Archives par mot-clé : bulles financières

À L’ENTRÉE DES TERRITOIRES INCONNUS, LES TAUX NÉGATIFS… par François Leclerc

Billet invité.

Les taux négatifs de la dette souveraine n’ont pas fini de faire parler d’eux. Pointant du doigt leur apparition et leur développement, la Banque des règlements internationaux (BRI) s’inquiète de leurs conséquences sur le monde financier, l’économie réelle et la situation politique et sociale. Tout en se défendant de mettre en cause la BCE qui en est à l’origine, Wolfgang Schäuble y voit de son côté la source « d’énormes problèmes », sans toutefois les identifier.

Le phénomène a pris une grande ampleur dans la zone euro, dont le stock de la dette souveraine à plus d’un an assortie d’un taux négatif est de l’ordre de 1.800 milliards d’euros. 60 % du stock de la dette allemande à plus d’un an est assorti d’un taux négatif, son rendement ne devenant positif que pour les titres à 8 ans de maturité et au-delà. Pour la France, le stock équivalent est de 40 % et la maturité inférieure à 5 ans, au-delà de laquelle le taux des titres devient légèrement positif. Dans le cas de la Suisse, même les titres à dix ans ont un rendement négatif. L’Italie et l’Espagne bénéficient de taux légèrement positifs et anormalement bas, ce qui est moins flagrant au Royaume-uni et aux États-Unis, où les banques centrales ont également adopté des taux directeurs proches de zéro et devancé les achats en grand de dette souveraine de la BCE.

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LEUR NOUVELLE SOCIÉTÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Née dans la foulée des années 30, la doctrine de l’ordo-libéralisme pourrait évoluer à l’initiative de son gardien du Temple, la Bundesbank. Classiquement, une division du travail est instituée par cette théorie, qui attribue la conduite de la politique monétaire à la banque centrale, à l’abri du pouvoir politique, confie les affaires budgétaires au gouvernement, et la fixation des salaires et des conditions de travail aux négociations entre employeurs et syndicats des travailleurs. Sortant sans scrupule de sa mission, la Bundesbank propose d’introduire une nouveauté : la création d’un Conseil fiscal européen indépendant au détriment de la Commission européenne.

Au fil du déroulement de la crise, les banques centrales élargissent leurs missions, et la Bundesbank pourtant si respectueuse de l’Etat de droit n’y faillit pas, au nom des intérêts suprêmes qu’elle défend. De son point de vue, tous les moyens sont bons pour rendre irréversibles les dispositions gravées dans un Traité fixant les normes de déficit et d’endettement public, ainsi que pour veiller à leur stricte application : pour la Bundesbank, les dérogations et les assouplissements sont autant d’horreurs. Sa proposition intervient en réaction explicite à l’attribution d’un nouveau délai de deux ans au gouvernement français, afin de respecter son objectif de déficit annuel de 3%.

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L’INDIGESTION AU RISQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Que se passe-t-il donc dans ce monde financier qui a recommencé à prospérer et arrêté de faire parler de lui ? Ce silence est-il d’ailleurs un bon signe, la mare aux canards ayant continué à se remplir, les banques centrales ayant massivement déversé de nouvelles liquidités ? Le resserrement de la politique de la Fed, qui fait les manchettes, consiste seulement à fermer leur robinet, mais pas à commencer à les assécher.

Les conditions sont favorables, est-il largement admis, pour que de nouvelles bulles financières apparaissent, et de doctes débats agitent en conséquence le monde financier : « à quoi reconnait-on une bulle constituée », s’interrogent-ils , alors qu’elles prospèrent sous leur nez ! A partir de combien de cailloux fait-on un tas ? La régulation financière ayant laissé largement inviolé le paradis des produits structurés, doit-on s’en alarmer et prendre le risque d’être accusé de voir le mal partout, les mêmes causes produisant les mêmes effets ? Le retour de l’appétit au risque sur certains marchés à haut rendement – et à risque correspondant – serait-il vraiment, comme ce jargon semble l’indiquer, un bien annonciateur de la remise en marche de la machine, comme il en court l’idée ?

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FAUX DÉBAT A PROPOS DE LA POLITIQUE DE LA BCE, par François Leclerc

Billet invité.

