Archives par mot-clé : fédéralisme européen

FINIR LE JOB, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité. Jean-Pierre Pagé dresse ici une perspective très différente de celle développée ici-même par Jacques Sapir récemment.

L’arrivée de François Hollande sur la scène européenne a permis de débloquer la situation et d’amorcer un dégel par rapport à la politique du « tout austérité » qui la dominait. Mais elle n’a pas résolu le problème posé par cette politique suicidaire. La « relance européenne », décidée lors du Sommet fin juin à Bruxelles, est plus un signe, un symbole, qu’une action décisive. La marge de manœuvre qu’elle est censée mobiliser est très insuffisante. Surtout, cette mobilisation, dans l’état des institutions et des processus de décision européens, reste totalement hypothétique. Quant à l’annonce par Mario Draghi d’une intervention plus significative de la BCE en vue de contribuer à juguler la crise, elle apparaît comme le « verre à demi rempli ». Par l’acceptation du droit de la BCE à intervenir massivement, elle marque l’intention de cet organisme de jouer enfin pleinement son rôle : c’est le verre à moitié plein. Mais la condition stipulée d’une soumission à la mise en œuvre des politiques d’austérité risque de miner d’avance l’efficacité de cette intervention : c’est le verre à moitié vide.

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UNE PROPOSITION PLUS ANCIENNE POUR L’EUROPE

Alors que je m’apprêtais à réfléchir à nouveau sur la tentative actuelle de créer à marche forcée une Europe fédéraliste, la revue en ligne remue.net me rappelle une ancienne proposition.

L’Europe selon Brigandos

Nous sommes en 1778, dans une forêt aux environs de Tolède. Une discussion se tient entre Brigandos, chef d’une troupe de Bohémiens, et un chevalier espagnol de l’ordre d’Alcantara, son captif. Brigandos parle de la politique européenne :

« … le gouvernement républicain que je vous trace ici, est celui que je veux donner à l’Europe ; laissez-moi, d’après cela, poursuivre mes divisions, car cette multitude de petits états me désespère. Je divise donc notre continent en quatre républiques, et sous la dénomination que je viens d’indiquer ; voici l’étendue que je leur donne. Pour former la république d’Occident, je joins aux états de la France, l’Espagne, le Portugal, Majorque, Minorque, Gibraltar, la Corse et la Sardaigne, sous la condition qu’elle se débarrassera de vos moines, de vos inquisiteurs, de vos abbés, et qu’elle enverra tous ces gosiers de pain bénit chanter la messe au fond de l’Afrique. La république du Nord sera composée de la Suède ; je lui donne, indépendamment de ses états, l’Angleterre et ses attenances, les Pays-Bas, les Provinces-Unies, la Westphalie, la Poméranie, le Danemark, l’Irlande et la Laponie. La Russie formera la république d’Orient ; je veux qu’elle cède aux Turcs, que je renvoie d’Europe, toutes les possessions que Pétersbourg a dans l’Asie, qui ne pouvaient lui être bonnes que dans la vue d’un commerce par terre avec la Chine, qu’elle ne fait point et qu’elle ne fera jamais ; en récompense, je lui joins la Pologne, la Tartarie et tout ce que le Turc laisse en Europe. La république du Midi sera composée de l’Allemagne entière, de la Hongrie, de l’Italie dont j’exile le pape, n’y ayant rien de plus inutile, dans le plan que je trace, qu’un abbé sodomite, à douze millions de revenus, qui n’a d’autre emploi que de distribuer des indulgences dont on n’a que faire, ou des agnus qu’on foule aux pieds. La même république aura la Sicile et toutes les îles qui se trouvent entre elle et la côte d’Afrique. Voilà ma division, chevalier, mais je veux une paix éternelle entre ces quatre gouvernements ; je veux qu’ils abandonnent entièrement l’Amérique, qui ne sert qu’à les ruiner, qu’ils bornent leur commerce entre eux, et surtout qu’ils n’aient qu’une religion, un culte pur, simple, dégagé d’idolâtrie et de dogmes monstrueux… une religion enfin que le peuple puisse suivre sans avoir besoin de cette vermine insolente qu’il érige en médiateur entre le ciel et sa faiblesse, et qui ne sert qu’à le tromper sans le rendre meilleur. Dantzig sera, d’après mon plan, la ville libre où chaque république aura un sénat. Là, toutes les discussions se termineront à l’amiable, les jugements des arbitres deviendront des lois des états, et si les temporisations proposées ne plaisent pas, dix députés par république viendront se battre en personne, sans exposer des millions d’hommes à s’égorger pour des intérêts qui sont rarement les leurs. »

Aline et Valcour, roman épistolaire du marquis de Sade, Lettre XXXVIII (p. 531 de l’édition « Classiques de poche).

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