Tous les articles par Paul Jorion

Xavier Dupret, Dis, c’est quoi le capitalisme ?, Postface : Dialogue entre Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin

Xavier Dupret, Dis, c’est quoi le capitalisme ? Waterloo : La Renaissance du Livre, vient de paraître. Ouvert aux commentaires.

Postface : Dialogue entre Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin

Quand Xavier Dupret nous a proposé de préfacer cet ouvrage, nous avons accepté avec enthousiasme. Son initiative ne pouvait être que soutenue de rendre accessible à tous une notion clé d’économie. Que ce soit dans la position d’anthropologue et économiste de Paul, professeur associé à l’Institut catholique de Lille, ou de Vincent en tant qu’étudiant en économie et statistique à l’ENSAE ParisTech, nous regrettons que l’enseignement des sciences économiques soit un discours opaque mais surtout formaté. Contrairement à nombre de nos contemporains, Xavier Dupret met ici en relief, avec clarté, les débats qui peuvent (et doivent !) traverser l’économie et son mode de production dominant aujourd’hui, le capitalisme.

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« Mes vacances à Morro Bay », aujourd’hui en librairie

Cher Paul,

Avant 13h, j’ai débuté la lecture de vos Vacances à Morro Bay ! Je me suis arrêtée à la moitié de la semaine, à l’annonce du renoncement à la baignade, et je reste donc suspendue à l’attente du prochain rendez-vous avec la dentiste, samedi prochain. Vous embrassera-t-elle à pleine bouche ? Quelle prise en charge pour vos trois couronnes aura-t-elle réussi à obtenir pour vous de votre assurance santé ? Verrez-vous l’aileron d’un requin dans la baie ou la « julienne » est-elle décidément trop épaisse ? [ce qui me fait penser immanquablement au mot d’une amie qui se baigne à La Turballe et qui me dit souvent, en été : « aujourd’hui, elle était imbaignable ».] J’en suis là. Mais je puis d’ores et déjà vous dire que vous tenez l’essentiel : le rythme et l’esprit. 

Vous avez trouvé une musique excellente : celle de la (fausse) oralité, dans une forme très délicate, très sensible. Cela s’apparente à du discours intérieur, un mélange entre récit et flux de conscience. Cela a le mérite de happer le lecteur, plongé soudain dans l’intériorité du narrateur. Pour l’embarquement, c’est puissant. Et ce récit, ce flot d’histoires, avec ses emmanchements étonnants (éminemment subjectifs, mais on vous reconnaît sans vous reconnaître), se fait sur un ton très varié, sans suffisance, ni narcissisme, bien au contraire : avec des traits légers d’auto-dérision, d’ironie et de connivence avec le lecteur – dont rien n’est supposé, ce qui est une ouverture remarquable, un vide très accueillant qu’il investit justement, et où il se met à se reconnaître – ; oui, lui aussi, dans la vacance entre une histoire d’amour qui s’est terminée et une peut-être qui s’annonce, s’est permis des aventures insignifiantes de la plus grande importance, où chaque chose, chaque incident prenait un relief inouï, où il rouvrait l’espace des hasards, des coïncidences… pour une nouvelle étape dans son existence. Evidemment, ce qui me plaît, c’est, outre la « matière » californienne, ces réflexions qui rationalisent ou non les phénomènes de hasard, et les nombreuses associations qui passent par la tête du narrateur et donne un aperçu sur son existence subjective… 

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« Que faire ? Que faire ? », le 5 mai 2019 – Retranscription

Retranscription de « Que faire ? Que faire ? », le 5 mai 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le dimanche 5 mai 2019 et mon exposé d’aujourd’hui s’intitulera « Que faire ? Que faire ? ».

Vous l’avez vu – je commence par là – les listes pour le Parlement européen ont été déposées et sur aucune de ces listes, vous ne trouverez mon nom. Alors, la tentation de la nature humaine, c’est de dire : « Eh bien finalement, je n’ai pas vraiment essayé ! » mais là, vous me diriez : « Non, non, M. Jorion, vous avez essayé et vous avez consacré beaucoup d’énergie au cours des mois derniers à essayer de vous trouver sur une de ces listes et vous  n’avez pas réussi ! » et je vous dirai : « Monsieur ou Madame, vous avez parfaitement raison : je me suis donné beaucoup de mal ! ». J’ai essayé d’avoir un débat public avec M. Hamon dont vous vous souvenez peut-être, qui a été décommandé à la dernière minute – pas par moi. J’ai eu l’occasion de passer une soirée à discuter avec M. Hamon. J’ai eu l’occasion de plusieurs conversations assez longues avec M. Olivier Faure. J’ai eu M. Paul Magnette au téléphone, M. Di Rupo aussi et vous m’avez vu me joindre au mouvement Place Publique qui s’est créé en France. J’ai participé à l’échelon local, dans le Morbihan où j’habite. J’ai participé même à une réunion – je suis revenu spécialement un jour où j’étais à Bruxelles – pour participer à une réunion à Lille aux côtés de Claire Nouvian. Des amis à moi ont lancé une pétition que vous avez été nombreux, dans le cadre en question, à signer, appelant le Parti socialiste et Place Publique à me mettre en position utile sur leur liste.

