Archives par mot-clé : 1968

À la recherche d’une jeune gréviste perdue : une longue histoire déjà, par Paco76

Billet invité.

Le 3 juillet dernier, Paul Jorion mettait en ligne le ‘petit’ film de Jacques Willemont : La reprise du travail aux usines Wonder.

Usine de Saint-Ouen en région parisienne, les fameux accords de Grenelle (mai/juin 1968) viennent d’être signés.

Le personnage central de cette vidéo étonnante et criante de vérité, c’est elle bien sûr, cette jeune gréviste aux larmes de rage qui « ne veut plus remettre les pieds dans cette taule… ».

Comme on la comprend… Mais après toutes ces années, qu’est-elle donc devenue cette ouvrière anonyme ? De même que notre Judith de « La survie de l’espèce », peut-être que ‘tout le monde s’en fout’ aussi !? Enfin peut-être pas…

Suite à la mise en ligne de la vidéo, une bouteille à la mer en quelque sorte, on espère qu’un beau matin : « Bonjour, voilà, c’était moi… », ce serait beau ça, non ?

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VIVENT LES AVENTURISQUES !, par Annie Le Brun

Billet invité. Les trois pages qui suivent sont extraites du premier volume des Mémoires de Jean-Jacques Pauvert parus sous le titre La traversée du livre (Viviane Hamy 2004). Le texte cité in extenso dans ces trois pages a été rédigé par Annie Le Brun. Il a paru en juin 1968 dans le N° 4 de la revue surréaliste L’Archibras, publié clandestinement. Bien qu’aucun des articles de la revue n’était signé, les auteurs n’en ont pas moins été convoqués collectivement par la police pour répondre des chefs d’inculpation d’incitation au crime, atteinte au moral des armées et injures envers la personne du Chef de l’État ; ils bénéficièrent ensuite de la loi d’amnistie.

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LE RETOUR DE L’IMPRÉVU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ce sont les commentaires haineux au billet d’Asami Sato sur le festival de Woodstock, qui m’ont donné envie de rendre une actualité, par une « piqûre de rappel », au splendide texte consacré par Christian Laval à l’Insistance de 68.

Mêmes réactions de haine alors de la part de certains au 68 français, qu’envers le mouvement hippie américain. Si j’avais évoqué également le mouvement néerlandophone Provo, nous aurions observé, j’en suis sûr, le même type de réaction, venant des mêmes. Ce sont les mêmes aussi qui se réjouissent depuis quelques jours des malheurs de Julian Assange à Londres et des Pussy Riot à Moscou : « On dira ce qu’on voudra, mais ils l’ont bien cherché ! ». Nous avons affaire ici aux partisans farouches du profil bas.

Les conservateurs aiment à dire qu’ils ne sont ni de gauche ni de droite. Ils ne se trompent pas mais nullement pour la raison qu’ils imaginent, de se situer au centre, un centre neutre et bienveillant, mais au contraire, et comme on l’a vu ici : parce que si le conservatisme se situe aux extrêmes, il s’accommode aussi bien d’être d’extrême-gauche que d’extrême-droite. Les conservateurs ne sont ni de gauche ni de droite parce que les valeurs leur sont en réalité indifférentes, ce qui compte à leurs yeux, c’est la défense de l’ordre existant, quelle que soit sa nature.

Nous avons pu noter ici chez ces ennemis de la contestation, la contradiction existant entre leur affirmation péremptoire que les mouvements de la fin des années soixante étaient marginaux, et leur attribution ensuite des malheurs qui en ont résulté, à une génération entière. Tout le monde, ou une minorité infime ? Cela ne peut être les deux à la fois ! La vérité est autre : courants représentés massivement au sein d’une génération, sans cependant l’englober entièrement.

Cette contradiction n’est évidemment qu’un symptôme : parler de génération entière, c’est trahir sa peur présente du monde que l’on voit autour de soi, prétendre qu’il ne s’agissait que d’une frange infime, c’est tenter d’exorciser la peur que l’on ressentait autrefois : « Ouf ! c’était en réalité moins grave que je ne le craignais à l’époque ! ».

Le mot d’ordre de ces ennemis de la contestation, c’est : « Il y a toujours plus à perdre qu’à gagner ». Leur posture est celle de la rigidité et qu’importe alors que l’ordre qu’ils défendent soit le produit d’un bouleversement dont les motifs furent en son temps de droite ou de gauche puisque l’essentiel, c’est qu’on cesse de bouger.

Dans l’un des tout premiers écrits de John Maynard Keynes, son Traité de probabilité, publié en 1920 mais rédigé dix ans plus tôt, il décortique la notion-même de probabilité et attire l’attention sur la différence essentielle entre événements prévisibles et imprévisibles : un véritable calcul de leur probabilité est envisageable pour les premiers, alors qu’un tel calcul n’a aucun sens pour les seconds. Or la tentation de les confondre est grande.

