique = CDS(CDO)

Qu’est-ce à dire ? Cela signifie qu’un CDO synthétique est une « assurance » contre la dépréciation d’un CDO mais, celle-ci étant déconnectée entièrement – aussi bien pour l’« assureur » que pour l’« assuré » –, de la propriété du CDO sous-jacent (autrement dit des flux financiers auxquels ce CDO donne droit), le CDO synthétique est un pur et simple pari (1).

Dans un pari, il n’y a de limite ni au nombre de parieurs, ni au montant des enjeux : le nombre de parieurs convaincus que Belle de mai gagnera dans la quatrième à Saint-Cloud est potentiellement illimité, et de même pour les sommes qu’ils sont prêts à parier. Le même principe vaut pour les CDO synthétiques. Celui qui achète le produit financier qu’est un CDO n’obtiendra lui jamais des sommes supérieures au flux financier constitué de l’ensemble des traites payées mensuellement par les emprunteurs dont les crédits constituent le titre. Au contraire, la somme que peut potentiellement gagner le « vendeur » d’un CDO synthétique est en principe illimitée : elle dépend seulement de la quantité de paris qu’est prête à accepter la partie adverse : les « acheteurs », en échange des primes qui leur sont versées.

On comprend maintenant comment les firmes de Wall Street, quand elles réalisèrent l’ampleur du cataclysme en gestation dans le secteur des titres adossés à des crédits hypothécaires subprime, jugèrent qu’elles pourraient se refaire en se portant « vendeuses » de CDO synthétiques, c’est-à-dire en s’assurant contre une dépréciation des CDO qui servent de référence à ces CDO synthétiques. Et elles s’efforcèrent de se trouver le plus grand nombre possible de contreparties disposées à jouer le rôle d’assureur en échange du versement d’une prime. Se porta volontaire dans cette fonction, loin devant les autres, la compagnie d’assurance AIG dont le sauvetage par l’État américain coûterait 182,5 milliards de dollars en débours et en garanties diverses, mais aussi un ensemble de compagnies plus petites appelées « monoline », dont la niche avant qu’elles ne s’aventurent sur ce terrain miné des CDO et autres titres adossés à des crédits douteux, consistait essentiellement à assurer les emprunts émis par les « munis », les collectivités locales américaines.

(… à suivre : suite et fin)

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(1) Le vocabulaire utilisé pour les CDO synthétique est un peu traître, étant contre-intuitif. On serait tenté de dire que l’« assureur », celui qui encaisse la prime et qui compensera l’« assuré » de sa perte éventuelle est un vendeur, étant celui qui « vend » une police d’assurance, et que celui qui s’assure est un acheteur, puisqu’il « achète » une police d’assurance, et c’est en effet en utilisant les termes de cette manière-là que la presse a rendu compte des CDO synthétiques tout au long de la crise, usage que Michael Lewis adopte lui aussi dans The Big Short. Or le vocabulaire financier technique inverse les rôles : il appelle l’assureur, « acheteur » et l’assuré, « vendeur ». La raison, c’est la suivante : l’analogie qui est utilisée dans le cas du CDO synthétique n’est pas empruntée au domaine de l’assurance mais à celui de la Bourse et des marchés à terme. Expliquons cela. À la Bourse, l’acheteur bénéficie du fait que le prix de l’action est à la hausse, or, dans le cas du CDO synthétique, celui qui bénéficie quand le prix du CDO sous-jacent est à la hausse, c’est l’« assureur », puisque quand à l’inverse le prix baisse, il doit débourser. Donc, l’« assureur » est appelé « acheteur », et l’« assuré », par opposition, « vendeur ».

Michael Lewis, The Big Short. Inside the Doomsday Machine, London : Allen Lane, 2010

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: ni fleurs, ni couronnes, par François Leclerc

Billet invité.

NI FLEURS, NI COURONNES.

Pour accorder son vote à la loi de régulation américaine, un sénateur républicain a réclamé que soit abandonnée la taxation des banques qui y était inscrite. C’est chose faite, un enterrement se prépare : son adoption.

Conservée, cette mesure n’aurait certes pas changé quoi que ce soit à l’esprit de cette loi – resserrer un peu certaines mailles d’un filet dans lequel des ouvertures béantes ont été aménagées – mais un tel abandon de dernière minute augure mal de la suite des événements. A défaut de trouver en lui-même les ressorts de son aggiornamento, le capitalisme financier vient de victorieusement faire opposition aux velléités affichées d’encadrer, sinon de contrarier, sa logique destructrice. La loi, c’est sa loi.

