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ATLANTICO.fr, Les banques, responsables de la crise : pourquoi la question de la séparation des activités de dépôt et de spéculation est un faux débat

Les banques, responsables de la crise : pourquoi la question de la séparation des activités
de dépôt et de spéculation est un faux débat

Séparer dans le secteur bancaire les activités de dépôt, des activités d’« investissement » ? Est-ce le modèle pour la banque de demain, ou une perte de temps pour tout le monde ?

Une idée excellente en tout cas selon M. Sandy Weill, ancien P-DG de Citigroup, qui devrait s’y connaître puisqu’il fut le principal artisan à la fin des années 1990 de l’abrogation du Glass-Steagall Act de 1933 et 1935 qui visait tout spécialement à établir cette distinction : soin du client essentiellement pour les banques commerciales, spéculation essentiellement pour les banques d’affaires ou d’« investissement ».

Et il en avait sué M. Weill avant de parvenir à ses fins en 1999 : chef d’orchestre d’une campagne de lobbying d’un montant de 200 millions de dollars et 150 millions de dollars d’arrosage des hommes et femmes politiques US, tout particulièrement ceux appartenant aux commissions financières du Congrès et du Sénat américains. Mais quel succès à l’arrivée : débauchage de Robert Rubin, Secrétaire au Trésor, c’est-à-dire ministre des finances américain, ancien co-président de Goldman Sachs, qui devient, aussitôt le Glass-Steagall Act abrogé… le bras droit de Sandy Weill ! Chapeau, l’artiste !

Qu’est-ce qui peut bien conduire alors M. Weill à changer aujourd’hui son fusil d’épaule ? Le fait sans doute que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. C’est qu’entre-temps, en 2008 plus précisément, le cœur de la finance a fondu, et M. Weill était bien placé pour s’en rendre compte puisqu’il s’est retrouvé assis sur un beau tas de corium, toujours appelé Citigroup, et dont le sauvetage ne coûta pas moins de 45 milliards de dollars au contribuable américain.

Alors, faut-il réinstaurer le Glass-Steagall Act aux États-Unis et inventer son équivalent en Europe ?

Réfléchissons. Cela permettrait en effet de protéger le déposant lambda contre l’activité spéculative des banques.  Fort bien. Mais pourquoi le protéger lui seulement, pourquoi ne pas protéger tout le monde ? Vous connaissez la réponse : parce que la spéculation « présente des aspects positifs ». Quels sont ces aspects positifs ? En réalité il n’y en a jamais qu’un de mentionné, mais il est si puissant qu’il fait taire toute opposition : « La spéculation apporte de la liquidité ». Ah !

Mais, qu’est-ce que ça veut dire exactement « La spéculation apporte de la liquidité » ? Ça veut dire que les spéculateurs, ça fait du monde en plus, et du monde en plus, ça permet que l’on vende et achète plus aisément des reconnaissances de dette (comme des actions ou des obligations), ce qui permet du coup de faire plus facilement semblant que des reconnaissances de dette, c’est presque aussi bon que du véritable argent… du moins tant qu’on n’est pas en période de crise.

Que vaut l’argument de la liquidité comme justification de la spéculation ? Pas un clou parce que la spéculation dérègle le mécanisme de la formation des prix et que les prix au lieu de rester de vrais prix, deviennent des « prix spéculatifs », allant se situer n’importe où à la hausse ou à la baisse, et que la liquidité que crée un spéculateur n’a d’intérêt du coup que pour un autre spéculateur.

Si séparer les activités des banques commerciales de celles des banques d’affaires, c’est essentiellement pour protéger les gens ordinaires contre les spéculateurs, pourquoi ne pas appeler un chat un chat et interdire tout simplement la spéculation ?

« Mais c’est impossible ! C’est beaucoup trop compliqué ! Et puis il faudrait qu’on le fasse tous en même temps, sinon ça ne servirait à rien ! Et puis les spéculateurs iraient habiter en Suisse ! Et puis… et puis… » Ah oui ? Et pourquoi la spéculation était-elle interdite en France jusqu’en 1885 et qu’il a suffi de l’abrogation de trois articles de loi (articles 421 et 422 du Code pénal, article 1965 du Code civil) pour l’autoriser ?

Oublions le Glass-Steagall Act et compagnie, et interdisons comme avant la spéculation !

La prochaine fois que quelqu’un vous dit que la spéculation « présente des aspects positifs », posez-lui bille en tête la question suivante : « Vous voulez dire qu’elle présente des aspects positifs pour vous personnellement ? Parce que quelqu’un vous paie pour aller le répéter ? »

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