Le débat à propos de l’achat de titres obligataires par la BCE se poursuit, sans que celle-ci ne donne actuellement signe de s’y engager, en dépit de rumeurs persistantes l’annonçant pour plus tard. Il s’inscrit dans le contexte d’avis opposés délivrés par le FMI et la Banque des règlements internationaux (BRI) sur les dangers comparés de la déflation et de la création de bulles d’actifs, et sur la politique que les banques centrales doivent en conséquence mener. Le premier, comme vient de le rappeler Christine Lagarde à propos de l’Europe, met en garde car « une inflation obstinément basse peut gravement nuire à la croissance » et « alourdir le poids de la dette. » La seconde minore les conséquences de la déflation et développe un point de vue restrictif sur la poursuite des opérations d’assouplissement quantitatif (achats de titres obligataires) en cours de la Fed, sur laquelle celle-ci laisse prévoir son arrêt à l’automne, ainsi que sur sa politique de taux proche de zéro.

Toujours inspiré par la crainte d’une bulle immobilière en Allemagne, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a sur cette question une opinion arrêtée dont il ne démord pas : appelant la BCE a intervenir, il a déclaré « Nous ne pouvons pas abandonner aux seuls régulateurs des États la tâche d’éviter les bulles. Les banques centrales doivent avoir cela en tête dans leurs décisions sur la masse monétaire ». Pour répliquer à ceux qui demandent une intervention destinée à affaiblir l’euro par rapport au dollar, il rétorque : « Je ne fais aucun cas des discussions politiques sur le taux de change, il est fixé par le marché. Quand la politique s’en mêle, cela ne donne jamais de bons résultats. »

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NOS RETRAITES SONT EN CE MOMENT MÊME JOUÉES AU CASINO, MAIS QU’IMPORTE : LA FÊTE CONTINUE ! 

Observez bien ce diagramme : en rouge, vous avez le Produit Intérieur Brut (PIB) mondial : la richesse des nations ! En vert, vous avez la valeur boursière des compagnies de ce même monde.

Marchés boursiers

N’est-il pas curieux qu’alors que la richesse des nations est en baisse constante depuis deux ans, la valeur boursière des entreprises de ces mêmes nations soit elle en hausse constante ?

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TAVAKOLI vs. JORION. LA CRISE DES SUBPRIMES : PYRAMIDE ORCHESTRÉE OU SPONTANÉE ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il y a dans La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; Le Croquant 2009), qui fut  écrit entre novembre 2004 et octobre 2005, un chapitre qui décrit la dynamique de la crise qui était alors en train de se développer.  Ce chapitre s’intitule : « Le prix des actions et des maisons : les bulles financières » (pages 195-220), et il contient une section intitulée : « La bulle financière comme ‘processus spontané de cavalerie’ ». Cette expression « processus spontané de cavalerie » pour qualifier les bulles, n’est pas de moi : je l’ai empruntée, comme je l’explique là, à Robert J. Shiller, qui parle lui, pour caractériser la bulle financière de « naturally occurring Ponzi process ».

La crise des subprimes que je prévoyais et dont je décrivais le déroulement futur était essentiellement un processus spontané. Je reviendrai sur le mot « essentiellement ».

Dans L’implosion (Fayard 2008), qui fut publié en mai 2008 – je précise cela pour souligner que le livre fut terminé d’être écrit plus de six mois avant la chute de Lehman Brothers – j’illustre par les événements qui s’étaient déroulés en 2007 et au début 2008, la dynamique de la bulle et de son éclatement, qui avait été décrite dans La crise du capitalisme américain. D’une certaine manière, je me contentais dans L’implosion de remplir les cases de la description offerte trois ans auparavant.

Pourquoi est-ce que je rappelle cela aujourd’hui ? Parce que j’ai reçu ce matin un courrier de mon amie Janet Tavakoli, contenant la déposition qu’elle a faite le 8 décembre 2010 devant la Federal Housing Finance Agency, le régulateur des Government-sponsored Entities que sont Fannie Mae et Freddie Mac, ainsi que le powerpoint qui résume sa déposition.

Dans ces exposés, Janet Tavakoli présente la crise des subprimes comme une « pyramide » ou une « cavalerie », non pas « spontanée » mais orchestrée. Autrement dit, tandis que je présente la crise des subprimes comme étant essentiellement une dynamique disons « de type physique », elle la présente elle comme résultant essentiellement de fraudes intentionnelles.

