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KEYNES ET L’ARGENT (I) LA PERSONNE ET SES APPARTENANCES

Pour comprendre le rapport entre l’homme et l’argent, l’argent étant une chose, il faut d’abord comprendre le rapport entre l’homme et les choses.

Dans la conception commune, l’homme est entouré de choses et il exerce sur celles-ci un pouvoir sous la forme qu’aura déterminé sa volonté. Mais la réalité est plus complexe : il existe entre les hommes et les choses des contraintes réciproques et la représentation que l’homme se fait de son rapport avec les choses reflète nécessairement cette réciprocité.

Prenons l’exemple d’un fermier. La ferme fut créée un jour par un fermier, celui dont on parle ou un autre autrefois, et depuis, elle tourne. Elle dépend pour sa survie du fermier mais celui-ci dépend à son tour pour sa survie à lui, de la ferme. À tel point que l’on n’est nullement surpris quand on s’entend raconter l’histoire du fermier qui mourut de chagrin parce qu’il ne pouvait cesser de penser à sa moisson que quelqu’un avait incendiée. Il n’est pas mort de faim parce que sa moisson avait brûlé : il est mort parce que sa moisson faisait partie intégrante de la personne qu’il était, et qu’une part trop importante de lui était morte, emportée par les flammes.

Duby rapporte que la nostalgie était la principale cause de décès dans les armées du Moyen âge : l’identité du soldat se dissolvait à la pensée de l’absence à ses côtés du monde qui l’avait entouré jusque-là et qui le constituait en tant que personne. Quand on dit d’une femme ou d’un homme qu’ils sont des « déracinés », on renvoie à cette incomplétude de sujets dont leur environnement était une part essentielle d’eux-mêmes.

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BONJOUR MADAME LA TERRE, le mardi 17 septembre 2013 à 8h21

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Comprendre les gens qui comprennent le bijoutier de Nice

Le domaine de la personne, qui va de son corps seulement à l’ensemble de ses « appartenances » (ce qui l’évoque aux yeux du reste du monde), est culturellement déterminé

Paul Jorion, Comment la vérité et la réalité furent inventées, 2009 : 28-58

Paul Jorion, Le capitalisme à l’agonie, 2011 : 283-297

« On voit s’esquisser en réalité, dans ces exemples, une autre manière d’envisager le rapport entre hommes et choses, où l’identité de qui décide et de qui se plie à la volonté d’un autre n’est pas aussi claire qu’on aurait pu un moment l’imaginer, et où ce que l’on serait éventuellement tenté de qualifier d’« intérêt égoïste » d’un être humain se révèle, à notre grande surprise, être en réalité son inverse, à savoir la subordination de la volonté humaine à la persistance d’une chose, même si ce sont des hommes qui ont initialement institué ce genre de choses pour leur propre bénéfice, comme dans le cas d’une ferme ou d’un bateau de pêche. Que vaut la liberté de celui qui a une grosse fortune à gérer ? » (p. 288)

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