Archives par mot-clé : ABS

LE MARCHÉ, NOTRE SAUVEUR ? par François Leclerc

Billet invité.

En écoutant les grands décideurs de notre monde, on se demande parfois : « mais où vont-ils chercher tout cela ? ». Le sujet du moment qui nous vaut de nous interroger à nouveau est celui de la relance par l’investissement, le dernier thème à la mode. « Nous ne suggérons pas que la zone [euro] se dirige vers une récession, mais nous disons qu’il existe de sérieux risques que cela n’arrive si rien n’est fait », a prédit en marge de l’assemblée générale du FMI Christine Lagarde, dans une de ces déclarations balancée dont elle a le secret, associant la relance à la poursuite de « réformes structurelles potentiellement douloureuses ».

Mais faut-il privilégier l’investissement privé ou public ? et accessoirement, dans quels secteurs investir ? A la seconde question, le FMI n’apporte qu’une réponse très générale – les transports et l’énergie – tandis que la Commission et la Banque européenne d’investissement (BEI) doivent remettre en décembre prochain un rapport sur le sujet, rajoutant l’économie numérique aux secteurs identifiés par le FMI. Continuer la lecture de LE MARCHÉ, NOTRE SAUVEUR ? par François Leclerc

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ILS ONT LE TOURNIS ET NOUS DE MÊME, par François Leclerc

Billet invité.

Les bourses européennes ont vilainement décroché jeudi avant la clôture, à peine l’intervention d’hier de Mario Draghi terminée. Les marchés ont faim et il n’y a pas grand chose à leur offrir, si ce n’est l’achat d’une poignée d’Asset-backed securities (ABS) et d’une grosse pincée d’obligations sécurisées, loin de la manne attendue !

Le président de la BCE s’abrite derrière « l’ultime référence » de l’inflation, qu’il voudrait bien faire rebondir. Manière de reconnaître que, pour le reste, il n’y peut pas grand chose, et que même là il ne fait pas la pluie et le beau temps ! Quand on est gêné aux entournures, la recette éprouvée est de lancer des chiffres époustouflants, et le président de la BCE n’y déroge pas : ses achats d’ABS et d’obligations sécurisées pourraient atteindre un montant de 1.000 milliards d’euros, annonce-t-il, ce qui lui évite de préciser les dimensions de l’enveloppe. Car elles ne dépendent pas de lui mais de l’appétit du marché des capitaux et de dirigeants allemands qui s’opposent à ce que la BCE devienne une bad bank (ce qu’elle est déjà). Il en résulte la formule équilibrée qu’il a utilisée pour annoncer que les achats de la BCE seront « aussi vastes que possibles mais conduits avec prudence »… Le principal sujet de discorde a donc été repoussé à des jours meilleurs : les critères d’éligibilité des tranches mezzanine d’ABS (les plus risquées) seront communiqués ultérieurement, précise un alinéa anodin d’une annexe du communiqué officiel. Continuer la lecture de ILS ONT LE TOURNIS ET NOUS DE MÊME, par François Leclerc

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Europe : DEUX PÉTARDS DONT LES MÈCHES SONT ALLUMÉES POUR DE VRAI, par François Leclerc

Billet invité.

Nul besoin d’emphase pour prédire que la période à venir va être un peu mouvementée en Europe. Inutile également de fouiller en tous sens les grands dossiers qui restent désespérément ouverts et sans solution pour le montrer.

On en saura plus dès demain sur le programme d’achat d’Asset-backed securities (ABS) de la BCE, de plus en plus présenté comme sa dernière carte à jouer avant l’utilisation de l’arme atomique : un programme massif de création monétaire reposant sur l’achat de titres souverains. Il ne s’agit pas encore de cela, il s’en faut, mais cela coince déjà fortement entre la majorité des gouverneurs de la BCE d’un côté, et la Bundesbank dont le président est l’un d’entre eux ainsi que le gouvernement allemand de l’autre. Sans même éclairer tous les ténébreux recoins de cette tentative de l’avant-dernière chance, il est clair que les obstacles rencontrés par le président de la BCE sont nombreux et que ses chances de réussite ne le sont pas.