Il ne me viendra jamais à l’esprit de dire que la fraude est étrangère à la crise des subprimes. Il y a eu fraude mais celle-ci n’a pas joué à mon sens un rôle plus important dans la crise des subprimes que celui qu’elle joue en permanence en finance – et dans le monde des affaires en général où elle est endémique. Je rappelle à ce propos ce que j’écrivais dans un petit texte qui a d’abord paru ici, et ensuite dans le N° 161 de la revue Le Débat, paru en septembre 2010 :

Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude.

… de quel terme désigne-t-on parmi les décideurs, cet esprit de tolérance à la fraude que je viens d’évoquer ? « Esprit d’équipe ». « L’individu en question ne fait pas preuve d’esprit d’équipe », est le langage codé utilisé dans ce monde des établissements financiers pour désigner celui qui fait preuve de probité et désapprouve les tentatives de fraude.

Sont venus s’ajouter à la dynamique spontanée de bulle financière, des efforts délibérés pour l’alimenter, orchestrés par la Mortgage Bankers’ Association, l’association professionnelle des banques accordant du crédit hypothécaire aux États-Unis. J’en parle dans les pages consacrées au « prêt rapace » dans La crise du capitalisme américain (148-151) ainsi que celles consacrées dans L’implosion à « La législation anti-« prêt rapace » en Caroline du Nord (1999) » (264-268). J’y décris les efforts faits pour alimenter la bulle, en toute connaissance de cause. Mais il s’agit là de cupidité et non de fraude.

Entre l’interprétation de la dynamique de la crise présentée par Janet Tavakoli et la mienne, il faut choisir. Je crains qu’en mettant l’accent uniquement sur la fraude, on ne finisse par jeter un jour le bébé avec l’eau du bain. Je crains que l’interprétation en termes de policiers et de juges ne faisant pas leur métier conduira à affirmer que les problèmes ont été réglés une fois qu’on aura mis en prison une demi-douzaine de banquiers. On oubliera alors les bulles financières comme « processus spontané de cavalerie » dont la dynamique dépasse la capacité des individus – fussent-ils même dirigeants de banques – à les prévenir ; on oubliera aussi l’incapacité des économistes à déceler l’apparition de ces bulles et leur ignorance foncière quant à la manière de les contrôler. On oubliera la nécessité de créer des organismes disposant des moyens de déceler l’apparition de bulles et, le cas échéant, de les contrer ; on oubliera la nécessité de créer une véritable « science » économique qui comprenne la dynamique des bulles et qui remplacera le discours de propagande que l’on s’est contenté de créer jusqu’ici sous ce nom.

Pour conclure, et pour soutenir la validité de ma propre interprétation, je me contenterai de dire ceci : je n’aurais pas pu prévoir la crise des subprimes en 2005 en décrivant sa dynamique et ensuite « remplir les cases » de cette description par les illustrations qu’offrait la crise en 2007, si sa dynamique n’avait pas été essentiellement celle d’une « cavalerie » ou « pyramide » spontanée. La fraude massive dépend de trop de décisions individuelles, de trop d’impondérables, dont l’effet global est imprévisible, pour qu’une prévision détaillée d’une crise provoquée par la fraude soit possible.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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QUAND LE BÂTIMENT VA… TOUT VA ?, par zébu

Billet invité.

Cette fois-ci, c’est le CAS (Centre d’Analyse Stratégique) qui le dit : « Si la première phase de hausse pouvait paraître cohérente avec la baisse des taux d’intérêt, il semble aujourd’hui probable que celle-ci ait biaisé les anticipations à la hausse, créant une bulle sur le marché immobilier français. »

Sources :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/04/immobilier-une-etude-demontre-l-existence-d-une-bulle-speculative_1516569_3234.html#xtor=RSS-3208
http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=1414
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/2011-04-29-prixdulogement-NA221.pdf

Cette analyse n’est pas unique puisque la presse dite ‘économique’ s’en empare (cf. L’Express ou La Tribune) mais c’est pourtant la première fois qu’une institution française de prospective qui ne soit pas directement partie prenante dans la question de l’immobilier reconnaît l’existence (possible) d’une telle bulle.

Un tel rapport, passé relativement inaperçu, est donc intéressant à lire, ne serait-ce que pour la manière dont il analyse la formation et l’existence de la bulle immobilière en France.

Et que dit ce rapport, dont le but est d’analyser les facteurs, tant sur l’offre que sur la demande, à court ou à moyen terme, qui peuvent influer sur les prix de l’immobilier en France ?

