Archives par mot-clé : Donald Trump

Fake news, post-vérité : les travaux d’un précurseur

Fake news, vous savez ce que c’est. Post-vérité, le concept vous est maintenant familier, le principe vous en est connu : le vrai aurait pu se produire ou non (c’est souvent une question de hasard, n’est-ce pas ?), tandis que le vraisemblable est lui le trésor accumulé de la sagesse des peuples, une sorte de savoir empirique longuement sédimenté portant sur ce qui peut se passer et ce qui ne se passera pas. Si bien que, oui ! s’il fallait choisir entre le vrai et le vraisemblable, pas d’hésitation : le vraisemblable qui a fait ses preuves, contre le vrai qui aurait pu aussi bien ne jamais avoir lieu.

Exemple : L’affirmation que M. Biden l’a emporté à l’élection présidentielle américaine n’a pour seul mérite que d’être vraie, alors que l’affirmation que c’est M. Trump qui l’a emporté a pour elle l’immense mérite d’être bien plus vraisemblable.

Si l’on m’avait demandé de deviner qui a mis au point la doctrine de la post-vérité, j’aurais soupçonné quelque comité militaire associé à un projet de guerre psychologique faisant de la désinformation son arme de prédilection.

Quelle ne fut donc pas ma surprise hier à la lecture de La conquête de l’Amérique. La question de l’autre (Éditions du Seuil 1982), de Tzvetan Todorov (1939-2017) en son temps directeur de recherche au CNRS, de lire ceci :

“… les questions soulevées ici renvoient moins à une connaissance du vrai qu’à celle du vraisemblable. Je m’explique : un fait a pu ne pas avoir lieu, contrairement aux allégations de tel chroniqueur. Mais que celui-ci ait pu l’affirmer, qu’il ait pu compter sur son acceptation par le public contemporain est au moins aussi révélateur que la simple occurrence d’un événement, laquelle relève après tout du hasard. La réception des énoncés est plus révélatrice pour l’histoire des idéologies que ne l’est leur production ; et lorsqu’un auteur se trompe ou ment, son texte n’est pas moins significatif que quand il dit vrai ; l’important est que le texte soit recevable par les contemporains, ou qu’il ait été cru tel par son producteur. De ce point de vue, la notion de « faux » est non pertinente” (page 72).

Je n’ajouterai rien, sinon que, Todorov ayant été de son vivant un sémiologue et critique littéraire reconnu et apprécié, je n’en ai tout simplement pas cru mes yeux.

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Les préparatifs de la seconde Guerre de Sécession vont bon train !

Vous vous souvenez peut-être qu’à l’époque des émeutes de Charlottesville, en août 2017, alors que Trump était dans le 8e mois de son règne, je l’ai appelé “le dernier général de l’armée Sudiste en déroute” *. Eh bien, je ne croyais pas si bien dire.

Un recompte des bulletins de vote de l’élection présidentielle de novembre dernier a lieu dans un comté de l’Arizona. Ils n’ont toujours recompté que ± 300.000 bulletins de vote sur plus d’un million, mais ils s’en fichent : le but de la manœuvre pour le gouverneur Républicain n’est pas de trouver un autre chiffre : c’est seulement le moyen de maintenir en vie la thèse que Biden n’a été élu qu’à la suite d’une fraude massive. Et c’est pour cela que l’ensemble des états ayant à leur tête un gouverneur Républicain s’apprêtent à lancer des recomptes du même type.

Les mêmes états à majorité Républicaine ont déjà, ou s’apprêtent à le faire, voté de nouvelles lois censées combattre la fraude électorale (inexistante) mais faisant en sorte, de fait, de rendre beaucoup plus difficile localement le vote des membres de la minorité afro-américaine (suppression des isoloirs dans leurs quartiers, interdiction de distribuer des boissons aux personnes faisant la queue, etc.). “Guerre de Sécession”, vous dis-je !