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ESSENTIEL – la possibilité du découplage absolu conditionne la possibilité de la croissance économique, par Cédric Chevalier

Ouvert aux commentaires.

J’ignore si le concept de découplage absolu est bien maîtrisé par les décideurs économiques et politiques. Si tel n’est pas le cas, nous avons un sérieux problème. Saviez-vous que le découplage absolu est la seule manière de « sauver » la croissance économique ? Alors que nous sommes en overshoot environnemental, et devons donc nécessairement diminuer notre empreinte environnementale (toujours en croissance), postuler qu’il est possible de découpler en termes absolu la croissance économique de l’empreinte environnementale est la seule manière de pouvoir encore vouloir désirer cette croissance économique. En termes économiques, sans découplage absolu, garder la croissance économique signifie qu’on admet qu’on va détruire à terme l’entièreté du capital naturel. Et nous avec…

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Les supporters suprémacistes de Trump : plutôt mourir pour nos idées !

Ouvert aux commentaires.

Quand vous lirez à l’automne le premier tome de ma saga en plusieurs volumes, La chute de la météorite Trump, intitulé « Un objet populiste mal identifié », vous aurez l’occasion de vous souvenir que j’appelais Trump en août 2017 : « Le dernier général de l’armée sudiste en déroute », et vous noterez que j’ai été le premier à l’appeler ainsi.

Depuis, et pas plus tard qu’il y a huit jours, je vous ai resitué, pour vous les expliquer, des événements récents aux États-Unis, dans le contexte toujours non-digéré d’une Guerre de Sécession inachevée, et d’un héritage du passé esclavagiste des États-Unis pesant encore toujours de tout son poids sur les événements récents.

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Piqûre de rappel : Les nervures de l’avenir, le 2 mars 2010

Ayant lu l’actualité d’aujourd’hui, j’entreprends d’écrire un billet, quand, au bout de deux phrases, je me dis que ce billet, je l’ai déjà écrit. Me mettant à sa recherche, je le retrouve en effet. Il date de près de dix ans. C’est dire si l’on avance ! Il y avait eu à l’époque, 128 commentaires. Premier post : Le capitalisme (I) – Les nervures de l’avenir. Ouvert aux commentaires.

Dans « La raison dans l’histoire » (1837), un ouvrage posthume composé à partir de notes de cours, Hegel observe que « … ce que l’histoire et l’expérience nous enseigne, c’est que ni les peuples ni les gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, et encore moins agi selon ses leçons ». C’est vrai : s’il en avait été autrement, aucune civilisation ayant gardé le souvenir de celles qui l’ont précédée ne serait jamais morte.

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Doris Day (1922 – 2019)

Quelqu’un écrivait l’autre jour dans un commentaire ici qu’il ou elle regardait et lisait tout ce que je mettais sur le site, sauf les vidéos de chansons. Cette personne ne doit hélas pas être seule si j’en juge par les statistiques de fréquentation.

Quelle erreur ! Quelle lamentable erreur ! J’ai passé une partie considérable de ma vie (et parmi les plus chaleureuses !) à la recherche en musique de joyaux encore sertis dans leur gangue. Avec une préférence pour des genres injustement décriés comme le schmaltzy *.

Comme tout le monde vous régalera certainement de Doris Day chantant « Que sera, sera » dans un film de Hitchcock, je vous offre une fois de plus, tout autre chose, de moins convenu : le Far-West et la cour de récré.

* schmaltzy
adjectif
excessivement sentimental.
« ballades schmaltzy »
synonymes : sentimental, trop sentimental, mièvre, nauséeux, écœurant, saccharine, sucré, sirupeux ;

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Ce n’est pas tout de démanteler les Big Tech. Il nous faut imaginer une meilleure alternative, par Evgeny Morozov

It’s not enough to break up Big Tech. We need to imagine a better alternative, le 11 mai 2019, © The Guardian. Merci à Timiota pour la traduction. Ouvert aux commentaires.

Alors que Facebook plaide coupable d’accoutumance aux données sous forme aggravée, confesse ses péchés numériques et promet de se réinventer en tant qu’habitant respectueux de la vie privée du village planétaire, les fondements de l’hégémonie culturelle de Big Tech semblent s’effriter. Plus surprenant encore, c’est aux États-Unis, le territoire d’origine de la Silicon Valley, qu’ils semblent être les moins solides.

Même en ces temps de polarisation extrême, Trump, qui nous a habitués à ses éclats dirigés contre la censure par les médias sociaux, se joint avec enthousiasme à des politiciens de gauche comme Elizabeth Warren et Bernie Sanders pour présenter Big Tech comme la plus grande menace aux États-Unis. L’appel récent de Chris Hughes, co-fondateur de Facebook, à un démantèlement de la firme, signale ce qui pourrait se passer.

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Université catholique de Lille, Paul Jorion : « Déclarer l’état d’urgence pour le genre humain ? », Les conséquences d’une mécanisation bientôt totale

Retranscription de Université Catholique de Lille, Déclarer l’état d’urgence pour le genre humain ? Les conséquences d’une mécanisation bientôt totale, le 2 avril 2019. Merci à Eric Muller !