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BFM Radio, lundi 30 août 2010 à 10h46 – Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les banquiers centraux : « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais de raisons de s’inquiéter »

La réunion annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole dans le Wyoming a eu lieu le weekend dernier. J’en ai personnellement retenu deux choses : la discussion générale sur les bulles financières et le discours de Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque Centrale Européenne.

Les bulles financières

La discussion sur les bulles financières a été l’occasion d’une belle cacophonie : aucun consensus sur le fait qu’il faudrait intervenir à titre préventif : avant qu’elles ne se créent, ou bien pendant : au moment où on constate leur existence, voire encore même après : la politique actuelle en la matière.

Randall Kroszner, un ancien gouverneur de la Fed, a rappelé le rôle crucial joué par l’immobilier résidentiel dans la naissance des bulles, qu’il s’agisse aussi bien de la Chine aujourd’hui, que des États-Unis il y a trois ans. Fait peut-être encore plus inquiétant : avec un beau cynisme, les États comptent généralement sur les bulles immobilières pour faire sortir les nations des récessions qui les affectent.

Les êtres humains aiment les maisons, et se concurrencent entre eux pour les acquérir. Les « marchés » n’observent pas cela d’un œil neutre. Résultat : un marché constamment en proie à la spéculation, et des logements hors de prix. Je pose la question suivante : les gouvernements ne devraient-ils pas penser à isoler l’immobilier résidentiel de la spéculation ? Le logement ne devrait-il pas être envisagé comme « une chose nécessaire », et les politiques d’accès à la propriété calquées plutôt sur celle, disons, de la santé ? Ou bien a-t-on encore trop besoin des bulles immobilières pour sortir des récessions ?

Le discours de Jean-Claude Trichet

Passons maintenant au discours de Jean-Claude Trichet qui s’intitulait : « Le rôle des banques centrales dans des temps incertains : conviction et responsabilité. « Conviction », comme vous allez le voir, pour « ce que je pense vraiment », et « responsabilité » pour « ce que je suis malheureusement obligé de faire ».

Notons le, la tâche de Mr. Trichet est une tâche périlleuse : que dire en effet quand le seul discours que l’on puisse tenir serait une autocritique mais qu’il vous est interdit par définition de la prononcer puisque cela affecterait – en mal – la confiance des marchés ? D’où, la suavité des propos qui sont alors tenus. Ce qui situe cependant avec exactitude le problème, c’est l’usage neuf fois du mot « crédible » dans le discours et quatre fois du mot « crédibilité », sans compter même sa présence dans une expression que Mr. Trichet affectionne de « credible alertness ». Le symptôme qui trahit une absence embarrassante.

Très remarquable aussi donc, le recours à la distinction faite autrefois par le sociologue Max Weber entre une « éthique de la conviction », fondée sur les principes (c’est-à-dire sur la théorie) et une « éthique de la responsabilité », l’accent étant mis ici sur les conséquences (le retour de bâton de la réalité). Les concepts de Weber ont été mobilisés pour justifier la navigation à vue quand il s’avère que la théorie est fausse, et le fait d’appliquer des mesures que la théorie rejette, comme les mesures non-standard, autrement dit, le recours à la « planche à billets » dans l’assouplissement quantitatif : l’achat de la dette des États par les banques centrales, autrement dit encore, la création par elles d’argent, non pas parce qu’on a constaté une création de richesse dans l’économie, mais tout au contraire parce que la richesse manque à l’appel là où elle est nécessaire. Une « recette pour un désastre », comme disent alors les anglo-saxons.

Les concepts wébériens se trouvaient donc là à point nommé pour justifier a posteriori le refus initial par Trichet au printemps dernier, durant la crise de l’euro, de l’assouplissement quantitatif : quand il campait fermement sur ses principes, suivi ensuite de son rapide revirement : quand la réalité lui imposa la politique inverse. Un passage en douce de l’« éthique de la conviction » à l’« éthique de la responsabilité », en raison, pour reprendre ses termes, du « fonctionnement anormal de certains marchés », d’une « période de tensions aigües sur les marchés financiers ».

