Tous les articles par Paul Jorion

Trump : Le Grand retournement

Autant vous m’avez vu bavard tant que Trump avait le vent en poupe, autant vous me voyez peu loquace maintenant que le processus de décomposition apparaît sans retour, la presse internationale prenant le relais, convaincue soudain qu’il y a désormais quelque chose à dire sur celui que j’ai appelé « un objet populiste mal-identifié ».

Quand le Grand retournement a-t-il eu lieu ?

Souvenez-vous de ce que j’écrivais le 26 septembre, lors de l’audition de Joseph Maguire, directeur par intérim de la National Intelligence devant le comité du Congrès pour les questions de renseignement, où il était interrogé sur son refus initial de transmettre le rapport du lanceur d’alerte relatif au chantage exercé par le Président sur l’aide militaire à l’Ukraine :

Les membres Républicains du comité ont dû se contenter de tenter de limiter les dégâts : féliciter Maguire d’avoir servi son pays en ayant été vice-amiral (la question n’était pas là), suggérer de supposés vices de forme : que les malversations de Trump ne relèvent pas à proprement parler du « renseignement » ou, pour l’un, utiliser l’entièreté de son temps de parole, non pas à interroger Maguire mais à dénoncer « une chasse aux sorcières de plus ».

Il y avait là une première : lors de précédentes auditions du même type, les Républicains répondaient du tac au tac à toute accusation envers Trump, quand ils n’étaient pas carrément à l’offensive, obligeant les Démocrates à tenter de se couvrir.

Que le désarroi soit le même à tous les niveaux de l’appareil Républicain, on en a eu la preuve avec une vidéo devenue virale montrant une militante de la base (Amy Haskins – son nom est désormais partout) interpeller la sénatrice Républicaine de l’Iowa , Joni Ernest, lui demandant : « Où est la limite ? » et cuisinant ensuite la Sénatrice pour ses réponses évasives, chacun des propos de Mme Haskins étant applaudi. « Il faut que vous soyez maintenant prête à vous lever », conclut-elle à l’adresse de Joni Ernst.

Que le processus suive son chemin, on en a la preuve dans le fait qu’il est question maintenant de deux nouveaux lanceurs d’alerte : un second sur la question de l’Ukraine, et un autre sur une tentative motivée politiquement d’interrompre l’audit des déclarations d’impôt de Trump. La révélation d’autres exploits foldingues du Président, comme sa proposition d’agrémenter sa Grande muraille du Mexique de douves remplies d’alligators et de serpents, fait sans doute encore grossir la part folklorique du dossier, mais n’est plus qu’anecdotique dans le Grand retournement en cours.

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De quoi s’arracher les cheveux !

J’ai reçu hier un courrier d’une association d’étudiants en économie réclamant un autre enseignement que ce qu’on leur dispense aujourd’hui (ce qui rejoint l’observation faite ces jours-ci que la revue économique la plus prestigieuse [The Quarterly Journal of Economics] n’a à ce jour encore publié aucun article touchant au réchauffement climatique).

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Tome is gone, par Grégory Maklès

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Philippe Vandevelde, dit Philippe Tome, né le 24 février 1957 à Bruxelles, mort le 5 octobre 2019. Ouvert aux commentaires.

On était cette semaine entre amis à s’émerveiller sur la réédition luxe en noir et blanc de La Frousse Aux Trousses, soit l’un des -fameux pour les initiés- Spirou et Fantasio de Tome (scénario) et Janry (dessin). Bien sûr, devant le spectacle des presque planches et en bonne audience de dessinateurs que nous étions, on s’extasiait d’abord sur l’incroyable travail de Janry (il a fallu du temps pour trouver quelqu’un capable de reprendre Uderzo, mais je pense que Janry, on ne trouvera jamais). Parmi les facettes de son travail, le « jeu d’acteur » de ses personnages, toujours en parfaite adéquation avec le texte. Et puis je lis ce texte que je n’ai pas lu depuis un moment et je rigole. Il y a cette adéquation comique parfaite entre le texte et le dessin, celle qui a fait les grandes heures de la bédé Belge mais qu’on ne trouve plus que très rarement ces jours ci quand il s’agit d’un duo d’auteurs. Continuer la lecture de Tome is gone, par Grégory Maklès

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150 citoyens ordinaires planchent sur le climat

Sur cette question, j’ai reproduit hier un de mes tweets : Comme les gens qui savent dérangent, demandons aux gens qui ne savent pas…, j’en ai parlé aussi dans ma vidéo : La démocratie en petite forme.