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Piqûre de rappel : Crise du « subprime » et titrisation, le 26 septembre 2007

PARIS, 15 septembre 2014 (Reuters) – La Banque publique d’investissement (BPI) a proposé lundi d’expérimenter la transformation des créances bancaires sur les PME et les entreprises intermédiaires en titres cessibles (titrisation) pour alléger le bilan des banques. […] Pour surmonter la difficulté rencontrée par les investisseurs pour appréhender les risques liés au financement de ce type d’entreprises, la BPI garantira la portion de chaque prêt transformée en titres (par exemple 50%). L’objectif est de permettre un refinancement efficace des encours de crédits aux PME et ETI et de réduire la consommation en fonds propres des banques commerciales engagées dans le financement de ce type de sociétés.

France : La BPI propose la « titrisation » des crédits aux PME

On reparle donc d’Asset-backed Securities (voir aussi le billet de François Leclerc : Europe. Le jeu devient serré). Pourquoi pas ? du moment que l’on sait dans quel engrenage on met les doigts. Mais le sait-on vraiment ? Sept ans auraient-ils suffi à oublier ce que l’on avait cru savoir un jour ? Dois-je réenfiler ma toge de prophète pour clamer une fois encore à propos de la titrisation « ce dont absolument personne ne se doute » ? Dois-je réencourager la lecture d’un vieux classique oublié ?

Crise du « subprime » et titrisation, le 26 septembre 2007

La titrisation en tant que telle a-t-elle eu une responsabilité dans la crise du subprime et dans le tarissement du crédit qui en fut l’une de ses conséquences ? Et si non, et à l’inverse, la titrisation sort-elle indemne de ces événements où son rôle fut, à tort ou à raison, mis en cause ? Les deux questions sont excellentes et je me propose d’y répondre.

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COMMENT RÉDUIRE CETTE DETTE POUR QU’ELLE CONTINUE A RENDRE SES SERVICES ? par François Leclerc

Billet invité.

Une étrange découverte vient d’intervenir au Japon : « il n’y a pas de plancher au rendement de la dette ! », se sont effarés les analystes, constatant que la Banque du Japon vient d’acheter des titres au rendement négatif, acceptant en conséquence de perdre de l’argent… C’est à ce prix que la banque centrale poursuit sa politique de création monétaire destinée à sortir vaille que vaille le pays de la déflation.

Les banques japonaises ne s’en plaignent pas, qui en profitent pour acheter sur le marché des titres à rendements positifs pour les revendre assortis de rendements négatifs à la Banque du Japon. L’État non plus, qui finance grâce à cette dernière son énorme déficit budgétaire, son budget atteignant le double de ses recettes fiscales. La banque centrale japonaise roule une dette publique en rapide progression, l’État devenant de plus en plus vulnérable à une éventuelle hausse des taux. Celle-ci risque d’intervenir lorsqu’il faudra se rendre sur le marché international, dès que la Banque du Japon, les banques privées et les fonds de pension ne la financeront plus dans son intégralité. L’incidence de l’évolution des taux de la Fed, promis à être relevés à une date faisant l’objet de toutes les interrogations, en donnera le signal. A moins que la Fed ne s’y résolve pas, condamnée alors à poursuivre sa mission d’assistance, qui deviendrait une composante structurelle du fonctionnement du capitalisme, l’expression achevée de sa fuite en avant…
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LA BCE A FOIRÉ, LES BANQUES ONT PARLÉ ! par François Leclerc

Billet invité.

Selon la rumeur, il a fallu donner un petit coup de pouce pour que la première vague du T-LTRO, ce nouveau programme de la BCE destiné à relancer le crédit aux entreprises, ne tourne pas à la déconfiture. Seuls, 82,6 milliards d’euros ont été empruntés par 255 banques, soit un cinquième du potentiel de 400 milliards estimé en raison de ses modalités, malgré le taux proposé de 0,15%. Ce sont dix banques italiennes, avec en tête la grande malade UniCredit, qui ont emprunté 28% des fonds, et les grecques supposées les plus demanderesses n’y ont contribué que pour 6,2%.

