Tous les articles par Paul Jorion

Victoire des multinationales par K.O. sur l’establishment ?, par Thomas Saupique


Arnold Schwarzenegger fut d’abord un banal migrant autrichien. A force d’efforts il deviendra d’abord Mister Universe puis acteur hollywoodien. Mais comme Reagan en son temps, ce ne fut pas tout. Il surprendra par son désir de devenir politicien. Lorsque l’on connait l’ingratitude de la fonction, il fut désigné sans surprise facilement par ses pairs et ses fans, gouverneur de la Californie deux mandats durant. Considéré comme un républicain modéré, affirmant être conservateur sur les questions fiscales mais progressiste concernant les question sociales, Schwarzenegger est toujours actif sur les réseau sociaux, lui qui, s’il était né sur le sol américain, aurait certainement convolé vers une présidence des Etats-Unis, parfaisant cette image de « l’American Dream”. Arnold donc, a publié une video récemment sur Twitter qui a accumulé déjà plus de 38M de vues. Evoquant l’histoire de la Nuit de cristal (1938), il rapproche ce tragique évènement de l’insurrection menée le 6 janvier contre les représentants siégeants alors au Capitole, en rappelant qu’une identique abondante propagande mensongère fut le carburant de ces 2 expressions historiques différentes de violences populaires. Au delà de son indignation face à l’attitude des certains élus de son parti Républicain, Schwarzenegger reprend dans sa video une métaphore qui a le mérite de parler d’elle même. Il compare la démocratie à une épée que le ferronnier plongerait dans l’âtre brulante, martèlerait coup à coup puis tremperait dans l’eau glacée pour la rendre toujours plus robuste, tranchante, indestructible. Cet épisode marquant de l’histoire du début du XXI ème siècle des Etats-Unis auquel nous venons d’assister donnera-t-il raison à ce fervent défenseur de l’idéal américain ? En somme, la démocratie va-elle ressortir plus forte d’un tel épisode ? Je pense personnellement que oui, sur le moyen terme. Mais je pense aussi que cette violence est symptomatique de la transition difficile a opérer entre une phase néo-libérale finissante du capitalisme où la règle d’or était le recherche à tout prix du profit. Et une phase montante dite “responsabilisante” ou « consciente » encouragée par un duo inédit Biden / Harris.     

Continuer la lecture de Victoire des multinationales par K.O. sur l’establishment ?, par Thomas Saupique

Partager :

Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985

Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985

A paru dans L’Homme, 1988, 105 : 132-133.

Anthony  Buckley a écrit un livre exemplaire sur le savoir empirique dont disposent un ou plusieurs médecins traditionnels du pays yoruba (Nigéria Occidental). Que l’auteur de l’ouvrage ne puisse trancher entre la nature idiosyncrasique ou partagée de ce savoir est dû à son caractère ésotérique et à la complexité de l’enseignement : Buckley n’a pu l’acquérir lui-même de manière aussi approfondie que par apprentissage auprès d’un maître unique. Mais ceci n’entache nullement la qualité de l’ouvrage. L’auteur a cependant le sentiment que le savoir médical est toujours très personnel, partagé par les spécialistes quant à ses prémisses les plus générales seulement : bien des systématisations que son maître lui transmet semblent être propres à celui-ci. 

Continuer la lecture de Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985
Partager :

Ce que l’Intelligence Artificielle devra à Freud (1987)

Ce que l’Intelligence Artificielle devra à Freud a paru dans L’Âne Le magazine freudien, 31, 1987 : 43-44.

Le texte qui suit a paru, comme plusieurs que je republie en ce moment ici, dans L’Âne Le magazine freudien, mais alors que j’ai écrit les autres en tant que chroniqueur de la rubrique anthropologie, c’est en tant que psychanalyste que j’ai rédigé celui-ci, qui serait ma contribution à un numéro spécial de la revue consacré à l’Intelligence Artificielle dont notre comité de rédaction venait de concevoir le projet (pour la petite histoire, étaient présents dans mon souvenir ce soir là, Judith Miller, directrice et par ailleurs fille de Lacan, Gérard Miller, Slavoj Žižek et moi-même).

Ce n’est que plusieurs mois plus tard que Robert Linggard m’aborderait dans les couloirs d’un colloque d’IA à Bordeaux pour m’offrir de participer aux travaux du Connex Project qu’il mettait sur pied chez British Telecom, sur la seule base d’un « J’aime beaucoup les questions que vous posez de la salle ». J’expliquerais dans Principes des systèmes intelligents (1989) la philosophie du logiciel ANELLA (Associative Network with Emergent Logical and Learning Abilities = réseau associatif aux propriétés émergentes de logique et d’apprentissage) que je mettrais au point pour BT. Au moment où paraît « Ce que l’Intelligence Artificielle devra à Freud », au tout début de 1987, il s’agit donc d’un texte purement programmatique : je n’ai non seulement pas encore écrit à ce moment là une seule ligne de programmation en IA mais j’ignore que l’occasion me serait bientôt donnée de devenir chercheur dans ce domaine. 

Continuer la lecture de Ce que l’Intelligence Artificielle devra à Freud (1987)
Partager :

Covid-19 : Pourquoi n’a-t-on encore vacciné qu’un nombre aussi faible de personnes ?

Le Monde

[Au total] Près de 389 000 personnes ont reçu une première injection.