Le travail n’est pas terminé, car il reste encore un gros morceau à casser. Il s’agit de Bâle III, le dernier rempart des régulateurs, la réglementation destinée à renforcer la capacité des banques à résister à une prochaine grande crise. Une issue inévitable au vu de ce qui a déjà été décidé par le Congrès américain, en plus de la poursuite de l’actuelle.

Le mandat initialement donné par le G20 prévoyait l’accroissement en quantité et en qualité des fonds propres des banques, ainsi que des dispositions techniques visant à décourager de trop forts leviers d’endettement. A Toronto, il a depuis été décidé d’assouplir l’implémentation des nouvelles règles en gestation, afin de ne pas brider le retour espéré de la croissance, ainsi que de tenir compte des conditions économiques nationales (puisque les décisions collégiales du G20 laissent désormais de larges marges de manoeuvre à chacun de ses membres).

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L’actualité de la crise: bricolages en tous genres, par François Leclerc

Billet invité

BRICOLAGES EN TOUS GENRES

Combien de temps les dirigeants de la zone euro vont-ils parvenir à tenir fermé le couvercle de la crise ? Tout tourne toujours autour des stress tests des 91 banques retenues. D’un côté, on nous affirme qu’ils sont menés en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, alors que l’on reconnait de l’autre que les ministres de l’Ecofin actuellement réunis à Bruxelles vont mettre au point leurs ultimes réglages.

Les déclarations les plus contradictoires continuent d’être recueillies à propos des paramètres d’effort qui ont été ou vont être choisis – on ne sait plus – à propos de la décote que pourraient subir les obligations souveraines des pays attaqués par les marchés.

Que cette question soit au centre des débats est en soi significatif de l’importance qui lui est accordée, des risques de défaut qui sont en réalité redoutés, à défaut d’être publiquement reconnus. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a rejeté dans ces termes l’idée selon laquelle les critères auraient été arrondis : « D’abord on a dit qu’ils étaient trop durs, qu’ils allaient conduire toutes les banques à la faillite, le lendemain on dit qu’ils sont trop faibles et que l’exercice ne sert à rien. Généralement, la vérité se situe au milieu ». On ne peut pas mieux avouer qu’un compromis politique est recherché.

Un article du Spiegel retient l’attention. Selon l’hebdomadaire, qui bénéficie souvent de fuites organisées, le gouvernement allemand mettrait au point un plan permettant de gérer des processus de restructuration de la dette souveraine en zone euro. Il faut dire que s’il devait être activé, le gouvernement Allemand serait aux première loges, en tant que premier contributeur du plan de stabilité financière européen. L’idée serait que le secteur privé (les banques) seraient également mises à contribution, une décote consentie par ses soins. En contrepartie, le reste de l’investissement serait garanti suivant un montage pouvant faire appel au FMI et qui serait géré – suivant le modèle du Club de Paris – par un nouveau club qui pourrait prendre le nom de Club de Berlin. Le mécanisme serait à double détente, prévoyant qu’au cas où la décote de la dette ne réglerait pas le problème, le pays qui en aurait bénéficié passerait sous le contrôle financier de la structure.

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L’actualité de la crise: coup double ! par François Leclerc

Billet invité

COUP DOUBLE !

Véritable passoire, une loi de régulation financière est en passe d’être adoptée aux Etats-Unis, tandis que les pays réunis aux G8 et G20, avec au menu le retour de la bienfaisante croissance, étalent leurs divergences et contradictions d’intérêts. Est-il nécessaire d’attendre le texte du communiqué final du G20, dont une version circule déjà, pour constater ce double aveu d’impuissance ?

La taxe bancaire enterrée, les dirigeants du monde entier vont en effet ne laisser comme seule trace de leurs travaux, en dépit de l’utilisation de termes allusifs et choisis pour masquer leurs contradictions, qu’un seul résultat : les pays exportateurs ont été priés, sans succès, de se replier sur leurs marchés intérieurs, afin que les autres puissent rechercher sur le marché international un peu de cette croissance introuvable en interne.

Il n’y a pas de quoi crier victoire, même si chacun va rentrer chez soi en prétendant que son point de vue l’a emporté, condamné à faire non pas ce qui relève du domaine du souhaitable mais tout simplement ce qui relève du possible.

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