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LA MACHINE À FABRIQUER LE CONSENTEMENT EST EN PANNE, par Michel Leis

Billet invité. Réponse à L’ÉTAT SE MEURT, L’ÉTAT EST MORT de Bertrand Rouziès-Leonardi.

Et si ce qui était en jeu n’était pas une incapacité généralisée à fabriquer le consentement ? Cet épuisement serait tel qu’il entrainerait un peu partout la remise en cause des institutions. Le pain et les jeux et la consommation d’un côté, l’accrochage à des normes sociales ancrées dans un dogme de l’autre (religieux ou politique), rien n’y fait, l’individu n’y trouve pas son compte. C’est peut-être le seul point commun de tous ces mouvements qui traversent un peu partout la planète. En Occident, la spécificité de la norme de progrès était d’avoir remplacée une dimension qui se voulait intemporelle (le pouvoir absolu et la religion) par une dimension future qui portait l’espoir de beaux lendemains. La dimension temporelle a changé à la fin des Trente glorieuses avec une dimension plus immédiate, celle de la consommation. Mais cette dimension tourne à vide, elle est remise en cause par la crise et ne reste plus que le vide et la peur. La dimension locale est peut-être la seule à porter encore une dimension d’appartenance, d’où le succès apparent des mouvements régionalistes comme des initiatives locales ou les stratégies des villes évoquées dans votre billet. La proximité permet de mobiliser les citoyens. Dans cette analyse, le vote blanc ne fait que refléter le vide, mais peut-on survivre dans le vide ? Dans d’autres régions du monde, c’est la volonté du pouvoir d’ancrer le consentement dans une dimension intemporelle fondée sur un dogme qui pose question. On n’impose pas une norme sociale, mais en même temps, des situations disparates permettent encore à des logiques traditionnelles de s’imposer. Pour combien de temps encore ? Une norme sociale ne se décrète pas, elle finit par s’imposer. Il est urgent de tracer une voie, histoire de redonner une dimension temporelle et collective aux aspirations individuelles, sauf à se perdre dans le vide.

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