Dans tout ce qu’écrivit Keynes, la moquerie à l’égard de ceux qui ne partagent pas son point de vue n’est jamais très éloignée de la surface. Dans ce traité de probabilité, ses victimes de choix sont les mathématiciens qu’on appelle « laplaciens », Laplace (1749–1827) étant l’archétype des ennemis de l’imprévisible. Il écrivait par exemple :

Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’Analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle et l’avenir, comme le passé serait présent à ses yeux.

L’ensemble de la « science » économique qui naîtrait à partir de la fin du XIXe siècle, partagerait avec Laplace, l’incroyance à l’imprévisible – l’un des traits distinctifs bien entendu du conservatisme.

Aux yeux de cette « science » économique, religion de toutes les Troïkas du monde, le risque n’a qu’une origine possible : une méconnaissance partielle des circonstances. Améliorons la connaissance par une collecte plus complète de l’information et une plus grande transparence dans sa diffusion, et le risque disparaîtra de lui-même. La logique tout entière des « mesures prudentielles » est fondée sur un tel postulat : l’avenir est calculable à la septième décimale, tout n’est qu’une question de moyens et de transparence de l’information.

Les temps présents sont cruels pour ce genre de naïveté épistémologique, et globalement, pour tous les conservateurs d’extrême-gauche comme d’extrême-droite : de grands pans de ce qu’ils auraient voulu voir inscrit dans le marbre et dans l’airain s’écroulent en ce moment tout autour de nous. Quand il ne restera plus rien de ce à quoi leur peur de le voir disparaître s’attachait, ils finiront alors par se joindre à nous : ils nous aideront à bâtir le monde meilleur qui viendra à sa place. Mais ne nous réjouissons pas : ils se spécialiseront rapidement une fois de plus dans sa défense farouche contre ceux qui auraient le toupet de contester alors sa validité éternelle – de peur qu’il ne change.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Insistance de 68, par Christian Laval

Originellement publié le 19 janvier 2008.

I

Notre génération

Il n’y a peut-être jamais eu de génération sur le compte de laquelle et à propos de laquelle on a plus menti, déformé, trafiqué, que celle de 68. Ce travestissement se fait au nom de l’histoire et des données politiques (écroulement du communisme), au nom aussi du destin de quelques-uns qu’on a sommairement désignés comme les représentants officiels d’une génération politiquement vaincue mais culturellement gagnante. Ceux-là, dont les noms courent sur les lèvres des gens informés, seraient les incarnations durables de l’événement, les porteurs de sa mémoire, les détenteurs de son sens. Le dérisoire de la chose est trop évident pour s’y arrêter. Cette génération est démocrate, elle est tolérante. On pourrait laisser encore se perpétuer le mensonge s’il ne concernait que le petit nombre de personnes intéressées par l’imposture de ceux-là qui, par un besoin étrange, prennent sans cesse la pose de qui a vécu “ les événements de 68”, de l’intérieur et au plus profond de leur intimité. Ces personnalités sont de tout temps, de tout lieu. Mais cette génération n’est pas seulement tolérante, elle est patiente. Elle a laissé dire, elle continue de laisser croire. Elle s’est faite souvent silencieuse. Elle sait aussi mépriser, et même beaucoup, ceux qui prétendent depuis trente ans parler en son nom, faire boutique et profit, gagner en puissance et en visibilité sur la mémoire de 68, sur le trafic de la mémoire de 68. Mais cette longue patience a un coût, cette générosité a un coût. Laissant dire, laissant faire, nous avons laissé confondre patience et repentance, mépris et humilité, générosité et complaisance. La génération 68, pour le dire simplement, était assez bonne pour endosser la responsabilité de tous les maux de la société, pour prendre sur elle tous les torts du monde, pour porter le manteau d’infamie. Laissant dire, cette génération, devenue très humble, devenue modeste, s’est laissée faire, s’est laissée interprétée. Prise au piège de son propre mythe, de son héroïsme juvénile de sa sainte pureté, de son sens du sacrifice, de ses rêveries, de ses utopies. Parce qu’elle a rêvé, parce qu’elle a déliré parfois sans doute, parce qu’elle a été mystique comme l’a dit Péguy à propos d’une autre génération, parce qu’elle a vécu un temps l’insurrection comme l’état permanent du quotidien, elle devrait rétrospectivement payer, elle devrait se charger du poids de tout ce qui est dérive, destruction, pourrissement dans une société qui irait tellement mieux s’il n’y avait pas eu 68. Ce faux historique, nous le payons mais, avec nous, ce sont toutes les générations après nous qui le payeront.

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