Il se confirme que le marché croule sous les liquidités et que le goulot d’étranglement est au niveau de la demande de crédit, expression la plus indubitable des effets récessifs de la politique de désendettement poursuivie. L’ère des diagnostics erronés et arrangeants n’est pas finie : rappelons nous que l’absence de liquidité avait été invoquée pour toute explication de la crise bancaire, afin de contrer l’idée que les banques rencontraient un problème majeur de solvabilité… Les croyants ne s’embarrassent pas des faits, ils les transforment pour les besoins de leur démonstration.

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Europe : QUI C’EST QUI COMMANDE ICI ? par François Leclerc

Billet invité.

Tandis que les spéculations vont bon train à propos de la composition de la nouvelle Commission de Bruxelles, ainsi que son passage prochain devant le Parlement européen, un affrontement se déroule entre la BCE et les gouvernements allemand et français, vis à vis duquel le gouvernement italien tente de prendre ses distances. Remarquons simplement, pour y sacrifier à notre tour, que les contre-emplois vont pulluler à Bruxelles. Le Français Pierre Moscovici est en charge des procédures pour déficit excessif ; proche de la City, le Britannique Jonathan Hill a la responsabilité des services financiers ; le Néerlandais Frans Timermans qui va couvrir les relations inter-institutionnelles est connu pour minorer le rôle du Parlement européen ; enfin l’Espagnol Miguel Arias Cañete, en charge de l’énergie, est impliqué dans une affaire de conflit d’intérêt avec une compagnie pétrolière…

Revenons aux affaires sérieuses, avec l’enquête de l’agence Bloomberg, ainsi que l’article du Financial Times rédigé avec le concours de ses correspondants à Berlin, Paris, Rome et Londres. Selon ces sources journalistiques, il se confirmerait que Berlin et Paris s’opposent au projet de la BCE de faire acquérir par le Banque européenne d’investissement (BEI) et les fonds d’investissement nationaux les tranches dites mezzanine dans le jargon financier : à mi-hauteur entre les tranches junior et senior – d’ABS émis par les banques et que la BCE n’en achète que les tranches senior à faible risque.

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Europe : OÙ EST LA PORTE DE SORTIE ? par François Leclerc

Billet invité.

La vérité est sans fard : plus le temps passe, moins la stratégie de relance choisie par les dirigeants européens fait ses preuves, et plus elle pose problème. Mais aussi plus le débat entre eux est serré, voire même impossible. Se voulant définitif, le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, a fermé hier la porte à toute inflexion de celle-ci : « on ne peut pas acheter des emplois et de la croissance avec de l’argent public », a-t-il magistralement asséné devant le Bundestag, avant d’expliquer que la BCE avait fait tout ce qui fallait, pour signifier qu’elle ne devait pas aller au-delà.

Condamné à le suivre comme son ombre, le ministre français Michel Sapin l’a accompagné dans la conception d’un plan de dynamisation du marché des ABS. Présenté comme allant impulser l’investissement privé, il n’est pas à la hauteur des ambitions prêtées à la BCE, que Manuel Valls, le Premier ministre français, avait auparavant salué à Turin comme « une victoire de la gauche »… Les obstacles s’accumulent : la règlementation Solvency II des assurances devrait être modifiée, et il faudrait passer outre les objections exprimées en Allemagne. La taille réduite actuelle du marché des ABS rend en tout état de cause illusoire d’atteindre le volume d’achat de 800 milliards d’euros…

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Europe : LE JEU DEVIENT SERRÉ ! par François Leclerc

Billet invité.