Et attendez : le pompon ! Si l’état de New York (“état de l’Union”) devait inculper Trump, la Floride (“état de la Confédération”), où il réside en ce moment, laisse entendre qu’il existe une réglementation locale lui permettant de refuser son… extradition vers le Nord !

Les états du Sud ont perdu l’élection présidentielle, ils sont en minorité au Congrès et (de facto) au Sénat, il ne leur reste plus que la sécession pour défendre le généralissime de leur armée rebelle qui a échoué dans sa tentative de prise du Capitole le 6 janvier. Leur idéologie n’a pas bougé d’un poil depuis 1861 : le suprémacisme blanc. Les préparatifs de la seconde Guerre de Sécession vont bon train.

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* Le temps qu’il fait le 18 août 2017 : La dernière bataille de la Guerre de Sécession (1861 – 1865). Désormais aussi dans La chute de la météorite Trump. Un objet populiste mal identifié (Le Croquant 2019), pp. 102-106.

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Vidéo – Un point sur le fascisme aux États-Unis

Liz Cheney et l’épuration au sein du Parti républicain
Le ministère de la justice et la “détrumpisation”

P.S. Je me suis dit “Tu feras la sieste après la vidéo”, mal m’en a pris !
– M. William Barr était ministre de la justice, et non président des États-Unis
– M. William Barr s’appelle en permanence “William” et non parfois “Glenn”

+ quelques expressions estropiées… Désolé

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Retard de la France sur les US : 2 ou 7 ans ?, le 9 avril 2021 – Retranscription

Retranscription de Retard de la France sur les US : 2 ou 7 ans ?

Bonjour, nous sommes le vendredi 9 avril 2021. Hier, j’ai fait une vidéo qui s’appelait : « Pourquoi les Etats-Unis deviennent-ils socialistes ? » alors si vous n’avez pas vu ça, il faut le regarder parce que c’est un peu l’introduction de ce que je vais dire aujourd’hui mais je résume, je résume rapidement : M. Joe Biden, nouveau Président des Etats-Unis, épate tout le monde parce qu’on ne s’attendait pas du tout à ce qu’il se révèle un socialiste. Quand on regarde ses discours au cours des 20 précédentes années, on n’est pas impressionné. C’est un centriste plutôt, d’ailleurs qui tourne à droite assez souvent et là, et là, la chenille est devenue papillon. Il a compris, il a compris un certain nombre de choses. C’est un monsieur, on le voit bien, c’est un monsieur aimable.
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Les USA se sont un peu plus enfoncés dans leur déclin, par Jacques Seignan

Le 6 janvier, par curiosité, j’avais vu en partie le discours de Trump. Une grande foule avec les casquettes MAGA enfoncées, des gens éructant. Ensuite dans la soirée, comprenant que des événements exceptionnels se passaient, j’ai regardé CNN. Pour quelqu’un de ma génération qui se souvient enfant avoir vu les premières retransmissions télé en N&B par satellite depuis l’Amérique (ah Pleumeur-Bodou !), voir en direct de tels instants de si loin reste fascinant.

Toute personne familière avec l’Histoire sait qu’il ne faut jamais tenter d’expliquer un processus comme si ses acteurs en connaissaient la fin. Dans le cas du direct, par exemple, on ne savait pas qu’une deuxième tour à New-York allait s’effondrer ni que N.-D. de Paris, elle, résisterait à l’incendie. Alors à Washington, cette nuit-là, tout pouvait dégénérer et Trump ne voulait pas calmer le jeu car il était complice. De plus Mike Pence lynché, comment Trump n’aurait-il pas décrété l’état d’urgence, gagné les pleins pouvoirs ? Mais tous les « spectateurs » forcément extérieurs furent un peu piégés. Un certain aspect folklorique surnageait malgré les mots effarés des commentateurs de CNN. Un cas illustre bien cela : le fou torse nu et tatoué de signes néonazis, le QAnon Chaman. (En France des journalistes incultes ont dit qu’il était déguisé en Viking : visiblement dans leur enfance ils n’ont jamais vu ou lu des histoires d’Indiens avec leurs sorciers.)
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