Archives par mot-clé : dominance sociale

BOUFFER OU SE FAIRE BOUFFER, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Après deux stages bidon pôle-emploi, les petits gars sur les chantiers font leur bilan philosophique, ils te disent « dans la vie, ou tu bouffes ou tu te fais bouffer » ; quelques-uns, avec raison, disent « je ne veux bouffer personne, mais je ne veux pas me laisser bouffer » ; ces gars- là comprennent très bien comment fonctionne l’ordre hiérarchique et la servitude qui leur est imposée. Pour les maîtres, évoquer la possibilité que les serviteurs « au fond » aiment ça est tout à fait rassurant, d’où le succès de l’expression « servitude volontaire », laquelle permet de faire comme s’il existait « une servitude volontaire ».

« Plaisir » signifie surtout « évitement du déplaisir », il faut juste comprendre que notre système nerveux fonctionne avec un circuit du plaisir et un circuit du déplaisir, la mise en ordre hiérarchique permet d’abaisser le niveau d’agressivité, lorsque chacun a trouvé sa place et l’accepte, cela se mesure à l’abaissement de la concentration des métabolites de la catécholamine dans les urines.

Ce dispositif social « très primaire » de régulation du circuit de la récompense est ce que nous avons trouvé jusqu’ici de plus efficace (enfin pas vraiment). C’est cette structure d’ordre hiérarchique qui demande la croissance et… bientôt notre dernier pas dans le vide. Nous pouvons très facilement inventer des dispositifs sociaux permettant d’équilibrer notre circuiterie interne de façon bien plus subtile ; mais pour cela il me semble nécessaire de démonter l’hypocrisie sociale qui consiste à flétrir la corruption alors qu’elle est le moyen de défense des moins cons parmi les peu doués selon les critères des maîtres, en même temps que l’instrument de leur pouvoir

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IL FAUT DEMANDER PLUS, IL FAUT VOULOIR PLUS !,
par Al

Billet invité. Une discussion relative à ce billet aura lieu ici sur la page Les débats, lundi 20 mai, de 20h à 22h.

Une petite phrase lue sur le blog de Pierre Sarton du Jonchay m’a, en un flash, fait comprendre ce qui me posait problème, c’est tout bête, vous allez comprendre… la phrase dit cela :

Ce diagnostic repose sur le modèle de régulation financière et monétaire inspiré de la philosophie politique d’Aristote et de Thomas d’Aquin interprétée par Keynes en système monétaire d’économie politique.

… et m’a bien fait entrevoir que l’objectif serait donc de revenir à une situation pré-thatchérisme en partant du principe sans doute que ce ne serait qu’une étape, mais qu’il fallait bien commencer par là, par remettre les pendules à l’heure…

Le problème, c’est que les pendules n’ont jamais été à l’heure, même avant les années 70…

Pour illustrer ce que je dis j’aimerais vous faire part d’un souvenir… le souvenir d’une manifestation des ouvriers de Moulinex je crois, demandant à la direction de ne pas supprimer des emplois… je ne me souviens plus la date exacte mais ni la date ni l’entreprise n’ont d’importance dans cette histoire tant le cas est devenu la règle…

Je me souviens que ce jour-là j’ai senti que quelque chose était en train de revenir… l’escroquerie, l’aveuglement, la honte et le chaos d’une société qui redevenait terrifiée par le pouvoir.

Quelques mois avant, des manifestations d’ouvriers demandaient de meilleures conditions de travail, un meilleur statut, une reconnaissance financière et de réels changements de société… et là, en quelques mois, quelques semaines… tout s’était renversé : on demandait quasiment pardon d’exister, on demandait du travail et du pain…

Alors voilà, ce que je crois c’est qu’il ne faut pas demander le retour à une finance moins folle, ça n’est pas juste… parce qu’un monde où la finance serait moins folle ne suffirait pas à être supportable… voilà ce qui me gène dans le discours ambiant… d’un côté, « la compétitivité » des gros c… et de l’autre, « la fin du néo-libéralisme »…

Cette alternative ne peut pas être porteuse d’espoir… Il faut plus… il faut comprendre qu’il faut demander plus, qu’il faut vouloir plus et qu’il faut arrêter de vivre dans une société qui nous fait honte… le changement des règles sur la finance suivront mais ce ne sera plus l’objectif premier… l’objectif sera plus haut… La fin d’une organisation basée sur la pression, les contraintes et les menaces….

Car souvenez-vous ce qu’il y avait avant le néo-libéralisme… des usines monstres et des patrons bien-pensants… et la honte au front pour les autres…

La vidéo : c’est l’image, le flash dont je parle au début…

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La dernière verticalité?, par Betov

Billet invité

Du passage à la ville à celui de la tour la plus haute du monde, du passage de la division des tâches à la si ridicule tentative de « société du savoir », nous savons tous ce qu’est la notion de verticalité. Face à des limites, que ce soit les limites naturelles purement quantitatives auxquelles ont eu à faire face les chasseurs-cueilleurs, ou aux limites des concentrations modernes qui vont jusqu’à l’absurde de la virtualité du pouvoir, l’humanité s’est toujours échappée des murs des contradictions par le haut, inventant une solution inusitée, jusque là tout à fait pensable, mais pas encore pensée.

Nous sommes, semble-t-il, à ce stade où les murs se referment, puisque, où que se tourne le regard, on ne voit que contradictions insolubles.

* La virtualité montre sa limite. Celle où une virtualité de niveau x ne se différencie plus vraiment d’une virtualité de niveau x+1. Perte du sens, dans laquelle le nombre de zéros stockés dans des ordinateurs n’a plus grande importance.

* La dominance sociale devient pratiquement indépendante du citoyen massivement désinformé par les médias, dans des choses politiques portant péniblement le qualificatif de « représentatives », ou dans des assemblées dont nul ne saurait dire par qui ni vers quoi elles sont dirigées.

* Comme l’ont signalé les décroissants, le mouvement mondialiste butte sur les limites physiques, ce qui n’est, à l’évidence, qu’une resucée de la problématique mésolithique-néolithique, mais à l’échelle planétaire.

* On voit pointer à l’horizon le stade final de l’entropie sociale. Par fusions d’entreprises, de nations, puis de continents, le mercure sociétal ne formera bientôt plus qu’une masse au creux du tissu des pouvoirs, délaissant à la périphérie le paysan, le pêcheur et le maçon.

* Le bouclier social bute sur la problématique incontournable de la productivité, qui conduira de façon certaine la solidarité des travailleurs à suivre la même voie que celle de la disparition du travail.

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