Cela ne se passera pas comme ça ! Il ne sera pas donné à la BCE toute liberté pour calibrer à sa guise son programme d’achat d’Asset-Backed Securities (ABS), ces produits financiers de titrisation. D’après le Suddeutsche Zeitung, les ministres des finances allemand et français ont rédigé un « non paper » (selon la terminologie officielle française, une « note libre » qui ne peut être attribuée). Destinée à être discutée lors du prochain Ecofin informel de samedi – la réunion des ministres des finances de l’Union européenne – elle porte sur la revitalisation régulée… du marché des ABS. Une vraie pierre dans le jardin de la BCE !

L’objectif revendiqué respire l’innocence, puisqu’il s’agit de dynamiser ce marché anémique en incitant les banques à titriser leurs actifs, tout en les dissuadant de le faire avec des actifs de mauvaise qualité (des prêts douteux), afin de produire des ABS de bonne qualité. Il est explicitement fait référence à l’émergence de « phénomènes de pré-crise aux États-Unis », allusion à la bulle financière qui s’est développée.

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MARIO DRAGHI NOIE LE POISSON, EN TOUTE INDÉPENDANCE…, par François Leclerc

Billet invité

Un pas en avant, un pas en arrière. Mario Draghi a repris aujourd’hui le terme employé avant-hier par Wolfgang Schäuble, selon qui ses propos tenus à Jackson Hole avaient été « sur-interprétés », prenant acte – en toute indépendance, cela va de soi – du refus du gouvernement allemand et de la Bundesbank de le suivre sur un terrain glissant. Il a procédé à sa propre explication de texte pour noyer le poisson, estimant que « chacun devait faire son travail » pour enrayer la baisse de l’inflation, aux gouvernements de mener des politiques budgétaires favorables à la croissance et l’emploi tout en réalisant des réformes structurelles (et de trouver les marges de manœuvre le permettant !). Il n’est pour le moment plus question de flexibilité de la politique fiscale, en attendant des jours meilleurs et des circonstances plus propices.

Pour sa part, la BCE a abaissé à 0,05 % son principal taux directeur – autant dire que le loyer de l’argent est gratuit pour les établissements financiers – et a encore baissé son taux de rémunération, devenu négatif, des dépôts bancaires dans son coffre-fort. Présentées comme allant relancer le crédit aux entreprises et assurer le retour de l’inflation, ces deux mesures, ainsi que l’annonce d’un « large » et non chiffré nouveau programme d’achat de dette privée titrisée (ABS), qui était depuis longtemps à l’étude, auront plus sûrement comme effet de soulager les bilans bancaires en ces temps de troisième version des stress-tests. La BCE n’y étant pas soumise, cela lui permet de continuer à jouer les bad banks pour le compte d’autrui.

Encore une petite pelletée de terre ?

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STAGNATION SÉCULAIRE DU CAPITALISME ASSISTÉ ? par François Leclerc

Billet invité.

La Commission de Bruxelles a rendu hier son verdict en critiquant l’Italie en raison de la faiblesse de l’amélioration de sa productivité (et de la réalisation de ses réformes), après avoir placé la France sous « surveillance renforcée ». Et, pour faire bonne mesure, relevé que l’Allemagne ne renforce pas assez sa demande intérieure afin de contribuer aux exportations des autres pays européens et de les soulager. Un constat qui vaut signe d’impuissance devant l’évidence : la politique déflationniste poursuivie en Europe ne donne toujours pas signe du résultat escompté, c’est à dire du retour d’une croissance présentée comme salvatrice.

La bataille fait rage en Grèce pour déterminer le montant de la recapitalisation des banques, le FMI voulant en plaçant haut la barre faire la preuve qu’il va falloir employer les grands moyens et ne pas se contenter d’un replâtrage financier. Illustrant que le FMI est plus généralement convaincu des méfaits de la politique poursuivie en Europe et qu’il utilise le cas de la Grèce comme un moyen de le faire savoir. Le gouvernement portugais hésite de son côté sur la conduite à tenir à la sortie de son plan de sauvetage, car la preuve n’est pas faite qu’il va pouvoir faire face aux conditions accordées par le marché, qui en tout état de cause imposeront la poursuite de l’austérité budgétaire et salariale pour en faire un état permanent.

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