2008 : la confiance des financiers est ébranlée, celle des économistes ne l’est pas moins. 2010 : retour en force du ronron. À Jackson Hole, les banquiers centraux nous ont expliqué qu’il n’y a jamais eu, et qu’il n’y aura jamais de craintes à avoir. Poussons donc le ouf de soulagement qui nous est si gentiment demandé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Les Échos, L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE, le 10 mars 2010

Un entretien avec Muryel Jacque : « L’ENTREPRISE FINANCIÈRE NE S’OCCUPE NI DE MORALITÉ NI DE PHILANTHROPIE »

A quoi attribue-t-on aujourd’hui l’émergence et le développement des bulles financières ?

Jusqu’à très récemment, la théorie orthodoxe économique considérait que les bulles n’existaient pas. Et des études, même assez récentes – avant le début de la crise – continuaient à essayer de le prouver. L’idée, c’est qu’il n’était pas possible de distinguer un prix spéculatif d’un prix fondamental (c’est à dire, fondé sur l’addition des différents éléments constituant le prix). Seuls certains Keynésiens avaient développé d’autres théories, en particulier la théorie des bulles de l’économiste américain Hyman Minsky dans les années 80. Quand la crise a éclaté, il est devenu impossible de dire que les bulles n’existaient pas, puisque la bulle était en train de se dégonfler devant tout le monde… Les théories de Hyman Minsky ont alors été remises au goût du jour. Chez lui, toute économie est soit dans un processus de création de bulle ou d’éclatement de bulle, en raison même de certains défauts du système capitaliste.

Croyez-vous que la nature humaine est à l’origine de la crise, comme l’a estimé l’ancien président de la Réserve fédérale Alan Greenspan ?

C’est une autre erreur de la science économique, liée à un a priori appelé individualisme méthodologique, de penser que rien ne se passe au niveau économique dont on ne puisse rendre compte simplement en additionnant les comportements individuels. Or, dans cette crise, les acteurs individuels, en suivant simplement leur propre intérêt, n’avaient pas la possibilité d’agir à un niveau global. J’ai travaillé dans une de ces entreprises au centre de la tourmente, qui a fini par disparaître, Countrywide. Lorsque les dirigeants – que je n’essaie pas d’exonérer car ils ont eu une attitude égocentrique et égoïste – se sont aperçus que l’entreprise périclitait, ils ont progressivement retiré leurs investissements. Ils n’ont pas essayé d’agir au niveau global. Ceci dit, ils n’en avaient pas la possibilité. Il fallait une concertation à un niveau plus élevé. C’est au niveau du gouvernement, et du Congrès ou du Sénat, et non au niveau individuel des dirigeants, qu’on aurait pu agir. Or, l’illusion d’Alan Greenspan et des économistes a été de croire que seul l’individu aurait pu faire quelque chose, le niveau global n’existant pas pour eux.

Goldman Sachs est soupçonné d’avoir aidé la Grèce à maquiller ses comptes. Quel est, selon vous, le rôle joué par les grandes banques mondiales dans la dérive de certains états ?

Goldman Sachs a effectivement proposé un arrangement à la Grèce ; les prospectus à valeur légale de ces opérations sont accessibles sur internet. Mais la responsabilité de la banque n’est pas là. En fait, l’industrie financière a, par une action de lobby, permis que ce type d’opérations soit autorisé par la Communauté européenne. Ainsi, il peut uniquement être reproché à Goldman Sachs d’avoir mis de l’argent dans le groupe de pression pour influencer les politiques. Il s’agit d’une entreprise financière, elle ne s’occupe pas de moralité. Elle n’est pas non plus dans la philanthropie. Elle décide au jour le jour des opérations rentables : aider la Grèce en 2002 est rentable, et parier sur la chute de la Grèce en 2010 l’est également. La finance ne fait pas de sentiment, mais du profit pour ses dirigeants, ses actionnaires et pour ses traders qui touchent des commissions. Cependant, en période de crise, ce que j’appelle l’extraterritorialité morale de la finance devient beaucoup plus visible car elle fait la une des journaux. Dans les périodes d’euphorie, l’absence de moralité apparaît en page 19 et l’on n’en parle pas.

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Le Monde – Économie, lundi 8 – mardi 9 mars

LA MACHINE INFERNALE

Here for an English version.

La représentation de l’appareil économico-financier qui nous était proposée il y a cinq ans seulement était celle d’un système ayant atteint sa maturité : stable en raison d’une prédisposition généralisée à l’autorégulation et ayant découvert le moyen d’éparpiller le risque avec une telle efficacité qu’il soit de facto neutralisé.