Comme le caractère grotesque de la proposition n’apparaît pas à tout le monde (vous m’écrivez), je vous ai fait un petit tableau à partir de ce que disait (déjà) Aristote (IVe siècle av. J-C) sur la question.

Aristote distinguait dans ce que nous appelons la « logique », trois domaines distincts, selon le public et les objectifs de ce qui est débattu : la rhétorique (conversation ordinaire), la dialectique (plaidoirie, discours politique), et l’analytique (technique, science).

Pertinence de tirer éventuellement au sort les participants au débat ? 

Domaine

Qui ?

Type d’argument

Le tirage au sort des participants a-t-il un sens ?

Rhétorique

Quiconque

Exemple isolé

Oui (question d’opinion)

Dialectique

Juristes, politiciens

Preuve par l’absurde

Oui (question d’opinion)

Analytique

Autorités reconnues

Démonstration scientifique

Non (question de savoir)

Je suis du même avis qu’Aristote.

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Le capitalisme financier fera-t-il un jour du social pour sauver sa peau ?, par Jean-Paul Vignal

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Ce n’est plus un secret pour personne que les quantitative easing à répétition des banques centrales n’ont pas donné les résultats escomptés sur la vigueur des économies occidentales, qu’ils s’avèrent incapables de restaurer malgré les sommes considérables déversées sur les marchés. Les raisons de cet échec sont multiples, mais elles sont pour l’essentiel liées au courtermisme obstiné des décideurs, qui préfèrent spéculer sur les actifs existants et même les rachats d’actions, que de prendre le risque d’investir dans la création de richesses nouvelles ou la transition écologique.

Les banques centrales savent qu’elles doivent donc trouver autre chose pour combattre l’inévitable prochaine crise, qui sera sans doute au moins aussi redoutable que celle de 2008, car les marges de manœuvre des Etats comme des banques centrales ont beaucoup diminué depuis. Les délocalisations et l’irruption des logiciels et des robots ont certes maintenu ou augmenté les marges bénéficiaires, mais ils ont aussi comprimé le revenu disponible des consommateurs à un niveau tel que la croissance n’est plus guère possible qu’à crédit, que ce crédit soit privé quand les consommateurs s’endettent personnellement, ou qu’il soit public quand les Etats s’endettent pour financer leur système de protection sociale.

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Réchauffement climatique : l’approche Gadget

Comme les gens qui savent dérangent, demandons aux gens qui ne savent pas…

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Lille, La financiarisation, le 3 juillet 2019

Commenter lutter contre la financiarisation ?

– Réintroduire la loi abrogée en 1885 qui interdisait les paris sur les fluctuations de prix des produits financiers (« spéculation » au sens de la loi)

– Faire du prêt à la consommation un service public (prêts à taux zéro)

P.S. Merci à Éric Muller d’avoir reconstitué mon intervention à partir de vidéos montées « à la tronçonneuse ».

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Cambronne (selon Victor Hugo)

Courrier reçu à l’instant :

Je pense que le combat est perdu, puisqu’on ne peut mélanger ultra-libéralisme et écologie, le monde entier prône pour l’ultra-libéralisme alors la planète ne pourra que subir la folie des hommes pour de l’argent qui ne sert à rien au bout du compte, engendrer des lignes de chiffres qui s’affichent sur de comptes bancaires via des disques dur sur le cloud ne résoudra jamais la pureté du monde d’hier….

Ma réponse :

La garde meurt mais ne se rend pas !

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Greta Thunberg – la personne, le message et la haine, par Alexis Toulet

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Le phénomène Greta Thunberg suscite une avalanche de déclarations haineuses, qui ne peut qu’interroger.

Où l’on se demande qui est cette personne, ce qu’elle dit, quelle en l’est l’importance – et les raisons de la haine.

Le président des Amis du Palais de Tokyo Bernard Chenebault a sur Facebook – ce qui revient à dire : sur la place publique – appelé au meurtre de Greta Thunberg

« J’espère qu’un désaxé va l’abattre »

Il va être remplacé dans ses fonctions, ce qui se comprend étant donné que les amis du Palais de Tokyo s’intéressent a priori davantage à l’art moderne qu’à faire émerger une nouvelle violence moderne.

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