[…] Vendredi, 833 centres étaient « ouverts et accessibles à la réservation », a assuré le ministre de la santé, Olivier Véran. Pourtant, la prise de rendez-vous, possible depuis jeudi matin, s’apparente parfois à un parcours du combattant, même si « plus d’un million de rendez-vous ont été pris vendredi », selon le ministère de la santé.

[…] A Rennes, le service mis en place par la ville a ainsi reçu plus de 5 000 appels, et les 1 500 créneaux de vaccination disponibles sur les deux prochaines semaines ont été réservés.

Etc.

Qu’est-ce qui explique une telle lenteur ?
Partager :

L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » (1988)

L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » a paru dans L’Âne Le magazine freudien, 34, 1988 : 24-25.

Bien que l’ « enquête de terrain » de l’ethnologue constitue en effet, comme chacun l’imagine, ses vacances, on aurait tort d’imaginer pour autant qu’il s’agisse là d’une mince affaire, ou qu’elle soit sans risques pour celui qui la vit. Il y a vingt ans, Michel et Françoise Panoff publiaient L’ethnologue et son ombre, ouvrage qui revenait avec insistance sur la dimension « galère » de tout terrain ethnologique, et qui fut dans l’ensemble mal reçu pour cette raison même : il ne fallait pas – disait-on – révéler au monde les coulisses de l’exploit ethnologique, fait d’aventures captivantes sans doute, mais aussi de sinistres naufrages. D’autant que certains, et non des moins fameux, font cependant carrière sur les quelques provisions qu’ils ou elles ont pu arracher à l’épave avant son engloutissement.

Continuer la lecture de L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » (1988)
Partager :

Le drôle de retour de l’individualisme (1988)

Le drôle de retour de l’individualisme

A paru dans Libération, le 21 mars 1988, en page 6

Il y a dix ans, dans un ouvrage intitulé The Origins of English Individualism (1978), Alan Macfarlane, historien britannique, apportait comme preuve d’une origine précoce à l’individualisme bien connu de ses concitoyens, la fréquence des ventes de terre entre paysans à la fin du Moyen Age. Pour lui ces nombreuses transactions reflétaient l’esprit indépendant d’un chef d’entreprise rural qui cessait alors d’être un paysan pour devenir historiquement un entrepreneur. Depuis, les travaux des collègues de Macfarlane (Hilton, Dyer, Razi, Smith) ont révélé que la cause principale de ces ventes répétées était la dépendance étroite existant entre la taille d’une ferme économiquement viable et la capacité de travail de l’équipe qui la fait produire, c’est-à-dire, essentiellement, la famille.

Continuer la lecture de Le drôle de retour de l’individualisme (1988)
Partager :

Le scandale des faux Hommes des Cavernes ! (1987)

Le scandale des faux Hommes des Cavernes ! a paru dans L’Âne Le magazine freudien, 30, 1987 : 22.

Un scandale de plus secoue les Philippines pourtant déjà durement éprouvées ces mois derniers. Particularité curieuse cependant de ce scandale récent : il est ethnologique ou plutôt, politico-ethnologique : les Hommes des Cavernes du Président Marcos seraient faux ! Résumons les faits : le 8 juillet 1971, le monde ébahi apprenait par la presse que l’on venait de découvrir à Cotabato dans l’île de Mindanao, une tribu de vingt-quatre Hommes, Femmes et Enfants des Cavernes, les Tasaday, vivant encore à l’Âge de Pierre. En décembre de la même année, un ethnologue nommé Carlos (sans parenté avec le terroriste) déclare à l’équipe du National Geographic qui s’est dépêchée sur les lieux : « Selon des estimations récentes, ils ont vécu une existence séparée pendant 500 à 1 000 ans ».

Continuer la lecture de Le scandale des faux Hommes des Cavernes ! (1987)

Partager :

Risque de guerre civile aux États-Unis – 13/1/21 00h15

Dans les plus récents bulletins du New York Times :

Les chefs d’état-major des armées ont adressé mardi un message inhabituel à l’ensemble des forces armées américaines, leur rappelant que leur mission est de soutenir et de défendre la Constitution, et de rejeter tout extrémisme.

« Comme nous l’avons fait tout au long de notre histoire, l’armée américaine obéira aux ordres légitimes des dirigeants civils, soutiendra les autorités civiles pour protéger les vies et les biens, assurera la sécurité publique conformément à la loi, et restera pleinement engagée à protéger et à défendre la Constitution des États-Unis contre tous ses ennemis, étrangers et nationaux », a déclaré la note interne d’une page signée par les huit responsables militaires.

Le sénateur Mitch McConnell du Kentucky, le leader de la majorité républicaine [au Sénat], a déclaré à ses collaborateurs que le président Trump a commis selon lui des délits justifiant son impeachment [sa destitution] et qu’il est heureux que les Démocrates s’apprêtent à le destituer, estimant qu’il sera plus facile ainsi de l’exclure du parti, rapportent des personnes de son entourage familières de sa ligne de pensée.

« Bien des faits s’éclaireront dans les jours et les semaines à venir, mais ce que nous savons d’ores et déjà suffit », a déclaré Mme Liz Cheney [N°3 du Parti républicain], héritière d’une famille politique républicaine bien connue [elle est la fille de l’ancien Vice-président Dick Cheney]. « Le président des États-Unis a convoqué cette meute, l’a mobilisée et a déclenché cette agression. Tout ce qui s’en est suivi est de sa faute. Rien de tout cela ne serait arrivé sans le Président. »

Elle a ajouté : « Le président aurait pu intervenir immédiatement et énergiquement pour faire cesser la violence, or il s’en est abstenu ».

Partager :