L’autorégulation n’existait pas. Le risque bien qu’atomisé se concentrait néanmoins parce que les joueurs les plus avisés se constituaient d’énormes portefeuilles de produits financiers dont la prime de risque était conjoncturellement surévaluée ; quand eut lieu le retour de balancier, les Bear Stearns, Lehman Brothers, AIG, Fannie Mae et Freddie Mac, implosèrent.

L’informatisation avait favorisé une complexification de la finance sur la base du crédit qui lui interdisait désormais de fonctionner autrement qu’en régime de bulle : l’euphorie cachait alors l’absence d’autorégulation et, le risque étant provisoirement minime, sa concentration demeurait invisible.

L’actualité souligne au contraire le caractère dysfonctionnel de l’appareil économico-financier en l’absence d’une dynamique de bulle. Ainsi, dans la spéculation contre l’euro, la puissance de nuisance des divers éléments rassemblés se renforce par leur combinaison délétère.

Dans les années 2001-2002, l’Europe ferme les yeux sur des prêts déguisés en swaps de change consentis par Wall Street à des états européens pour leur permettre de respecter les termes du pacte de stabilité et de croissance de la zone euro. Or, la complexité croissante des produits financiers interdit désormais aux agences de notation d’évaluer correctement le risque qu’ils présentent. Lorsque la crise des subprimes éclate en 2007, les notateurs sont rapidement décrédibilisés. Les velléités de réformer ces agences subissent le sort de toutes les réglementations envisagées à l’époque (à l’exception de celles sans conséquences) : elles sombrent rapidement dans l’oubli. Pendant ce temps, les notateurs substituent à la rigueur scientifique introuvable, l’inflexibilité.

La rétrogradation des swaps de change trafiqués de la Grèce qui intervient alors, ne les situe plus qu’un seul cran au-dessus du niveau où sera activé un appel de marge que la nation est incapable d’honorer. La spéculation sur le défaut désormais probable de la Grèce se met en branle. En prenant des positions nues de Credit-Default Swaps (CDS), les spéculateurs s’« assurent » contre un risque qu’ils ne courent pas mais accroissent du coup la probabilité qu’il se concrétise. La hausse du prix des CDS, considérée dans le cadre de la théorie économique dominante du « marché efficient » comme une mesure objective du risque couru, génère une hausse proportionnelle du coupon exigé lors de l’émission de dette nouvelle par la Grèce, la pénalisant encore davantage. Une spirale mortifère s’enclenche que rien ne pourra stopper. D’autres États de la zone euro s’alignent du coup comme autant de dominos : chaque fois que l’un fait défaut, l’ensemble de ceux qui sont encore indemnes sera fragilisé et la spéculation se portera de manière instantanée sur le plus exposé après lui.

Lors de la chute des banques, les États se sont portés à leur secours. Le tour des États est maintenant venu. Le FMI restera seul pour tenter de sauver ceux-ci. Il a annoncé le 26 février, par la bouche de son président, Dominique Strauss-Kahn, qu’il était prêt à assumer ce rôle. On compte sur lui : le FMI est bien le dernier rempart.

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« Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », débat avec Didier Sornette (suite)

Pour ceux d’entre vous qui ont vainement tenté de visionner le débat qui eut lieu mercredi dernier, à l’initiative de l’IHEST, entre Didier Sornette et moi sur le thème « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », voici un lien qui est – me dit-on – beaucoup plus résistant.

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« Paroles de chercheurs », le 25 novembre 2009

Rendez-vous le 25 novembre 2009
• Paroles de chercheurs •
À Paris et en direct
sur le site internet de l’IHEST
le 25 novembre 2009

Séismes et bulles financières :
quelle prévision ?

Dans la foulée du succès de l’université d’été sur l’économie, l’INSTITUT DES HAUTES ETUDES POUR LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE invite en novembre pour débattre devant un large public et en direct sur Internet deux spécialistes radicalement différents.

L’un Paul Jorion journaliste issu des sciences humaines, de l’anthropologie et de la sociologie, l’autre Didier Sornette, spécialiste de physique statistique, de prédiction des crises et de gestion des risques, mais qui ont un objet d’étude en commun l’économie et les bulles financières.

Mercredi 25 novembre 2009
18h30-20h00
Conseil Supérieur du Notariat Auditorium
60 boulevard de Latour-Maubourg
75007 Paris

Le débat animé par le journaliste Gérard Bonos sera retransmis en direct sur le site internet de l’IHEST http://www.ihest.fr

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