Je vous demande un peu de générosité, parce que vous entendez sans doute que je suis affecté par un gros rhume et dans ce cas-là, il y a toujours un double handicap parce qu’on essaie de prendre des médicaments qui, en fait, vous abrutissent bien davantage. Mais j’ai ma petite liste, et comme je le disais il y a un instant,
 c’est un sujet que j’ai l’occasion souvent de traiter et que je traiterai dans seize jours à France Culture, dans l’émission Entendez-vous l’éco, dans un débat avec Paul Aries.

La question, c’est celle de savoir dans quel monde sommes-nous maintenant, dans ce monde où la mécanisation a fait des progrès tout à fait considérables, voire un bond a eu lieu avec l’invention de l’ordinateur, d’abord le mainframe, le gros ordinateur, et ensuite par l’intervention, l’irruption de l’ordinateur individuel dans les entreprises, dans le travail. Le nombre de personnes qui travaillent devant un ordinateur évidemment s’est démultiplié très rapidement dans les premières années de la décennie 1980.

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Compte-rendu du livre de Patrick Artus Discipliner la finance, par Vincent Burnand-Galpin

À propos de Patrick Artus, Discipliner la finance, Paris : Odile Jacob, 2019. Ouvert aux commentaires.

L’idée centrale de ce livre est que l’accroissement du poids de la finance par rapport à l’économie réelle accroît fortement le risque de crise. Alors que dans le passé, c’étaient les chocs de l’économie réelle qui influençaient la sphère financière, ce sont aujourd’hui les chocs financiers qui conduisent au dérèglement de l’économie réelle. 

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Fin du monde : l’appel d’Aurélien Barrau – Qu’en penser ?

Ouvert aux commentaires.

Bon, tout ça est très juste, tout ça est très bien dit : il n’y a rien que j’aurais voulu dire autrement, mon seul souci, c’est que j’aurais situé mon analyse dans un cadre socio-économico-politique, pour dire ce qu’il faut faire collectivement pour que ça change, pas seulement ce qu’on peut changer chez soi, comme ce qu’on met dans son assiette ou qu’on jette dans sa poubelle.

En restant muet sur le capitalisme, sur l’économie de marché, et sur le libéralisme, en ne disant pas qu’il est impératif de les changer, Barrau s’expose au même reproche qu’il fait aux jeunes de la Rébellion contre l’extinction, que leur rébellion ne les empêche pas de manger de la viande ou de prendre l’avion pour un weekend : sa rébellion ne l’empêche pas de cautionner le cadre socio-économico-politique existant, non pas en le soutenant explicitement mais en laissant entendre par son silence à son propos, que le problème n’est pas là. Alors que c’est là que l’obstacle se situe.

On ne préviendra pas l’extinction « en changeant un peu ses habitudes », il faut prendre le problème à l’envers : il faut d’abord éliminer la logique prédatrice de la recherche du profit, et du versement d’intérêts pour les ressources qui manquent là où elles sont indispensables. C’est cela qui détruit notre monde jour après jour et le rend invivable. Quand cela aura été résolu, chacun aura son jardin sans pesticides, mangera moins de viande et pourra se déplacer à vélo, pas avant. C’est dans cet ordre là que le changement peut se faire et doit se faire – sans tarder.

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« Mes vacances à Morro Bay », J-5

« Le troisième jour

[…] Je suis un peu bloqué jusqu’à l’heure du déjeuner, ayant accepté de participer par téléphone à une discussion qui aura lieu à la banque à midi. […]

Je participe à la conversation téléphonique là-bas, très loin (psychologiquement), à San Francisco. Ma patronne m’a mêlé à cette discussion qui a lieu au moins cinq échelons hiérarchiques au-dessus du mien parce qu’elle s’est fourrée dans un guêpier dont elle ne sait plus comment se dépêtrer. En dernier recours elle m’a expliqué le problème : je l’ai résolu sur une trentaine de cellules de tableur : une petite simulation qui montre ce qui se passe quand on modifie les principales données d’entrée. Mais au lieu de mettre en avant ma solution, elle a préféré, pour ne pas devoir admettre tout ce qu’elle me doit, recopier mes trente cellules dans le coin supérieur droit d’une feuille immense couverte de la totalité de ses propres tentatives infructueuses. Le résultat est prévisible : elle perd rapidement la partie. Et ce qui se passe alors est très intéressant : tous ces dirigeants de banque décident bientôt de l’ignorer et s’engagent entre eux dans une discussion passionnée où ils décident en trois coups de cuiller à pot des enjeux de la quatrième banque des États-Unis. Ils ont oublié ma patronne, et a fortiori moi, la petite souris qui décide de se faire encore plus petite, mais n’en perd pas une miette. Et, dans une petite chambre d’hôtel à Morro Bay, en une heure à midi, j’en apprends davantage sur le fonctionnement de ma banque que durant la totalité de l’année précédente. » (pp. 91-92)

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